
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Alors que la ville des Lumières reçoit le flambeau de « Capitale mondiale du livre » des mains de Rio de Janeiro, le Maroc ne se contente pas d’être un simple hôte d’une manifestation culturelle éphémère. Il proclame une étape charnière de son histoire culturelle, à la hauteur d’une vision royale qui a fait de la culture un levier de développement et un droit pour tous les citoyens.
Le choix de l’UNESCO de faire de Rabat la Capitale mondiale du livre pour l’année 2026 n’a rien d’un honneur symbolique. Il consacre le rôle du Maroc comme pont entre les cultures et les civilisations, et reconnaît que cette cité millénaire, inscrite au patrimoine mondial, est capable d’être un phare des Lumières et de la tolérance.
Que signifie concrètement cet événement pour les habitants de Rabat et pour l’ensemble du Maroc ?
Le programme ambitieux élaboré par les organisateurs dépasse de loin le concept traditionnel du salon du livre. Le livre, selon cette vision, ne restera pas prisonnier des rayons des bibliothèques et des salles d’exposition. Il ira vers le citoyen où qu’il se trouve : à l’hôpital pour être un baume pour l’âme, dans les centres de réinsertion pour devenir un outil de réhabilitation, dans les orphelinats comme un compagnon et un refuge de connaissance, et dans les gares, les bus, les parcs et les places publiques pour accompagner le quotidien.
C’est une véritable démocratisation de l’accès au savoir, qui met le livre au service de tous, sans distinction de lieu ni de condition.
Quant aux Rabatis, ils vivront pendant une année entière une transformation de leurs espaces publics, qui deviendront une gigantesque bibliothèque ouverte. S’y croiseront les identités du monde entier et l’identité marocaine authentique. Des marches de la lecture envahiront les rues, des musiques célébrant le patrimoine marocain résonneront en écho aux textes de Choukri et de Kafka.
C’est une chance unique d’élever une génération nouvelle à l’amour de la lecture, de redonner aux intellectuels et aux écrivains leur statut de faiseurs de rêves et de questionneurs du monde, et de bâtir des ponts de dialogue entre les générations, les religions et les langues — des lettres libyques amazighes (ancêtres du tifinagh) à l’arabe et au latin.
L’accueil de ce titre mondial par Rabat adresse également un message au monde : le Maroc, pays de savoir et de transmission, est capable de faire de la culture un héritage vivant et créatif, et de contribuer à l’édification d’un avenir commun, plus juste et plus humain.
Que cette année, qui couronne la ville des Lumières, soit l’année du triomphe de la parole sur le bruit, du livre sur l’ignorance, du dialogue sur la rupture, du savoir sur l’illettrisme. Rabat n’est pas aujourd’hui simplement la Capitale du livre : elle est la capitale d’une idée civilisationnelle majeure, celle que la culture n’est pas un luxe, mais la seule garantie d’un avenir digne de l’être humain.





