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L’appel des sirènes électorales : quand les partis courtisent les compétences

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Contexte : à l’approche des législatives de septembre 2026.

À moins de deux mois des élections législatives prévues pour le 23 septembre 2026, la scène politique marocaine s’agite. Les partis, conscients de l’érosion continue de leur crédibilité, sont lancés dans une course effrénée vers les compétences nationales – sportifs, artistes, cadres supérieurs, chefs d’entreprise – dans l’espoir que ces visages « propres » pourraient redorer leur blason et ramener vers les urnes un électorat de plus en plus désenchanté.

Mais cette stratégie de séduction est-elle le signe d’une volonté sincère de renouvellement, ou simplement une tentative désespérée de maquiller une façade politique en ruine ?

Le scénario : des sirènes aux promesses envolées.

Le scénario se répète à chaque échéance électorale. On frappe à la porte des sportifs célèbres, des artistes connus, des hauts fonctionnaires, des entrepreneurs prospères. On organise des réunions, on promet monts et merveilles.

Lors des élections de 2021, cette pratique a atteint des sommets :

● L’ancien président du Wydad de Casablanca, candidat sous la bannière du Parti Authenticité et Modernité (PAM), a décroché un siège à la circonscription Casa-Anfa.
● L’ancien président du Raja de Casablanca, a été élu sous les couleurs du Rassemblement National des Indépendants (RNI) dans la circonscription d’El Fida-Mers Sultan.
● Le président de la Renaissance de Berkane lors des élections législatives de 2021, s’est présenté sous l’étiquette du Parti de l’Istiqlal.
● Les présidents de Chabab Mohammedia, de la Mouloudia d’Oujda, et bien d’autres présidents de clubs ont trouvé leur chemin vers le Parlement.

Dans le domaine artistique, des noms comme Fatima Khair ont été choisis par le RNI pour conduire des listes régionales. Et même des figures sportives qui n’avaient pas réussi leur pari électoral par le passé – comme Saïd Aouita, Badou Zaki ou Mohamed Ghoulam – ont tenté leur chance.

Ce qui unit toutes ces personnalités, c’est qu’elles ont été traitées comme des « trophées électoraux » par les partis qui les ont courtisées. On a investi dans leur popularité et leur image vierge pour récolter des voix, avant de les reléguer aux oubliettes une fois la saison de chasse terminée.

Les chiffres d’une défiance sans précédent.

Pourquoi les partis recourent- ils à cette stratégie ? La réponse réside dans des chiffres qui donnent le vertige :

94,8 % des Marocains déclarent ne pas faire confiance aux partis politiques, selon un sondage du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC) réalisé à l’été 2025. Ce taux dépasse même la défiance envers le Parlement (89,5 %) et le gouvernement (87,3 %).

91 % des sondés n’ont aucune affiliation partisane, et un tiers de ceux qui en ont eu une ont fini par s’en retirer. Les raisons invoquées : « absence de démocratie interne » (33,2 %), « marginalisation et exclusion » (22,3 %).

98 % des Marocains considèrent que les partis ne respectent pas les principes démocratiques.

64,3 % estiment que l’argent est le principal critère d’ascension dans les partis, loin devant la compétence (57,4 %) ou l’expérience militante (21,5 %).

77,7 % pensent que les contreparties financières influencent le vote, contre seulement 6,2 % qui citent les programmes électoraux.

24,1 % des personnes interrogées dans une autre étude affirment que rien ne pourrait les convaincre de voter en septembre 2026, et 41,3 % déclarent avoir boycotté les élections de 2021.

Ces chiffres brossent un tableau saisissant du fossé qui sépare les citoyens marocains de leur classe politique. Une crise de légitimité et de représentation qui menace les fondements mêmes de la démocratie représentative.

Pourquoi les partis courtisent- ils les compétences ?

Au cœur de cette crise, les partis se tournent vers ce qu’on pourrait appeler le « relooking de façade ». Les compétences indépendantes, qui ont bâti leur réputation au fil d’années de travail acharné dans leurs domaines respectifs, représentent des « atouts maîtres » à exploiter dans les batailles électorales. Ce sont des visages nouveaux, non encore souillés par les luttes partisanes, et qui jouissent de l’estime générale.

Mais la question fondamentale demeure : ces compétences sont-elles conviées à participer à la prise de décision, ou ne sont-elles que des « emballages » utilisés pour attirer les voix, avant d’être jetés ?

L’expérience des scrutins passés montre que l’immense majorité de ces compétences, une fois arrivées au Parlement ou dans les instances dirigeantes, se transforment en simples « exécutants » qui se fondent dans la masse partisane et perdent cette indépendance qui faisait leur valeur.

Le prix de l’engagement : de maître de soi à esclave de la politique.

Le message que j’ai adressé dans mon précédent article reste valable pour toute compétence dont on frappe la porte :

Avant l’engagement, vous étiez maître de vous-même. Votre compétence à elle seule imposait le respect. Vous exerciez votre métier en toute indépendance, vous vous consacriez à votre famille, et vous jouissiez de l’estime de tous parce que vous n’étiez avec personne contre personne.

Après l’engagement, vous devenez un « esclave » de la politique. Votre popularité se transforme en hostilité, et vous vous retrouvez contraint de défendre des décisions auxquelles vous ne croyez pas, de vous opposer à des gens que vous ne connaissez pas. Vous devenez un ennemi aux yeux de vos adversaires, et un simple outil aux yeux de vos alliés.

Conclusion : entre renouveau authentique et maquillage temporaire.

Le recrutement de compétences n’est pas un phénomène nouveau en soi ; c’est une pratique politique connue. Mais le problème réside dans la manière dont ce recrutement se fait et dans son objectif. Si le but est d’insuffler un véritable souffle nouveau à la vie politique, d’ouvrir la voie à du sang neuf pour une participation effective à la prise de décision, et de renouveler les élites partisanes de l’intérieur, alors cette démarche est louable et nécessaire.

En revanche, si l’objectif se limite à exploiter la notoriété pour collecter des voix, puis à négliger ces compétences une fois les échéances passées, cela ne fera qu’aggraver la crise et renforcer les sentiments de désillusion et de trahison chez les citoyens.

Les partis marocains sont appelés aujourd’hui, plus que jamais, à procéder à une refonte profonde et radicale de leur mode de fonctionnement. Le renouvellement ne se fait pas seulement en recrutant des visages brillants, mais en reconstruisant la confiance à partir de la base, en instaurant la démocratie interne, en luttant contre la corruption, et en faisant des programmes électoraux et de la crédibilité les véritables marqueurs de l’action politique – et non l’argent, le clientélisme et le népotisme.

Quant aux compétences dont on sollicite l’engagement, qu’elles se souviennent toujours : votre vraie valeur réside dans votre indépendance, et votre dignité dans votre distance par rapport au marigot politique. Ne laissez personne utiliser votre image comme un « engrenage » dans une machine électorale avant de vous jeter après la saison. Si vous voulez servir votre pays, il existe d’innombrables voies en dehors des coulisses des partis : l’action associative, les initiatives citoyennes, la production intellectuelle et culturelle.

Et si vous décidez de vous lancer en politique, faites- le par conviction, avec un programme clair, et en acceptant d’en assumer pleinement les conséquences – et non en tant que « trophée » dans une foire électorale.

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