
Par : Mohamed KHOUKHCHANI

La question que je soulève dépasse largement le cas de Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Elle touche à l’un des problèmes fondamentaux de la vie politique marocaine : la difficulté à établir une correspondance vérifiable entre les engagements proclamés par les responsables politiques, les décisions qu’ils prennent lorsqu’ils exercent le pouvoir et les résultats que les citoyens constatent dans leur vie quotidienne.
Ma réflexion initiale pose un principe essentiel : mettre en cohérence les discours et les actes constitue une condition nécessaire au rétablissement de la confiance des citoyens dans la politique.
Mais ce principe soulève une interrogation plus exigeante encore : comment distinguer un responsable qui maîtrise l’art de la communication politique d’un responsable dont les décisions produisent effectivement les transformations annoncées ?
La réponse suppose de dépasser les impressions personnelles, les fidélités partisanes et les jugements fondés sur l’éloquence. Elle exige d’examiner les programmes, les responsabilités réellement exercées, les décisions prises, les résultats obtenus et les conséquences de ces décisions sur le terrain.
Il ne s’agit donc ni de défendre ni de condamner un dirigeant en particulier. Il s’agit de construire une grille d’analyse permettant d’appliquer les mêmes exigences à tous : ministres, chefs de gouvernement, secrétaires généraux des partis, parlementaires et responsables des collectivités territoriales.
I. Une défiance citoyenne qui ne relève pas seulement du ressenti.
Les données disponibles permettent de mesurer l’ampleur du problème, tout en évitant de généraliser abusivement les résultats d’une enquête à l’ensemble de la population.
Selon une étude d’Afrobarometer publiée le 16 mars 2026, fondée sur une enquête menée au Maroc en février 2024 auprès de 1 200 adultes, seuls 33 % des jeunes de 18 à 35 ans déclaraient faire partiellement ou beaucoup confiance aux partis politiques, qu’ils appartiennent à la majorité ou à l’opposition. La confiance atteignait 37 % pour le Parlement et 34 % pour les conseils municipaux.
Ces chiffres invitent à s’interroger sur le rapport entre les institutions politiques et les citoyens. Ils ne démontrent pas, à eux seuls, que la défiance résulte exclusivement de l’incohérence entre les discours et les actes. Le chômage, les inégalités, la perception de la corruption, les difficultés d’accès aux services publics et le sentiment de ne pas être entendu peuvent également l’alimenter.
Cependant, un enseignement mérite une attention particulière : les jeunes interrogés adhèrent largement aux principes de responsabilité politique, mais se montrent plus réservés quant à leur application. Afrobarometer indique notamment que 67 % estiment que le chef du gouvernement doit rendre compte au Parlement de l’utilisation des deniers publics, tandis que 63 % considèrent qu’il doit respecter les lois et les décisions judiciaires, même lorsqu’il les juge erronées.
Il existe donc un enjeu qui dépasse la popularité d’un gouvernement ou d’un parti : les citoyens attendent que la responsabilité politique soit une pratique effective et non un simple principe inscrit dans les discours.
II. Pourquoi les discours politiques finissent-ils par se détacher des actes ?
Plusieurs mécanismes peuvent contribuer à expliquer ce phénomène au Maroc. Ils ne concernent pas nécessairement tous les responsables ni toutes les institutions de la même manière.
1. La confusion entre communiquer et gouverner.
La communication est devenue une dimension centrale de la vie politique. Conférences de presse, interventions parlementaires, vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et publications sur les plateformes numériques permettent aux responsables de présenter leur action, de défendre leur bilan et de répondre aux critiques.
Ces moyens ne sont pas condamnables en eux-mêmes. Ils peuvent même améliorer la transparence lorsqu’ils rendent l’information accessible.
Le problème apparaît lorsque la communication tend à se substituer à la démonstration des résultats.
Un ministre peut annoncer un programme de création d’emplois sans préciser combien d’emplois ont effectivement été créés, combien sont durables, combien de bénéficiaires ont retrouvé une activité et quel a été le coût réel de chaque emploi. Un responsable peut annoncer la réduction des inégalités territoriales sans présenter l’évolution des écarts entre les régions. Un autre peut promettre une réforme scolaire sans documenter ses effets sur les apprentissages, le décrochage ou les conditions de travail des enseignants.
Dans ces situations, l’annonce devient elle-même un instrument de valorisation politique, alors qu’elle devrait constituer le point de départ d’une obligation de résultat ou, à tout le moins, d’une obligation de rendre compte.
La question pertinente n’est donc pas seulement : « Qu’a déclaré le ministre ? »
Elle est aussi : « Qu’a-t-il décidé, quels moyens a-t-il mobilisés, quels obstacles a-t-il rencontrés et quels résultats peut-il établir ? »
2. La tentation de s’attribuer les succès et de partager les responsabilités en cas d’échec.
Un autre mécanisme tient à la manière dont les responsables présentent les résultats.
Lorsqu’un projet aboutit, plusieurs acteurs peuvent revendiquer le mérite : le ministre en exercice, son prédécesseur, l’administration, la majorité parlementaire ou les partenaires institutionnels.
À l’inverse, lorsque les résultats sont insuffisants, les explications peuvent se multiplier : contraintes budgétaires, héritage du gouvernement précédent, lenteurs administratives, conjoncture internationale ou insuffisance des moyens transférés aux collectivités territoriales.
Ces facteurs peuvent être parfaitement réels. Il serait injuste d’imputer automatiquement à un ministre tous les dysfonctionnements d’un secteur, notamment lorsque les décisions relèvent de plusieurs institutions.
Mais une difficulté apparaît lorsque les responsabilités sont constamment partagées pour expliquer les échecs, alors que les succès sont présentés comme des réalisations personnelles.
La bonne méthode consiste à reconstituer la chaîne de décision : qui a conçu la mesure, qui l’a approuvée, qui disposait des moyens nécessaires, qui devait l’exécuter et qui avait la responsabilité d’en contrôler les effets ?
C’est à cette condition que l’évaluation cesse d’être un exercice de communication pour devenir un véritable examen de l’action publique.
3. Le discours d’opposition : une épreuve différente de celle du pouvoir.
Le décalage entre les déclarations et les réalisations apparaît particulièrement intéressant lorsqu’on compare les discours des responsables dans l’opposition à leurs pratiques lorsqu’ils accèdent aux responsabilités gouvernementales.
Dans l’opposition, un dirigeant peut dénoncer la cherté de la vie, le chômage, les inégalités territoriales, les conflits d’intérêts ou les insuffisances des services publics. Il peut également défendre une réforme ambitieuse de l’école, de la santé ou de la protection sociale.
Ces prises de position participent au débat démocratique. L’opposition a précisément pour fonction de contrôler l’action gouvernementale et de proposer des alternatives.
Mais l’exigence de cohérence devient plus forte lorsque le même responsable rejoint le gouvernement. Il doit alors expliquer ce qu’il entend changer, quelles mesures il défend, quels arbitrages il accepte et comment il compte mesurer les progrès accomplis.
L’entrée au gouvernement ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’incohérence. Un parti peut légitimement participer à une coalition pour mettre en œuvre une partie de son programme. Il peut aussi accepter des compromis dans le cadre d’un accord de gouvernement.
Toutefois, le compromis politique ne saurait devenir une dispense permanente d’explication.
Lorsqu’un responsable abandonne une revendication qu’il défendait avec insistance, il devrait pouvoir préciser pourquoi : changement de circonstances, impossibilité budgétaire, désaccord avec ses partenaires ou révision argumentée de ses priorités.
Sans cette explication, le citoyen peut légitimement s’interroger sur la différence entre une conviction politique et une position de circonstance.
III. Le cas des dirigeants de partis : l’éloquence suffit-elle à établir la cohérence ?
C’est ici que revient la déclaration du militant du PPS qui considère que Mohamed Nabil Benabdallah se distingue, sur la scène nationale, par sa capacité à conjuguer le discours politique et l’action.
Cette appréciation doit être traitée pour ce qu’elle est : un jugement personnel favorable, qui peut s’appuyer sur une réelle admiration pour son style d’intervention, sa présence médiatique ou la constance de certaines de ses prises de position.
Mais elle ne constitue pas, en elle-même, une démonstration de cohérence entre le discours et les actes.
Trois distinctions sont indispensables.
Premièrement, la qualité du discours. Un dirigeant peut formuler clairement les problèmes, défendre des positions argumentées et interpeller efficacement ses adversaires.
Deuxièmement, la constance politique. Il faut examiner si ses prises de position demeurent compatibles avec celles qu’il défendait auparavant, notamment lorsqu’il change de fonction ou de partenaire politique.
Troisièmement, le bilan de l’action. Il convient de vérifier ce que ses responsabilités lui ont permis de réaliser, ce qui n’a pas abouti et les raisons documentées des résultats obtenus ou manqués.
Ces trois dimensions sont liées, mais elles ne se confondent pas.
Un dirigeant peut être un excellent orateur sans avoir disposé des moyens institutionnels nécessaires pour mettre ses propositions en œuvre. Inversement, un responsable peu spectaculaire dans les médias peut avoir contribué à des résultats mesurables.
Pour évaluer Benabdallah comme tout autre responsable, il faudrait donc examiner séparément ses différentes périodes d’exercice des responsabilités, les décisions qui lui sont imputables, les résultats documentés et les contraintes qu’il a rencontrées.
Il serait notamment incorrect d’attribuer à un ministre la totalité des résultats d’un gouvernement ou de considérer qu’une décision collective constitue nécessairement son initiative personnelle.
La même rigueur s’impose lorsqu’on examine les critiques formulées contre lui : une accusation politique, une controverse interne ou un événement institutionnel doivent être établis et replacés dans leur contexte avant de servir de preuve.
La fidélité à un dirigeant ne dispense pas de vérifier son bilan ; la critique d’un dirigeant ne dispense pas davantage de prouver les faits avancés contre lui.
IV. Le problème est aussi celui de la démocratie interne des partis.
L’incohérence politique ne concerne pas seulement les relations entre les dirigeants et les citoyens. Elle peut également se manifester au sein des organisations partisanes.
Les partis marocains défendent généralement la démocratie, la participation, la justice sociale et la responsabilité publique. Mais la crédibilité de ces principes dépend aussi de leur application dans leur propre fonctionnement.
La Constitution marocaine de 2011 prévoit, dans son article 7, que l’organisation et le fonctionnement des partis politiques doivent respecter les principes démocratiques. Elle leur attribue également une mission de formation politique et de participation à la gestion des affaires publiques.
Cette exigence conduit à poser plusieurs questions concrètes :
● Les militants peuvent-ils réellement débattre des orientations stratégiques et influencer les décisions ?
● Les instances collectives contrôlent-elles effectivement les choix de la direction ?
● Les candidatures aux élections sont-elles sélectionnées selon des critères transparents ?
● Les responsables rendent-ils compte de leurs décisions aux instances qui les ont mandatés ?
● Les désaccords internes sont-ils traités conformément aux statuts et aux règlements du parti ?
Ces questions sont particulièrement importantes lorsqu’un parti réclame davantage de démocratie à l’échelle nationale.
Une organisation ne peut durablement convaincre les citoyens de la nécessité de démocratiser les institutions publiques si ses propres pratiques ne permettent pas une participation effective de ses membres.
Il ne s’agit pas d’affirmer que tous les partis fonctionnent de la même manière. Il s’agit de rappeler que la cohérence entre les principes annoncés et les pratiques internes constitue un élément essentiel de leur crédibilité.
Le cas d’un conflit entre un militant et sa direction doit, lui aussi, être examiné à partir des statuts applicables, des décisions prises et, le cas échéant, des décisions judiciaires. L’existence d’un désaccord ne suffit pas à prouver une dérive démocratique ; en revanche, le respect ou le non-respect des règles constitue un objet d’examen précis.
V. Quand les chiffres deviennent des instruments de communication.
La présentation des bilans gouvernementaux mérite une attention particulière.
Un programme peut afficher des milliards de dirhams d’investissements, des milliers de projets engagés ou des objectifs ambitieux de création d’emplois. Pourtant, ces chiffres ne répondent pas nécessairement à la question que se pose le citoyen : qu’est-ce qui a changé dans ma vie ?
Il faut distinguer au moins quatre niveaux d’évaluation :
Pour évaluer rigoureusement une politique publique, il convient de distinguer quatre niveaux complémentaires. Le premier concerne les engagements annoncés, c’est-à-dire les objectifs formulés par le gouvernement ou le responsable politique. Le deuxième porte sur les moyens mobilisés, notamment les budgets alloués, les personnels affectés et les dispositifs mis en place. Le troisième concerne les réalisations effectives, autrement dit les mesures réellement exécutées et les projets effectivement achevés. Enfin, le quatrième niveau, sans doute le plus déterminant pour les citoyens, porte sur l’impact concret des politiques publiques, mesuré à travers les changements observables dans les conditions de vie de la population.
Cette distinction permet d’éviter une confusion fréquente entre l’annonce d’un objectif, les ressources consacrées à sa réalisation, l’exécution des mesures prévues et les résultats réellement obtenus. Un gouvernement peut ainsi annoncer un programme ambitieux et lui affecter des moyens importants sans que les effets attendus se matérialisent nécessairement sur le terrain. C’est précisément dans l’écart entre les objectifs proclamés et les résultats vérifiables que se situe l’une des principales difficultés de l’évaluation de l’action publique.
Prenons l’exemple de l’emploi. Annoncer un objectif de création d’un million d’emplois ne signifie pas que cet objectif a été atteint. Encore faut-il distinguer les postes annoncés des emplois effectivement créés, tenir compte des emplois détruits pendant la même période, calculer les créations nettes et examiner la stabilité ainsi que la qualité des emplois proposés.
La même démarche s’impose dans le secteur de l’éducation. Le nombre d’établissements construits ou rénovés ne suffit pas à démontrer une amélioration de la qualité de l’enseignement. Il faut également examiner les conditions d’encadrement pédagogique, l’assiduité des élèves, leurs acquis scolaires, le taux de décrochage et les disparités persistantes entre les territoires.
Dans le domaine de la santé, l’ouverture d’un établissement ne garantit pas, à elle seule, un accès effectif aux soins. L’évaluation doit également prendre en considération la disponibilité des professionnels de santé, le fonctionnement des équipements, les délais de prise en charge et la capacité réelle des structures à répondre aux besoins de la population.
Cette approche conduit à une conclusion essentielle : un indicateur favorable ne constitue pas nécessairement la preuve d’une réussite globale. Il faut encore déterminer ce qu’il mesure précisément, quelles populations en bénéficient, quelles insuffisances subsistent et dans quelle mesure les résultats obtenus correspondent aux engagements initiaux.
Le véritable enjeu est donc de faire de l’évaluation des politiques publiques un exercice de transparence et de responsabilité, plutôt qu’un simple prolongement de la communication gouvernementale.
Un contrôle existe déjà, mais son utilité dépend aussi du suivi.
Le Maroc dispose notamment du Parlement, des mécanismes de contrôle gouvernemental et de la Cour des comptes. L’article 70 de la Constitution confie au Parlement le contrôle de l’action gouvernementale et l’évaluation des politiques publiques. Les articles 100 à 102 organisent également des mécanismes de questions parlementaires, de présentation du bilan gouvernemental et d’audition des responsables publics.
La Cour des comptes a, pour sa part, publié son rapport annuel 2024-2025, qui porte notamment sur le suivi de réformes publiques et l’évaluation de stratégies et de programmes.
La question n’est donc pas simplement de savoir si des institutions de contrôle existent. Elle est aussi de déterminer dans quelle mesure leurs observations conduisent à des corrections, à des mesures de suivi et à une meilleure information du public.
Un rapport qui relève des insuffisances n’aura pas le même effet selon que ses recommandations sont suivies d’actions vérifiables ou qu’elles restent sans réponse suffisamment documentée.
Il faut toutefois distinguer les responsabilités : une juridiction financière peut constater des irrégularités de gestion ou des insuffisances de performance, mais elle ne se substitue pas au jugement politique des citoyens. De même, un mauvais résultat ne constitue pas automatiquement une faute juridique.
VI. Les contradictions les plus difficiles à résoudre : les promesses sociales face à la vie quotidienne.
Les citoyens jugent la politique à partir de leur expérience concrète : le prix des produits essentiels, la possibilité de trouver un emploi, la qualité de l’école publique, l’accès aux soins, les transports, le logement et les perspectives offertes à leurs enfants.
C’est là que la communication institutionnelle rencontre sa limite.
Un responsable peut présenter des indicateurs macroéconomiques encourageants, mais ces indicateurs ne décrivent pas nécessairement la situation de chaque ménage. La croissance économique peut coexister avec des difficultés persistantes pour certaines catégories sociales ou certains territoires.
De la même manière, une amélioration moyenne peut masquer des écarts importants entre les régions, les milieux urbains et ruraux ou les catégories professionnelles.
La bonne démarche consiste donc à rapprocher les indicateurs nationaux des données locales et des témoignages des personnes concernées, sans confondre une expérience individuelle avec une statistique représentative.
Ce travail est d’autant plus important que la confiance dépend aussi de la possibilité, pour les citoyens, de vérifier les informations avancées par les autorités.
Une politique de soutien au pouvoir d’achat devrait ainsi être évaluée à partir de ses bénéficiaires effectifs, de son coût, de sa couverture et de ses effets mesurables, plutôt qu’à partir du seul nombre d’annonces ou de conférences de presse consacrées au sujet.
VII. Comment rétablir la cohérence entre les discours et les actes ?
La solution ne consiste pas à demander aux responsables de moins parler. Elle consiste à leur demander de rendre leur parole vérifiable.
Plusieurs mesures permettraient de renforcer cette exigence.
1. Publier des engagements mesurables. Chaque programme devrait comporter des objectifs chiffrés, des échéances, des budgets et des indicateurs permettant de vérifier les progrès.
2. Présenter des bilans périodiques comparables. Les résultats devraient être confrontés aux engagements initiaux, et non uniquement aux objectifs révisés en cours de route.
3. Expliquer les écarts. Lorsqu’un objectif n’est pas atteint, le responsable devrait préciser les obstacles rencontrés, les décisions correctives envisagées et le nouveau calendrier éventuel.
4. Renforcer le contrôle parlementaire et territorial. Les débats devraient s’appuyer sur des données accessibles, des auditions pertinentes et un suivi des recommandations.
5. Exiger une responsabilité politique au sein des partis. Les directions devraient rendre compte de leurs décisions, respecter les procédures internes et expliquer les compromis conclus au nom de leur formation.
6. Donner au citoyen les moyens de vérifier. Les données relatives aux budgets, aux réalisations, aux marchés publics et aux résultats des politiques devraient être publiées dans des formats compréhensibles et régulièrement actualisés.
7. Distinguer l’échec de la faute. Une politique peut échouer malgré un travail sérieux, des moyens appropriés et des circonstances défavorables. L’enjeu est de déterminer si les décisions étaient raisonnables, si les alertes ont été prises en compte et si les responsables ont corrigé leur action.
Cette dernière distinction est importante : une démocratie responsable ne doit pas seulement sanctionner les échecs. Elle doit également encourager la transparence, l’apprentissage institutionnel et la correction des erreurs.
Conclusion — La crédibilité politique se mesure dans la durée.
La comparaison entre les deux affirmations qui ont inspiré cette réflexion permet de dégager une distinction essentielle.
La première pose un principe général : la cohérence entre les discours et les actes est indispensable au rétablissement de la confiance.
La seconde exprime une appréciation particulière sur Mohamed Nabil Benabdallah, dont l’auteur souligne les qualités oratoires et la capacité à défendre ses positions politiques.
Ces deux propositions ne sont pas contradictoires par nature. Mais la seconde ne démontre pas la première : apprécier un discours ne suffit pas à établir la cohérence d’une action.
Pour vérifier cette cohérence, il faut examiner les décisions, les résultats, les responsabilités effectivement exercées et les explications données lorsque les engagements ne sont pas tenus.
Cette méthode doit être appliquée à tous les responsables, quelle que soit leur appartenance politique, leur place dans la majorité ou dans l’opposition, leur ancienneté ou leur popularité.
Au fond, la question centrale n’est pas de savoir qui parle le mieux, qui critique le plus vigoureusement ses adversaires ou qui maîtrise le mieux les techniques de communication.
Elle est de savoir si le responsable politique accepte que ses propres déclarations soient soumises aux mêmes exigences de vérification que celles qu’il impose aux autres.
La confiance ne se décrète pas, ne se réclame pas et ne se reconquiert pas par la seule éloquence. Elle se construit lorsque les engagements sont tenus, lorsque les écarts sont expliqués et lorsque les citoyens peuvent vérifier, par eux-mêmes, les résultats de l’action publique.
C’est à cette condition que la politique peut retrouver sa fonction première : non pas seulement convaincre, mais agir, rendre compte et servir l’intérêt général.



