« UN NUAGE ROUGE DANS LE CIEL DE MADRID ». LE RAPPORT SECRET REMIS À PEDRO SANCHEZ SUR LE RAPPROCHEMENT MAROCO-ISRAÉLIEN. RÉVÉLATIONS.


Un rapport alarmant a été remis fraîchement par les services de renseignement militaire  au président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, sous l’intitulé « Un nuage rouge dans le ciel de Madrid ». Le rapport en question, « Document de recherche 19/2021 », porte le cachet du Centre Supérieur d’Études de la Défense Nationale (CESEDEN) et de l’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE), tous deux étant des centres d’analyse dépendant du ministère de la défense.

Dans ce rapport, remis au chef de l’Exécutif espagnol avant la visite le 22 novembre à Rabat du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, le renseignement militaire espagnol met en garde contre le « danger » que représenterait le rapprochement maroco-israélien pour « la nation espagnole ». « Nous savons tous que la nation espagnole est en danger; le lobby juif est le plus puissant et le plus influent au monde et, de ce fait, le rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv met le Maroc en position de force et accroît substantiellement son influence dans la région », indique le rapport.

Ce document confidentiel fait état d' »enthousiasme sans précédent de la part des Marocains d’Israël notamment ceux qui occupent des postes sensibles en Israël ». « Le Maroc occupe une place privilégiée en Israël en raison de la présence d’1 million de Marocains en Israël », rappelle-il.

« Le niveau de dangerosité a été requalifié de la zone jaune à la zone rouge avec la visite au Maroc du ministre israélien de la défense (Benny Gantz, Ndlr) », s’alarme le renseignement militaire espagnol, relevant qu’un accord militaire, le premier du genre dans le monde arabe, sera scellé à l’occasion du déplacement marocain du chef de l’armée israélienne. « L’accord attendu, selon nos sources, permettra au Maroc d’acquérir facilement des équipements sécuritaires de haute technologie; il prévoit également une coopération en matière de planification opérationnelle, la recherche et le développement de la technologie militaire », rapporte le renseignement militaire espagnol.

« La coopération maroco-israélienne comprend également la construction d’une base militaire à proximité de nos frontière nationales. Ce projet dépasse le cadre les accords d’Abraham dont le Maroc est partie prenante », croit savoir la même source, faisant état d’ »informations » selon lesquelles « la coopération entre Rabat et Tel-Aviv pourrait dépasser le cadre sécuritaire et militaire pour englober une collaboration en matière de renseignement ».

« Israël ouvrera à doter le Maroc d’une antenne locale pour la fabrication de drones, ce qui permettra de renforcer les capacités de l’armée de l’air marocaine, et permettra à Israël de fabriquer des drones en grandes quantités et à bas prix, ce qui lui donnera la possibilité de mieux se positionner sur le marché international de l’armement », relève le même rapport.

Explorations pétrolières dans le sud marocain

Le Maroc a donné son feu vert à la société Qatar Petroleum International Upstream L.L.C pour démarrer l’exploration pétrolière dans « le Sahara occidental, près des Canaries », indique encore le rapport, relevant que « le gouvernement local » (îles Canaries) est « inquiet quant aux répercussions catastrophiques (de l’exploration) sur l’environnement ».

Le même rapport indique que Rabat avait également « autorisé une société israélienne à démarrer l’exploration de gaz et de pétrole dans les eaux du Sahara occidental, à Dakhla ».

L’installation par une société marocaine d’une ferme piscicole au large des îles Jaaffarines s’est également « invitée » dans le rapport des services secrets espagnols, qualifiant la décision marocaine souveraine de « développement dangereux » sur laquelle « il ne faut pas se taire quelles que soient les défis ».

« Nous avons contacté à ce sujet nos homologues européens mais ces derniers n’ont pas interagi face aux agissements marocains; tout le monde a peur de la réaction des autorités marocaines », déplore la même source.

« À Washington, le lobby juif marocain a fermé devant nous plusieurs portes; les États-Unis ne sont pas prêts à donner des leçons d’orientation à Rabat; le Maroc est devenu leur enfant gâté en Afrique du Nord », s’inquiète la même source. « Rabat commence à nous agacer par ses conditions, elle n’est pas enthousiaste pour rouvrir les frontières avec Ceuta et Melilla; pire encore, elle commence à s’ingérer dans nos affaires intérieures », s’alarme la même source, citant parmi lesdites conditions qui auraient été dictées aux autorités espagnoles « la régularisation de la situation des travailleurs dans les présides de Ceuta et Melilla ».

Et d’ajouter: « L’activité du renseignement marocain dans les deux villes a gagné en intensité et les espagnols d’origine marocaine constituent une bombe à retardement pour nous; ils peuvent être mobilisés à tout moment par Rabat ». 

Autre « inquiétude » manifestée par le renseignement espagnol, elle concerne la question de la délimitation par le Maroc de ses frontières maritimes. À ce sujet, la même source évoque le refus des autorités marocaines de « s’asseoir à la table des négociations » pour régler cette question, attribuant ce refus à « la position géo-politique qu’occupe désormais le Royaume du Maroc ».

Avec ce rapport, il est clair que l’establishment espagnol peine encore à prendre la mesure  de la nouvelle donne géo-politique qui se dessine dans la région. Otage d’une vision colonialiste archaïque, il peine à s’adapter à la nouvelle réalité d’un Maroc souverain, puissant et maître de ses décisions.