ACTUALITÉMondial 2026. Dima MaghribSPORT

HOMMAGE. Achraf HAKIMI, ou la fidélité qui ne se mesure pas en 90 minutes

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Il y a des choix qui précèdent la gloire. Qui la fondent, même. Celui d’Achraf Hakimi, né madrilène, formé à La Fábrica du Real Madrid, n’a jamais été un calcul opportuniste. Il aurait pu revêtir le maillot rouge de la Roja, emprunter le chemin le plus tracé, le plus confortable peut-être. Il a choisi le Maroc. Non pas par défaut, ni par raccroc, mais par conviction intime, affirmée très tôt, et sans une once de regret. Ce choix, en apparence personnel, allait devenir l’un des plus symboliques du football marocain contemporain.

Depuis, Hakimi n’a cessé de le justifier — non par des déclarations, mais par des actes, des matchs, des tournois, des engagements répétés, parfois contre l’avis du calendrier, souvent contre l’épuisement. Son parcours en sélection n’est pas une succession d’apparitions; c’est une chronique de la loyauté en mouvement.

2022 : Doha, l’onde de choc.

Au Mondial qatari, Hakimi ne fut pas simplement un latéral performant dans une équipe surprise. Il fut l’une des colonnes d’un système inédit, presque un libéro moderne dans la toile tissée par Walid Regragui. Porteur du ballon, lanceur de transitions, il incarna cette audace marocaine qui allait bouleverser toutes les hiérarchies établies. Jusqu’à cette demi-finale — première d’une nation africaine et arabe — et ce penalty face à l’Espagne, frappé avec un sang-froid qui défiait la tension du moment. Cette image, ce geste, ce souffle retenu puis libéré, est désormais gravée dans le marbre de la mémoire collective.

2024 : Paris, le choix du cœur en pleine canicule.

Un an après avoir décroché une médaille olympique avec la génération montante, Hakimi aurait pu jouir d’un été de repos, loin des terrains, loin des projecteurs. Il choisit au contraire de couper court à ses vacances pour rejoindre la sélection olympique à Paris. Pour quoi ? Pour une médaille de bronze, certes. Mais surtout pour transmettre, pour porter, pour être ce grand frère que la jeune garde attendait. Sur le sol français, devant un public souvent hostile, il a rappelé que l’engagement ne se négocie pas, pas même avec la fatigue.

2026 : Boston, un quart de finale encore.

Cet été, aux États-Unis, les Lions de l’Atlas retrouvent la France en quart de finale du Mondial nord-américain. Face au numéro un mondial, l’un des favoris absolus, le Maroc s’incline 2-0. Une défaite nette, logique peut-être sur le plan tactique, mais qui ne doit rien effacer du parcours accompli. Car être là, une nouvelle fois, à ce stade de la compétition, n’a rien d’un hasard. C’est la confirmation d’une régularité, d’une constance, d’une dimension désormais acquise par cette génération dorée.

Une image ne dit pas tout.

Un sourire échangé avec un adversaire au coup de sifflet final — un geste de sportif qui se respecte, rien de plus — ne saurait résumer un destin. La complicité entre compétiteurs qui se croisent depuis des années sur les pelouses d’Europe n’a jamais été un signe de renoncement. Elle est, au contraire, le marqueur d’une communauté professionnelle où la rivalité n’exclut pas l’estime. Et une défaite, même amère, contre l’une des meilleures équipes du monde, ne saurait faire oublier les nuits de sacrifice, les choix de jeunesse, et les heures de joie offertes à tout un peuple.

Ce qui mérite d’être retenu.

Hakimi a choisi le Maroc quand il aurait pu emprunter la voie royale. Il a porté ce choix jusqu’en demi-finale d’un Mondial, jusqu’au podium olympique, jusqu’à un nouveau quart de finale quatre ans plus tard. Cette trajectoire, cette fidélité à un maillot choisi et non hérité, dessine un héritage. Elle rappelle que la grandeur d’un footballeur ne se mesure pas seulement au nombre de ses trophées, mais à la constance de son engagement, à la sincérité de ses attaches, et à cette capacité rare à rendre un peuple fier, tournoi après tournoi.

Au-delà des polémiques éphémères, au-delà des images décontextualisées, Achraf Hakimi incarne aujourd’hui une certaine idée de la loyauté sportive — celle qui ne s’écrit pas en 90 minutes, mais sur une décennie entière de dons et de présence. C’est cela, sans doute, le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Soyez le premier à lire nos articles en activant les notifications ! Activer Non Merci