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L’Hiver des Oubliés. ​Le Maroc face au défi du grand âge : entre urgence sociale et climat impitoyable

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

​Le temps ne s’arrête pas, mais il semble geler pour des millions de nos concitoyens. Alors que le dernier Recensement Général (RGPH) nous rappelle que les plus de 60 ans représentent désormais 13 % de notre population (4,5 millions de personnes), les chiffres cachent une détresse que le climat de cette année 2026 rend insoutenable.

​Le climat : le bourreau des plus fragiles

Cette année, nous vivons un hiver de contrastes extrêmes. Les chutes de neige intenses et les vagues de froid glacial dans les zones montagneuses, succédant à des étés de canicules records, ne sont pas de simples aléas météo. Pour un senior, elles sont une menace de mort. Ce n’est pas un hasard si le taux de mortalité parmi les plus de 60 ans culmine durant ces périodes :
● le froid brise les cœurs fatigués
● et la chaleur épuise les organismes déshydratés. Dans les douars isolés de l’Atlas ou du Rif, nos aînés luttent pour une calorie, une couverture, une gorgée d’eau.

​Les visages de l’indigence rurale

Nous devons regarder en face les « invisibles de la terre ». Ces bergers, ces travailleurs agricoles et ces paysans qui ont passé leur vie à nourrir le pays sans jamais avoir de bulletin de paie. Arrivés au soir de leur vie, ils n’ont ni pension, ni couverture médicale. Pour eux, l’absence de protection sociale n’est pas un concept abstrait, c’est la faim et le froid.

​Un sursaut nécessaire : du public au privé

Le combat est le même pour le retraité du secteur privé et celui du public, tous deux broyés par une inflation galopante. Face à cette urgence, les leviers existent :
● ​L’indexation des pensions sur l’inflation pour garantir le strict nécessaire.
● ​Le rôle crucial des Fondations : Des structures comme la Fondation Mohammed VI de l’Éducation-Formation doivent montrer la voie en utilisant leurs budgets pour créer des centres de soins de proximité et des aides au chauffage ou à la climatisation pour leurs séniors.
● ​Le Minimum Vieillesse Rural : Il est urgent de créer une aide universelle pour les anciens travailleurs de la terre.

​L’appel à la conscience nationale

L’État ne peut être seul. La société civile et les œuvres sociales doivent se mobiliser pour que la « Baraka » de nos anciens ne soit pas un vain mot. Une société qui laisse ses bâtisseurs — du fonctionnaire de ville au berger de montagne — mourir de froid ou de solitude est une société qui perd son honneur.

En ce début 2026, protégeons ceux qui nous ont protégés. Il en va de notre humanité.

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