ACTUALITÉNOS CHRONIQUEURSSOCIÉTÉ

La méthode Mezzour, ou quand l’impunité devient une politique gouvernementale

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

 

 

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Il y a des silences qui tuent. Et il y a des absences de réaction qui en disent long sur l’état de déliquescence d’une équipe gouvernementale arrivée en bout de course. Le deuxième dérapage du ministre du Commerce et de l’Industrie, Riad Mezzour, n’est pas un accident. C’est un symptôme. Celui d’un patient politique que l’on a laissé fiévreux sans jamais lui administrer le moindre remède.

Revenons quelques jours en arrière. Lorsque Riad Mezzour s’est permis de dire à des jeunes de la diaspora souhaitant investir au Maroc de « rester là-bas », le pays tout entier a tressailli. Des milliers de Marocains du monde, qui chaque année déversent des milliards de dirhams dans l’économie nationale, qui tissent des ponts entre leurs pays d’accueil et leur terre natale, qui portent le drapeau dans leur cœur parfois plus intensément que ceux qui n’ont jamais quitté le sol national, ont été insultés. Blessés. Humiliés.

Et qu’a-t-on vu ? Rien. Pas un mot du chef du gouvernement. Pas un recadrage public. Pas une explication. Pas même une mise au point en interne, si l’on en juge par la suite des événements. Aziz Akhannouch a choisi le silence. Un silence assourdissant qui a été immédiatement interprété par son ministre comme une autorisation tacite à persévérer dans cette voie périlleuse.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. À peine la poussière de la première polémique retombée, voilà que Mezzour récidive. Cette fois, ce sont nos propres opérateurs économiques qui en prennent pour leur grade. « Les Turcs vous ont écrasés par 58 à zéro », lance-t-il sur ce ton professoral qui en dit long sur le mépris qu’il voue à ceux-là mêmes qu’il est censé servir. « Les Égyptiens ont réalisé des choses que vous êtes incapables de faire. »

Quel est donc le message que cherche à faire passer ce ministre ? Que les entrepreneurs marocains sont des incapables ? Qu’ils devraient baisser la tête face à la concurrence étrangère ? Depuis quand un ministre de l’Industrie et du Commerce insulte-t-il son propre camp au lieu de le motiver, de l’encourager, de lui donner les moyens de se surpasser ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’insultes. Pas de critiques constructives. Pas d’analyse factuelle étayée par des propositions d’accompagnement. Non. De la condescendance pure et dure. De la brutalité verbale gratuite.

La question qui brûle toutes les lèvres aujourd’hui est simple : si Aziz Akhannouch avait fait son travail de chef de gouvernement après le premier dérapage, en convoquant son ministre, en lui signifiant clairement que ce langage n’est pas acceptable, en exigeant des excuses publiques à la diaspora, en serrant la vis, tout simplement, en serait-on arrivé là ?

La réponse est tout aussi simple : non. Non, parce qu’un cadre, quel qu’il soit, qui sait que ses écarts seront sanctionnés, réfléchit à deux fois avant de parler. Non, parce que la fonction ministérielle exige une discipline collective que seul le chef peut garantir. Non, parce que gouverner, c’est aussi savoir dire « stop » à ceux qui, par leurs excès de langage, fragilisent l’ensemble de l’édifice.

Ce que nous révèle l’affaire Mezzour, c’est un gouvernement en pilotage automatique, où chacun fait ce qu’il veut, dit ce qu’il veut, à qui il veut, sans craindre la moindre conséquence. C’est un exécutif dont le capitaine, peut-être déjà trop occupé à préparer sa sortie ou son avenir, a lâché la barre.

Pendant ce temps, les dégâts s’accumulent. La diaspora, première victime, rumine sa colère. Les hommes d’affaires nationaux, désormais visés, s’interrogent sur la considération que leur porte ce gouvernement. Et à l’étranger, on observe, on note, on juge.

Monsieur Akhannouch, il est encore temps. Le recadrage de votre ministre n’est pas une option. C’est une obligation. Non pas pour punir, mais pour rappeler une vérité fondamentale : dans un gouvernement, on ne laisse pas un membre incendier la maison commune sans réagir. Et certainement pas deux fois.

Si ce nouveau dérapage reste, lui aussi, sans réponse, alors ce ne sera plus la méthode Mezzour que nous observerons, mais bien la méthode Akhannouch. Celle d’un chef qui, par son inaction, cautionne et amplifie les dégâts causés par ses troupes. Une méthode qui, à force de laisser faire, finit par faire oublier que gouverner, c’est d’abord assumer.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Soyez le premier à lire nos articles en activant les notifications ! Activer Non Merci