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Maroc – États-Unis : le pragmatisme comme socle d’un partenariat stratégique durable

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

On peut s’attacher aux principes forgés par le temps, rester fidèle aux valeurs universelles héritées de l’éducation et de l’expérience, et continuer à croire au droit international comme boussole morale des relations entre les nations. Mais l’histoire contemporaine enseigne une leçon récurrente : les États, surtout lorsqu’ils sont des puissances, agissent d’abord selon leurs intérêts. À force d’observer le monde tel qu’il est, et non tel qu’on souhaiterait qu’il soit, le pragmatisme finit par s’imposer.

La présidence de Donald Trump en a fourni une illustration brutale. Sous couvert de défense des intérêts américains ou de ceux de leurs alliés stratégiques — Israël en tête, mais aussi certains pays du Golfe —, ses décisions ont souvent bousculé les règles classiques du multilatéralisme et mis à mal le droit international. Toute personne attachée à la légalité internationale ne peut que dénoncer ces pratiques unilatérales et parfois hors la loi. Il serait toutefois illusoire de réduire l’action de Trump à une posture morale unique : il n’a pas toujours défendu les bonnes causes, mais il a parfois servi, volontairement ou non, des intérêts stratégiques légitimes pour certains partenaires.

Le cas marocain : entre mémoire historique et réalisme politique

Pour le Maroc, le bilan est nécessairement nuancé. Donald Trump reste, à ce jour, le premier président américain à avoir reconnu explicitement la souveraineté du Royaume sur ses provinces sahariennes, mettant fin à une ambiguïté diplomatique qui a alimenté un conflit vieux de près d’un demi-siècle. Cette reconnaissance constitue un tournant majeur, tant sur le plan politique que symbolique.

Elle s’inscrit dans une relation historique profonde. Le Maroc fut, en 1777, le premier pays au monde à reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique. Le traité d’amitié maroco-américain, signé en 1786, demeure l’un des plus anciens traités diplomatiques encore en vigueur. Deux siècles et demi d’échanges, de coopération et de respect mutuel ont façonné une relation singulière, fondée sur la continuité plus que sur l’opportunisme.

Le pragmatisme impose aujourd’hui une lecture lucide de cette histoire : si les États-Unis peuvent reconnaître la dette morale et historique envers le Maroc, le Royaume, de son côté, a tout intérêt à veiller au renforcement de ce partenariat stratégique, dans l’intérêt des deux peuples.

Des piliers solides à consolider

Les relations maroco-américaines reposent déjà sur plusieurs piliers structurants :

● La coopération sécuritaire et militaire, essentielle dans un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel, la menace terroriste et les trafics transnationaux. Les exercices conjoints, la formation et l’échange de renseignements constituent un socle de confiance mutuelle.

● La coordination diplomatique, notamment sur les dossiers régionaux et africains, où le Maroc joue un rôle de médiateur crédible et de partenaire stable.

● Les échanges économiques, encadrés par l’Accord de libre-échange Maroc–États-Unis, unique en son genre en Afrique, mais encore sous-exploité au regard du potentiel réel.

Les secteurs à développer pour un partenariat d’avenir

À la lumière des bouleversements géopolitiques actuels, plusieurs secteurs méritent une attention accrue :

1. L’économie verte et les énergies renouvelables

Le Maroc, pionnier régional dans le solaire et l’éolien, peut devenir un partenaire stratégique des États-Unis dans la transition énergétique, la recherche et le transfert de technologies propres.

2. Les industries de pointe et le numérique

Cybersécurité, intelligence artificielle, innovation industrielle et start-ups constituent des champs de coopération prometteurs, notamment à travers les universités et les centres de recherche.

3. L’agriculture durable et la sécurité alimentaire

Face au changement climatique, le partage d’expertise en matière de gestion de l’eau, d’agriculture résiliente et de chaînes de valeur agro-alimentaires est crucial.

4. L’éducation, la culture et la formation

Le renforcement des échanges universitaires, des programmes de bourses et de la coopération culturelle contribue à ancrer la relation dans le long terme, au-delà des cycles politiques.

5. L’Afrique comme horizon commun

Le Maroc, fort de son ancrage africain, peut servir de plateforme stratégique pour les investissements américains sur le continent, dans une logique de co-développement et de stabilité.

Conclusion : une alliance lucide, non naïve

Dans un monde traversé par les crises, les conflits et les recompositions d’alliances, le partenariat entre le Maroc et les États-Unis ne peut être ni idéalisé ni réduit à une simple convergence d’intérêts ponctuels. Il doit être pensé comme une alliance lucide, fondée sur l’histoire, renforcée par le réalisme et orientée vers l’avenir.

Le pragmatisme n’est pas le renoncement aux valeurs. Il est, souvent, la condition de leur préservation dans un monde qui change. Et pour le Maroc comme pour les États-Unis, l’approfondissement de cette relation stratégique demeure un choix rationnel, responsable et mutuellement bénéfique.

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