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La vérité assassinée…

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

La journaliste, le journaliste est une sentinelle de la vérité. C’est une mission pas comme les autres : la voix de celles et ceux qui sont sans voix, l’un des piliers de toute société démocratique.

Cette phrase, beaucoup la connaissent. On l’enseigne, on la cite, on s’en émeut lors des cérémonies. Mais aujourd’hui, au Moyen-Orient, ces mots sont devenus un faire-part de décès. Car en temps de guerre, le journaliste ne se contente pas de risquer sa vie par ricochet ; il est devenu une cible. Une cible désignée. Et le théâtre d’opérations israélien, de Gaza à la Cisjordanie, du Liban jusqu’à l’Iran, en est la preuve la plus tragique.

Depuis plus d’un an, nous assistons à une hécatombe médiatique sans précédent. Selon les organisations de défense de la liberté de la presse, jamais, dans l’histoire des conflits modernes, autant de journalistes n’avaient été tués en si peu de temps. Gaza est devenue le cimetière le plus meurtrier pour les professionnels de l’information. Ils ne sont pas morts parce qu’ils se trouvaient « au mauvais endroit au mauvais moment ». Ils sont morts parce qu’ils faisaient leur métier : témoigner.

Leur « crime » ? Rendre compte de la réalité des bombardements, montrer les visages des civils, compter les morts que l’on voudrait invisibles. Ils portaient les gilets siglés « Press » — un signe pourtant protégé par le droit international humanitaire. Ce gilet, censé être un bouclier, est devenu un viseur.

Mais la stratégie israélienne ne se limite pas aux tirs directs. Elle est systémique. Elle repose sur l’obscurcissement total de la réalité. Israël interdit à ses propres journalistes l’accès à Gaza et empêche systématiquement les correspondants étrangers de couvrir les opérations militaires, sauf en les encadrant au sein de « pools » militaires qui formatent l’information. Pourquoi ? Parce que la lumière est l’ennemie des crimes. Pour que l’opinion publique occidentale ignore ce qui se passe, il faut d’abord tuer ceux qui filment, puis couper Internet, puis bombarder les immeubles abritant les rédactions, puis criminaliser toute couverture indépendante.

Ce n’est pas une conséquence collatérale. C’est une méthode. Viser les journalistes, c’est viser le droit du monde à savoir. C’est détruire la preuve. C’est créer un voile d’ignorance derrière lequel les opérations militaires peuvent se poursuivre sans témoins.

Face à cette entreprise d’étouffement de la vérité, il est impossible d’ignorer le rôle des États-Unis. En apportant un soutien diplomatique aveugle, en fournissant les armes qui pulvérisent les immeubles où s’abritent les familles et les reporters, en opposant leur veto au Conseil de sécurité à toute résolution appelant à un cessez-le-feu ou à la protection des civils, Washington se rend complice de cette extermination silencieuse. La bénédiction américaine transforme la violation flagrante des conventions internationales en impunité.

Chaque journaliste tué à Gaza, au Liban ou en Cisjordanie n’est pas une simple statistique. C’est une mémoire assassinée. C’est une caméra éteinte. C’est une voix qui ne pourra plus raconter aux enfants ce qui s’est passé.

Jusqu’à quand cette violation flagrante et répétée des conventions de Genève va-t-elle perdurer ? Jusqu’à quand les démocraties qui se targuent de défendre la liberté de la presse resteront-elles silencieuses devant le massacre de ceux qui incarnent cette liberté ?

Il ne s’agit pas ici de prendre parti pour un camp ou un autre. Il s’agit de poser une question fondamentale : que reste-t-il d’une démocratie si elle protège celui qui assassine les messagers ? Que reste-t-il du droit international si la cible n’est plus seulement l’ennemi, mais l’œil qui regarde ?

La sentinelle ne doit pas être abattue. Si on tue la sentinelle, la nuit qui tombe n’est pas la paix. C’est le silence de l’abattoir.

Pour l’honneur de notre métier, pour la survie de nos démocraties, pour que la vérité ne soit pas une victime collatérale : il est temps de cesser cette complicité. Il est temps de protéger les journalistes. Il est temps d’exiger des comptes.

Plus jamais ça. Et cela doit cesser maintenant.

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