Misère télévisuelle


Chaque année au mois de Ramadan, on assiste à un engouement spectaculaire pour cette agora de la critique dédiée à la production télévisuelle – en particulier – des deux fameuses chaînes de la télé marocaine « sitcom, série, film télévisuel… ». Ce phonème récurent porte en lui une anomalie que nous pouvons résumer en cette phrase sous forme d’interrogation: pourquoi cet intérêt exceptionnel pour la production télévisuelle au mois de Ramadan? Alors que nous assistons tout au long de l’année à la diffusion d’un programme conséquent englobant des émissions, des séries etc. Il faut dire que cette production annuelle est loin d’être accompagnée avec le même enthousiasme ramadanien. 

Pour porter des éléments de réponse, nous pouvons avancer l’argument du contexte temporel où le public marocain témoigne d’un comeback très singulier au programme des deux chaînes. On peut le qualifier d’un retour annuel au produit local. C’est l’occasion pour une partie de ce public dotée d’un sens critique modeste de produire un discours qui se veut comme un jugement. Ce discours trouve sa place dans les réseaux sociaux. Il reflète tout un débat à bâtons rompus autour de cette production qui s’avère un grand souhait de cette catégorie de spectateurs où la représentation de soi-même est placée au premier rang.

En parallèle de cette approche qui s’inscrit dans un registre impressionniste, il y a tout un corpus critique porté par des journalistes et des critiques artistiques. Ces derniers portent un autre regard et une autre façon d’appréhender cette production. Ce qui caractérise- en premier lieu –  la contribution de ces protagonistes, c’est l’adoption d’une approche un peu soutenue, en se basant sur une analyse portant sur les composantes de la création en l’occurrence le scénario, la thématique et les procédés techniques. Cela dit, c’est un pas de plus pour quitter ce terrain de l’interprétation de l’œuvre qui reste sous l’emprise d’une critique subjective.

Toute cette dynamique est louable sauf que le constat enregistré chaque année révèle malheureusement l’absence d’un souci de qualité envers un public porté par le désir de renouer avec notre production marocaine. La déception est soulignée en rouge par un public qui ne cache pas son opinion quant au niveau indécent de la majorité de cette production avec quelques exceptions qui se comptent sur les doigts d’une main.

Cela dit, est ce qu’il faut attendre le mois de Ramadan pour faire le bilan de notre production télévisuelle là où la précipitation bat son plein afin de remplir cette grille de programme affamée. Ce laps de  temps donné comme une bouffée d’oxygène à ce secteur qui profite pleinement de cette aubaine pour inonder la télé par des produits indigestes rendant nos soirées – après la rupture du jeûne – plus moroses que jamais.

Le mois de Ramadan, est certes un moment décisif pour la production marocaine. Mais il ne doit pas être un creuset d’une création bâclée destinée à un remplissage hâtif et porteur d’une déception sans nom.