
Par: Réda BAJOUDI*

Contexte
Walid Regragui est le sélectionneur de l’équipe nationale marocaine de football. Il est devenu mondialement connu après avoir mené le Maroc à un parcours historique lors de la Coupe du monde 2022, où les Lions de l’Atlas ont atteint les demi-finales pour la première fois pour une nation africaine et arabe.
Depuis, il est perçu comme un symbole du football marocain moderne, alliant discipline, esprit collectif et identité tactique forte.
La CAN (Coupe d’Afrique des Nations) est la plus grande compétition de football en Afrique. Elle réunit les meilleures sélections du continent. Pour le Maroc, la CAN n’est pas une simple compétition : c’est une question de fierté nationale et un moment d’émotion collective, surtout après le titre historique qui date de 1976.
L’équipe marocaine, les Lions de l’Atlas, incarne l’espoir, la résilience et l’unité pour des millions de supporters au Maroc et à l’étranger.
Analyse critique
De ma part, Il ne s’agit pas de prendre parti, ce n’est pas un jugement, et ce n’est ni un appel au départ, ni un appel au maintien.
C’est un appel à une analyse lucide — sans émotion, sans nostalgie, sans peur.
Car une chose est désormais claire : il n’y a plus de retour en arrière.
Le football marocain a franchi un cap. Nous n’acceptons plus les victoires symboliques. Nous ne nous contentons plus de « bons parcours ».
Aujourd’hui, le succès se mesure en titres, en structure et en durabilité.
Ce qui s’est passé ces dernières années — de la Coupe du monde 2022 à la CAN 2025 — a profondément changé l’état d’esprit national.
Sous la direction du président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, dont l’aptitude à mettre en œuvre la vision royale du grand chantier de football n’est plus à démontrer, le Maroc a montré que l’ambition, l’investissement, la bonne gouvernance et la vision peuvent transformer tout un système. C’est une avancée historique et stratégique, et elle ne doit pas être interrompue. Cette réflexion ne concerne donc pas seulement un entraîneur, mais la maturité de nos institutions.
Regragui représente un changement de mentalité. Il a prouvé que les Marocains peuvent rivaliser au plus haut niveau — et y ont leur place.
Mais tout système de haute performance doit se poser des questions essentielles : Évoluons-nous assez vite ? Renouvelons-nous nos ressources ? Choisissons-nous selon la compétence, et non par confort ? Construisons-nous pour les dix prochaines années, ou protégeons-nous le passé ?
Ce que nous devons éviter, c’est ce qui nous a toujours affaiblis : la complaisance, la loyauté émotionnelle et les réseaux personnels. Pas de « c’est mon ami », ni de « il est de mon cercle ». Encore moins des décisions dictées par la nostalgie.
Un seul critère doit compter : performance + vision.
Nous avons entamé un chemin vers l’excellence. Notre responsabilité est désormais de le protéger de la stagnation. Non pas en détruisant ce qui a été construit — mais en veillant à ce que cela continue de grandir.
Alors à la question faut-il garder Regragui… ou tourner la page ? Ce n’est peut-être pas la bonne question.
Le véritable enjeu n’est pas le nom sur le banc, mais le niveau d’exigence que nous sommes prêts à nous imposer collectivement. Un grand projet ne se mesure pas à un moment de gloire, mais à sa capacité à se remettre en question sans se renier.
Walid Regragui a ouvert une porte historique. Il a changé notre regard sur nous-mêmes. Il a prouvé que le sommet n’est pas hors de portée.
Mais une institution mature ne vit pas dans le symbole. Elle se définit par sa capacité à évoluer, à se réinventer, et à faire passer le projet avant les personnes.
Si Regragui continue d’incarner cette exigence, cette lucidité, cette capacité à se renouveler, alors sa place est naturelle. Mais si le système commence à le protéger au nom de ce qu’il a été, plutôt que de ce qu’il doit encore devenir, alors le projet — pas l’homme — devra primer.
Ce n’est pas une question de fidélité ni de reconnaissance. C’est une question de responsabilité.
Car désormais, le Maroc ne vise plus à surprendre, Il vise à durer. Et la vraie grandeur d’un projet se mesure à sa capacité à avancer, même lorsque cela oblige à se dépasser soi-même.
*Conseiller en politique stratégique



