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Le discours d’Attaf ou la doctrine de la chèvre volante. (« ولو طارت معزة»)

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

Ce que dit vraiment le discours d’Attaf

On aurait tort de lire l’intervention algérienne comme un retour en arrière. Elle est plutôt un repli sur la dernière position tenable. Devant la 81e Assemblée générale, Attaf a réaffirmé le soutien d’Alger au droit à l’autodétermination et soutenu que les questions de « décolonisation » ne sauraient se régler par l’imposition du fait accompli. Le vocabulaire est ancien ; l’usage, lui, est nouveau. Alger ne conteste plus la hiérarchie des reconnaissances, perdue depuis longtemps : elle cherche à préserver un principe juridique dans le texte même qui l’a désavouée.

Car la résolution 2797 laisse entrevoir pour les esprits tordus une lecture prétendument ambiguë. Si elle demande que les négociations prennent pour base la proposition marocaine d’autonomie, elle a aussi maintenu l’exigence d’une solution mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination. Un diplomate onusien résume la stratégie algérienne : pour Alger et le Polisario, l’enjeu n’est plus de gagner la bataille des reconnaissances bilatérales, mais d’empêcher que ce principe disparaisse du cadre de négociation. L’audace apparente est donc un calcul de calendrier. Le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre, et la résolution 2797 a chargé le Secrétaire général d’un examen stratégique sur l’avenir de la mission. Réintroduire le mot « référendum » dans le débat maintenant, c’est peser sur la rédaction du prochain texte.

Le ton sert aussi un public intérieur. Un pouvoir qui a fait de ce dossier un marqueur de légitimité ne peut pas donner l’image d’un renoncement, surtout quand Washington multiplie les visites à Alger.

Boulos : l’ambiguïté du médiateur, non un revirement

Les propos de Massad Boulos sur France 24 ont été lus à Alger comme un désaveu de Rabat. La lecture est hâtive. Boulos a dit qu’aucune solution n’était imminente et que Washington attendait toujours une réponse formelle du « Polisario » sur le plan d’autonomie, faute de quoi le processus onusien ne pourrait aboutir. Il a salué l’aide apportée par Alger tout en estimant que les Algériens ne peuvent pas imposer une solution. Autrement dit, il désigne le point de blocage, le « Polisario », et fixe une limite à Alger, tout en l’épargnant publiquement.

Cette retenue relève de la grammaire du médiateur. Washington a besoin d’Alger autour de la table. Il a aussi des intérêts énergétiques : lors de sa troisième visite depuis avril 2025, Boulos s’est entretenu avec le Premier ministre Sifi Ghrieb, Ahmed Attaf, et le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi. La leçon pour Rabat ne tient pas dans une supposée inflexion américaine, mais dans la nature de la diplomatie Trump : elle est transactionnelle. Une reconnaissance acquise reste un capital à entretenir, jamais une rente.

Il faut aussi prendre au sérieux le constat : trois cycles de négociations ont réuni le Maroc, le « Polisario », l’Algérie et la Mauritanie sans accord. Le récit d’un dossier définitivement « clos », bien qu’évident, se heurte, néanmoins, à cette réalité. Mieux vaut l’admettre soi-même que de se le voir opposer.

Orientations pour la diplomatie marocaine avant le 31 octobre

Faire de la MINURSO une victoire de sens plutôt qu’une victoire de démolition.

La contraction de la mission est déjà engagée : le budget proposé pour 2026-2027 baisse de 11,3 %, avec vingt-trois postes civils supprimés et un appareil retiré de la flotte. L’objectif le plus rentable symboliquement est d’amputer le mandat de sa référence référendaire, de le recentrer sur la surveillance du cessez-le-feu et l’appui au processus défini par la 2797, et de programmer une réduction progressive indexée sur les avancées politiques. Une telle réforme serait la réponse la plus éloquente au discours d’Attaf : elle ferait entrer dans le droit onusien ce que la tribune algérienne refuse de nommer. Exiger en revanche une suppression immédiate risquerait de braquer la Chine et la Russie — qui s’étaient abstenues sur la 2797, avec le Pakistan — et priverait le Maroc d’un témoin international utile le jour d’un incident armé. [Effectifs, moyens aériens, capacité médicale : la cure de la Minurso avant l’échéance du 31 octobre.

Se réapproprier l’autodétermination plutôt que la récuser. C’est le cœur du combat doctrinal. Un statut d’autonomie détaillé, soumis à l’approbation des populations concernées, constituerait une forme d’exercice de l’autodétermination. Présenter rapidement un texte actualisé, avec ses institutions, ses compétences et ses garanties, retirerait à Alger le monopole du concept.

Faire du silence du Polisario le point d’appui.

Boulos l’a dit : Washington attend une réponse. Le Maroc a intérêt à ce que le prochain texte consigne cette attente et fixe des échéances. L’inertie deviendrait alors un coût pour celui qui la pratique.

Obtenir le recensement des camps de Tindouf. Le sixième principe de Bourita gagnerait en portée s’il débouchait sur une demande juridique précise et répétée : l’enregistrement des populations par le HCR.

Préparer la candidature au Conseil.

La candidature marocaine à un siège non permanent pour 2028-2029 impose de soigner les membres élus, africains et asiatiques, qui arbitreront les votes à venir.

Tenir le front intérieur

L’autonomie ne sera pas seulement négociée à New York ; elle devra être écrite à Rabat. Elle implique une révision constitutionnelle, une régionalisation poussée, une redistribution fiscale. Ce chantier reviendra au prochain gouvernement. Or le scrutin du 23 septembre envoie un signal ambivalent : une participation de 38,08 %, et un RNI qui perd une trentaine de sièges, un vote sanction et nullement d’adhésion.

Un rejet du chef du gouvernement sortant, mis en cause pour des conflits d’intérêts, et de son parti. Un pays qui demande au monde de croire en ses institutions régionales ne peut pas laisser s’installer le soupçon sur ses institutions nationales.

Constitutionnellement, le chef du gouvernement sera issu du PAM, mais le Roi reste libre du choix de la personne. Le profil requis se définit moins par l’appartenance que par trois capacités : porter devant l’opinion une réforme institutionnelle d’ampleur ; incarner une probité qui désarme la critique étrangère ; comprendre que la politique sociale fait partie de l’argumentaire diplomatique, puisque l’attractivité du modèle marocain pour les populations des camps se mesure aussi à la situation de Casablanca ou de Laâyoune. La presse cite plusieurs noms ; l’essentiel est que le choix fasse de la cohésion intérieure un levier de la diplomatie.

Sur le plan des droits, chaque arrestation d’un manifestant ou d’un journaliste alimente les rapports que les adversaires du Maroc citent au Conseil des droits de l’homme. Sur le plan médiatique, la riposte ne peut pas se limiter à l’indignation : il faut une expertise en langues étrangères, capable de débattre avec les chercheurs et les juristes qui font l’opinion internationale.

Les contre – lectures qu’un analyste doit intégrer

Le discours d’Alger n’est pas sans fondement juridique. L’ONU n’a pas reconnu explicitement la souveraineté marocaine, et la mission porte toujours un nom lié au référendum. L’ancien diplomate Amar Belani soutient que la proposition marocaine peut servir de base sans que son contenu ou son issue soient acceptés d’avance. Moscou avait qualifié la démarche américaine de « démarche de cowboys ». Ces objections ne condamnent pas la position marocaine, mais elles rappellent que l’irréversibilité proclamée doit encore être inscrite dans le droit. La meilleure réponse est de rendre l’autonomie assez concrète et crédible pour que l’argument de l’autodétermination se retourne contre ceux qui l’invoquent.

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