
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’affaire du youTubeur Ali Lmrabet, interpellé puis relâché quelques jours plus tard, a offert une illustration saisissante du fonctionnement de la justice marocaine. En l’espace de 48 heures, le parquet de Casablanca a successivement justifié un placement en garde à vue dans les règles, puis ordonné une remise en liberté tout aussi régulière, envoyant un signal clair : au Maroc, c’est la loi qui a le dernier mot.
Les faits : une interpellation conforme à la procédure.
Le 12 juillet 2026, Ali Lamrabet est interpellé à l’aéroport Tanger-Ibn Batouta, à son arrivée en provenance d’Espagne, où il réside depuis plusieurs années. Son arrestation intervient sur la base de plusieurs avis de recherche émis à son encontre, en raison de la publication de contenus numériques jugés préjudiciables. Selon le communiqué officiel du procureur du Roi près le tribunal correctionnel de Casablanca, ces publications étaient susceptibles de constituer des actes de « diffamation, calomnie envers des personnes et des institutions, et injure envers des organismes constitués conformément à la loi ».
Dès l’interpellation, le parquet a tenu à préciser que toutes les garanties procédurales étaient respectées. Le mis en cause a été transféré à la Brigade nationale de la police judiciaire à Casablanca, placé en garde à vue, et pleinement informé de ses droits, y compris celui de bénéficier d’un examen médical. La présomption d’innocence a été rappelée à chaque étape.
La libération : un acte fort en faveur de l’État de droit.
La surprise est venue deux jours plus tard, le 14 juillet, lorsque le procureur du Roi a annoncé la libération de l’intéressé. Une décision prise après « examen de l’ensemble des pièces de la procédure, achèvement des investigations et réalisation des expertises techniques nécessaires ».
Mais la décision ne s’arrête pas là. Le parquet a également ordonné la restitution de l’intégralité des objets saisis : deux ordinateurs, une clé USB et un téléphone portable. Une mesure qui souligne que l’institution judiciaire ne traite pas les journalistes et activistes comme des adversaires, mais comme des justiciables soumis à une procédure dont l’issue dépend des seules preuves.
Le procureur a toutefois précisé que l’enquête se poursuit, et que les suites juridiques appropriées seront prises dès son achèvement.
Les enseignements d’un parcours judiciaire transparent.
Cette affaire en dit long sur la maturité du système judiciaire marocain. Elle envoie trois signaux forts :
● La transparence : le parquet a communiqué à deux reprises, détaillant les motifs de l’interpellation puis ceux de la libération. Une démarche qui respecte le droit du public à l’information.
● La distinction entre garde à vue et condamnation : la justice a usé de son pouvoir d’enquête sans préjuger de la culpabilité. Dès que les premiers éléments l’ont permis, elle a ordonné la mise en liberté.
● La restitution des biens : en rendant ses outils de travail à Lmrabet, la justice montre qu’elle ne confond pas l’enquête avec une sanction.
Entre critiques internationales et confiance dans le juge.
Si des organisations comme Reporters sans frontières ou le Comité pour la protection des journalistes avaient appelé à la libération du youTubeur, la rapidité et la rigueur de la réponse judiciaire marocaine ont privé ces critiques d’une partie de leur substance. Le parquet n’a cédé ni à la pression extérieure ni à une tentation de fermeté symbolique : il s’en est tenu au droit.
Conclusion : une justice qui s’affirme.
L’affaire Ali Lmrabet illustre le chemin parcouru par le Maroc vers la consolidation de l’État de droit. Elle démontre que, dans le royaume, c’est bien la justice qui tranche, et non l’arbitraire ou la passion. Interpellation régulière, garde à vue encadrée, libération motivée, restitution des biens : chaque étape a été conduite avec rigueur et transparence.
Ce précédent est porteur d’espoir : au Maroc, la justice est le recours ultime, le garant des libertés et l’arbitre impartial de tous les conflits. Et c’est bien là le fondement de toute démocratie qui se respecte.