
Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Quand l’échec devient victoire, la blessure devient joie et la défaite devient triomphe.
Chers camarades,
Vous avez participé aux élections législatives. Vous avez affronté la compétition, consacré du temps, de l’énergie et des efforts à cette bataille électorale, avec la conviction que la politique demeure, avant tout, un engagement au service du pays et de l’intérêt général.
Puis les résultats sont tombés.
Ils ne vous ont pas apporté le nombre de voix que vous espériez, ni le siège que vous convoitiez légitimement.
Est-ce pour autant un échec ?
Non. Mille fois non.
Perdre une élection ne signifie pas nécessairement échouer, pas plus que remporter un siège ne signifie nécessairement triompher.
On peut gagner un siège et perdre son âme. On peut perdre un siège et sortir de la bataille la tête haute, la conscience tranquille, fier d’avoir résisté aux tentations qui transforment parfois la politique en instrument de profit personnel.
Le véritable échec n’est donc pas d’avoir obtenu peu de voix.
Le véritable échec serait de gagner beaucoup de voix grâce à l’argent, qu’il soit acquis licitement ou illicitement ; de considérer le siège comme une fin en soi ; de réduire l’engagement politique à un calcul d’intérêts, de privilèges et de pouvoir.
Vous, vous avez répondu à l’appel de la patrie.
Lorsque le pays vous a appelés, vous avez répondu :
« Me voici, ma patrie ! »
Vous n’avez pas hésité. Vous ne vous êtes pas dérobés. Vous n’avez pas cherché refuge dans les excuses. Vous avez choisi la participation plutôt que l’abstention, l’engagement plutôt que le retrait.
Vous vous êtes présentés aux électeurs, vous avez frappé à leurs portes, sollicité leurs voix et défendu vos convictions, non pas pour satisfaire des intérêts personnels, mais parce que vous avez estimé que la chose publique mérite d’être servie et que le pays mérite d’être défendu.
Puis le verdict des urnes est tombé.
Et avec lui, forcément, une déception.
Mais, chers camarades, ne transformez pas la déception électorale en déception à l’égard de votre pays.
La véritable blessure n’est pas de perdre une élection.
La véritable blessure serait que le pays vous appelle et que vous ne répondiez pas ; que le devoir vous interpelle et que vous choisissiez de détourner le regard ; que vous préfériez partir loin de votre pays au moment où celui-ci a besoin de la présence de ses citoyens.
Vous, vous étiez là.
Vous avez répondu à l’appel.
Vous avez couru vers le terrain de la compétition, tout en sachant que ce chemin ne conduirait pas nécessairement au Parlement.
Alors, réjouissez-vous.
Car, dans un autre sens, plus profond, vous faites partie des vainqueurs.
Vous avez vaincu la tentation de la tribune, la fascination du fauteuil, l’attrait de l’argent lorsqu’il cesse d’être un moyen pour devenir une fin.
Vous avez surtout vaincu cette illusion qui voudrait faire du siège parlementaire l’unique mesure de la réussite politique.
Les urnes ne vous ont peut-être pas donné ce que vous espériez. Mais elles vous ont offert quelque chose que l’on ne peut ni acheter ni attribuer par décret : la certitude d’avoir accompli votre devoir.
Car toutes les victoires ne se mesurent pas en chiffres.
Il existe des victoires silencieuses que ne consignent ni les procès-verbaux, ni les tableaux de résultats, ni les discours des lendemains d’élection.
La victoire d’un homme sur l’argent, sur la peur, sur l’hésitation, sur l’égoïsme et sur la fascination du pouvoir est une victoire qui n’a besoin d’aucun certificat.
Ne regardez donc pas seulement ce que vous avez perdu.
Regardez aussi ce que vous avez gagné.
Vous avez gagné une expérience.
Vous avez gagné la connaissance des hommes et des femmes que vous avez rencontrés.
Vous avez gagné le respect de ceux qui ont vu en vous des militants capables d’assumer leur responsabilité jusqu’au bout.
Et, surtout, vous avez gagné le droit de relever la tête sans honte.
Aujourd’hui, levez donc la tête et levez le verre.
Non pas pour célébrer un siège que vous n’avez pas obtenu, mais pour célébrer une victoire plus profonde : celle remportée sur les dérives d’une politique réduite à un marché, sur les tentations qui éloignent l’engagement politique de sa noblesse et de son sens.
Vivez votre joie.
Éloignez-vous des blessures et attachez-vous aux raisons de vous réjouir.
Restez proches de cette victoire essentielle : celle qui consiste à vaincre l’échec au lieu de devenir prisonniers d’un résultat électoral.
Car quoi de plus précieux que de vivre la conscience tranquille ?
Quoi de plus noble que de dormir en paix avec soi-même, en sachant que l’on n’a pas acheté sa place, que l’on n’a pas vendu ses convictions et que l’on n’a pas fait du fauteuil parlementaire le but ultime de son existence ?
Peut-être cela vaut-il, en définitive, davantage que de s’assoupir sur un fauteuil sous la coupole du Parlement.
Et si nous n’avons pas franchi les portes de l’hémicycle, mais que nous sortons de cette bataille plus convaincus de nos valeurs, plus fidèles à notre pays et plus fiers de notre dignité ?
N’est-ce pas là, finalement, la plus belle victoire, la plus précieuse des joies et le plus savoureux des triomphes ?
Perdre un siège sans nous perdre nous-mêmes.
Perdre des voix sans perdre notre dignité.
Ne pas entrer au Parlement, mais entrer dans le cœur de ceux qui auront compris pourquoi nous nous sommes présentés, comment nous l’avons fait et pourquoi nous sommes restés debout jusqu’au bout.
Bravo à vous, chers camarades, pour cette victoire que les urnes n’ont pas proclamée, mais que vos consciences ont consacrée.
Et bravo à notre pays qui peut compter sur des citoyens capables, lorsque vient l’heure de l’appel, de lui répondre sans hésitation :
« Me voici, ma patrie ! »



