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GMT : une heure de gagnée, cinq ans de perdus

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le ciel s’éclaircit enfin sur le Royaume. Non pas grâce à une pluie bienfaitrice ou à une baisse des prix du blé, mais par la grâce d’un décret historique : à l’automne prochain, les aiguilles marocaines reculeront d’une heure. Le retour à l’horaire GMT, annoncé solennellement jeudi par le Chef du gouvernement à l’issue du Conseil de gouvernement, est présenté comme un tournant. Une bouffée d’air frais pour des citoyens qui, depuis 2021, étouffent sous le poids des augmentations en tous genres.

Calculons ensemble : 1 heure de moins sur 24, cela représente une baisse de 4,16 % du temps officiel. Une victoire arithmétique que les mathématiciens du gouvernement Akhanouch ont sans doute mis cinq ans à pondre. Parents, fonctionnaires, écoliers, salariés et même parlementaires – tous avaient pourtant osé se plaindre, pendant un demi- mandat, des « conséquences fâcheuses » de GMT+1. Mais leurs cris, semblables à des prières dans le désert, ne rencontraient que le majestueux silence de l’Exécutif.

Jusqu’à aujourd’hui. À trois mois pile de la fin annoncée de ce gouvernement, une lueur de raison a enfin traversé les couloirs de la sombre administration. Comme un cadeau d’adieu, trois mois avant que le peuple ne le remercie définitivement. Et quel geste ! Après avoir subi les affres d’une cherté de la vie qui n’a cessé de s’accroître – l’indice des prix à la consommation ayant grimpé de près de 15 % cumulés entre 2021 et 2026 – voilà que l’on nous offre le luxe inouï de voir le soleil se coucher une heure plus tôt. Ouf, le pouvoir d’achat des ménages, lui, n’a pas pris une minute de repos : il a fondu comme neige au soleil, avec une perte estimée à 4 % du revenu réel pour les classes moyennes, et jusqu’à 8 % pour les plus précaires.

Les chiffres sont têtus. En 2021, le prix du pain tournait autour de 1,20 dirham ; il flirte aujourd’hui avec 1,80 dirham. Le gaz butane, subventionné certes, n’a pas échappé à la règle des vases communicants, tout comme les huiles alimentaires, dont les étiquettes ont vu leurs prix bondir de 40 % en cinq ans. Mais rassurons- nous : grâce à cette heure arrachée au temps, les Marocains pourront dormir 60 minutes de plus, peut-être pour rêver à des prix d’avant 2021.

Ah, que les heureux Marocains sont donc reconnaissants ! Ils félicitent et remercient le gouvernement, trois mois avant qu’il ne soit « définitivement remercié » par les urnes. Car, faut-il le rappeler, ce même gouvernement Aziz Akhanouch – et sa joyeuse équipe de « zbirs » gestionnaires – a réussi l’exploit de transformer chaque domaine en spirale haussière. L’immobilier ? + 12 % dans les grandes villes. Les carburants ? Des pics à 18 dirhams le litre. L’éducation et la santé ? Détérioration continue, avec des indicateurs de précarité qui grimpent de 5 % par an, touchant désormais près de 30 % de la population.

Alors, certes, l’horaire baisse. Mais quid des prix ? Le peuple, martyr de cinq années de vaches maigres, attend désormais la deuxième bonne nouvelle : celle qui verrait les étals des souks revenir aux tarifs de l’ère pré-2021. Une baisse de 4 % sur le temps, c’est bien. Mais une baisse de 4 % sur le prix du lait, de l’huile ou du transport scolaire, ce serait un printemps.

En attendant, le gouvernement peut s’enorgueillir d’un bilan comptable implacable : en cinq ans, le Maroc a gagné en complexité administrative, en discours lénifiants et en promesses non tenues, mais il a surtout perdu en sérénité sociale. Le retour au GMT est un symbole, certes. Mais quand le citoyen regarde sa montre, il ne voit pas l’aiguille reculer ; il voit son porte-monnaie rétrécir. Et ça, aucune rotation terrestre ne le rattrapera.

Conclusion : À l’automne, les Marocains régleront leurs montres. En attendant, ils règlent encore leurs factures. Et celles-ci, contrairement aux horloges, n’ont jamais connu de marche arrière. Merci, monsieur le Chef du gouvernement. Pour une fois, vous nous avez ôté une heure. Puissiez-vous, dans votre retraite prochaine, comprendre qu’on ne nourrit pas un peuple avec des aiguilles, mais avec du pain à prix juste.

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