
L’expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans, de l’appartement où elle vivait depuis 71 ans a ravivé la mobilisation autour de la crise du logement en Espagne, avec une manifestation ayant réuni samedi des milliers de personnes à Madrid, suivie de l’installation d’un campement sur la Puerta del Sol, devenu le nouveau point de ralliement des militants du droit au logement.
#Urgente. Maricarmen Abascal, de 87 años y con discapacidad, enfrenta un nuevo intento de desahucio el día 23 de la vivienda en la que ha vivido durante más de 70 años. Recordamos que:#Maricarmensequeda pic.twitter.com/bls98V7jVJ
— Amnistía Internacional Madrid (@amnistiamadrid) September 17, 2026
Baptisée « Maricarmen », cette mobilisation a placé au centre du débat les difficultés d’accès au logement et les expulsions locatives. Sur la Puerta del Sol, où environ 150 tentes étaient installées dimanche matin, des centaines de personnes ont passé la nuit, quinze ans après le mouvement du 15-M qui avait fait de cette même place l’un des principaux symboles de la contestation sociale en Espagne.
🇪🇸 | La acampada izquierdista contra el gobierno izquierdista en la madrileña Puerta del Sol amanece tranquila y con el suelo ya lleno de porquería.pic.twitter.com/q53woq03uT
— ʜᴇʀQʟᴇs (@herqles_es) September 27, 2026
La manifestation organisée samedi par le Syndicat des locataires a rassemblé environ 25.000 personnes selon la Délégation du gouvernement, contre 300.000 selon les organisateurs. Le cortège a traversé le centre de la capitale avant de se diriger vers le Congrès des députés, avec des slogans réclamant notamment une meilleure protection des locataires et des mesures contre les expulsions. À son issue, une partie des manifestants est revenue à la Puerta del Sol pour y installer spontanément un campement et réclamer l’adoption de nouvelles mesures en matière de logement.
Au cœur de cette mobilisation figure le cas de Maricarmen Abascal. Expulsée mercredi de son appartement situé dans le quartier de Retiro, elle a dû être évacuée sur une civière avant d’être conduite à l’hôpital. Elle occupait ce logement depuis 71 ans, dans le cadre d’un ancien contrat de location, et payait environ 500 euros par mois avant que la société ayant acquis le bien ne porte le loyer à 2.650 euros.
Depuis l’hôpital, l’octogénaire a appelé à tirer les leçons de son expulsion. « Ce qui m’est arrivé ne doit plus arriver à d’autres. Je vous demande à tous du courage, de vous battre, de défendre ce qui est à nous », a lancé cette retraitée dans une vidéo publiée sur X dans la nuit de dimanche à lundi par le syndicat des locataires espagnols. Son cas est rapidement devenu le symbole d’une mobilisation qui dépasse désormais sa seule situation personnelle.
La pression s’inscrit dans un contexte de forte tension sur le marché locatif. Selon les dernières données disponibles du portail Idealista, le loyer moyen atteignait 15,1 euros par mètre carré en Espagne en août, en hausse de 5,8 % sur un an. À Madrid, il s’établissait à 23,3 euros par mètre carré, soit une progression annuelle de 5,1 %.
Le gouvernement de Pedro Sánchez cherche désormais à répondre à cette mobilisation. Le chef de l’Exécutif a annoncé dimanche que son gouvernement travaillait à « marche forcée » afin de présenter mardi au Conseil des ministres un nouveau décret-loi sur le logement, après l’appel lancé la veille par Maricarmen.
Il a demandé aux groupes parlementaires de consentir « un dernier effort » pour permettre la validation du texte au Parlement, affirmant que « ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question d’humanité ».
Le texte en préparation, déjà baptisé « décret Maricarmen » par le Syndicat des locataires, devrait notamment comporter des mesures destinées à renforcer la protection des locataires et à limiter les situations conduisant aux expulsions.
Selon les informations disponibles dimanche, le projet actuellement négocié prévoit notamment une prolongation automatique de certains contrats de location jusqu’en 2028, une régulation des locations saisonnières et de chambres, ainsi que des mesures visant à accroître l’offre de logements abordables.



