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Après le 23 septembre : coalition de partis ou coalition de programmes ?

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

À la veille des législatives, les programmes convergent sur les urgences du pays. Mais une majorité parlementaire suffira-t-elle à faire une majorité gouvernementale cohérente ?

À la veille des élections législatives du 23 septembre 2026, la campagne électorale aura surtout mis en évidence une réalité que l’on ne peut plus ignorer : les principaux partis marocains sont beaucoup plus proches dans le diagnostic des problèmes du pays qu’ils ne le sont dans les moyens proposés pour les résoudre.

Emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, protection sociale, jeunesse, investissement, réduction des disparités territoriales : les mêmes mots reviennent d’un programme à l’autre.

Mais derrière cette apparente convergence se cachent des conceptions différentes de l’économie, du rôle de l’État, de la fiscalité, de la redistribution, de la régulation des marchés et de la place du secteur privé.

Dès lors, la véritable question de l’après-23 septembre pourrait ne pas être simplement celle de la majorité parlementaire.

Elle pourrait être beaucoup plus exigeante :

Les partis capables de constituer une majorité pourront-ils construire une coalition de programmes plutôt qu’une simple coalition de sièges ?

Des programmes qui se ressemblent sur les urgences.

La comparaison des programmes du RNI, du PAM, de l’Istiqlal, du PJD, de l’USFP, du PPS, du Mouvement populaire et de l’Union constitutionnelle fait apparaître plusieurs convergences majeures.

L’emploi des jeunes est devenu une priorité presque consensuelle.

Le RNI fixe notamment un objectif de réduction du chômage à moins de 9 % à l’horizon 2030. Le PAM propose un pacte d’intégration des jeunes doté de 50 milliards de dirhams sur cinq ans, avec notamment 500 000 premières expériences professionnelles. L’Istiqlal propose « Tajribati » pour faciliter l’accès des jeunes à une première expérience professionnelle. L’USFP et le PPS proposent également des objectifs ambitieux en matière d’emploi et d’insertion.

Le pouvoir d’achat et la protection sociale constituent un autre vaste terrain de convergence.

Tous ou presque promettent davantage de soutien aux ménages, de meilleures conditions sociales, une amélioration des retraites, des salaires ou de la couverture sociale.

La santé et l’éducation bénéficient du même consensus.

Autrement dit, les partis semblent désormais largement d’accord sur ce que les Marocains attendent de l’État.

Mais ils ne sont pas nécessairement d’accord sur la manière de financer et d’organiser cet État social. Et c’est là que commence la véritable politique.

La question que les programmes posent rarement : qui paiera ?

Une campagne électorale permet facilement d’additionner les engagements.

Un gouvernement, lui, doit les additionner au budget.

C’est une différence fondamentale.

Créer des emplois coûte de l’argent lorsqu’il faut financer la formation, les infrastructures ou les incitations à l’embauche.

Améliorer l’école exige des enseignants, des établissements, des équipements et des dépenses de fonctionnement.

Améliorer la santé exige des hôpitaux, mais également des médecins, des infirmiers, des techniciens et des médicaments.

Augmenter les salaires ou les retraites crée une dépense récurrente.

Réduire certains impôts diminue parallèlement les recettes.

La question de la crédibilité d’un programme ne peut donc pas être dissociée de celle de son financement.

Le programme du PPS illustre cette volonté de chiffrage en annonçant 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires pour 622 milliards de recettes additionnelles. Le PAM annonce de son côté un programme évalué à 350 milliards de dirhams et s’appuie notamment sur une hypothèse de croissance moyenne de 5 %.

Ces chiffres sont importants, non parce qu’ils permettraient à eux seuls de conclure au réalisme ou à l’irréalisme d’un programme, mais parce qu’ils permettent enfin de poser la question essentielle :

quelles ressources sont garanties, lesquelles dépendent d’hypothèses et quelles dépenses devront être arbitrées ?

Le véritable clivage : l’État, le marché et la redistribution

C’est ici que les différences entre les programmes deviennent plus significatives.

Le RNI privilégie la continuité d’une politique fondée sur l’investissement, la croissance, le développement du secteur privé et la poursuite des grands chantiers sociaux.

Le PAM met l’accent sur l’investissement, la jeunesse et des programmes sectoriels importants.

L’Istiqlal combine pouvoir d’achat, souveraineté économique, soutien à la famille et volonté de lutter contre certaines situations de rente ou de concentration.

L’USFP défend une conception plus sociale-démocrate, avec un État actif, une économie productive et une redistribution accrue.

Le PPS va également dans le sens d’une intervention publique importante et d’un renforcement des politiques sociales.

Le PJD insiste davantage sur la concurrence, la lutte contre les monopoles, le soutien aux petites entreprises et la conditionnalité de certaines aides publiques.

Le débat ne porte donc plus seulement sur les objectifs. Il porte sur la philosophie de leur réalisation.

Qui doit être le principal moteur de la croissance ?

L’État ?

Le secteur privé ?

Les collectivités territoriales ?

Ou une combinaison des trois ?

Quelle fiscalité pour financer l’État social ?

Quelle régulation pour empêcher les situations de rente ?

Quelle place pour l’investissement privé dans les secteurs sociaux ?

Ces questions sont beaucoup plus déterminantes pour la formation d’une coalition gouvernementale que la proximité des slogans électoraux.

Des coalitions programmatiquement possibles.

Sans préjuger des résultats du scrutin ni de la composition future du gouvernement, plusieurs espaces de convergence peuvent être identifiés.

RNI – PAM – Istiqlal : continuité, investissement et État social.

Ces formations présentent des points de rencontre importants autour de l’investissement, de l’emploi, des infrastructures, du développement économique et de la protection sociale.

Le RNI et le PAM ont déjà gouverné ensemble durant la législature écoulée.

L’Istiqlal pourrait apporter à cette configuration une insistance plus forte sur le pouvoir d’achat, la souveraineté économique et certaines questions de régulation.

Mais un tel rapprochement nécessiterait des arbitrages sur la fiscalité, la régulation des marchés et l’ampleur des politiques redistributives.

Istiqlal – USFP – PPS : priorité sociale et renforcement de l’État.

La convergence est plus visible ici sur les services publics, la redistribution, la protection sociale, l’éducation, la santé et la réduction des inégalités.

Mais l’enjeu financier serait considérable.

Une telle orientation supposerait de répondre avec précision à une question simple :

jusqu’où peut-on augmenter les dépenses publiques sans compromettre les équilibres budgétaires et l’investissement ?

RNI – PAM – USFP : rechercher un compromis entre croissance et redistribution.

Cette formule illustrerait une autre logique : associer une politique favorable à l’investissement et à la croissance à une politique sociale plus redistributive.

Mais elle exigerait un véritable compromis sur la fiscalité, le rôle de l’État, la place du secteur privé et les mécanismes de redistribution.

PJD et formations favorables à une régulation accrue.

Le programme du PJD met l’accent sur la concurrence, la lutte contre les monopoles, le soutien aux TPE et la conditionnalité de certaines aides publiques. Il comprend 467 mesures.

Certaines de ces orientations peuvent rencontrer des propositions de l’Istiqlal, de l’USFP ou du PPS sur la régulation économique et la lutte contre certaines situations de rente.

Mais une convergence sur ces questions ne suffirait pas à constituer à elle seule un programme gouvernemental commun.

La vraie difficulté : gouverner avec des programmes différents.

Une coalition n’est pas un marché où chaque parti obtient quelques ministères en échange de son soutien parlementaire.

Du moins, elle ne devrait pas l’être.

Une coalition gouvernementale durable devrait commencer par répondre à cinq questions :

Quelles sont les cinq ou dix priorités du gouvernement ?

Combien coûteront-elles ?

Comment seront-elles financées ?

Quand seront-elles réalisées ?

Comment les citoyens pourront-ils vérifier les résultats ?

Cette dernière question est essentielle.

Le citoyen marocain n’a pas seulement besoin d’un programme électoral avant le scrutin. Il a besoin, après le scrutin, de pouvoir comparer les engagements annoncés et les résultats obtenus.

Du programme électoral au contrat de gouvernement.

C’est ici que pourrait se jouer une évolution importante de la pratique politique marocaine.

Au lieu d’additionner les programmes de plusieurs partis, la future majorité pourrait négocier un contrat gouvernemental public.

Un document court.

Chiffré.

Hiérarchisé.

Avec un calendrier.

Et des indicateurs de résultats.

Ce contrat permettrait de distinguer ce qui relève de la promesse électorale de ce qui devient effectivement un engagement gouvernemental.

Il permettrait aussi d’éviter un phénomène bien connu : chaque parti revendique ses promesses lorsqu’elles sont populaires et renvoie la responsabilité aux autres lorsqu’elles deviennent difficiles à réaliser.

Dans une coalition, la responsabilité devrait être collective.

Le lendemain du scrutin sera plus important que le lendemain de la campagne.

Le 23 septembre ne mettra pas fin au débat politique.

Il en changera simplement la nature.

Pendant la campagne, les partis cherchent à convaincre.

Après les élections, ils devront négocier.

Pendant la campagne, chacun peut défendre son propre programme.

Après les élections, les formations appelées à gouverner devront accepter de renoncer à certaines propositions, d’en prioriser d’autres et surtout de déterminer ce qui peut réellement être financé.

C’est précisément là que se mesure la maturité d’une coalition.

Un gouvernement n’est pas seulement une addition de partis ; c’est une addition de responsabilités.

Et une majorité parlementaire n’est pas nécessairement une majorité gouvernementale cohérente.

L’épreuve de vérité.

Les élections du 23 septembre pourraient donc ouvrir une nouvelle question dans la vie politique marocaine.

Non pas seulement :

« Qui gouvernera ? »

Mais :

« Sur quel contrat politique gouvernera-t-il ? »

Les programmes des partis ont montré qu’ils peuvent se rejoindre sur les grandes urgences nationales.

Ils ont également montré que des différences substantielles subsistent sur les moyens, les priorités, le financement et le rôle respectif de l’État et du marché.

C’est pourquoi l’enjeu de l’après-élection ne devrait pas être de trouver artificiellement une proximité là où elle n’existe pas.

Il devrait être de transformer les convergences réelles en compromis explicites et les divergences réelles en choix politiques assumés.

Le Maroc n’a pas seulement besoin d’une majorité capable de voter la confiance au gouvernement.

Il a besoin d’une majorité capable de répondre, au terme de la législature, à quatre questions simples :

Qu’aviez-vous promis ?

Qu’avez-vous réalisé ?

Qu’est-ce qui n’a pas été réalisé ?

Pourquoi ?

C’est à cette condition que le programme électoral peut cesser d’être un catalogue de promesses pour devenir ce qu’il devrait être : un véritable contrat politique entre les électeurs et ceux qui sollicitent leur confiance.

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