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Une rentrée sans la culture !!

Par : Saïd BOUAITA

Par : Saïd BOUAITA

On parle beaucoup ces derniers temps de « rentrée culturelle au Maroc », notamment grâce aux manifestations culturelles organisées à Casablanca. Mais peut-on véritablement parler de « rentrée culturelle » au Maroc, au sens plein du terme ? Cette question se pose invariablement chaque année à la même période, comme à la rentrée scolaire, universitaire ou politique.

Y a-t-il une « rentrée culturelle » au Maroc ?

La réponse, hélas, est NON. De fait, la plupart des acteurs du paysage culturel marocain s’accordent à dire qu’une telle « rentrée culturelle » n’existe pas dans la vie culturelle marocaine. Cette situation est principalement imputée à la faiblesse des institutions culturelles en charge des affaires culturelles marocaines, due à l’absence de stratégies globales englobant la planification, le soutien et le suivi.

Cette absence est également due à la prédominance d’une réalité non culturelle. Sa manifestation la plus flagrante est la disparition des bibliothèques, des cinémas et des galeries d’art, remplacés le long des artères principales de la plupart des villes marocaines par des fast-foods. De ce fait, les questions culturelles sont devenues secondaires dans le quotidien des Marocains. Ceci a contribué à la marginalisation des intellectuels et des écrivains et au déclin de leur rôle essentiel dans la représentation des enjeux fondamentaux liés aux valeurs, aux préoccupations et aux aspirations de la société. Par ailleurs, leur engagement organique attendu pour sensibiliser, éduquer, éclairer et plaider en faveur d’un changement des mentalités s’est considérablement amoindri.

Par conséquent, lorsqu’on parle de « rentrée culturelle », il s’agit souvent d’une simple rencontre superficielle, sans impact durable. Toute véritable « rentrée culturelle » marocaine, en revanche, requiert un projet culturel (civilisationnel) qui reflète les atouts et le dynamisme de la culture marocaine dans un monde en mutation. C’est seulement ainsi qu’une « rentrée culturelle » véritablement significative peut se produire.

L’expression « rentrée culturelle » ne reflète pas fidèlement la réalité de la vie culturelle au Maroc. C’est un concept étranger, déconnecté des traditions culturelles marocaines, importé d’autres contextes, notamment de France et d’Allemagne, pour décrire une situation qui nous est très éloignée. Par conséquent, ceux qui l’emploient fondent leur compréhension sur ces contextes extérieurs, et non sur l’état actuel de la vie culturelle au Maroc. Dès lors, parler de « rentrée culturelle » au Maroc est quelque peu vain, pour deux raisons principales. Premièrement, nous n’avons pas de tradition culturelle où éditeurs, écrivains et lecteurs se retrouvent lors d’une saison dédiée à la célébration d’événements culturels. Toutes les conditions nécessaires à la tenue de tels événements sont réunies au Maroc, à l’exception d’un véritable événement culturel.

On trouve des festivals pour l’Aïta (un genre musical traditionnel marocain) et d’autres pour la Tbourida (un spectacle équestre), les arts populaires et les célébrations des saints, ainsi que des rassemblements dans divers domaines. Cependant, on ne trouve pas d’événements culturels comparables, à l’exception de quelques activités ponctuelles organisées par certaines associations. Deuxièmement, nous sommes une société qui ne lit pas ou peu. On ne peut parler de rentrée culturelle au Maroc sans le lecteur, c’est-à-dire sans le lecteur qui soutient la production culturelle par l’acquisition de livres.

Quelques séances de dédicaces dans telle ou telle bibliothèque, telle ou telle ville, suffisent -elles à constituer une véritable « rentrée culturelle » ? Faut-il attendre quelques remises de prix (aussi rares soient-elles) pour déclarer qu’une « rentrée culturelle » a débuté ? Ces questions en soulèvent d’autres, mais restent sans réponse en l’absence d’un dynamisme et d’une activité culturelle efficaces. Un dynamisme culturel est essentiel à une véritable contribution culturelle.

Nul ne conteste le manque de dynamisme culturel au Maroc et, plus important encore, l’absence d’institutionnalisation des affaires culturelles et d’un ministère de la Culture fort. Le déclin de la culture au Maroc est largement imputable au ministère lui-même. Ce dernier a investi moins dans la culture, les écoles et l’éducation que dans des domaines futiles générant certes des revenus, mais sans valeur ajoutée à moyen et long terme. À cela s’ajoute la faiblesse des budgets alloués à la recherche scientifique et au développement culturel de fond. Le système culturel marocain s’en trouve ainsi paralysé, et la seule solution réside dans une réforme globale, non pas de ses composantes isolées, car la culture forme un tout indivisible.

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