
Par : Allal KHEIREDDINE

Ce que l’incivilité ordinaire dit d’un pays
Il y a un geste, au Maroc, qui suffit à ouvrir le dossier : s’arrêter devant un passage piéton. Celui qui le fait n’est pas remercié ; il est klaxonné. Il n’a pas enfreint le code, il a enfreint l’usage. Cette inversion — où le respect de la règle devient la faute et son contournement la norme — n’est pourtant qu’une occurrence parmi d’autres. Elle se rejoue à la file d’attente, au guichet, sur le trottoir, à la terrasse d’un café, au barrage routier. C’est de cette grammaire commune qu’il faut parler, sans indignation ni complaisance, et non de la seule conduite automobile, qui n’en est que la manifestation la plus bruyante.
Précisons d’emblée : rien, dans l’histoire comparée, n’autorise à dire qu’un peuple serait moins civil qu’un autre. Mais le civisme est l’un des rares indicateurs qu’un pays produit gratuitement, que tout visiteur lit en trois jours, et qu’aucune campagne d’image ne peut fabriquer.
I. De quoi parle-t-on exactement
L’usage courant confond deux notions qu’il faut distinguer.
Le civisme, au sens classique, désigne l’attachement du citoyen à la chose publique : respect des lois, participation, sens du bien commun. C’est une vertu politique, héritée de la civitas romaine et de la tradition républicaine.
L’incivilité, telle que la sociologie l’a constituée en objet à partir des années 1990, désigne autre chose : non pas le crime, mais le désordre visible du quotidien. Sébastian Roché, qui a acclimaté la notion en langue française à travers Le Sentiment d’insécurité (1993), La Société incivile (1996) et *Sociologie politique de l’insécurité (1998), en propose une définition opératoire : les incivilités sont des désordres en public, c’est-à-dire des comportements qui se donnent à voir, et dont l’effet premier est d’augmenter la crainte et de dégrader le sentiment d’appartenance. Le klaxon, la file resquillée, le trottoir confisqué, le regard insistant sur une passante n’ont, pris isolément, aucune gravité pénale. Leur gravité est cumulative et signalétique : chacun signale à l’autre que l’espace commun n’a pas de gardien, donc pas de règle.
Trois cadres théoriques éclairent ce mécanisme.
Norbert Elias, dans La Civilisation des mœurs, a montré que la civilité n’est pas une donnée morale mais un produit historique : elle s’installe à mesure que se constituent des chaînes d’interdépendance longues, où chacun doit anticiper le comportement d’autrui. Là où la vie sociale reste courte et locale, l’autocontrainte est faible ; là où elle s’allonge, elle devient réflexe.
Robert Putnam, dans Making Democracy Work, a établi que le capital social, la densité de confiance et de coopération non familiale, expliquait, mieux que la richesse, les écarts de performance institutionnelle entre régions d’un même pays. La civilité n’est pas la conséquence du développement ; elle en est partiellement la cause.
Gabriel Almond et Sidney Verba, avec The Civic Culture (1963), ont dégagé une variable décisive : le sentiment d’efficacité civique, c’est-à-dire la croyance qu’agir correctement produit un effet. Là où cette croyance s’effondre, la civilité devient un coût pur, supporté par le seul individu qui la pratique.
Retenons cette conclusion, qui commande tout le reste : on n’est pas incivil par nature, on l’est par calcul, dans un environnement qui rend le calcul rationnel.
II. Une grammaire commune : six registres, un seul mécanisme
L’erreur serait de traiter séparément le chauffard, le resquilleur, le fonctionnaire tatillon et le gardien de voitures. Ils font la même chose. Chacun capte à son profit une ressource commune laissée sans administrateur. Ce qui varie n’est pas le geste, c’est la ressource captée et le capital dont dispose celui qui la capte.
1. La chaussée : la priorité captée
C’est le registre le mieux documenté, parce qu’il est le seul qui produise des cadavres comptabilisés. La NARSA a enregistré en 2025 quelque 160 000 accidents corporels et 4 577 tués, en hausse de 25,5 % sur un an — dont 1 185 piétons, soit près de 26 % du total. Rapporté à la population, cela situe le Maroc autour de 120 tués par million d’habitants.
Ce chiffre n’a d’intérêt que comparé. En 2003, l’Espagne enregistrait 128 tués par million, 25 % au-dessus de la moyenne européenne, et passait pour un pays de conduite indisciplinée. Vingt ans après l’entrée en vigueur du permis à points, elle est à 37 — une baisse de 73,5 %, le port de la ceinture passant de 72 % à 98 %. Le Maroc de 2025 est, sur cet indicateur, l’Espagne de 2003. Aucun changement de mentalité n’a précédé la transformation espagnole : c’est la prévisibilité de la sanction qui a produit la mentalité.
2. La file : l’ordre d’arrivée capté
La file d’attente est la plus égalitaire des institutions humaines : elle ne connaît qu’une seule hiérarchie, l’heure d’arrivée. Elle ne demande ni diplôme, ni fortune, ni relation. C’est précisément pourquoi la resquille est un acte politique et non une simple impolitesse : celui qui passe devant affirme l’existence d’une hiérarchie parallèle.
On observera qu’il ne passe jamais en silence. Il invoque toujours une exception — une question rapide, une urgence, un dossier particulier, une connaissance. L’exception est le message. Elle dit que la règle vaut pour ceux qui n’ont pas les moyens d’y échapper. Et l’on remarquera que la file tient parfaitement, au Maroc comme ailleurs, dès qu’un dispositif la matérialise : ticket numéroté, barrière, écran d’appel. Ce n’est donc pas une affaire de caractère national mais d’équipement institutionnel.
3. Le trottoir et la terrasse : l’espace public capté par le regard
C’est le registre le plus délicat et le plus coûteux. Une terrasse alignée face à la rue, où des hommes suivent le passage des femmes comme on suit un échange de fond de court, n’est pas un pittoresque. C’est la conversion d’un espace de circulation en espace d’observation, et la relégation de la moitié de la population au statut de spectacle.
Il faut refuser ici le registre moral, qui est stérile, pour le registre juridique, qui est efficace. Le harcèlement de rue est un délit au Maroc depuis l’entrée en vigueur, le 12 septembre 2018, de la loi 103-13 : est punissable quiconque persiste à importuner autrui dans les lieux publics par des agissements, paroles ou gestes à caractère sexuel, avec une peine d’un à six mois d’emprisonnement et une amende de 2 000 à 10 000 dirhams. Le texte existe donc, et il est perfectible — les associations lui reprochent depuis l’origine ses lacunes. Mais l’enquête nationale du HCP établissait, la même année, que 54 % des femmes déclaraient avoir subi une forme de violence.
Le diagnostic est ici rigoureusement identique à celui de la route : une norme écrite, une application défaillante, et donc un calcul d’impunité vérifié chaque jour. Le coût, lui, est mesurable : c’est la liberté de mouvement de la moitié du pays, c’est-à-dire une amputation directe du taux d’activité féminine, dont chacun s’accorde à dire qu’il est le principal gisement de croissance inexploité du Royaume.
4. Le guichet : le temps et le dossier captés
Une administration qui exige d’un vivant qu’il prouve qu’il vit signifie à l’usager qu’il est présumé fraudeur ; celui-ci le lui rend. Le mécanisme n’est pas la méchanceté mais la rente de discrétion: là où le fonctionnaire dispose d’une marge d’appréciation non tracée, cette marge devient sa seule ressource de pouvoir, et il n’a aucun intérêt à la voir disparaître.
Il faut ici rendre justice à ce qui a changé. La comparaison avec les années 1980-1990 n’est plus soutenable : la dématérialisation a supprimé des humiliations entières. Les poches de résistance subsistent, et elles subsistent exactement là où la procédure est restée opaque. C’est une confirmation, non une objection : partout où le pouvoir discrétionnaire a été retiré, le comportement a suivi.
5. Le gilet jaune et le mendiant : la gêne captée
Le gardien de voitures qui vous guide vers une place que vous voyiez parfaitement, et le mendiant qui insiste au-delà du refus, exercent la même opération : ils prélèvent une contribution sur un bien commun — le stationnement, le passage — en s’appuyant sur le coût que représenterait, pour vous, le refus.
Mais ici, une distinction s’impose, et elle est décisive pour la suite. Le geste est formellement identique à celui du puissant qui gare son véhicule où nul autre ne le peut ; son contenu social est inverse. L’un prélève une rente de subsistance, l’autre une rente de position. Confondre les deux serait la faute d’analyse la plus commune et la plus injuste : elle conduit à réprimer le premier, qui n’a pas d’alternative, et à tolérer le second, qui en a mille. Les remèdes doivent donc être opposés — formalisation d’un côté, sanction de l’autre.
6. Le barrage : la route captée par l’État lui-même
Six ou sept contrôles sur moins de cent kilomètres immobilisent plusieurs dizaines d’agents, souvent dans des conditions physiques difficiles, pour un dispositif fixe, visible et donc parfaitement anticipable. Le chiffrage national — en effectifs et en budget — mériterait un audit public que personne n’a conduit.
Mais l’essentiel n’est pas comptable. Un contrôle statique et prévisible enseigne au conducteur exactement la mauvaise leçon : il ne dit pas « la règle s’applique partout », il dit « la règle s’applique ici ». L’État fournit ainsi, sans le vouloir, le modèle même du rapport à la norme qu’il déplore chez ses administrés : localisé, négociable, contournable. L’expérience espagnole tranche ce débat : ce n’est pas le nombre d’agents visibles qui a fait chuter la mortalité, mais l’imprévisibilité du contrôle et l’automaticité de la sanction.
III. La variable oubliée : le capital et le coût de sortie
Reste la question la plus sensible, celle des élites — et elle demande plus de rigueur que d’humeur.
On dit volontiers que l’incivilité est le fait des classes populaires. C’est une erreur d’optique. L’incivilité des humbles est visible ; celle des puissants est structurante. La première encombre un trottoir ; la seconde fournit le modèle. Dès lors qu’un véhicule stationne où nul ne le peut, qu’un cortège traverse au rouge, qu’un dossier avance par relation, la règle cesse d’être une règle pour devenir une contrainte différenciée — et le citoyen ordinaire en tire la conclusion parfaitement logique qu’obéir est le signe de n’avoir personne.
Deux outils permettent d’aller au-delà du constat.
Thorstein Veblen, dès 1899, a décrit la consommation ostentatoire. comme le langage d’une richesse récente qui n’a pas encore trouvé d’autre preuve d’elle-même ; Pierre Bourdieu a montré qu’un capital économique non doublé d’un capital culturel produit mécaniquement une distinction bruyante. Ce qui frappe le visiteur n’est donc pas la richesse, c’est le décalage entre les deux capitaux — et ce décalage est un phénomène de transition, non un trait de caractère. Toutes les sociétés d’enrichissement rapide l’ont connu : l’Angleterre victorienne, les États-Unis du Gilded Age, l’Espagne des années 1990, la Chine des années 2000.
Albert Hirschman, avec Exit, Voice, and Loyalty (1970), fournit le second outil, et le plus éclairant. Face à la dégradation d’un bien collectif, on dispose de deux stratégies : la défection, sortir, aller ailleurs, ou la prise de parole, rester et exiger la réparation. Or, au Maroc comme partout, la sortie est un privilège : école privée, clinique privée, quartier fermé, résidence à l’étranger, scolarité des enfants hors du pays. Ceux qui disposent des codes et des moyens de la défection n’ont plus d’intérêt matériel à la qualité de l’espace commun, et cessent donc d’exercer la prise de parole. Ceux qui ont l’argent sans les codes restent, et convertissent leur fortune en privilège visible faute de pouvoir la convertir en distinction discrète.
Les deux mouvements affaiblissent la norme par des voies opposées, et l’un explique l’autre : le bien commun se dégrade d’abord parce que ceux qui auraient le pouvoir de le défendre n’en dépendent plus. C’est là, bien plus que dans la vulgarité de quelques-uns, que se situe le nœud.
IV. Pourquoi la vitrine compte
On objectera qu’il s’agit de détails, et que l’essentiel est ailleurs — croissance, emploi, infrastructures. C’est méconnaître la fonction économique de la civilité.
Elle est d’abord le premier signal reçu. Un investisseur, un touriste, un cadre expatrié ne lisent pas les rapports du HCP ; ils lisent la circulation, la file, le guichet. Le civisme fonctionne comme une attestation collective de bonne conduite, délivrée en continu et invérifiable autrement.
Elle réduit ensuite ce que les économistes nomment les coûts de transaction. Une société où chaque interaction doit être doublée d’une méfiance dépense en friction ce qu’elle pourrait investir en production. Les 4 577 morts de 2025 ne sont pas seulement un drame : ce sont des années de vie productive perdues, des dépenses hospitalières, des primes d’assurance, des journées de justice.
Elle conditionne enfin l’échéance de 2030. Un pays qui accueille une Coupe du monde est observé pendant un mois par un milliard de personnes, dont l’attention se portera moins sur les stades que sur les trottoirs.
Un peuple civil n’est pas un peuple docile. C’est un peuple qui a compris que la règle commune lui appartient — et un pays dont les citoyens tiennent l’espace public pour leur bien est mécaniquement plus dynamique, parce qu’il économise sur la surveillance ce qu’il investit dans la confiance.
V. Les causes, individuelles et collectives
Au niveau individuel, trois ressorts opèrent partout. Le calcul d’impunité : celui qui force le passage évalue, correctement, que la probabilité d’être sanctionné est faible et le gain immédiat — et toute la littérature sur la dissuasion établit que c’est la certitude de la sanction, non sa sévérité, qui modifie le comportement. L’absence de rétribution symbolique: celui qui s’arrête au passage piéton n’obtient rien ; sa civilité est une dépense nette, et aucune norme ne survit longtemps à cette asymétrie. L’anonymat urbain, enfin : on se conduit mal devant des inconnus parce qu’ils resteront inconnus.
Au niveau collectif, quatre facteurs se conjuguent. Une urbanisation plus rapide que ses institutions : le Maroc est passé en deux générations d’une société majoritairement rurale à une société majoritairement urbaine, et les normes de la jmaa. جماعة hospitalité, générosité, entraide, que tout visiteur constate intactes — sont des normes de l’interconnaissance qui ne se transposent pas automatiquement à l’anonyme. D’où ce paradoxe que l’on observe partout : des individus admirables et un collectif difficile. Une école qui enseigne l’obéissance plutôt que la citoyenneté : une éducation civique récitée et notée produit des élèves capables de définir le civisme et incapables de l’exercer. Le différentiel d’impunité, analysé plus haut. Et la, défiance administrative réciproque, qui installe entre l’usager et l’institution un jeu où chacun se protège de l’autre.
VI. Ce qu’il est possible de faire
Rendre la sanction certaine, modeste et impersonnelle
Le permis à points existe au Maroc depuis 2010 ; son effet dépend entièrement de la fiabilité de son application. L’automatisation, radars, verbalisation dématérialisée, absence de contact humain, présente un avantage qui n’est pas technique mais moral : elle supprime la négociation, donc l’humiliation, donc la corruption d’appoint. Corollaire impératif : aucune exemption visible. Une seule dérogation notoire annule mille contraventions.
Le même principe vaut pour la loi 103-13 : une loi non appliquée est pire qu’une loi absente, car elle enseigne que les textes sont décoratifs.
Redéployer le contrôle plutôt que l’augmenter
Le passage du barrage fixe au contrôle mobile, aléatoire et automatisé produit, à effectif constant, un effet dissuasif sans commune mesure — et restitue à des milliers d’agents une mission moins pénible et plus utile. C’est une réforme à coût nul, voire négative.
Substituer la pédagogie à la morale
Les campagnes de sensibilisation classiques ont un rendement faible et connu. Ce qui fonctionne relève de l’intervention symbolique. En 1995, Bogotá comptait environ 1 500 morts annuels de la circulation ; Antanas Mockus, mathématicien devenu maire, remplaça quatre cents agents par des mimes qui ne verbalisaient pas mais tournaient en dérision les contrevenants — pariant sur le fait que la honte sociale pèse plus que l’amende. Le dispositif, étendu à 420 artistes, s’accompagna d’étoiles peintes au sol à l’endroit de chaque mort. La cultura ciudadana ainsi lancée est aujourd’hui étudiée comme un cas d’école de changement de norme à coût quasi nul, exportée au Brésil et ailleurs.
À l’école, le civisme ne s’enseigne pas, il se pratique : conseils d’élèves, gestion réelle d’un espace commun, responsabilité déléguée. Un élève qui a administré une bibliothèque de classe pendant un an en sait plus sur le bien commun que celui qui a mémorisé un chapitre.
Formaliser ce qui relève de la subsistance
Le gardien au gilet jaune et le mendiant insistant ne sont pas des problèmes d’ordre public mais des emplois informels de survie. La répression les déplace ; la formalisation les résout. Statut, badge, tarif affiché, zones délimitées : plusieurs villes marocaines l’ont expérimenté avec succès. Ce qui exaspère l’usager n’est pas la présence du gardien, c’est l’incertitude sur ce qu’il doit et sur ce qu’il obtient. La règle claire protège les deux parties — et d’abord la plus faible.
Réengager ceux qui sont sortis
C’est la mesure la moins évidente et sans doute la plus décisive. Puisque la dégradation du bien commun tient largement à la défection de ceux qui pourraient le défendre, tout ce qui rattache les élites à l’espace partagé travaille pour le civisme : qualité des services publics susceptible de reconquérir les classes supérieures, exemplarité rendue visible, et surtout égalité de traitement démontrée dans les cas où elle coûte quelque chose. Un seul procès-verbal notoirement appliqué à qui pouvait y échapper vaut cent campagnes.
Mesurer
On n’améliore que ce que l’on compte. Bogotá s’est dotée d’une enquête de culture citoyenne, aujourd’hui reproduite dans des dizaines de villes, permettant de suivre l’évolution des normes perçues. Un baromètre marocain du civisme — respect des priorités piétonnes, temps d’attente au guichet, part des femmes présentes dans l’espace public aux heures de terrasse, taux de signalement du harcèlement — coûterait peu et rendrait discutable ce qui n’est aujourd’hui qu’affaire d’humeur.
Conclusion
Il faut se garder de deux tentations symétriques : le dénigrement de soi, qui prend l’agacement du vacancier pour un diagnostic, et le déni, qui traite toute critique comme une déloyauté. Entre les deux, il y a la position la plus exigeante : constater qu’un pays qui a transformé son administration en trente ans, qui a bâti des ports, des lignes à grande vitesse et une diplomatie, est manifestement capable de transformer aussi ses trottoirs et que ne pas le faire serait la seule chose véritablement incompréhensible.
L’Espagne a mis vingt ans. Bogotá, trois. Le Maroc n’a besoin ni d’un miracle ni d’une conversion morale. Il a besoin que la règle soit la même pour tous, appliquée sans passion, et qu’un homme qui s’arrête devant un passage piéton n’ait plus, un jour, le sentiment d’être le seul.



