
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Depuis plusieurs décennies, les États-Unis se posent en arbitre de l’ordre mondial. Mais l’ingérence sélective, la protection de certains alliés et la menace ouverte contre d’autres États révèlent une application à géométrie variable du droit international. De l’Ukraine à Gaza, et désormais vers l’Iran, cette logique expose le monde à une dangereuse escalade.
Les États-Unis, gendarme autoproclamé du monde
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont assumé — parfois explicitement, souvent implicitement — le rôle de gendarme du monde. Interventions militaires, pressions politiques, sanctions économiques : la panoplie est large et fréquemment utilisée sans mandat clair des Nations unies. Or, la Charte de l’ONU consacre la souveraineté des États et la non-ingérence comme fondements de l’ordre international. Leur remise en cause répétée installe une norme inquiétante : la primauté de la force sur le droit.
Une puissance partielle et sélective
Loin d’être impartiales, les interventions américaines obéissent d’abord à des intérêts stratégiques et géopolitiques. Là où ces intérêts sont menacés, l’action est immédiate. Là où ils sont absents, les violations du droit international deviennent tolérables, voire invisibles. Cette sélectivité transforme la puissance américaine en autorité morale contestée, incapable d’incarner une justice internationale crédible.
Israël, allié protégé et leadership régional imposé
Le soutien inconditionnel accordé à Israël illustre cette logique. Washington œuvre depuis des décennies à imposer Israël comme puissance dominante au Moyen-Orient, en lui assurant une protection diplomatique, militaire et financière exceptionnelle.
Résolutions onusiennes bloquées par le veto, enquêtes internationales entravées, violations répétées du droit humanitaire ignorées : l’impunité accordée à Israël pose une question centrale sur l’universalité du droit international.
Ukraine et Gaza : la comparaison qui dérange
Lorsque la Russie envahit l’Ukraine, les États-Unis dénoncent — à juste titre — une violation de la souveraineté, imposent des sanctions massives et mobilisent leurs alliés. Le droit international devient alors une référence centrale du discours occidental.
À Gaza, le contraste est saisissant. Les bombardements massifs de zones civiles, la destruction d’hôpitaux, d’écoles et d’infrastructures vitales sont relativisés au nom du « droit à la légitime défense ». La protection des civils, pourtant au cœur du droit international humanitaire, est reléguée au second plan.
Vers l’Iran : la menace comme mode de gouvernance
Après Gaza, la logique de la menace s’étend désormais à d’autres États, au premier rang desquels l’Iran. Les tensions entre Washington et Téhéran, anciennes mais persistantes, connaissent une nouvelle phase de durcissement.
Sanctions économiques asphyxiantes, pressions diplomatiques, frappes indirectes, cyber-opérations et déclarations belliqueuses composent un arsenal coercitif assumé. L’Iran est ouvertement désigné comme une menace, justifiant par avance des actions contre sa souveraineté.
Cette stratégie repose moins sur le droit que sur la dissuasion par la peur. Elle fragilise l’équilibre régional et multiplie les risques de confrontation directe ou indirecte, avec des conséquences imprévisibles pour l’ensemble du Moyen-Orient.
Trump, Zelensky et Netanyahou : alliances avant principes
La proximité politique entre Donald Trump, Volodymyr Zelensky et Benyamin Netanyahou révèle une hiérarchie assumée des causes et des souffrances. Une agression mérite un soutien total lorsqu’elle touche un allié stratégique. Une autre peut être justifiée, minimisée ou passée sous silence lorsque l’auteur bénéficie d’une protection politique. Cette logique mine profondément la crédibilité du discours occidental sur les droits humains et la légalité internationale.
Conclusion : le droit ou la force
En étendant la politique du deux poids, deux mesures de l’Ukraine à Gaza, puis vers l’Iran, les États-Unis contribuent à désagréger l’ordre international qu’ils prétendent préserver.
Un droit appliqué de manière sélective cesse d’être un droit. Il devient un instrument de domination. À force de substituer la coercition à la légalité, l’ingérence à la souveraineté et l’alliance au principe, le monde s’approche d’un point de rupture.
La paix internationale ne peut reposer durablement sur la menace. Elle exige l’universalité du droit — ou elle s’effondre.