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« Restez là-bas » : Monsieur le Ministre, vos mots sont une insulte à la Nation et une grave faute politique

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

 

 

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Il est des paroles qui dépassent la simple maladresse pour basculer dans l’irréparable. Celles prononcées par Ryad Mezzour, ministre du Commerce et de l’Industrie, à l’encontre des Marocains du monde en sont l’illustration parfaite. En osant lancer à ceux qui souhaitent rentrer au pays : « Si vous voulez des cadeaux, restez là-bas », ce membre éminent du gouvernement n’a pas seulement blessé des millions de cœurs ; il a craché à la figure de l’histoire même du Maroc.

Pendant que la Nation tout entière déploie des trésors d’ingéniosité pour endiguer l’hémorragie silencieuse mais dévastatrice de la fuite des cerveaux, pendant que des familles se saignent pour que leurs enfants, formés dans les grandes universités européennes, nord-américaines ou canadiennes, reviennent poser leurs valises et leurs compétences au bercail, un ministre préfère verrouiller la porte et leur intimer l’ordre de rester « là-bas ». Quelle faute ! Quel aveuglement !

Monsieur Mezzour semble ignorer une donnée fondamentale de l’économie marocaine : ce ne sont pas des « assistés » qui frappent à la porte de l’administration, mais une élite. Une élite qui a réussi dans des écosystèmes ultra-compétitifs, qui maîtrise plusieurs langues, qui rapporte avec elle un savoir-faire et des réseaux internationaux. Cette élite, ce sont les enfants de cette première ou deuxième génération partie chercher du pain en exil. En leur disant de rester « là-bas », vous ne les insultez pas, eux. Vous insultez leurs parents, qui ont sué dans les usines et les chantiers d’Europe pour envoyer des devises et maintenir un lien viscéral avec la mère-patrie.

Mais le plus grave, c’est le contexte. Nous vivons une époque où la compétition mondiale est féroce pour attirer les talents. Le Canada, la France, l’Allemagne se livrent une guerre sans merci pour séduire nos ingénieurs, nos médecins et nos chercheurs. Pendant ce temps, un ministre marocain fait office de repoussoir. Comment peut-on, en 2026, tenir un tel discours envers ses propres compatriotes ?

Et que dire de l’impact économique ? Les transferts des MRE représentent une bouée de sauvetage pour des millions de foyers et une source majeure de devises. Nombreux sont ceux qui, arrivés à un certain âge, ou portés par l’émotion du patriotisme économique, souhaitent rentrer pour investir dans la startup locale, dans l’immobilier ou dans le petit commerce. En les traitant ainsi, vous risquez de briser cet élan et de les braquer durablement.

Là où le bât blesse davantage, c’est dans le silence assourdissant qui a suivi. Quarante-huit heures que le tollé enfle sur les réseaux sociaux et dans les chaînes WhatsApp des Marocains du monde, aucune réaction du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch. Ce silence est assourdissant et dangereux. Il laisse penser que les propos de Mezzour pourraient être partagés au sommet de l’exécutif.

Quant au Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), censé être le rempart et la voix de ces citoyens, il brille une fois de plus par son inexistence. Une institution budgétivore, plus habituée aux colloques dans des hôtels de luxe et aux voyages d’agrément qu’à la défense des intérêts vitaux de ceux qu’elle est censée représenter. Où est la réaction du CCME ? Où est la déclaration cinglante qui devrait rappeler à ce ministre que les Marocains du monde ne sont pas des étrangers, mais des prolongements de la Nation ?

La demande est claire, et elle est légitime. Ce n’est pas une question de susceptibilité, c’est une question de respect institutionnel. Ryad Mezzour doit reconnaître que ses propos étaient non seulement blessants, mais fondamentalement stupides sur le plan stratégique.

Mais cela ne suffit pas. Au-delà des excuses, c’est sa démission qui s’impose. Comment un ministre chargé du Commerce et de l’Industrie, un secteur qui a cruellement besoin de cadres de haut niveau et d’investisseurs, peut-il conserver son poste après avoir publiquement souhaité que ces mêmes compétences restent hors du pays ? Il y a là une contradiction insurmontable, une incompétence comportementale qui rend sa fonction intenable.

Le Maroc a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils, où qu’ils se trouvent. Nous avons besoin de ceux qui sont partis pour revenir, et de ceux qui sont restés pour les accueillir les bras ouverts. Les propos de M. Mezzour ont fissuré ce lien de confiance. Il est temps de restaurer cette confiance. Par des excuses. Par une démission. Par un sursaut national.

Car, Monsieur le Ministre, sachez-le : celui qui dit à un Marocain du monde de rester « là-bas » dit en réalité à une partie du Maroc de rester en exil. Et cela, nous ne pouvons, et ne voulons, l’accepter.

 

 

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