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	<title>Rachid Fekkak &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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	<title>Rachid Fekkak &#8211; Le collimateur</title>
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	<item>
		<title>CARNETS SECRETS DE RACHID FEKKAK: « RENVOI DU LYCÉE ET DÉBUTS DU MILITANTISME »</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/20472</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rachid Fekkak]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Jul 2020 10:10:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Fekkak]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand Roi. Dans “Ses carnets secrets sur le règne de Hassan II”, récit autobiographique confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une lumière crue &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand Roi. Dans “Ses carnets secrets sur le règne de Hassan II”, récit autobiographique confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec un courage exemplaire tout en invitant ses anciens camarades à l’exercice salutaire de l’autocritique.</p>
<p><strong>7ème partie</strong></p>
<p><strong><em>Renvoi injuste du Lycée et débuts du militantisme </em></strong></p>
<p><em> </em><em>A la fin de l&rsquo;ann</em><em>ée scolaire 1965-1966, je fus renvoyé du Lycée. La cause: Gréviste-Agitateur. La décision avait été signée par le censeur du Lycée Moulay Abdallah. Le contact avec Mahjoubi allait s&rsquo;arrêter momentanément. Je devins ainsi un jeune « chômeur » à l&rsquo;âge de 17-18 ans, suite à une décision administrative inique!</em></p>
<p><em> </em><em>J&rsquo;avais pu mettre la main sur le Tome 1 du Livre I et le Tome 1 du Livre II du fameux Capital de Karl Marx (</em><em>été 1966). Ma sœur aînée Lalla Chaibia, jeune femme enseignante du secondaire, maîtrisant la langue de Molière à merveille, cultivée mais royaliste, me les avait achetés sur ma demande à la Librairie « Tacussel » de Casablanca. Comme quoi dans le Royaume du Maroc, en ces temps-ci, nous n’étions pas encore en « années de plomb » mais en « années d’uranium », radioactives.</em></p>
<p><em> Plus tard le fameux « Manifeste Communiste » r</em><em>édigé par Marx et Engels et le « Petit Livre Rouge » de Mao Tsé-toung allaient devenir mes livres de chevet. Et plus tard encore, au fil des années, j&rsquo;allais ingurgiter la plupart des œuvres théoriques communistes, en passant par Marx, Engels, Feuerbach, Plekhanov, Lénine, Staline, Mao, Léon Trotski (1973), Rosa Luxembourg, Louis Althusser&#8230;etc.</em></p>
<p><em> </em><em>En attendant, le r</em><em>êve d&rsquo;aller faire des études cinématographiques supérieures en France s&rsquo;étant évaporé, je m&rsquo;inscrivis en 1966-1967 au Cours de Théâtre du Conservatoire Municipal de Musique et d&rsquo;Art Dramatique à Casablanca, sous la direction de monsieur Mairet. Je garde en souvenir le travail de diction qu’il nous faisait faire, sans répit, sur la réplique de Corneille : « Vous Cinna, demeurez et vous Maxime aussi ! ». </em></p>
<p><em>Deux années plutôt, j’avais pu assister à la représentation de Bajazet de Racine, au Théâtre Municipal de Casablanca, rasé en 1984. Je ne reconnais plus aujourd’hui cette ville de la Résistance séculaire et moderne aux Empires coloniaux et néocolonialistes. L’avidité et l’opportunisme des parvenus ont détruit sont esprit, l’ont démantelée, corrompue et effacé les valeurs de son patrimoine historique. C’est tragique.</em></p>
<p><em>Au fur et </em><em>à mesure de ma croissance, ma petite conscience commençait à se fracturer. D&rsquo;une part, les écrits marxistes, me faisait adopter et condamner ma famille en tant que famille « féodale », « makhzénienne » et donc « réactionnaire » alors que mon vécu et ma connaissance empirique me démontraient qu’il n’en était rien ! Ils étaient des communautaires, des gens bien, courageux, généreux et respectés qui se sont battus contre les occupants français lors de l’invasion de Casablanca et la Chaouia par l’Armée française en 1907-1908, des gens nobles, humainement parlant. D&rsquo;autre part, je me retrouvais confronté au dilemme de la remise en question des dogmes religieux qui avait commencé avec le « doute rationnel » pour finir avec la « certitude déterministe » du matérialisme dialectique ; et un peu plus tard à celui de la confrontation avec la doctrine des « frères musulmans » dont le représentant principal Abdelkrim Mouti’, ancien ittihadi et fondateur de la « Chabiba Al Islamiya », était originaire aussi de Ben Ahmed. Cette question du rapport dialectique Individu-Social Vs Raison-Critique, j’allais la vivre et je la vis toujours à deux niveaux, tout aussi contradictoires que complémentaires: celui de la problématique de la foi (appartenance) et celui de la problématique fondamentale (posée à tout citoyen, jusqu’à tel ou tel niveau de conscience et de cognition) par rapport à la relation de la religion et de la politique et en particulier la question de l’Etat Civil Vs l’Etat Religieux, en terre d’Islam en général et surtout en terre marocaine, où l’expérimentation, le débat et la réforme étaient écartés par les options radicales (de gauche ou de droite), qui restaient focalisées principalement sur l’objectif de la confrontation avec le Roi Hassan II et ses tentatives par rapport à cette question cruciale de la nature et du statut de l’état.</em></p>
<p><em>Je parlerais au fil de la narration des tenants et des aboutissants de cette fracture et des séquelles qu&rsquo;elle a pu laisser aussi bien dans nos consciences individuelles, nos dogmes « sectaires » que dans la marche du Maroc, en tant que société et Etat, jusqu’au Pacte historique original, volontairement et librement instauré par le Roi Hassan II et le citoyen militant Abderrahmane Yousfi. Je parlerai aussi de l’après-pacte Hassan2/Yousfi et l’action clairvoyante du Roi Mohammed VI, ayant abouti à la nouvelle Constitution de 2011, visant à faire passer le Maroc à une monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale ainsi que des freins et obstacles socioéconomiques, géopolitiques et idéologiques qui retardent l’expérience marocaine, caractérisée par sa grande souplesse, dans cette question épineuse d’Etat civil, démocratique et social, dans nos configurations sociohistoriques musulmanes arabes, africaines et asiatiques.</em></p>
<p><strong><em>Ma jeunesse face aux interdits</em></strong></p>
<p><em>La « fugue révolutionnaire » ou le flirt avec l&rsquo;anarcho-syndicalisme fut mon premier contact avec l&rsquo;univers carcéral.</em></p>
<p><em>Pour ne pas rester dans le ch</em><em>ômage et surtout pour prendre contact avec la classe ouvrière, j’avais décidé de commencer à travailler. Sur intervention d’un membre de ma famille par alliance, Hamza Benbiga dont le grand frère aîné Ssi Mohammed était istiqlalien alors que lui était plutôt ittihadi, j&rsquo;ai pu intégrer la Comapra, une Entreprise publique spécialisée dans la culture et la commercialisation du Coton. C&rsquo;est ainsi que je me suis retrouvé à Berkane quelques mois après un stage au siège à Casablanca. </em></p>
<p><em>Mon seul regret intime aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est d&rsquo;avoir dû quitter le Conservatoire de Musique et d&rsquo;Art Dramatique, pour aller à Berkane et les bas-fonds de Melilla, à la fin de chaque weekend.</em><em> A m</em><em>on arrivée sur place, j’ai été dépaysé, coupé de l’ambiance familiale et régionale des Mzab et de Casablanca, très ouverte et conviviale. Je n’ai pas de ressentis par rapports à mes compatriotes de cette région du Nord mais c’est cela le Maroc, une multitude de modes et de genres de vie. Mais petit à petit, j’allais m’adapter.</em></p>
<p><em>La conviction r</em><em>évolutionnaire obligeait! Je me mis à mener la propagande « révolutionnaire » dans les milieux ouvriers qui aboutit quelques mois plus tard à une action de sabotage de biens (dans une usine d&#8217;emballage et ses véhicules) appartenant à la plus grande famille bourgeoise de la région de Berkane. J&rsquo;avais profité des différends qui opposaient cette famille au directeur de la Comapra, pour des raisons que j’ignorais. Les discussions s’effectuaient dans le magnifique Club de l’ORMVA de Berkane et nos déplacements nocturnes, par le biais de la voiture du Directeur qui prit la fuite le lendemain matin de l’acte de sauvetage commandité. </em></p>
<p><em>Suite à cet acte imprudent qui avait pris une dimension de délinquance, nous fûmes arrêtés et condamnés par le Tribunal de Première instance d’Oujda, à un mois de prison ferme pour les deux ouvriers et quinze jours pour moi. C&rsquo;était en mai-juin 1967 et c&rsquo;était mon premier flirt avec l&rsquo;anarchie syndicale ! On nous mit avec les droits communs. On discutait avec la masse. La politique faisait peur au citoyen. Mais j&rsquo;avais pu remarquer qu&rsquo;on avait du respect pour le trio qui s&rsquo;était attaqué aux exploiteurs.</em></p>
<p><em>Je compris plus tard </em><em>à partir de mon vécu de militant activiste, l&rsquo;un des fondements humains de la révolte, de l&rsquo;anarchisme, représenté dans le monde occidental par Prud’hon, Bakounine et le Prince Kropotkine, de sang russe noble! Je sus que dans l&rsquo;histoire de ma communauté arabo-musulmane, il y eut bien avant ces théoriciens et praticiens de l&rsquo;anarchisme européen, des tendances représentatives de la révolte anarchique contre les affres de la condition humaine, sous le joug des personnes ou des groupes (quelle que soit leur étiquette ou ce qu’ils prônent en théorie) qui prennent le pouvoir et qui en usent, sans limites ni contrôle ni sanction politique et juridique.</em></p>
<p><em>A Berkane, juste apr</em><em>ès ma libération, j’ai pu suivre la défaite des armées arabes face à Israël. Les paroles de Nasser et les sanglots de la foule, à travers les ondes de la radio, raisonnaient dans mon cœur et ma tête, comme des râles mélangés aux derniers vents, après une tempête dévastatrice. La « Nation Arabe », tant vantée par les Qaoumiynes, s&rsquo;écroulait, à mes yeux, comme un géant d&rsquo;argile. Un sentiment de colère brute, d’indignité vague mais lancinante, s&rsquo;incrusta dans mon inconscient.</em></p>
<p><em>Une semaine plus tard, le temps de r</em><em>égler mes affaires, je regagnais définitivement Casablanca. J’ai quitté la Comapra et repris momentanément un poste aux Ateliers Gallinari de Casablanca, grâce à l’intervention de mon cousin feu Ssi Larbi Fekkak ce qui allait me permettre d&rsquo;entrer en contact avec les dockers et les ouvriers spécialisés dans la réparation des moteurs de bateaux du port de Casablanca et l’UMT.</em></p>
<p><em>En parall</em><em>èle, Je m&rsquo;étais remis à travailler mes cours de Mathématiques, de Chimie et de Physique pour me représenter (1968) aux examens du Baccalauréat Sciences Mathématiques, en candidat libre. Je décrochais, malgré vents et marais, le fameux diplôme. Que faire avec? M&rsquo;inscrire à l&rsquo;Ecole Mohammedia des Ingénieurs? Partir en France? C&rsquo;était trop tard.</em></p>
<p><em> Je repris contact avec mes amis, en particulier Mahjoubi qui venait de terminer ses </em><em>études secondaires au Lycée Mohammed V la même année et Mostafa Haloui, encore élève de terminale dans ce même Lycée. </em></p>
<p><em>Tous les deux, Mostafa Yacoubi (Haloui) et moi-même nous décidâmes d&rsquo;envoyer une demande d&rsquo;inscription à l&rsquo;Académie militaire de Meknès. Nous reçûmes chacun notre convocation mais nous n&rsquo;y sommes pas présentés. </em><em>Comme j’avais repris </em><em>contact avec Mahjoubi, je lui fis part de ma décision. Nous discutâmes longuement de la chose et nous tombâmes d&rsquo;accord que ce n&rsquo;était pas le meilleur choix. On avait peur de devenir des blanquistes, acquis à l’alternative du complot et que nous avions pour tâche de participer à la lutte révolutionnaire par d&rsquo;autres moyens que celui des putschs.</em></p>
<p><em>Bachelier donc, je m&rsquo;inscrivis </em><em>à la Faculté de Droit! Ce fut 1968-69, tout en continuant à chercher un « boulot » plus intéressant que les Ateliers Gallinari, au niveau du contact avec la classe ouvrière.</em></p>
<p><em>Fin 1969 en effet, faisant intervenir Hamdi, originaire de Ben Ahmed et ancien élève et maître d’internat du Lycée My Abdallah, j&rsquo;intégrais la Cosumar dans laquelle je commençais à nouer des contacts avec les travailleurs et en particulier les responsables syndicalistes de l&rsquo;UMT. </em></p>
<p><em>Fascin</em><em>é par le fameux livre de Ché Guevara, « Guerre de guérilla », je maintenais le contact avec la campagne, en commençant par la région qui m&rsquo;a vu naître, les M’zab.</em></p>
<p><em>Parallèlement, à la Fac de Droit de Casablanca, nous nous mîmes, Mahjoubi et moi-même, en contact avec les jeunes Ittihadi. Je devins membre de la jeunesse Ittihadia sous la responsabilité directe de Hassan Ben Smaïn et la responsabilité indirecte de Mohammed Haloui. </em><em> Tout ça, parce qu’</em><em>avec Mahjoubi, nous décidâmes d&rsquo;agir dans le cadre de l&rsquo;UNEM. Je me présentais aux élections de la Corpo de la Fac de Casablanca en tant qu&rsquo;Ittihadi. Il y avait aussi des aînés comme Anik, Khalid Naciri, Habrich du PLS et Firdaous de l’UNFP, si je me rappelle bien.</em></p>
<p><em>Ainsi en prévision de la tenue du 13ème Congrès de l&rsquo;UNEM, je fus élu responsable de la jeunesse Ittihadie de Casablanca. </em></p>
<p><em>Je pus ainsi prendre part aux réunions de la branche politique estudiantine du Parti à Rabat qui s&rsquo;étaient distinguées par l&rsquo;opposition entre la tendance modérée parmi les étudiants unionistes, représentée par Abdellatif Manouni (Président de la Commission chargée par le Roi Mohammed VI  de la rédaction du projet de Constitution de 2011) et celle, radicale (attachée à Fkih Basri et à la Mounaddama Essirria) qui elle était représentée par Lakhsassi ( arrêté et condamné, après la tentative insurrectionnelle de 1973 ; devenu Ambassadeur du Maroc, plus tard), réunions auxquelles prirent part de manière active Mohammed M&rsquo;rini, Mesdad et Lahbib Talib avec lesquels j&rsquo;allais me retrouver un an plus tard dans la même organisation clandestine, 23 Mars. Je me rappelle toujours de l&rsquo;intervention de Abderrahim Bouâbid pour ramener le calme et l&rsquo;entente entre les deux tendances ittihadies, ce qui semblait très difficile et finalement irréalisable.</em></p>
<p><em>Entre deux séances, nous avions pu assister à l&rsquo;amerrissage de Neil Armstrong sur la Lune. </em></p>
<p><em>Trois années plus tard, c’est le Front, représentant l’alliance entre les deux organisations marxistes-léninistes 23 Mars et Ila Al Amam qui allait prendre la direction de l’illustre organisation estudiantine. Après moins d’un an d’activisme révolutionnaire plus tard, l’UNEM allait être interdite, début 1973, par le ministre de l’Intérieur, Driss Basri.</em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>RACHID FEKKAK: « MA PRIME ADOLESCENCE ET LA POLITIQUE »</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/20216</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rachid Fekkak]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2020 11:51:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[mes carnets secrets sur le règne de Hassan II]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Fekkak]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré ce 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans « Ses carnets secrets sur le règne de Hassan II », récit autobiographique confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré ce 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans « Ses carnets secrets sur le règne de Hassan II », récit autobiographique confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec un courage exemplaire tout en invitant ses anciens camarades à l’exercice salutaire de l’autocritique.</p>
<p>Comme l&rsquo;indique le titre de cette 5è partie de ce récit autobiographique, l&rsquo;auteur revient sur ses premiers rapports à la politique. Bonne lecture.</p>
<p><strong><em>5<sup>ème Parie</sup></em></strong></p>
<p><strong><em>Ma prime adolescence et la politique</em></strong></p>
<p><em>Au Lyc</em><em>ée, j&rsquo;étais parmi ceux parmi les jeunes élèves qui lisaient Attahrir (Union Nationale des Forces Politiques) et Al Moukafih (Parti Communiste Marocain) que malgré le fait qu’ils étaient très osés, pouvaient être diffusés quand ils ne sont interdits de publication (pour quelques jours si je ma rappelle bien). Rappelez-vous, nous sommes à l’ère de Hassan II.</em></p>
<p><em> </em><em>Nous suivions les élections parlementaires et les débats au Parlement (1962-1963), soit par le biais de la radio, soit par le biais de la télé, pour ceux dont les parents possédaient un poste tv. En parlant de télévision, ce qui m&rsquo;étonne aujourd’hui, c&rsquo;est que je ne garde comme souvenir d&rsquo;enfance de ce que j&rsquo;avais vu à l&rsquo;âge de 11 ans en janvier 1961, que la Conférence de Casablanca présidée par Feu Mohammed V et à laquelle avait assisté Jamal Abd Nasser!</em> <em>Je garde tout aussi bien le souvenir de Hamlet de Shakespeare interprété par Afifi et retransmis à la télé.</em></p>
<p><em> </em><em>Nous nous int</em><em>éressions à la vie politique de notre pays, au monde arabe et à la politique internationale. Nous avions de la fierté, une volonté inébranlable de réussite.</em></p>
<p><em>Par une sorte de regroupement géographique « régionaliste » , nous formions au Lycée M.A., nous, élèves originaires de Ben Ahmed dont mon ami Ahmed Ryad et moi-même, une espèce de cercle informel acquis spontanément à l&rsquo;UNFP et opposé à l&rsquo;Istiqlal. </em></p>
<p><em>Des élèves brillants nous avaient précédé de quelques années: mon cousin feu Mustapha Maâroufi, Himdi, le Wali et grands ami des cinéastes, Mustapha Derkaoui et Krimou qui était l’un de nos maîtres d’Internat, et bien d’autres, internes ou externes.</em></p>
<p><em> </em><em>On était plus jeunes, mon frère Aziz et moi-même. Mon ami Ahmed Ryad qui avait fait avec moi le primaire à Ben Ahmed, grand copain de Najib Sahraoui, fils de Abdelkader Sahraoui, ancien militant de l&rsquo;UNFP, me rapportait régulièrement des informations sur quelques activités de ce parti et de son aile radicale antiroyaliste.</em></p>
<p><em> En ces temps-l</em><em>à et vu notre âge, nous parlions des grands hommes marocains. Nous pouvions en parler en toute liberté et en toute amitié. En somme, on acceptait spontanément la différence de point de vue, parce qu’à mon avis, nous n’étions pas du tout « embrigadés ».</em></p>
<p><em> </em><em>Nous avions pourtant nos idoles nationales : à leur tête Le Roi Mohammed V, Abdallah Ibrahim, Hassan II, Allal El Fassi, Mehdi Ben Barka. Je me rappelle que les débats qui nous opposaient n&rsquo;étaient entachés d&rsquo;aucun fanatisme et que nous savions que Mehdi Ben Barka était le maître de Mathématiques du Roi et que les deux illustres personnages avaient été liés d&rsquo;amitié malgré les différends qui les opposaient. Différends qui nous semblaient parfois très graves mais dont nous ne comprenions alors ni l&rsquo;étendue ni les soubassements.</em></p>
<p><em> Il y avait aussi un autre personnage qui nous fascinait. Il s&rsquo;agissait de Feu Abderrahim Bou</em><em>âbid. Originaire de la campagne des Achach, Tribu des Maârif, j&rsquo;avais pu assister à l&rsquo;âge de 9 ans, à l&rsquo;inauguration de l' »Opération Labour » organisée et lancée par celui-ci, sous le Haut patronage de feu le Roi Mohammed V, en 1958 si ma mémoire ne me trahit pas. Le Directeur de l’école, Feu Si Mohammed M’zabi , accompagné des instituteurs nous emmena en ligne, pour participer à l’accueil de notre bien-aimé souverain. J&rsquo;en garde toujours le souvenir. Les membres adultes de ma famille, dignitaires et makhzéniens, bien que partagés entre l&rsquo;Istiqlal et le parti de la Choura portaient de l&rsquo;estime pour Abderrahim Bouâbid. Ce grand homme qu&rsquo;ils disaient d&rsquo;une intelligence et d&rsquo;une pondération exemplaires. Plus tard au Lycée, on apprit qu&rsquo;il était derrière la planification et la mise en place de la monnaie marocaine au lieu du franc français.</em></p>
<p><em> A titre d&rsquo;exemple, nous parlions du Conseil Consultatif, dont la pr</em><em>ésidence fut confiée par le Roi Mohammed V à Mehdi Ben Barka &#8230; Pourquoi ce Conseil n&rsquo;avait-il pas abouti à un projet de Constitution &#8230; Pourquoi il a été dissous &#8230; Qu&rsquo;est-ce que la démocratie? Nous parlions de l’Armée de Libération, passée du Nord au Sud, à Aït Baâmran ! </em></p>
<p><em> </em><strong><em>Parenthèse : </em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong><em>Cinquante années plus tard, en mai, juin et juillet 2008 j’allais me trouver à Sidi Ifni, capitale des Ait Baâmran, où je participais au tournage d’un film international, en tant que Délégué de Production. A ce propos, c’était mon ami Saâd Chraibi qui m’avait mis en contact avec les responsables de ce projet. J’ai procédé avec eux à la préparation. Or comme je ne disposais pas de la carte de Directeur de Production, j’ai fait appel à Mustapha Ziraoui pour occuper ce poste, afin d’être en règle avec le règlement du Centre Cinématographique Marocain. Mais les producteurs internationaux ont pris la décision de me garder, au titre de Délégué de Production, en prenant la peine d’envoyer une lettre au Directeur du CCM, à la fin du tournage, dans laquelle ils nous rendaient hommage, Mustapha Ziraoui (Directeur de Production), M’hammed Ouaglou (Régisseur Général) et Rachid Fekkak (Délégué de Production.) Cette expérience avait été édifiante pour moi. D’abord par sa dimension professionnelle et humaine honorifique. Ensuite elle m’avait permis d’assister aux graves événements sociaux-politiques qui avaient eu lieu dans la ville de Sidi Ifni à cette époque et de mesurer l’ouverture et le savoir-faire de l’Etat marocain et de tous ses Services en action dans une situation aussi complexe d’une part et d’autre part aussi d’être en contact direct et permanent avec les citoyens, avec lesquels j’ai pu partager en mode informel et spontané des moments agréables et de grande compréhension de leur part, afin que le processus de la production cinématographique dans leur ville ne soit ni bloqué ni endommagé par leur mouvement revendicatif. D’ailleurs la trentaine ou plus d’internationaux canadiens, belges et français, hommes et femmes, nous les avions répartis en triple, double ou solo pour l’habitat chez les particuliers. Eux-mêmes ne voulaient pas aller à l’hôtel ou quitter la ville. La relation avec nos compatriotes était exemplaire. Je coordonnais le déroulement de la production entre la triade : 1-des Responsables et des Services administratifs de Sidi Ifni, Tiznit, Agadir et Guelmim, 2-des équipes de la Production du film (notamment le tournage, le catering, l’hébergement, le transport…etc.) et -3 un membre du Comité représentant la population. Pour l’anecdote, dans le planning de tournage, il était prévu d’avoir un bus avec son chauffeur, une certaine journée. La veille, réunion d’urgence avec nos amis internationaux.</em></p>
<p><em>_Que faire, Rachid ? Demain, il y a grève et manifestation et il faut disposer du bus et du chauffeur. Me dit Stéphane, le Producteur principal (belge) du film.</em></p>
<p><em>_ Ne te fais pas de soucis, Stéphane ! Le bus on l’aura. Lui répondis-je.</em></p>
<p><em>_ Mais Ouaglou (Régisseur général) a eu une réponse négative de la part du chauffeur et tous les bus de la ville seront à l’arrêt.</em></p>
<p><em>_Je suis au courant Stéphane. Mais le problème sera réglé.</em></p>
<p><em> </em><em>Bien sûr, Ouaglou m’avait prévenu le matin de cette situation. J’avais appelé Ssi Ahmed, le patron de la Société de transport qui m’a assuré qu’il tiendra parole.</em></p>
<p><em>_ Je peux compter sur vous, Ssi Ahmed ! Ce sera grave si on n’aura pas le bus et le chauffeur avec. </em></p>
<p><em>_ Parole d’honneur, me répondit-il. </em></p>
<p><em> </em><em>Je l’ai cru. Le lendemain matin, à l’heure fixée, Ouaglou me prévint que le bus était sur place, à l’avenue de la Corniche de la ville mais il n’y avait personne ni dedans ni dehors à côté. J’ai pris ma voiture et je suis allé à la Corniche. Elle était vide. Pas âme qui vive. Nos compatriotes étaient tous partis à la manif, prévue au Centre de la ville. Fallait-il déplacer les camions et le matos de l’image et du Son ou non ? Je dis à Ouaglou d’aller faire le nécessaire pour la préparation du plateau.</em></p>
<p><em>J’appelle le patron une première fois, il ne répond pas, une deuxième fois, pas de réponse. Je commençais quand-même à me faire du souci. J’allumais une clope. Je fumais encore. Je rappelle encore Ssi Ahmed. </em></p>
<p><em>_Allo ! Oui, Ssi Rachid, je suis à côté … une minute je suis avec toi.</em></p>
<p><em>Effectivement, quelques minutes plus tard</em><em>, il était devant moi, l’air calme.</em></p>
<p><em>_ Ssi Rachid, «la parole, c’est la parole.» </em></p>
<p><em>_ Et le Chauffeur ? Lui demandais-je. </em></p>
<p><em>_ Hier, le Comité de la ville a tenu une réunion, spécialement pour trouver une solution à notre engagement avec toi.</em></p>
<p><em>Je l’écoutais, intrigué.</em></p>
<p><em>_Allah vous récompensera ! Dis-je à Ssi Ahmed.</em></p>
<p><em>_Le Comité fait exception en ce qui vous concerne vous et vos amis étrangers. Ils sont corrects avec les familles qui les hébergent, comme vous autres marocains, ils viennent dans nos cafés et mangent dans nos restaurants. Ils respectent les gens que vous engagez pour travailler avec eux et ils sont en règle avec eux, en ce qui concerne les paiements. </em></p>
<p><em>_Merci, c’est gentil de leur part.</em></p>
<p><em>_Quant au chauffeur, j’ai amené moi-même le bus du dépôt et je suis allé le chercher. Mais il refuse de travailler aujourd’hui parce qu’il participe à la manif. C’est son droit.</em></p>
<p><em> </em><em>Je me taisais et je me disais en moi-même : « Et si je mettais une casquette et une écharpe autour du visage pour ne pas être reconnu… et conduire le bus ? Et si je demandais à Ouaglou de le faire ? » Mais Ssi Ahmed n’allait pas tarder à me délivrer de ce petit dilemme. Dans les métiers du cinéma et du théâtre, il faut toujours prévoir le système D.</em></p>
<p><em>Ssi Rachid, j’ai tardé parce que je suis allé à la maison pour régler quelques petites affaires et je suis revenu pour travailler avec vous. Je vais conduire moi-même le bus. Avant de créer ma boite, j’étais chauffeur poids lourd. </em></p>
<p><em>La suite a été superbe. Après la manif, Ouaglou a pu amener au plateau des adultes et des enfants pour la figuration, très importante dans ce genre de séquence.</em></p>
<p><em>Je ferme la parenthèse sur Ait Baamrane et je reviens au questionnement que nous nous posions quand nous étions des lycéens, au début du règne de Hassan 2 ? </em></p>
<p><em>Quel rapport tout cela avait-il directement ou incidemment avec l&rsquo;élaboration de la première Constitution marocaine ? Quelles sont les raisons qui avaient poussé l&rsquo;UNFP à appeler au Boycott du Référendum constitutionnel de 1962, à l&rsquo;inverse de l&rsquo;Istiqlal et de l&rsquo;UMT qui avait voté « Non »? Pourquoi était-ce considéré par les unionistes comme une Constitution octroyée ? Qu&rsquo;est-ce qui était proposé en alternative ? Qu’est-ce qui opposait les radicaux de l’UNFP à Abdallah Ibrahim et la Direction de l’UMT avec à sa tête Mahjoub Ben Seddik ? On voulait savoir, être enseignés, comprendre. Personne ne nous expliquait les choses, ni le pourquoi de ces questions dangereuses. Mis à part les rumeurs, les écrits incendiaires de part et d&rsquo;autre, les joutes oratoires &#8230; nous ne comprenions pas et nos parents aussi. Je parle bien sûr de la majorité des Marocaines et des Marocains. Bien sûr, la notion de « masses populaires »  était en vogue mais, on restait dans le flou et l’incompréhension.</em></p>
<p><em> </em><em>Nous savions aussi que dans l&rsquo;optique de la politique </em><em>économique, se sont installés des courants de pensée opposés. D’un côté, il y avait le Prince héritier, intronisé Roi en l’an 1961, après le décès de son Auguste père le Roi défunt Mohammed V, d’autre côté les Istiqlaliens, tiraillés entre deux grandes mouvances, la droite et la gauche qui donnera l’aile UNFP, réunissant pour un temps les dirigeants syndicalistes et résistants, les communistes… etc. Tous n&rsquo;étaient apparemment pas d&rsquo;accord sur la voie à suivre aussi bien en politique économique intérieure qu&rsquo;en politique économique extérieure. D&rsquo;après les dires des uns et des autres, d&rsquo;après la rumeur qui malheureusement faisait des ravages d&rsquo;opinion, ils s&rsquo;opposeraient autour de questions en rapport avec la problématique des <strong>Nationalisations/ Etatisations</strong>, du <strong>Libéralisme</strong>, du <strong>Socialisme</strong>, de la <strong>Planification</strong>, de l&rsquo;<strong>Industrialisation</strong>, de la <strong>Réforme Agraire</strong>, des <strong>Barrages</strong>, des rapports du Maroc aux <strong>Pays Arabes</strong>, de la relation à la <strong>France</strong>, aux <strong>USA</strong>, à <strong>l&rsquo;Union Soviétique</strong>, au <strong>Mouvement des Pays Non-Alignés</strong>, au <strong>Néocolonialisme</strong>, <strong>Impérialisme</strong>… Mais la grande et complexe question autour de laquelle la fracture entre Hassan 2 et ses opposants radicaux (unionistes surtout à la différence des communistes) allait s’approfondir et entraîner des séquelles indélébiles malheureusement, c’est la question tragiquement posée avec la <strong>« Guerre des sables »,</strong> la guerre de <strong>1963</strong> qui opposa le Maroc à l&rsquo;Algérie, en raison des problèmes frontaliers entre les deux Etats. </em></p>
<p><em>A propos de cette question, entre nous lycéens, spontan</em><em>ément j&rsquo;adoptais une position pour la cause marocaine. Le doute et l&rsquo;opinion différente étaient chose courante parmi nous, malgré notre jeune âge et notre inexpérience dans la vie en général et la vie politique, en particulier. N&rsquo;oublions pas que nous étions dans un Lycée scientifique d&rsquo;image de marque, qu&rsquo;en quatrième année secondaire, on avait déjà bouffé le Discours de la Méthode de Descartes, que nous étions en plus très solidaires, très dignes et très fiers. Il y en avait parmi-nous qui étaient pour la cause algérienne. On débattait nos idées dans le calme et l&rsquo;amitié. En ce qui me concernait, l&rsquo;idée que l&rsquo;Algérie venait d&rsquo;avoir son indépendance, qu&rsquo;elle ait pu être  » révolutionnaire », « socialiste » et à l' »avant-garde des pays anti-impérialistes », n&rsquo;arrivait pas à me convaincre. Etais-je « chauviniste » ? Patriote ?&#8230; Mais c&rsquo;était quoi exactement ne pas être chauviniste dans ce cas de figure précisément? Etait-ce de s&rsquo;aligner sur les intérêts de la Nation Algérienne en gestation tout en négligeant ou en minimisant ceux de la Nation marocaine inversement ?</em></p>
<p><em> La l</em><em>égitimité des droits historiques et des revendications du Maroc me semblait primordiale. J&rsquo;aimais feu Mehdi Ben Barka, jusqu&rsquo;à l&rsquo;idolâtrie ; mais même adolescent, je ne partageais pas sa position sur cette question. On connaissait son combat contre les intérêts du néo-colonialisme dans la région. On savait aussi que les néo-colonialistes étaient directement responsables des malheurs du Maghreb. Mais nous étions en majorité contre la politique algérienne dans cette affaire précise. Des années plus tard, j’allais réaliser que ce fut une erreur fatale qu&rsquo;avait commis notre illustre compatriote révolutionnaire Mehdi Ben Barka.</em></p>
<p><em> </em><em>Ma compr</em><em>éhension de ces grandes et très complexes questions, était forcément très réduite, très confuse. Je ne comprenais pas les tenants et les aboutissants de ces problèmes. Comme tous mes jeunes camarades lycéens, je tâtonnais, je me nourrissais d&rsquo;approximations dangereuses qui n&rsquo;allèrent pas tarder, sous la force répressive d&rsquo;un verbiage schématique hyper modélisateur, à m&rsquo;envoûter , à m&#8217;emprisonner dans le moule des « vérités » qui allaient de soi. Ma conscience et mon subconscient en réseau interactif avec le sub-conscient collectif de la communauté à laquelle j&rsquo;appartenais commençaient à se métamorphoser petit à petit en phantasmes et en nouveaux mythes.</em></p>
<p><em> </em><em>Mais malgr</em><em>é tout, nos débats sauvages d’adolescents attestaient que notre génération, celle de l&rsquo;après l&rsquo;indépendance, portait sincèrement le plus grand intérêt à la vie pluridimensionnelle de sa patrie.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>RACHID FEKKAK: « MES CARNETS SECRETS SUR LE RÈGNE DE HASSAN II »</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/20072</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rachid Fekkak]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2020 10:42:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[carnets secrets sur le règne de Hassan II]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Fekkak]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à lecollimateur.ma, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec un courage exemplaire tout en invitant ses anciens camarades à l’exercice salutaire de l’autocritique.</p>
<p>Dans cette 4è partie de son récit autobiographique, Rachid Fekkak revient sur son enfance à M&rsquo;Zab et les débuts d&rsquo;un parcours intellectuel, artistique et militant atypique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>4<sup>ème</sup> Partie </strong></p>
<p><strong><em>L’enfant et l&rsquo;adolescent des Mzab</em></strong></p>
<p><em> </em><em>Je suis né un certain jour du mois de décembre de l&rsquo;an 1949 à Kasbat Regada, l&rsquo;une des capitales historiques de Tamesna dont les tribus de Mzab faisaient partie et qui vacillait entre le Blad Siba et le Blad El Makhzen.</em></p>
<p><em>Tamesna, c&rsquo;était plus ou moins l&rsquo;équivalent de l&rsquo;actuelle région de la Chaouia. dont les tribus des Mzab n&rsquo;en constituent qu&rsquo;une fraction à côté d&rsquo;autres, notamment les Ouled Hriz et les M&rsquo;dakra.</em></p>
<p><em>Par mon père, j&rsquo;appartiens à la lignée des Maârif-Ouled Bannour et par ma mère, à celle des Idrissides-Amrani de Fes.</em></p>
<p><em>Sidi R&rsquo;chid! Me disait ma mère. Je t&rsquo;ai donné le prénom de Babaya, Moulay R&rsquo;chid. Ton grand-père était parmi les plus brillants Mousammi&rsquo;ine de Fes. Ah! Quand il chantait, les anges descendaient du ciel pour entendre sa voix! </em></p>
<p><em>Babaya, c&rsquo;est le sobriquet que ma mère prononçait à l&rsquo;endroit de son papa quand elle nous parlait de lui et quand elle disait Mousammi&rsquo;îne, il s&rsquo;agit des choristes du Sama&rsquo;â, l&rsquo;un des plus beaux chants et complaintes spirituelles dans les pratiques du soufisme.</em></p>
<p><em>A </em><em>l&rsquo;âge de quinze ans, je quittais le Collège Ibn Abbad de Settat dans lequel j&rsquo;avais passé les trois années du premier cycle du secondaire. Mes parents m&rsquo;y avaient inscrit en 1961 et placé dans l&rsquo;internat parce que dans notre petit patelin, Ben Ahmed, il n&rsquo;y avait pas encore de collège à cette époque, à la différence de nos deux villes voisines, Khouribga et Settat, qui étaient dotées d&rsquo;Etablissements secondaires.</em></p>
<p><em>Pourtant, cinquante années plutôt, après l&rsquo;invasion de la Chaouia par l&rsquo;armée française en 1907-1908 et la mise en place du Protectorat français dans le pays en mars 1912, Ben Ahmed était devenue un Centre administratif, le « Chef-lieu » des célèbres tribus des Mzab, réparties historiquement en deux sous-ensembles fratricides depuis l&rsquo;an 1867 sous le règne du Sultan Mohammed IV, les Mzab Aâchach et les Mzab M&rsquo;lal.</em></p>
<p><em>Toujours est-il que l&rsquo;Administration coloniale avait installé dans la petite ville de Ben Ahmed deux écoles primaires. Et ce, après la deuxième guerre mondiale. Peut-être même bien avant. Une école pour les filles et une autre pour les garçons. Bien entendu, la majorité des élèves venait de familles françaises, à part quelques exceptions. Ceci dit, je dois souligner un fait significatif. C&rsquo;est qu&rsquo;en plus de ces deux écoles primaires, l&rsquo;Administration française avait mis en place un établissement technique qui était destiné aux élèves âgés, appartenant aux familles marocaines du bled.</em></p>
<p><em>Plus tard, à la fin des années cinquante, nous tous, petits et grands élèves, allions tirer un grand profit didactique de cette bâtisse grâce à Monsieur Arnaud, le maître incontesté des lieux. C&rsquo;est grâce à lui que notre sensibilité rudimentaire et ingénue, allait être ébranlée pour le restant de notre vie, sans aucun remède, par la magie du cinéma! Cet instituteur, légendaire dans la mémoire des enfants de ma génération, était mince, de petite taille, les cheveux hérissés et toujours coupés courts, au millimètre près! On ne le voyait qu&rsquo;en blouse grise, tout le temps. Il était agile, ferme, dégourdi et pédagogue. Cet homme si simple, si petit et pourtant si grand dans notre entendement nous avait fait connaître et aimer jusqu&rsquo;à l&rsquo;idolâtrie Charlie Chaplin, Laurel et Hardi, Ali Baba et les quarante voleurs, Gary Cooper, les indiens et les cow-boy du Far-West. Que de rêves et de souvenirs indélébiles! On attendait avec impatience ces moments prodigieux durant lesquels monsieur Arnaud nous faisait frémir de joie ou de frayeur, en nous faisant partager la vie de ces héros légendaires par la projection de films en noir et blanc qui racontaient leurs histoires fabuleuses et nous faisaient tordre de rire avec leurs farces hilarantes, dans le fameux grand Atelier de son Etablissement technique.</em></p>
<p><em> A l&rsquo;inverse de cet enchantement nourri par la magie de l&rsquo;image, je n&rsquo;arrivais pas à saisir ce qu&rsquo;on m&rsquo;enseignait en classe! Tout petit enfant, j&rsquo;avais beaucoup de difficulté à déchiffrer le sens des mots, les choses et les relations qui pouvaient exister entre elles. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la langue d&rsquo;Al Jahiz ou celle de Molière, par ailleurs! Les deux systèmes linguistiques me faisaient souffrir. Tout était pour moi d&rsquo;une abstraction insurmontable! Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la l&rsquo;arabe classique ou du français. Ce fut l&rsquo;une de mes hantises, à l&rsquo;époque! </em></p>
<p><em> </em><em>Comment arriver à déchiffrer et à apprendre ce qu&rsquo;on m&rsquo;enseignait? J&rsquo;étais très perturbé, très malheureux parce que je savais que je « ne comprenais pas ». Le plus grave, c&rsquo;est que je me sentais coupable! Du fait même que je ne comprenais pas et que je n&rsquo;arrivais pas à bien transcrire les lettres, les mots et les phrases sur les pages de mes cahiers! Mon supplice était que je ne pouvais ni m&rsquo;expliquer cela ni en faire part à quiconque. Le hic, c&rsquo;est que j&rsquo;avais beaucoup de mal à mémoriser! Et il fallait réciter par coeur! Sinon on connaît la suite! Les coups de baguettes sur les doigts de nos maîtres français ou la falaqa! Cette horrible punition qui consistait à porter le coupable sur le dos d&rsquo;un de ses camarades de classe et une fois bien coincé à recevoir sur les fesses ou la plante des pieds les coups de bâton ou de ceinture que la main généreuse de nos maîtres marocains nous dispensait!</em></p>
<p><em> Voilà une grande partie de ma vie d&rsquo;enfance. Livré à la détresse d&rsquo;une scolarisation difficile. Non pas à cause de son statut bilingue mais à cause de l&rsquo;indifférence générale par rapport au besoin de l&rsquo;enfant à « comprendre » pour qu&rsquo;il puisse assimiler! Aujourd&rsquo;hui encore, il m&rsquo;arrive d&rsquo;y penser comme si c&rsquo;était hier. Avec un mélange de crainte profonde, d&rsquo;amertume et d&rsquo;ironie comme pour me venger!   </em></p>
<p><em> Heureusement, ce calvaire cognitif dû à la complexité des langues classiques arabe et française qui m&rsquo;avait marqué durant ma prime enfance à l&rsquo;école n&rsquo;allait pas trop tarder. Ce fut à partir du CM2 et surtout à la deuxième année du Collège que j&rsquo;allais commencer à prendre conscience de ma connexion interactive avec l&rsquo;environnement. Je sentais qu&rsquo;il m&rsquo;arrivait quelque chose d&rsquo;étonnant, de magique presque. C&rsquo;était en rapport avec mon cerveau! Je commençais à percevoir qu&rsquo;il fonctionnait! C&rsquo;était la plus grande transformation qui ait pu m&rsquo;arriver à cet âge. « Tiens, je commence à comprendre »! Me dis-je en mon fort intérieur, ces fameux jours où j&rsquo;ai enfin pris conscience de ma raison! </em></p>
<p><em> </em><em>Et c&rsquo;est ainsi que je suis arrivé ensuite à sauter les barrières et pu finalement, après deux ou trois bons successifs, passer au stade de l&rsquo;élève éveillé.</em></p>
<p><em>Mais je suis resté tout de même un enfant dispersé. Ce qui donnait l&rsquo;impression que j&rsquo;étais un élève paresseux.</em></p>
<p><em>En fait, je ne l&rsquo;étais pas. Je n&rsquo;attachais pas beaucoup d&rsquo;importance à la révision des cours, c&rsquo;est tout! Mes devoirs, je leur consacrais très peu de temps. Je n&rsquo;avais de réel plaisir qu&rsquo;en m&rsquo;évadant sur les ailes de mon imagination débridée, dans les univers fantasmagoriques que je m&rsquo;inventais de manière ininterrompue. </em></p>
<p><em>De la sorte, ne fournissant que peu d&rsquo;efforts quant aux devoirs de classe, je n&rsquo;ai pas été un élève très brillant, mais j&rsquo;étais parmi les meilleurs de ma classe, au collège et au lycée. J&rsquo;arrivais à décrocher des tableaux d&rsquo;honneur et parfois des encouragements. Jamais de félicitations! Je m&rsquo;en souciais très peu ou pas du tout! Mes autres centres d&rsquo;intérêt, c&rsquo;étaient la vie mouvementée et légendaire des personnages épiques que nous rapportaient les conteurs de la place publique dans les « halqa » ou ceux plus comiques, extravagants, chenapans ou même héroïques que nous révélaient les bandes dessinées et les films en noir et blanc. Sans parler de l&rsquo;univers des romans photos dont je m&rsquo;alimentais, une fois atteint l&rsquo;âge de la préadolescence.</em></p>
<p><em>A la dernière année du Collège, le Conseil pédagogique de notre établissement m’avait orienté en section Sciences Maths, sur recommandation de Monsieur Pamphile, notre professeur de mathématiques, bel homme au teint brun foncé, de nationalité française, originaire des Antilles qui avait la carrure d&rsquo;un athlète, les allures et la prestance d&rsquo;un Othello!</em></p>
<p><em>Les maths! Moi qui pensais que Madame Pamphile, la plus belle femme du Collège (épouse de notre prof de Maths, par ailleurs) qui nous enseignait le français et m&rsquo;avait fait enfin comprendre et aimer cette langue ne manquerait pas de m&rsquo;affecter en section Lettres Françaises, du fait que j&rsquo;étais considéré parmi ses meilleurs élèves dans cette matière. Peut-être s&rsquo;étaient-ils concerté tous les deux, avant la réunion du Conseil? En tous les cas, j&rsquo;ai vécu avec ces deux personnes merveilleuses les meilleurs moments de mes douze, treize et quatorze années de mon adolescence.</em></p>
<p><em>Suite donc à la décision du Conseil d&rsquo;orientation, je fus parachuté avec plusieurs autres élèves de ma classe dans le prestigieux Lycée Moulay Abdallah de Casablanca, pour y passer les trois années du Second cycle du Secondaire, y décrocher le Baccalauréat Sciences Mathématiques et peut-être aller faire maths-sup au Lycée Lyautey, dans la perspective d&rsquo;avoir accès à l&rsquo;une des fameuses Grandes Ecoles d&rsquo;ingénieurs en France ou à l&rsquo;Ecole Mohammedia des Ingénieurs de Rabat.</em></p>
<p><em>En fait, durant ce parcours scolaire, je ne savais pas ce que je voulais faire exactement. Je n&rsquo;avais aucune idée sur la nature de ma formation future ni sur mon avenir professionnel. Je pense que cela était dû au fait que mon père n&rsquo;était plus de ce monde alors que je n&rsquo;avais que sept ans.</em></p>
<p><em>Ma mère, elle, tenait fermement à ce que nous allions à l&rsquo;école, mes sœurs, mes frères et moi-même. C&rsquo;est tout! A la mort de mon père en 1956, elle s&rsquo;était retrouvée veuve avec cinq orphelins à charge : Lalla Chaïbia, Moulay Abdelaziz, Sidi Ahmed, Lallathoum et moi-même. Elle allait tenir fermement les choses en main et gérer la vie de notre petite famille de la manière la plus coriace, la plus intransigeante. Avec son tempérament inflexible, elle avait pu nous soumettre à une discipline implacable. Bien sûr, elle ne pouvait pas nous aider quant au choix des études à faire. Et on ne peut pas lui en vouloir. Elle n&rsquo;a pas été à l&rsquo;école. Une fois marié, elle n&rsquo;avait pas de contact avec le monde extérieur, hormis les membres de sa famille et ceux de la famille de mon père. Devenue mère et veuve, il fallait que ses enfants soient inscrits à l&rsquo;école primaire, au Collège puis au Lycée! Avec la condition impérative de poursuivre nos études dans les établissements publics de l&rsquo;Enseignement moderne, oeuvre des Français, par surcroît! Un point c&rsquo;est tout! N&rsquo;oublions pas que l&rsquo;enseignement moderne avait vu le jour à l&rsquo;initiative des français! Et à l&rsquo;époque, juste après l&rsquo;indépendance de notre pays, cette attitude de ma mère était quelque chose d&rsquo;exceptionnel! Aucune haine par rapport aux chrétiens, les Nsara, aucun rejet! Un très grand pas de la part de cette femme musulmane élevée dans la tradition, la vénération des ancêtres et la dévotion. Mais elle venait de la capitale des sciences et de la spiritualité, Fès, l&rsquo;une des rares villes du monde médiéval qui abrita la célèbre Université des Qaraouine! En plus, elle était toute fière d&rsquo;appartenir à la branche soufi des Idrissides, les Amrani! </em></p>
<p><em>Cependant, même en n&rsquo;étant pas fixé sur les études supérieures que je devais faire, je nourrissais l&rsquo;espoir de toujours aller de l&rsquo;avant, d&rsquo;être parmi les meilleurs. Et je vivais une enfance qui s&rsquo;accordait bien avec celle de mon pays dont l&rsquo;élite espérait le faire entrer dans la voie de la croissance et du progrès.</em></p>
<p><em>Ainsi donc enfant, je m&rsquo;éclatais déjà en faisant du théâtre et du chant à l&rsquo;école primaire, au Collège et au Lycée. C&rsquo;était, je pense, ce qui avait contribué dans une large mesure à tracer mon parcours dans la vie par la suite, aussi bien sur le plan professionnel que celui de la vie tout court. Je constate en effet aujourd&rsquo;hui (de part mon activité politique passée, de part ma profession d&rsquo;acteur et de metteur en scène aujourd&rsquo;hui ou d&rsquo;auteur et de scénariste), que je ne fais que « jouer » ou « faire jouer » des rôles à des acteurs et que « mettre en scène » des personnages en situation de jonction ou de disjonction, de conflit ou de clivage!</em></p>
<p><em>Lyc</em><em>éens, nous avions le droit en ces temps merveilleux de nous organiser de manière démocratique dans le cadre des Corporations, ces amicales qui nous permettaient d’élire parmi nous des délégués afin de nous représenter auprès de l&rsquo;Administration du Lycée et lors des réunions du Conseil de l&rsquo;Etablissement. On nous faisait ainsi l&rsquo;apprentissage des premiers pas du vivre-ensemble institutionnel, sur la base du droit et de la responsabilité individuelle.</em></p>
<p><em>Encadr</em><em>és par nos professeurs, français et marocains, nous avions la chance d&rsquo;adhérer à des clubs très actifs : les Clubs d&rsquo;Histoire, de Sciences Naturelles, de Théâtre, le Ciné-club, le Foyer pour les internes&#8230;etc. Faire partie des clubs était une obligation pédagogique. En effet, en chaque début d&rsquo;année, lorsqu’on venait pour l&rsquo;inscription au Lycée, il fallait choisir de s&rsquo;inscrire dans deux clubs d&rsquo;activité parascolaire quelque soit la section de nos études respectives.</em></p>
<p><em>C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;avais pu m&rsquo;inscrire, suivre ou plutôt vivre les activités des Clubs de Théâtre et de Cinéma, durant mes trois années d&rsquo;études secondaires. </em></p>
<p><em>Du temps de monsieur La Traite, notre fascinant proviseur communiste, très craint mais hautement admiré, nous avions notre journal-mensuel « Eveil » qui allait bel et bien disparaître après le départ de cet homme de grande valeur. </em></p>
<p><em>A mon arrivée au Lycée, j&rsquo;étais fasciné par l&rsquo;élégance de mes aînés, surtout leurs capacités littéraires et journalistiques. De leur part malheureusement, nous autres, on ne comptait pas. A leurs yeux, nous n&rsquo;étions que des gamins, des mioches! Quant aux plus cyniques parmi eux, ils nous regardaient d&rsquo;en haut. Et nous n&rsquo;étions à leurs yeux que des blédards, des äroubi! Sans oublier que ce sobriquet de äroubi frisait l&rsquo;insulte et l&rsquo;humiliation même s&rsquo;il a pour origine étymologique l&rsquo;arabe, le nomade des déserts de la péninsule arabique. </em></p>
<p><em>Donc des blédards! Ce qui ne faisait que creuser la honte d&rsquo;être classé dans la catégorie des ignorants. C&rsquo;est vrai que Baudelaire, Zola ou Flaubert, Diderot, Montesquieu, Voltaire et consort étaient pour nous autres, jeunes élèves originaires des plaines de la Chaouia, des Doukkala et des Abda, des personnages mythologiques, supérieurs, transcendants et donc inaccessibles à notre entendement. Mes amis berbères, très rusés par ailleurs, se moquaient de nous autres à leur tour, du fait qu&rsquo;ils n&rsquo;étaient pas concernés par ce rabaissement ! Ils n&rsquo;étaient pas arabes comme ils disaient mais chleuhs, amazighs et que par conséquents ils n&rsquo;entraient pas dans la classification du blédard! Tout cela n&rsquo;avait heureusement aucune connotation raciste et la plus part du temps, on s&rsquo;en amusait. A l&rsquo;école primaire déjà, on nous avait appris que les premiers habitants du Maroc étaient berbères!</em></p>
<p><em>Pourtant, même avec la conscience de cette infirmité d&rsquo;être des âroubiyas (âroubi au pluriel) qui nous diminuait, j&rsquo;aurais aimé avoir la fierté d&rsquo;être en mesure d&rsquo;écrire aussi, au moins un article dans le mensuel Eveil du Lycée. Mais j&rsquo;étais conscient que je n&rsquo;en avais pas l&rsquo;aptitude et je m&rsquo;en voulais. Aujourd&rsquo;hui, il m&rsquo;arrive de penser que ce sentiment qui nous rendaient inférieurs m&rsquo;avait fortement marqué. Et que c&rsquo;est peut-être l&rsquo;une des causes subjectives majeures de mon attachement à la culture et à l&rsquo;écriture, dans la langue française!  </em></p>
<p><em>De par le contact avec mes camarades et mes professeurs et de par moi-m</em><em>ême, c&rsquo;est-à-dire de par mon très jeune âge, mon tempérament psychologique extraverti et mon appartenance à un clan familial jouissant historiquement d&rsquo;un leadership temporel et spirituel</em><em>, </em><em>de par aussi un concours de circonstances historiques nationales et internationales, et surtout de part les représentations mentales sur la justice et les droits (représentations idéologiques dont je donnerai les détails au fil de mon récit), je me retrouvais dans la peau d&rsquo;un jeune adolescent contestataire, agitateur, portant de l&rsquo;intérêt à la revendication en particulier et à la culture de la révolte en général. A titre d&rsquo;exemple, en plus de l&rsquo;agitation et des grèves à l&rsquo;internat, je participais aux défilés de la Fête du travail, organisés chaque 1er Mai de l&rsquo;année par l&rsquo;Union Marocaine du Travail (UMT : Mai 1965 et Mai 1966) le long de la grande Avenue des FAR, à Casablanca. J&rsquo;aimais bien la voix fluette et pourtant si forte avec son accent particulier du tribun Mahjoub Ben Seddiq, le Secrétaire Général de la célèbre Centrale Syndicale marocaine.</em></p>
<p><em> Ce sont certainement des causes directes qui firent que je devins parmi les agitateurs spontan</em><em>és de l&rsquo;internat et des manifestations de lycéens du 23 Mars 1965 à Casablanca, à cause de la fameuse </em> <em>circulaire interdisant aux élèves âgés de plus de 16 ans de redoubler la troisième année secondaire (année du «brevet») dont l&rsquo;auteur</em><em> était Youssef Belabbès, le Ministre de l&rsquo;Education Nationale à cette époque</em><em>. </em></p>
<p><em>Avant de se métamorphoser en rébellion violente, la contestation des lycéens </em><em>était paisible au départ, c&rsquo;est-à-dire en ce lundi 22 mars, premier jour de la semaine. Le Comité de Coordination auquel participaient certains parmi nos camarades de l&rsquo;Internat avait d&rsquo;abord décidé, pendant les réunions du week-end, de tenir des sit-in dans les enceintes de nos établissements respectifs : les Lycées Mohammed V, Moulay Abdallah, Fatima Zahra, Chawki, El Khawarizmi, Ibn Toumert&#8230;etc. Que ce soit dans le réfectoire, le dortoir ou la cour de récréation, nos délégués nous informèrent de la décision ultime de la tenue d&rsquo;une rencontre de tous les Lycéens de Casablanca, au Lycée Mohammed V, le lundi 22 mars en après-midi.</em></p>
<p><em>La matinée avait donc servi à nous préparer. Puis une fois terminé le déjeuner, on est sorti pour retrouver nos camarades externes dans le boulevard Modibo Keita, devant la grande entrée de notre Lycée. Une fois les rangs formés, la marche s&rsquo;ébranla en direction du Boulevard 2 Mars, l&rsquo;une des grands avenues de Casablanca qui reliait le centre de la ville à sa périphérie et qui passait tout près du palais royal. Je faisais partie du service d&rsquo;ordre du défilé. Au rythme de nos pas, on entonnait nos slogans revendicatifs « Assez! Assez! L&rsquo;enseignement est en danger »!. Les agents de police de la circulation qui se trouvaient en ce moment dans les carrefours étaient surpris. Mais il faut noter qu&rsquo;ils réglaient spontanément le flux des véhicules en fonction du très long défilé, faisant ainsi arrêter les automobilistes à notre passage. Notre manifestation en cette après-midi du lundi 22 Mars était pacifique et très bien ordonnée.</em></p>
<p><em>Enfin comme prévu, nous nous sommes retrouvés par milliers au Lycée Mohammed V, vers 15 ou 16 heures de l&rsquo;après-midi.</em></p>
<p><em>De là, toujours en rang et avec notre propre service d&rsquo;ordre, nous sommes repartis en direction du centre de la ville, filles et garçons. </em></p>
<p><em>Par un concours de circonstance, je me retrouvais dans l&rsquo;aile de la Manif géante qui allait être chargée par les Sections Mobiles d&rsquo;Intervention au croisement du Boulevard Zerktouni et celui du 2 Mars!</em></p>
<p><em>Je me retrouvais au Centre de la ville, à l&rsquo;ancienne médina, tout près de la Bhaira qui allait être rasée par incendie quatre ou cinq années plus tard, pour y voir implanté l&rsquo;actuel Hôtel Hayt Regency.</em> <em>Ces manifestations n&rsquo;allaient pas tarder à se transformer en événements sanglants à partir de mardi 23 mars après-midi.</em></p>
<p><em>Tard le soir, mon frère aîné Aziz Fekkak, interne au même Lycée que moi, ne revint pas. J&rsquo;en ai déduit qu&rsquo;il avait été arrêté, à l&rsquo;instar de milliers d&rsquo;autres lycéennes et lycéens. Il avait disparu ainsi durant deux semaines. Il nous dira après sa libération qu&rsquo;il était parmi les jeunes que la police avait planqués après leur arrestation, dans l&rsquo;enceinte de la Foire Internationale de Casablanca et que malgré la promiscuité et les dures conditions d&rsquo;accueil, les agents ordinaires de la sécurité casablancaise n&rsquo;étaient pas inhumains dans leur totalité, à part quelques surchauffés.</em></p>
<p><strong><em>Créativité et théâtre au Lycée</em></strong></p>
<p><em>Je n&rsquo;oublierai jamais de même, que ce proviseur aux qualités pédagogiques et humaines inégalables, nous permettait à nous-autres élèves internes, nous encourageait faut-il dire, à aller voir les pièces de théâtre professionnelles jouées au Théâtre Municipal de Casablanca, détruit à l&rsquo;unanimité des voix par les membres du Conseil Municipal de cette même ville, 20 années plus tard, à l&rsquo;époque du ministre de l&rsquo;Intérieur Driss Basri!</em></p>
<p><em>Moyennant une participation tr</em><em>ès symbolique, de l&rsquo;ordre d&rsquo;un dirham le billet, on avait droit à un bus, loué ou prêté par la RATC, qui nous emmenait au théâtre, le soir du samedi et nous ramenait à l&rsquo;internat à la fin du spectacle. Je me rappelle encore de Bajazet une des fameuse pièce de théâtre de Racine jouée par une troupe française, de Mabrouk   l&rsquo; adaptation de  » En attendant Godo » de Samuel Beckett faite par Tayeb Seddiki et plus tard de son  » Moummou Bou-Khorsa  » adaptation de Amédée ou comment s&rsquo;en débarrasser d&rsquo;Eugène Ionesco.</em></p>
<p><em>La dernière fois qu&rsquo;on nous permit d&rsquo;aller au théâtre une certaine nuit de l&rsquo;année 1964, nous revenions tard; nous trouvions le quarter Polo en effervescence parce que Cheikh El Arab était encerclé par les policiers, ce qui allait dégénérer à une confrontation violente, avec usage des armes à feu des deux côtés.</em></p>
<p><em>Dans nos activités créatives au Lycée, je me délectais. Avec mes camardes lycéens, on était avides d’expression et d’autoformation. Dans le cadre du Club de théâtre, j&rsquo;ai participé en 1965 à la pièce de théâtre <strong>Galiléo-Galiléi</strong> de B. Brecht, mise en scène par M. Guy Mallet, donnée en représentation au mois de juin dans l&rsquo;enceinte de notre Lycée même et au Théâtre de la FOL, à la fin de l’année scolaire. L&rsquo;année d&rsquo;après, nous entreprîmes de répéter <strong>Cyrano de Bergerac</strong> d&rsquo;Edmond Rostand qui n&rsquo;avait pu se faire finalement. Pourquoi? Je n&rsquo;en sais rien&#8230; peut-être à cause des bouleversements politiques après Mars 65? Peut-être à cause du départ de M. La Traite, notre proviseur très éclairé mais très craint tout aussi bien pour sa rectitude que pour son sérieux ?</em></p>
<p><strong><em>Rêve d&rsquo;adolescent évaporé</em></strong></p>
<p><em> Me voyant int</em><em>éressé à l&rsquo;art ( Théâtre et Cinéma ) , monsieur Guy Mallet, l&rsquo;animateur de l&rsquo;Atelier-Théâtre du Lycée, me fit inscrire au Concours d&rsquo;entrée au Lycée Technique d&rsquo;Etat de Photographie et de Cinématographie sis à Paris, 8, rue Vaugirard. </em></p>
<p><em>L&rsquo;administration de cet établissement de grande renommée me répondit alors qu&rsquo;il fallait attendre encore un an, vu mon âge. Mais l&rsquo;année d&rsquo;après je n&rsquo;étais plus autorisé à me réinscrire au Lycée, suite à un renvoi injuste.</em></p>
<p><em>J&rsquo;avais pour professeur d&rsquo;arabe cette m</em><em>ême année, M. A. Douieb membre du PCM interdit, qui se plaisait à m&rsquo;appeler « Napoléon » à cause de mon blouson de cuir noir.</em></p>
<p><em>L’histoire de ce blouson de cuir est très révélatrice du Maroc des années 60 du siècle dernier. (concours lycéens par l&rsquo;intérieur : Colonel Bougrine , Gouverneur de Casablanca) pour Monsieur Douieb avait quelques réticences à nous parler franchement de ses convictions communistes. Il y avait aussi M.Guy Martinet, professeur d&rsquo;histoire dans notre Lycée et censeur au Lycée Mohammed V. Lui, me semblait-il, bravait les dangers et nous parlaient dans la cour même en plein-air, de la légitimité de nos actions de lycéens et de nos Droits, de la préparation de la Tricontinentale par Mehdi Ben Barka dont il fut l&rsquo;ami. </em></p>
<p><em> Madame Lascoux, mon professeur de litt</em><em>érature française, une femme exquise me chargea un jour de préparer un exposé sur le mouvement ouvrier en France. Elle était elle-même grande humaniste socialiste ou trotskyste ( je ne comprenais pas beaucoup ces choses-là en ces temps-là.) Nous avions au programme de cinquième année, c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;année juste avant celle du Bac,  » Gérminal  » de Zola. Elle me fournit des documents, des bouquins pour la plupart. C&rsquo;était mon premier contact avec le naturalisme, la classe ouvrière, le capitalisme, l&rsquo;exploitation, le syndicalisme, l&rsquo;anarchisme et le communisme.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>RACHID FEKKAK: « MES CARNETS SECRETS SUR LE RÈGNE DE HASSAN II »</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/19979</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rachid Fekkak]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2020 12:05:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Fekkak]]></category>
		<category><![CDATA[récit autobiographique]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à Le Collimateur, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation “23 Mars”, revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à Le Collimateur, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec un courage exemplaire tout en invitant ses anciens camarades à l’exercice salutaire de l’autocritique.</p>
<p>Pour commencer, l&rsquo;auteur de ce récit autobiographique restitue les affres de son interrogatoire par la BNPJ le 5 février 1975 à Derb Moulay Chérif, à Casablanca, en sa qualité d&rsquo;ancien membre du Bureau Politique  de l&rsquo;organisation marxiste-léniniste 23 Mars.</p>
<p>Impressionnant!</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Première partie</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211; Alors Khalil ! Qu’as-tu à nous dire ?</p>
<p>C’est avec une aussi banale question qu’avait commencé mon interrogatoire le 5 Février 1975 par la Brigade Nationale de la Police Judiciaire à Derb Moulay Chérif, en ma qualité d’ancien membre du Bureau Politique de l’Organisation marxiste-léniniste 23 Mars.</p>
<p>Etrange paradoxe, je ne le cache pas, quand je pense que c&rsquo;est dans les ténèbres de ce lieu de la détention arbitraire et de la torture, que j&rsquo;allais avoir l&rsquo;occasion de découvrir une bonne partie du fond de mon être, à l&rsquo;âge de 25 ans.</p>
<p>Trois mois plutôt, le 6 Novembre 1974, le camarade <em>Jaber</em>, membre dirigeant du Bureau Politique très influent de l’Organisation 23 Mars à l&rsquo;époque, s&rsquo;était fait arrêter lors d’un contrôle de routine par des agents de la circulation de Casablanca. Il circulait, sous une fausse identité, sur une mobylette en compagnie d’un autre membre de l’Organisation. Ce dernier, ayant échappé aux policiers, prit la fuite. Vite fait, il donna l’alerte aux autres camarades de l&rsquo;Organisation clandestine.</p>
<p>Malgré la gravité de cette alarmante nouvelle et l’état d’urgence qu&rsquo;elle devait susciter, l’arrestation de <em>Jaber</em> ne semblait pas avoir représenté un danger véritable dans l’appréciation des camarades, à en juger par les faits et les résultats qui allaient s&rsquo;ensuivre.</p>
<p>En effet, cet incident de parcours apparemment fortuit allait être à l’origine des arrestations massives qui eurent lieu aux mois de novembre et décembre 1974, surtout dans les rangs de 23 Mars, inversement à Ila Amam qui avait pu échapper au raz-de-marée policier, à l&rsquo;exception de l’arrestation de certains camarades dirigeants de cette organisation dont notamment Abraham Serfaty, Abdellatif Zeroual et Abdellah Zaâza. Abderrahmane Nouda avait été arrêté, lui, bien avant tout le monde. Mais son arrestation n&rsquo;avait pas eu de suite.</p>
<p>Toutes ces informations, j&rsquo;avais pu les recueillir, quelques jours après l&rsquo;arrestation de Jaber, de la bouche de mon camarade Semhari dont l&rsquo;identité n&rsquo;était pas encore connue de la police. Avec lui, j’avais pu garder le contact, malgré les graves contradictions et controverses qui m&rsquo;avaient opposé aux autres camarades dirigeants de 23 Mars et qui m&rsquo;avaient amené à rompre les liens avec eux et finalement à démissionner de l&rsquo;Organisation, en Avril 1974.</p>
<p>Ainsi, très vite et de manière irréparable, on allait assister au démantèlement du Mouvement marxiste-léniniste marocain. Cette fin inéluctable, je l&rsquo;avais prévue bien avant ma démission, avec l’interdiction en janvier 1973 de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM) que nos deux organisations marxistes-léninistes 23 Mars et Ila Amam dirigeaient à cette époque, après les événements tragiques de la tentative insurrectionnelle de la branche armée de l’UNFP le 3 mars 1973, à Moulay Bouazza et l’arrestation de la direction du Syndicat National des Lycéens (SNL) dont faisaient partie feu mon frère cadet Fekkak My Ahmed, feu Tirida Mohammed et Thar Mahfoudi entre autres jeunes militants de Fès et de Casablanca. J’avais mis en garde mes camarades du Bureau Politique afin d&rsquo;agir avec la plus grande sagesse (position connue sous la notion de «<em>Retrait tactique»)</em>  pour éviter la décapitation. En vain, malheureusement !</p>
<p>Je tiens cependant à souligner, dès maintenant, que je ne partage pas l&rsquo;interprétation simpliste (à mon avis) qui a été faite à ce propos et selon laquelle le Mouvement marxiste-léniniste marocain ne se serait pas effondré si ses cadres dirigeants n&rsquo;avaient pas été faibles et si leur volonté à la résistance n&rsquo;avait pas été déficiente. Une telle focalisation psychologique et mentale sur la notion en langue arabe de <em>Essomoud</em> qui équivaudrait en français à la notion d’<em>endurance</em> la plus inébranlable n&rsquo;est en fin de compte que le corollaire d&rsquo;un besoin de compensation, perpétuant le mythe du héros par opposition à celui du traître. Dans ce sens, incriminer Jaber (de l&rsquo;Organisation 23 Mars) ou d&rsquo;autres camarades (de l’organisation Ila Al Amam) qui n&rsquo;avaient pas <em>« résisté »</em> à la torture ou ceux qui s&rsquo;étaient <em>« repentis »</em> (mon cas) comme l&rsquo;ont soutenu et le soutiennent peut-être encore plusieurs parmi de nos camarades détracteurs, relève de l&rsquo;irrationnel, de l&rsquo;aveuglement ou simplement de la mauvaise foi.</p>
<p>D&rsquo;abord, qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;expérience humaine en général nous enseigne lorsque des enfants, des adolescents et des adultes, hommes et femmes, sont exposés à la torture physique, mentale et psychique, surtout quand celle-ci est répétitive et de longue durée, quand elle est « savamment » aménagée, combinée et quand les tortionnaires recourent à tous les moyens et à toutes les méthodes qu&rsquo;on puisse imaginer pour faire « craquer » leurs victimes ? Remarquons à ce sujet que ce n&rsquo;est pas par hasard ou par gentillesse que les Conventions internationales sur la question des Droits de l&rsquo;homme interdisent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (avec notamment les pratiques nazies, fascistes et staliniennes) tout recours à la torture qu&rsquo;elle soit physique ou morale !</p>
<p>L&rsquo;endurance face à la torture n&rsquo;est pas une fin en soi, à priori. Le sacrifice de soi pour telle ou telle cause (juste ou injuste suivant les cas) a existé et existe chez l&rsquo;être humain ! Des victimes ont supporté les pires privations, des militants se sont donné la mort, pour éviter de « parler » sous la torture comme ce fut le cas du célèbre résistant marocain <em>Zerktouni</em>, après son arrestation par la police colonialiste française, le 18 juin 1954 à Casablanca.</p>
<p>D&rsquo;abord, il est évident que l&rsquo;endurance est en principe (ou en théorie) une affaire de préparation mentale et physique. Et même dans ce cas, encore une fois, elle ne peut être considérée, humainement et moralement, comme une fin en soi. Ensuite, nous autres militants des Organisations révolutionnaires marocaines, étions-nous préparés mentalement et physiquement à cette éventualité ? Je ne le pensais. Dans ce sens, en ma qualité de co-fondateur du Mouvement, et surtout de responsable direct de la Section de Casablanca (réunissant le secteur ouvrier, le secteur des enseignants et celui des employés de 1970 à 1974), de membre du Bureau Politique et délégué au Comité de l&rsquo;Unification (<em>Lajnat Attawhid</em>) entre les deux organisations marxistes-léninistes, de l&rsquo;automne 1972 au printemps 1974, je décrirai comment j&rsquo;en étais arrivé à la conclusion suivant laquelle les vraies raisons de la ruine de notre théorie et de notre programme politique sont idéologiques, cognitives et socio-psychologiques. Je parlerai de ce que j&rsquo;avais proposé concrètement à mes camarades, de l&rsquo;été 1973 jusqu&rsquo;au printemps 1974, afin d&rsquo;éviter la fin inéluctable vers laquelle nous nous précipitions.</p>
<p>Malheureusement, ma démarche était jugée insensée pour tous les camarades à cette époque parce qu&rsquo;elle remettait en cause le système marxiste-léniniste dans sa totalité, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;échafaudage théorique ou pratique du bolchévisme, du stalinisme ou du maoïsme.</p>
<p>Sans chercher à raviver la nébuleuse psycho-sémantique à travers laquelle j&rsquo;étais donc qualifié de « défaitiste », de « renégat », de « traître » ou d' »espion » par certains de mes camarades, auto-décrétés irréprochables à tout point de vue, je dois rappeler que durant toute une semaine d&rsquo;incarcération et de supplice au Commissariat Central du Maârif à Casablanca, Jaber n&rsquo;avait divulgué aucune information à ses tortionnaires, ni sur son identité réelle ni sur les adresses ni sur les « sièges » clandestins où résidaient ses autres camarades, et où les agents de la BNPJ allaient dénicher les « trésors » que constituaient les innombrables documents écrits qui allaient servir à merveille le déroulement des interrogatoires, une fois stockés et triés à Derb Moulay Chérif! Du coup, il est tout à fait légitime aujourd&rsquo;hui de se poser une ou deux questions d&rsquo;ordre pratique ! Ne fallait-il pas quitter les lieux, une fois connue l&rsquo;arrestation de Jaber? Ne fallait-il pas détruire en toute urgence les documents qui se comptaient par centaines entre ordres du jours, listes de présence aux réunions avec mention des pseudonymes, résumés/commentaires des différentes interventions à ces réunions, tracts, manuscrits et revues clandestines&#8230;etc. ? Pour ma part, en réponse à ces questions, si j&rsquo;avais été encore aux commandes de l&rsquo;organisation, c&rsquo;est ce que j&rsquo;aurais fait. Les camarades ne l&rsquo;ont pas fait, commettant ainsi une erreur monumentale, qui allait être fatale pour eux-mêmes et pour leurs organisations !</p>
<p>Or, qu&rsquo;est-ce qui était arrivé à ces documents une fois embarqués au Derb Moulay Cherif, après les arrestations et les fouilles des lieux de résidence clandestins ? Très simple ! Durant les interrogatoires, les camarades me les avaient mis sur le dos, dans leur quasi totalité ! Deux grandes caisses d&rsquo;au moins 1m³ chacune et plusieurs autres moins grandes, remplies des fameux documents de toute sorte. Des preuves matérielles d&rsquo;incrimination, palpables, concrètes et irréfutables ! Que s&rsquo;était-il passé pendant les interrogatoires, durant les trois mois où je n&rsquo;avais pas encore atterri à Derb Moulay Chérif ? J&rsquo;imagine qu&rsquo;à un moment donné, les responsables de la BNPJ avaient décidé de consigner les Procès Verbaux (PV) individuel des détenus, en vue de les traduire devant la Cour du tribunal criminel dont le jugement n&rsquo;allait avoir lieu que deux années plus tard, lors du fameux procès de 1977 à Casablanca, plus connu par l&rsquo;appellation en arabe, sournoisement ambiguë, de « السرفاتي و من معه » dont l&rsquo;équivalent en français serait : « <em>Serfaty et ses complices ».</em> Mes camarades s&rsquo;étaient-ils concertés avant de passer aux aveux ? Je comprends la très difficile situation dans laquelle ils s&rsquo;étaient trouvés.</p>
<p>Avaient-ils décidé de mettre les documents à mon compte parce que j&rsquo;étais l&rsquo;un des « dirigeants » de l&rsquo;Organisation, de surcroît démissionnaire et absent de l&rsquo;enceinte du Derb ? L&rsquo;exil des opposants, recherchés par les Services de la Sureté Nationale, ayant été monnaie courante, pensaient-ils que j&rsquo;avais pris la fuite et rejoint les autres camarades en France ? Je n&rsquo;en sais absolument rien. Je n&rsquo;en ai jamais parlé, ni posé de questions à aucun parmi les camarades codétenus parce qu&rsquo;ils me tenaient en quarantaine lorsqu&rsquo;on s&rsquo;était retrouvé à la Prison Centrale de Casablanca (en 1975), après avoir quitté Deb Moulay Chérif, ou même à Kénitra, après notre condamnation en 1977 ou à Settat, en 1978 pendant notre transfert après la grève de la faim.</p>
<p>Résultat: une fois atterri à Derb Moulay Cherif, je me suis retrouvé enfoncé jusqu&rsquo;au cou dans les tourbillons du déchiffrage de ces centaines de documents et dans l&rsquo;obligation de donner des explications respectivement à chaque pièce, chaque bout de papier. Il fallait commenter la moindre annotation, le moindre renvoi ! C&rsquo;étaient de véritables et durs moments de torture cérébrale et morale, auxquels j&rsquo;ai été exposé durant de longues semaines ! je fus précipité de la sorte dans les abîmes périlleux des interrogatoires fleuves et de confrontations avec les camarades ! Au fil de la narration, je ferai une description détaillée de mes supplices et mes tourments durant la traversée harassante que j&rsquo;ai dû faire dans cette géhenne.</p>
<p>Il est évident que lors des interrogatoires, après le transfert de Jaber et des autres camarades à Derb Moulay Chérif, mon identité et mes coordonnées furent révélées aux enquêteurs. Bien! Mais Jaber ne connaissait ni mon nom de famille, ni mon prénom, ni mon adresse. Donc ce n&rsquo;est pas lui qui avait livré mon nom aux agents de la BNPJ. A ce propos, je n&rsquo;ai jamais cherché à savoir qui parmi les camarades de 23 Mars m&rsquo;avait dénoncé. Qui plus est, je n&rsquo;en ai jamais parlé à quiconque ni voulu de près ou de loin à ce camarade anonyme qui n&rsquo;a pas « résisté » à la torture et a été la cause de ma « perte ».</p>
<p>Ainsi donc, bien que je n&rsquo;eusse plus été membre de 23 Mars, depuis ma démission du Bureau Politique dans un premier temps, puis de la Commission Nationale de l&rsquo;Organisation dans un deuxième temps et finalement de toute l&rsquo;Organisation de manière officielle et responsable (avec ma démission par écrit), six ou sept mois plus tôt, je devins l&rsquo;une des proies parmi les plus recherchées par les limiers de la BNPJ.</p>
<p><strong>Deuxième partie </strong></p>
<p>Pourchassé, traqué par les agents, j’avais pu leur échapper à maintes reprises. Si je mets de côté mon éveil et l’expérience que j’avais accumulée durant les six années que j&rsquo;avais passées dans l’action clandestine, en ma qualité de <em>« révolutionnaire professionnel</em>« , c’était surtout grâce à la bienveillance active des membres de ma famille que j’ai pu échapper à plusieurs reprises aux agents de la BNPJ.</p>
<p>Je pouvais quitter le pays et m’exiler. C&rsquo;est ce qui semblait le plus sage aux yeux de mes proches. Mais j’avais pris la décision ferme de ne pas le faire, pour des raisons éthiques que je donnerai au fil de la narration.</p>
<p>Finalement, après trois mois et demi de cavale, des jours et des nuits de vie en clandestinité, tantôt dans le reniement de soi et le doute généralisé qui me broyaient la conscience et l&rsquo;esprit, tantôt dans l&rsquo;insouciance et la joie du partage avec mes proches, j’ai fini par atterrir dans les filets de la BNPJ! Et ce, de mon propre gré, puisque le 5 février 1975, je me suis « constitué prisonnier ».</p>
<p>Je dois noter à ce propos que j&rsquo;en avais avisé mon camarade Semhari lors d&rsquo;une première rencontre et à la deuxième, il s&rsquo;était fait accompagner du camarade Brahim Yassine. Nous nous étions retrouvés tous les trois au bord de l&rsquo;Océan atlantique, non loin d&rsquo;El Ank, tout près de l&rsquo;endroit où sera érigée la grande Mosquée Hassan II, vingt années plus tard. Les deux camarades voulaient à tout prix et sincèrement me convaincre de revenir sur ma décision. Nous avions débattu longuement de tout. Ils m&rsquo;avaient proposé leur soutien pour m&rsquo;exiler en France. Rien à faire! Voyant que je ne reculerai pas, ils m&rsquo;avaient conseillé de ne pas me précipiter et que s&rsquo;il fallait que je me livre à la Sûreté Nationale, il vaut mieux retarder l&rsquo;exécution de cette démarche deux ou trois mois, le temps que les choses se calment. Et c&rsquo;est ce qui est arrivé en fin de compte.</p>
<p>Cette décision de me livrer à la Sureté Nationale se présentait comme un acte « suicidaire ». Je l&rsquo;avais mûrement réfléchie et exécutée avec l&rsquo;accord et le « parrainage » de certains membres dignitaires de ma famille makhzénienne qui menèrent des « pourparlers » dans leurs sphères relationnelles. Cela avait abouti à ma rencontre avec des responsables de la Sûreté Nationale, dans la demeure de ma sœur <em>Lalla Seddiqia Fekkak Bouamri</em>, que son âme repose en paix.</p>
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<ul>
<li>Alors Khalil, qu’as-tu à nous dire ?</li>
</ul>
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<p>Il régnait dans la pièce où on m’avait introduit depuis quelques temps déjà, un silence glacial et pesant. On m’avait fait asseoir sur une chaise. J’avais toujours le bandeau sur les yeux et les menottes aux poignets. Quand je baissais les yeux, à travers les deux petites fentes bas entre mon nez et le bandeau qu’on m’avait mis sur les yeux, je pouvais distinguer à 180 degrés à la ronde une vingtaine de chaussures reluisantes, au moins. Si je me fie à mon horloge intérieure, il devait être un peu plus de treize heures de l&rsquo;après-midi. On avait donc commencé à m’interroger.</p>
<p>Question vague et redoutable dont l&rsquo;écho de la voix métallique qui l&rsquo;avait entonné me ramena à la conscience aiguë de mon accablante solitude.</p>
<p>J’étais dans la situation de quelqu’un qui se retrouve subitement au bord d’un immense précipice. Pris au dépourvu parce que je ne m&rsquo;attendais pas à ce genre de questions, j&rsquo;ai continué à me taire. Bizarre! Je m&rsquo;attendais plutôt à des actes de violence. Dans ma tête, il n&rsquo;y avait plus rien, aucune idée, aucun souvenir, aucune image. Figé, mon esprit était vide. Une page blanche. D’un tempérament plutôt cérébral et de nature intuitive, je devais percevoir à coup sûr la complexité sémantique de la question tout autant que sa nature « diabolique ». Mon inertie et mon silence se sont tout à coup métamorphosés en une suite d&rsquo;énoncés que j&rsquo;exprimais d&rsquo;une voix très posée. Et ma réponse fut spontanée, directe et entière.</p>
<p>-Je ne vous cache pas que j’ai très peur de la torture. Je répondrai à vos questions. Je ne mentirai pas. Mais il y a des choses dont je ne parlerai pas. Des choses concernant les membres de ma famille ou d&rsquo;autres personnes de mon entourage que j’ai déroutées, en les entraînant dans des actes dont ils ne connaissent ni l&rsquo;issue ni le but réel que je cherche à atteindre. Et s’il faut que je subisse la torture pour cette raison, je suis prêt à la subir, malgré ma grande peur. Je ne vous défie pas. Pardonnez-moi, mais hier, en décidant de me livrer à la Sûreté Nationale, la parole m’a été donnée par le Commissaire W et la personne qui l&rsquo;accompagnait, en présence des membres de ma famille, que vous alliez respecter notre accord de principe.</p>
<p>Mes « hôtes » se taisaient. Je sentais qu’ils m&rsquo;écoutaient avec le plus grand intérêt mais aussi paradoxalement que cela puisse paraître, ma peur avait progressivement diminué avec ma prise de parole « aveugle », totalement improvisée.</p>
<p>Mentalement, je m’étais très bien préparé durant des mois à ce moment fatidique, à cet acte « suicidaire ». J’avais beaucoup réfléchi depuis ma démission officielle de l’Organisation. Et ce, bien avant le déclenchement de ces arrestations tragiques qui ne m’avaient point surprises.</p>
<p>-Pour une fois, voilà un discours inhabituel ! S’exclama quelqu’un, d&rsquo;un ton qui ne m&rsquo;a pas semblé railleur.</p>
<p>-Bon ! C’est l’heure du déjeuner ! Tu vas aller manger, avec les moyens de bord ! M&rsquo;annonça la voix métallique dont j&rsquo;allais découvrir par la suite, au fil des interrogatoires, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de celle du Commissaire Yousfi Kaddour.</p>
<p>Il avait peut-être jugé qu’il fallait mettre un terme à cette situation inédite. Je n&rsquo;en sais rien ! Mais à partir de ce moment là, j’avais un réel sentiment de soulagement. Comme si je venais de passer une épreuve très difficile, sans beaucoup de dégâts.</p>
<p>Une voix m’ordonna de me lever, et quand on m’avait amené dans cet endroit, quelqu&rsquo;un me prit avec fermeté par le bras, me fit sortir et m’emmena à travers des sortes de labyrinthes pour enfin m&rsquo;introduire dans une pièce servant apparemment de garde-robe. Je le sus quand il m’enleva le bandeau des yeux et les menottes qui m&rsquo;enserraient les poignets. Dans cette pièce, il y avait une petite table et des étagères au dessus, pleines de chemises et de pantalons kaki. Mon geôlier, la cinquantaine, était mince, agile, la voix posée et assez rassurante. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai senti envers cet homme, à la différence de la brutalité souvent féroce et grossière des autres cerbères que j&rsquo;allais découvrir au fur et à mesure, pendant les 9 mois de séquestration que j&rsquo;allais passer au Derb, dans l&rsquo;isolement le plus total.</p>
<p>&#8211;<em>Nemara diyalek h&rsquo;na, tlata ouachrine!</em></p>
<p>-Ici, ton numéro matricule, c&rsquo;est 23 ! Me dit-il. Tu ne dois parler à personne et si tu veux aller aux toilettes, appelle <em>l’haj !</em> Me dit-il d&rsquo;une voix ferme, menaçante.</p>
<p>Je l&rsquo;écoutais. Il me toisait de haut en bas avec une sorte de moue que je n&rsquo;arrivais pas à discerner. Est-ce qu&rsquo;il m&rsquo;en voulait d&rsquo;avoir « mal agi » pour me retrouver dans ce lieu sinistre ? Est-ce que je lui rappelais l&rsquo;un de ses fils ? Devait-il se dire que ces « enfants de bourgeois ou de féodaux ne sont bons à rien » et nous maudire ?</p>
<p>_-<em>Kharraj ila Andak chi haja fi jiabek! Ouhayed lahouyej!</em> -Fais sortir ce que tu as dans les poches et déshabille-toi ! M&rsquo;ordonna-t-il.</p>
<p>Je m&rsquo;exécutais et faisais sortir de mes poches ma carte d’identité nationale, mon permis de conduire et des billets d’argent que ma sœur <em>Lalla Essiddiqia</em> que nous appelions <em>Khit</em>i, avait insisté à me remettre très tôt ce matin-là, avant qu&rsquo;on ne vienne me chercher et m&#8217;emmener au Commissariat Central du Maârif. Que son âme repose en paix.</p>
<p>J&rsquo;ai tout remis au <em>haj</em> qui m&rsquo;observait. Il fit sortir une enveloppe du tiroir de sa table et y mit mes papiers et mon argent. Je le regardais faire.</p>
<p>_-<em>Hayd lhoueyj </em>! Enlève les vêtements ! M&rsquo;ordonna-t-il, pour la deuxième fois. Et il se remettait à m&rsquo;observer, calmement. Avait-il reçu des instructions pour me ménager ? Etait-il intrigué par l&rsquo;allure ou la touche de mon habillement ? Peut-être ! Ça peut être envisagé parce que le matin, <em>Khiti</em> et <em>Natija</em>, ma nièce, avaient insisté pour que je sois habillé avec élégance. Par conséquent, j&rsquo;avais mis mes habits les plus chics: veste à carreaux, chemise et pantalon en flanelle assortis et des bottes en cuir marron. Avec mes cheveux longs, on dirait que je venais à une réception mondaine ou à une fête de mariage.</p>
<p>Alors que j&rsquo;enlevais mes vêtements, le Haj tendait le bras vers l&rsquo;étagère la plus proche de lui, en retirait une chemise et un pantalon qu&rsquo;il me refila dès que j&rsquo;eus terminé de me dévêtir. Il m&rsquo;ordonna d&rsquo;enlever le slip aussi et de ne revêtir que la chemise et le pantalon kaki. Je m&rsquo;exécutais calmement. J’allais découvrir que c’était mieux ainsi, parce qu’avec les hordes de poux qui dévoraient notre corps, le slip aurait pu être l’endroit idéal pour eux et l’enfer pour moi.</p>
<p>Une fois rhabillé, le bienséant geôlier me remit les menottes aux poignets, le bandeau sur les yeux et m’emmena à travers d&rsquo;autres couloirs pour enfin m&rsquo;introduire dans une cellule humide et froide. On était en plein hiver. Debout, je distinguais de petites portions du sol sur lequel était étalée une couverture militaire pliée. Le geôlier me poussa vers elle.</p>
<p>-Allez ! Etends-toi là sur la couverture. Tu ne dois jamais te lever, tu restes étendu et tu ne touches pas au bandeau ! M&rsquo;ordonna-t-il dans un ton autoritaire, cette fois-ci. S&rsquo;il y a quoique ce soit, tu appelles Haj! Compris ?</p>
<p>Je l&rsquo;écoutais sans mot dire. Puis il se retira.</p>
<p>Une fois étendu sur la couverture, à même le sol, je commençais à découvrir les murs de ma cellule. Ils étaient vétustes et sales. Passé un moment, quelqu&rsquo;un est venu me demander qui j&rsquo;étais. A peine si je l&rsquo;entendais parler parce qu&rsquo;il chuchotait à mon oreille. Il m&rsquo;a posé plusieurs questions mais ça ne dépassait pas mes tympans. Je me méfiais. Il voulait peut-être jouer l&rsquo;intermédiaire entre les camarades détenus et moi-même. Mais j&rsquo;avais refusé d&rsquo;entrer dans son jeu. J&rsquo;avais pris la décision de n&rsquo;avoir confiance en personne. De plus, il fallait que je garde la pleine maîtrise de mon plan d&rsquo;action.</p>
<p><strong>Troisième partie</strong></p>
<p>En fait, depuis les arrestations de Laâbi, Herzenni, Anis Balafrej, Berdouzi, Assidon, Derkaoui avec d’autres camarades opérées par la BNPJ en 1972 et leur condamnation, le camarade Jaber vivait dans la clandestinité parce qu’il était sur la liste des éléments dits « subversifs » de l’extrême gauche et qu&rsquo;il avait été condamné à perpétuité par contumace, en 1972. Moi aussi, je figurais sur cette liste mais sous mon pseudonyme « Brahim ». C&rsquo;est que, même en ayant été torturé pour révéler mon identité aux tortionnaires, Ahmed Herzenni ne l&rsquo;avait pas fait. Par conséquent, je pouvais circuler sans inquiétude à travers les villes et la campagne du Royaume et me déplacer quand je voulais à l’étranger, notamment en Algérie, en Espagne ou en France. Je faisais ainsi la coordination entre les différentes instances de notre Organisation clandestine à l&rsquo;intérieur des frontières et l&rsquo;extérieur entre 1972 et 1974, jusqu&rsquo;à ma démission de l&rsquo;Organisation.</p>
<p>Sous la torture, le camarade Jaber a avoué son identité réelle et son statut politique. Il s’en est suivi d’autres aveux. De la sorte, en possession d’informations sur les adresses, les dates et les horaires des rendez-vous des militants, la BNPJ organisa des filatures, procéda à des fouilles dans les caches secrètes et entreprit des arrestations éclairs et massives.</p>
<p>Mon nom et mon adresse ont été donnés. Je ne sais pas qui l&rsquo;avait fait et je n&rsquo;ai jamais cherché à le savoir. Cinq ou six jours après l&rsquo;arrestation de Jaber, des agents sont venus à la maison où j&rsquo;habitais avec ma mère. J&rsquo;étais absent et sur mes gardes même au CPR de Hay Hassani où je m&rsquo;étais inscrit en tant qu&rsquo;élève professeur de mathématiques cette même année scolaire (1974-19975).</p>
<p>Complexe et sans répit, mon interrogatoire allait durer des jours et des nuits, des semaines et des mois! Un véritable calvaire que j’ai choisi de vivre en toute conscience, puisque la veille comme je l&rsquo;ai mentionné plus haut, j’avais négocié mon arrestation.</p>
<p>Les trois mois de « fuite » m&rsquo;avaient permis de renouer les liens avec les membres de ma famille qui m&rsquo;avaient hébergé à Casablanca et dans la plaine des M’zab, à Ben Ahmed et à Reggada, l’ancienne et prestigieuse Kasbah de mes ancêtres, surplombée par le mont Moggarto, légendaire très connu dans les Mzab et dans les annales coloniales pour avoir été le dernier bastion de la résistance des tribus de la Chaouia à l’invasion du corps d’armée française sous le commandement du Général Drude et du Général D’Amade après lui en mars 1908, après le bombardement de Casablanca en Août 1907 par la Flotte tricolore sous le commandement du l’Amiral Philibert.</p>
<p>Cette décision ultime, voire « suicidaire », dont j’avais mis au courant mon ancien camarade et ami Semhari, membre du Comité National de 23 Mars, avec lequel j’avais maintenu le contact un certain temps malgré ma démission de l&rsquo;Organisation clandestine, je l’avais donc mûrement réfléchie et organisée avec un total et actif soutien des membres de ma famille, hommes et femmes.</p>
<p>Le résultat de ces événements chaotiques, tout le monde le sait aujourd’hui, fut tragique et lourd de conséquences. Les fondations du Mouvement marxiste-léniniste marocain représenté essentiellement par les organisations révolutionnaires clandestines 23 Mars et Il Al Amam allaient être irrémédiablement et durement démantelées, en l’espace de trois ou quatre semaines.</p>
<p>J’avais effectivement participé à la naissance et à la mise en route de cette Organisation révolutionnaire clandestine ; notre but ayant été de préparer les conditions qui mèneront à la Révolution politique sociale. Celle-ci étant par ailleurs, dans notre mode de pensée « déterministe », une finalité incontournable de la lutte des classes.« Le pouvoir est au bout du fusil ! » clamait entre autres Mao Tsé Toung, dans la lignée des Bolchevicks. Et dans leur sillage, je m&rsquo;étais fixé pour tâche stratégique, avec mes autres camarades, de renverser la Monarchie par le moyen de la Lutte Armée !</p>
<p>Nous avions ainsi l’intention de remplacer le Régime monarchique par un système républicain transitoire. Les communistes léninistes et staliniens parlaient, à propos de cette phase de la Révolution, de l’ « Etape de la Révolution Démocratique  Nationale», alors que les maoïstes parlaient de l’ « Etape de la Révolution Démocratique Populaire» fondée sur « l’alliance» de la classe ouvrière et des paysans pauvres, « représentés » par le « Parti d’Avant-Garde » qui devra encadrer et diriger les « masses populaires » pour les amener en fin de compte à la Dictature du Prolétariat.</p>
<p>En tant que « révolutionnaire professionnel » dans la terminologie conceptuelle bolchevique, dont je fus très fier de porter l’étendard pendant un certain temps, j’avais en effet adopté plusieurs pseudonymes, selon les secteurs d’action et les tâches. J’étais tantôt Brahim, tantôt Khalil pour les uns ou les autres, ou encore Toumert.</p>
<p>Huit mois avant ces arrestations de Novembre et celles qui vont les suivre en décembre 1974, puis en janvier et février 1975, j’avais pris la décision de présenter ma démission officielle, par écrit, aux membres du Comité National de 23 Mars.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>RACHID FEKKAK: « MES CARNETS SECRETS SUR LE RÈGNE DE HASSAN II »</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/19917</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rachid Fekkak]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2020 15:54:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Rachid Fekkak]]></category>
		<category><![CDATA[récit]]></category>
		<category><![CDATA[règne de Hassan II]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation « 23 Mars », revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à Le Collimateur, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">À l’occasion du 22è anniversaire du décès de Hassan II, qui sera commémoré le 23 juillet 2020, Rachid Fekkak, ancien membre dirigeant au sein de l’organisation « 23 Mars », revient sur le règne de ce grand roi. Dans ce récit autobiographique, confié exclusivement à Le Collimateur, l’auteur projette une lumière crue sur le passé qu’il assume avec un courage exemplaire tout en invitant ses anciens camarades à l’exercice salutaire de l’autocritique.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Avant propos </em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Juste après le décès du Roi Hassan II et durant les deux décennies qui ont suivi sa mort, survenue le 23 juillet 1999, plusieurs livres, articles et interviews parus dans la presse écrite ou diffusés par les médias audiovisuels ont été consacrés à l&rsquo;analyse du règne de ce monarque tiers-mondiste, considéré à juste titre, tant au plan national qu&rsquo;international, parmi les plus marquants hommes politiques, intellectuels et chefs d&rsquo;Etat de son siècle. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> La plupart de ces écrits incendiaires, en particulier ceux venant de journalistes d&rsquo;investigation ou d&rsquo;auteurs, français en particulier, ont condamné de la manière la plus calomnieuse tant le Régime politique que la personne et la famille de ce personnage emblématique. Tous les maux de la société marocaine, toutes les tares, toutes les défaillances de la Société et de l&rsquo;Etat du Maroc lui furent imputées ! </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Aujourd&rsquo;hui encore, alimentée comme un bûcher, cette sournoise et perfide « rumeur » publique, bâtie sur des clichés et des préjugés, n&rsquo;a cessé de diaboliser le personnage, en lui attribuant la quasi-totalité des situations sociales désastreuses auxquelles étaient ou sont encore confrontés les marocains ! Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du retard économique du pays, des déséquilibres sociaux-éducatifs qui ont en découlé, de la précarité, de l&rsquo;injustice, de la corruption, de la falsification électorale, de la criminalité, du replis de la culture humaniste, du recul de la pensée rationnelle simultanément à la montée vertigineuse de la pensée religieuse fanatique, obscurantiste et anti-progressiste ou de la faillite de l&rsquo;Education Nationale qui n&rsquo;en est que la conséquence inéluctable, seul est pointé du doigt le roi défunt et son « Régime absolutiste, sanglant et réactionnaire « ! </em></p>
<p><em> Face à ce déferlement de vindictes, de procès et de sentences, l&rsquo;on est en droit de penser que cette persistante offensive pseudo-intellectuelle, partiale et abusive, semblait avoir des objectifs bien définis et ciblés, inavoués ou franchement déclarés! Des objectifs de déstabilisation d&rsquo;un pays fraichement libéré du joug colonial! Un pays qui cherchait, malgré les séquelles de l&rsquo;occupation, à définir sa propre voie en s&rsquo;éloignant de la tutelle néocolonialiste. Cette dernière ne cherchant par ailleurs qu&rsquo;à le maintenir dans les conditions d&rsquo;existence rurale archaïques et de sous-développement ! </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Quant aux intellectuels marocains, ils étaient très rares ceux qui ont entrepris une analyse rigoureuse de la société marocaine et de son Etat aussi bien à travers l&rsquo;histoire précoloniale et coloniale qu&rsquo;à travers le règne de Hassan 2, marqué par le contexte du parachèvement de l&rsquo;intégrité territoriale du pays face à l&rsquo;Espagne franquiste, à l&rsquo;activisme panarabe, à l&rsquo;expansionnisme algérien et aux répercussions de la guerre froide. A l&rsquo;exception des travaux de Abdallah Laroui et Paul Pascon, fondés sur une cohérente et solide méthodologie en sciences humaines, la plupart des autres écrits étaient entachés d&rsquo;idéologie politique, soit salafiste comme celle des leaders nationalistes putschistes radicalement opposés au roi, ittihadis notamment, soit islamistes de tendance frères-musulmane ou wahhabite, soit celle de nous autres, extrémistes révolutionnaires socialistes ou marxistes-léninistes.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Aussi, sans chercher à absoudre le personnage de toute responsabilité, ne sommes-nous pas tenus, par le devoir éthique de la probité et de l’impartialité, de reconnaître que nous autres, ses opposants et contradicteurs nationaux ou internationaux, avions pour programme et objectifs (stratégiques et tactiques) de saper et de faire échouer son « projet », à la fois non-panarabe et non-aligné, un projet complexe dans une société à religiosité très marquée (acharite par opposition à moutazilite) et traditionnelle (dont nous n&rsquo;avions étudié, par ailleurs, ni la substance de son extraordinaire histoire _avec les déboires de ses savants, philosophes et mystiques soufis qui avaient posé les bases du rationalisme et de l’humanisme, ayant servi la Renaissance et le siècle des Lumières, ni ses tenants et aboutissants ; un projet original à ses débuts, dont le monarque voulait être le promoteur, un projet de société ouvert sur le monde, jouissant d&rsquo;institutions représentatives et de gouvernance à caractère démocratique non négligeable dans une configuration géopolitique hyper dominée d’une part par l’idéologie-programme du Baath et de Nasser ou d’autre part par un salafisme politique populiste et despotique, opposé par essence à la modernité, la démocratie représentative, la rationalité, l’égalité de l’homme et de la femme et enfin à la culture et l&rsquo;éducation humanistes et technico scientifique ? </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Nous en sommes là encore, face à des questions essentielles à méditer ! Et si nous ne leur apportons pas de réponses collectives, dans un débat serein, honnête et motivé avant tout par l’éthique de la raison critique et autocritique, nous continuerons à survivre dans le déracinement et la dépossession des systèmes de valeurs, dont nous sommes les héritiers, et dont ont été alimentés par acquis les sociétés européennes, communément appelées l’Occident. A titre de rappel, la notion de <strong>sécularité/sécularisation</strong> </em><strong>العلمانية</strong> <em>ayant vu le jour dans les sociétés anglo-saxonnes et allemande ou celle de <strong>laïcité, </strong>ayant vu le jour elle en France, au XIX ème siècle, n’ont rien à voir avec l’athéisme. Paradoxalement, leurs racines historiques viennent de la pensée dialectique et avant-gardiste des théoriciens et théologiens musulmans d’avant l’apparition de l’Empire Ottoman. Or les fruits cognitifs de cette pensée dialectique musulmane, allaient être assimilés par les opposants à l’Eglise catholique et son obscurantisme, à partir du XVIème siècle jusqu’à nos jours, pour aboutir à la séparation de l’Etat et de l’Eglise et en termes contemporains à la séparation de la politique et de la religion. Le Roi Hassan 2, versé dans ce vaste champs religieux, politique et juridique, n’était ni wahhabite ni frère musulman, encore moins un intégriste. Il se définissait lui-même comme étant un fondamentaliste. Mais notre problème, c’est que dans notre pays, les Frères musulmans et plus tard les Yassinistes, imprégnés du dogme de la Khilafat, réfutaient Imarat al Mouminines et le Système de Monarchie Constitutionnelle de Hassan 2, mais nous autres démocrates libéraux, communistes, radicaux ittihadis, marxistes léninistes, nous n’avions jamais posé ces questions à l’ordre du jour. Nous étions acquis à d’autres modèles de société. Mais les problématiques de la rationalité politique et de la culture démocratique, on les avait ignorées. Or, c’étaient et ce sont toujours les véritables questions de la société et de l’Etat du Maroc. Il faut reconnaître à Hassan 2, au moins et à titre posthume, d’avoir tenté de se distinguer (par rapport à cette question) des sociétés arabo-musulmanes et d’avoir semé les ingrédients d’un appareil étatique sur une base institutionnelle et ce malgré les échecs et les affres de la confrontation politique avec nous autres, ses opposants. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Après sa mort, on a vu beaucoup de témoignages d&rsquo;anciens détenus de Tazmamart, d&rsquo;autres auteurs marocains (anciens prisonniers politiques ou non) qui n&rsquo;ont pas épargné le roi défunt et l&rsquo;ont stigmatisé de manière ouverte lui et son règne, étalé sur 38 années, de 1961 à 1999, sans oser faire la moindre autocritique politique et idéologique! </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Malheureusement, cette destruction volontariste de l&rsquo;image du roi Hassan 2 a porté et porte encore une grave atteinte au tissu social entier du pays, à sa conscience et son inconscient psychique collectif, à son identité historique et continue à répandre l&rsquo;ignorance, les calomnies et le manque de discernement rationnel. Nous devons avoir le courage de nous demander à nous mêmes d’abord si notre société, et nous autres individus avec, n&rsquo;étions pas et ne sommes-nous pas toujours, dans une phase de névrose psychotique maniaco-dépressive, alimentée en permanence par le sentiment de persécution et du délire mégalomane. Je ne suis en aucun cas en train d&rsquo;insulter ma patrie et mes compatriotes parce que la maladie quel qu’elle soit, collective ou individuelle, n&rsquo;est pas honteuse. Le mal, si mal il y a, c&rsquo;est de ne pas en parler, de l&rsquo;étouffer pour telle ou telle raison, morale, idéologique, religieuse, politique ou autre.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Si tout un chacun parmi nous trouve son compte dans la condamnation systématique de Hassan 2 et son système, nous resterons à coup sûr à côté de la plaque. Parce qu&rsquo;après lui, à part l&rsquo;éclaircie des effets immédiats du pacte qu’il avait initié entre sa personne et celle de Abderrahmane Yousfi, ainsi que les réalisations quant à la question des Droits de l&rsquo;homme et les tentatives de décollage économique du jeune Roi Mohammed 6, on n&rsquo;a pas proposé (en s&rsquo;engageant suivant le mode fonctionnel dans le système, même en tant qu&rsquo;opposition critique constructive et citoyenne ) et on ne propose toujours pas de modèle de croissance et de gouvernance qui renforcent le lien social et la solidarité avec les « masses populaires » dont la situation de précarité et d&rsquo;exclusion ne cesse d&#8217;empirer, à la différence des temps révolus du défunt roi, dont le bilan n&rsquo;a jamais été fait de manière à la fois critique et autocritique.      </em></p>
<p><em> Si on rajoute à cela le fait que la culture marocaine étant de tradition orale, on comprendra aisément qu&rsquo;eût été tissée autour de ce personnage qui a marqué de son empreinte notre vie et l&rsquo;histoire récente de notre pays, une des toiles les plus complexes (comme c&rsquo;est le cas pour Mehdi Ben Barka) et dans un certain sens parmi les plus mythiques de notre histoire nationale marocaine et panarabe. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Dans le même temps, il était tout à fait normal que soient associées dans ces écrits faits par des nationaux et des internationaux, de manière directe ou indirecte, les composantes historiques de l&rsquo;Opposition républicaine au roi Hassan 2, qui se composait principalement de l&rsquo;aile radicale de l&rsquo;Union Nationale des Forces Populaires (Al Mounaddama Essirriya de l&rsquo;UNFP, Al Ikhtyar Athaouri/l&rsquo;Option Révolutionnaire) de 1963 à 1975 _année correspondant à la création de l&rsquo;USFP, ce qui signifiait la reconnaissance définitive de la légitimité monarchique par cette composante historique de la dite opposition républicaine et _le Mouvement Marxiste-Léniniste marocain, de 1970 à 1983 avec la création de l&rsquo;OADP et l&rsquo;option d&rsquo;agir dans la légalité, même pour Annhj addimouqrati.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Ceci dit, ayant personnellement vécu de manière active cette époque et agit volontairement et en toute conscience contre le règne du monarque, il m&rsquo;a semblé moralement et intellectuellement nécessaire de participer au débat national (encore et jusqu&rsquo;à présent superficiel et approximatif, à mon humble avis) par la publication de ce témoignage autobiographique et autocritique. Plus d&rsquo;information et d&rsquo;éclairages sur cette tranche de notre histoire nationale devra concourir à plus de compréhension de notre présent.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Dans les faits, j&rsquo;ai été parmi les fondateurs de l&rsquo;un des trois « Cercles marxistes », à la fin des années soixante, à Casablanca; cercles qui allaient s&rsquo;unir pour constituer l&rsquo;Organisation clandestine 23 Mars qui vit ainsi le jour en l&rsquo;an 1970. Mais la chose la plus pertinente peut-être dans mon parcours, ce fut le fait qu&rsquo;à partir de 1972, j&rsquo;étais devenu un « révolutionnaire professionnel », suivant la définition bolchévique que j&rsquo;avais adoptée en toute conviction et en toute fierté dans ces temps aussi prodigieux qu&rsquo;ahurissants.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> C&rsquo;est pourquoi, dans plusieurs éditions nationales de journaux, de revues et d&rsquo;ouvrages consacrées à l&rsquo;activité des deux Organisations clandestines marxistes-léninistes, 23 Mars et Ila Al Amam, il a été question entre-autres de ma personne, conjointement à des événements auxquels je fus volontairement associé de près ou de loin, côte-à-côte avec mes anciens camarades des deux organisations susmentionnées.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Ces articles publiés dans les organes de la presse marocaine ainsi que les publications-témoignages sous forme de livres par d&rsquo;anciens militants de ces deux organisations politiques, sont à mon avis autant d&rsquo;apports qui interpellent encore aujourd&rsquo;hui notre conscience et notre raison individuelle et collective. Ils nous invitent à élargir le débat d&rsquo;idées sur la base d&rsquo;une investigation responsable globale ou parcellaire quant à nos actes antérieurs et présents, dans le but de participer, de concourir peut-être à la compréhension plausible de notre société et d&rsquo;une tranche de l&rsquo;histoire de notre pays, celle des quarante années de la fin du siècle écoulé, plus connues sous l&rsquo;expression d&rsquo; « années de plomb » et partant à jeter des éclairages sur le présent de notre société marocaine, de son Etat et sur les sociétés arabo musulmanes et leurs Etat qui vivent aujourd&rsquo;hui dans le retard, la terreur et la fermeture de toutes les portes, devant leurs jeunes peuples. Portes qui pourraient s&rsquo;ouvrir et leur offrir un avenir meilleur, si quelques conditions sociales, politiques et culturelles étaient réunies. Nous y reviendrons.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Sans verser dans la prétention d&rsquo;écrire l&rsquo;histoire ou d&rsquo;être moi-même historien, il me semble que toute démarche descriptive, auto-analytique allant dans ce sens, même quand elle est fragmentaire _à condition qu&rsquo;elle ait une justification axiologique, s&rsquo;inscrit en principe dans l&rsquo;aspiration générale à une vie meilleure et assainie des marocaines et des marocains, en symbiose avec leur Institution Monarchique, dans le cadre d&rsquo;un Etat social et de Droit, de son processus complexe de croissance et de consolidation sur des bases saines. </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong><em>Dilemme de l’ »éthique politique »</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Mais avant de continuer, je tiens à souligner l&rsquo;aspect déontologique de ma démarche, dans le sens où je vais tenter de l&rsquo;inscrire dans l&rsquo;éthique selon laquelle toute action humaine consciente doit être appréciée selon sa conformité ou non aux devoirs de la franchise, de la transparence et de la rigueur impartiale. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>J&rsquo;attire l&rsquo;attention du lecteur sur le fait que j&rsquo;évite de faire usage de la notion d' »objectivité » parce qu&rsquo;elle prête souvent à confusion. Par contre, j&rsquo;insiste sur le fait que mon approche est « subjective » dans le sens où je dois procéder à ma propre autocritique. J&rsquo;avais commencé déjà à me remettre en question à partir des années 1973-1974 avant les arrestations de 1972 mais surtout après celles de 1974 qui allaient aboutir à la tragédie des militants marxistes léninistes dont j’étais l&rsquo;un d’entre eux, parmi les plus actifs. Et je continue à me remettre en question, de manière permanente, par le truchement d&rsquo;une introspection de plus en plus approfondie, introspection générale autocritique à laquelle je m&rsquo;étais assigné de manière réfléchie et courageuse avant ma démission de 23 Mars, à la fin du printemps de l&rsquo;année 1974.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Personne n&rsquo;ignore que les organisations politiques marocaines d&rsquo;extrême gauche (l&rsquo;aile radicale de l&rsquo;Union Nationale des Forces Populaires ) et marxistes-léninistes furent durement et tragiquement démantelées, que plusieurs membres adhérents ou sympathisants de ces organisations furent poursuivis, arrêtés, kidnappés et torturés par les Appareils de répression de l&rsquo;Etat marocain, jusqu&rsquo;à la mort pour certains parmi eux, tels Abdellatif Zeroual que j&rsquo;avais connu dans la clandestinité, que j&rsquo;estimais malgré la différence radicale de mes positions par rapport aux siennes. Bon nombre d&rsquo;entre ces militants ont disparu et d&rsquo;autres furent condamnés à de lourdes peines. J&rsquo;en faisais partie. Il y eut une terrible répression dans notre pays. Ce serait un pur mensonge de le nier. Il y eut des violations graves des droits de l&rsquo;homme.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Le Roi Hassan 2 avait reconnu par ailleurs la responsabilité directe de l&rsquo;Etat dans cette tranche de l&rsquo;histoire récente du Maroc dont Tazmamart, Dar Moqri, Agdaz ou Deb Moulay Cherif restent de funestes emblèmes. Des hommes et des femmes furent bestialement torturés par des chefs et des agents des appareils coercitifs, officiels ou parallèles. </em></p>
<p><em>Mehdi Ben Barka fut assassiné avec la participation active et directe de certains parmi les chefs de ces appareils. Et des chefs notoires de ces mêmes appareils, grands commis de l&rsquo;Etat alors ont porté atteinte à plusieurs reprises à la personne et à la vie du Roi lui même, ainsi qu&rsquo;à celles des membres de sa famille lors des tentatives de Coups d&rsquo;Etat avortés de Skhirat (10 Juillet 1971) et du Boeing Royal (16 Août 1972).</em></p>
<p><em> La leçon que je me vois devoir tirer d&#8217;emblée de cette tranche terrifiante de notre histoire, controversée et férocement vécue, c&rsquo;est que tout en condamnant tous les actes illégaux dont la torture, le kidnapping, la séquestration et toute autre forme de violence et de terrorisme en tant que pratiques ayant marqué de leur sceau l&rsquo;exercice des pouvoirs et des contre-pouvoirs au Maroc, je ne peux en aucun cas passer sous silence les causes directes et indirectes qui me semblent inversement avoir fait que les choses en soient arrivées à ce stade de dégradation de notre humanité.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong><em>L’axiologie de la responsabilité</em></strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><em> Au risque de m&rsquo;attirer les foudres du ciel, je dirais que nous autres marocains (adultes dans notre quasi totalité), durant cette période ténébreuse et tragique de notre vie collective, sociale, économique, politique et culturelle, nous endossons tous la responsabilité dans ce qui est arrivé à notre pays, à nos institutions et aussi dans ce qui nous est arrivé à nous-mêmes, à nos enfants et à nos familles. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Je ne cherche ni à noyer les faits dans des généralités ni à discréditer tel ou tel personne, tel ou tel groupe. Mais je suis obligé par honnêteté intellectuelle de reconnaître les faits et souligner l&rsquo;étendue et la complexité des processus socio-politiques et idéologiques qui constituent les soubassements de cette composante de l&rsquo;histoire récente de notre pays. Pour étayer ce point de vue, je me vois obligé de l&rsquo;assortir des questions suivantes : </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>&#8211; Qu&rsquo;est-ce que la responsabilité ?</em></p>
<p><em>&#8211; Comment et à partir de quels critères politiques, moraux et idéologiques devons-nous définir et partager cette responsabilité ? </em></p>
<p><em>&#8211; S&rsquo;agissant du Monarque, des Partis politiques, des Responsables étatiques, des Entités/Nébuleuses Idéologiques organisées, à qui revient telle ou telle part du lot dans le désastre? </em></p>
<p><em>&#8211; Si l&rsquo;on devait engager un procès sur le plan purement éthique, qui serait principal ou secondaire coupable ? </em></p>
<p><em>&#8211; Par rapport à quel moment précis de l&rsquo;histoire du pays faut-il entreprendre ce procès éthique? </em></p>
<p><em>&#8211; Enfin, sur la base de quelles règles et de quels préceptes faut-il le faire? </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Certes, ces questions très complexes se sont déjà posées à tel ou tel niveau des Instances étatiques et de la Société civile, en particulier aux Organismes des Droits de l&rsquo;Homme marocains, notamment et particulièrement à l&rsquo;Instance Equité et Réconciliation (IER) et de manière plus large à chaque citoyen marocain vivant au diapason de son environnement socio-planétaire. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Pour ma part, comme je m&rsquo;apprête à faire mon propre procès, j&rsquo;éviterais de faire de ces questions une échappatoire ou de leur faire prendre une tournure de règlements de compte en cherchant à les transformer en jugements expéditifs, entachés de suffisance et de malhonnêteté intellectuelle, à l&rsquo;instar de tous ceux qui « croient » détenir les vérités intrinsèques et qui s’instaurent les régisseurs de l&rsquo;ordre du monde et de son devenir! </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong><em>Introspection</em></strong></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Les composantes de l&rsquo;intelligentsia de notre société de la deuxième moitié du 20ème siècle, à l&rsquo;ère de Hassan 2, peuvent être répartis en quatre grandes nébuleuses quant aux échafaudages de leurs systèmes idéologiques et de leurs démarches cognitives respectives :</em></p>
<p><em> -Les Détenteurs traditionnels de l&rsquo;Ordre religieux : les Oulémas, Chefs des confréries, Cadis, Imams, Enseignants des grandes écoles traditionnelles et coraniques, Soufis &#8230;etc.</em></p>
<p><em>-Les Politiques religieux : les Salafistes, les Intégristes Frères musulmans, Wahhabites, Khomeynistes.</em></p>
<p><em>-Les Politiques Progressistes : les Unionistes panarabes et socialistes baathistes, les libéraux.</em></p>
<p><em>-Les Politiques révolutionnaires marxistes, léninistes, trotskistes et maoïstes.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Cette classification paradigmatique n&rsquo;est ni exhaustive ni très précise quant aux définitions de chaque ensemble de mouvance mais je l&rsquo;avance surtout pour plus de clarté de mon propos et parce que dans la réalité, il y a transversalité et interaction cumulative ou restrictive. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Pour revenir à ma démarche descriptive, je dirais qu&rsquo;il y avait ceux qui étaient convaincus que la « connaissance » leur tombait du ciel et qu&rsquo;ils étaient chargé de la mission de faire régner la Loi de Dieu sur terre, par le sabre et la terreur. A l&rsquo;opposé, il y avait ceux qui étaient « convaincus » que tout était clair pour eux parce qu&rsquo;ils détenaient les clefs de la compréhension de l&rsquo;histoire et des contradictions de la réalité concrète du monde, et que les « masses populaires » et/ou les « classes révolutionnaires » leur avaient délégué le pouvoir de juger qui avait tord et qui avait raison, tout en les chargeant de la mission de transformer le monde, par la violence inévitable mais révolutionnaire cette fois-ci. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Or le plus grave, c&rsquo;est que de nos jours, toutes ces nébuleuses continuent de tourner en rond dans leurs sphères de « réflexion idéologique », entachées de stérilité intellectuelle et de commérages. Il est évident que si elles continuent à éviter de procéder par des approches méthodiques saines, elles n&rsquo;apprendront jamais à élaborer des diagnostics impartiaux qui seuls auraient le mérite de placer les marocains dans la perspective d&rsquo;un avenir meilleur ! Un avenir de guérison, fondé non sur la peur, la dépersonnalisation et la magouille mais sur le socle d&rsquo;une authentique et courageuse remise en question de tous les dogmes, de toutes les approches doctrinaires dont nous nous sommes gavées dans le passé ou dont nous nous prévalons jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Il était donc question de vérité, de responsabilité, de justice et de réconciliation dans notre pays. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>Mais qui dit vérité, responsabilité, justice et réconciliation dit critique et autocritique humainement et méthodologiquement parlant, dit écoute de l&rsquo;autre, ouverture sur l&rsquo;autre et doute sur soi. Dans ce sens, la responsabilité et la réconciliation signifient ipso facto l&rsquo;auto-libération de la vision unilatérale, psychologique et idéologique. Elle doit réfuter toute propension à l&rsquo;égocentrisme. Sinon, elle tombe dans les procédures de l’arbitraire et de la stigmatisation, ô combien faciles parce qu&rsquo;elles sont tout bêtement auto-réconfortantes et aveuglantes. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Par contre, si vraiment la « stigmatisation » est nécessaire, cela veut dire qu&rsquo;elle devra s&rsquo;inscrire dans la méthodologie de la critique rationnelle. Et la rigueur de celle-ci nécessite qu&rsquo;elle soit accompagnée de son antithèse c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;autocritique, tout aussi rationnelle. Et ce dans l&rsquo;immédiateté. Sinon, cette stigmatisation n&rsquo;est (ne sera) d&rsquo;aucune utilité. Ni sociologique ni intellectuelle. De plus, elle ne fera que persister dans la reproduction aliénée de toutes les formes de fanatismes ou d&rsquo;extrémismes asphyxiants, caractéristiques de la pensée totalitaire; que celle-ci soit de « gauche », d' »extrême-gauche », de « droite » ou d' »extrême droite ». Bien que toutes ces notions devraient être soumises à de nouvelles lectures pour qu&rsquo;elles soient replacées dans leur contexte, ici et maintenant. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Le risque encouru par le maintien d&rsquo;une telle attitude de notre intelligentsia, c&rsquo;est l&rsquo;accentuation de la confusion et de l&rsquo;amalgame des théories et des doctrines. Non plus seulement chez l&rsquo;entité intellectuelle de la société mais chez la société dans sa totalité. C&rsquo;est le vide culturel, la sclérose de la pensée rationnelle collective, la régression de l&rsquo;intelligence des individus et des groupes, du civisme et l&rsquo;installation progressive de la société dans l&rsquo;insécurité et la précarité mentale permanente. C&rsquo;est en fin de compte la dérive grandissante dans l&rsquo;obscurantisme religieux, la fracture sociale des larges franges de la jeunesse marocaine qui tombe dans les précipices de la délinquance, du crime organisé et du terrorisme.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Or comme cette situation irrationnelle quant à notre cognition perdure malheureusement, nous assistons à la sclérose de l&rsquo;histoire, avec une fermeture presque générale de toutes les portes menant vers un avenir meilleur.</em></p>
<p><em> Paradoxalement, nous nous sommes donnés la liberté aujourd&rsquo;hui de parler de tout ou presque! Mais nous sommes-nous posé la question de savoir, avec un brin de pertinence et de perspicacité, quel est le danger de l&rsquo;impact des idées, des schèmes et des modèles mentaux qui ont façonné et orienté nos actions socio-politiques et culturelles durant la moitié du siècle passé, après l&rsquo;indépendance du pays et notamment durant la période qualifié communément par les termes d&rsquo; « années de plomb »? N&rsquo;avons-nous pas continué, jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui encore, à penser par nos tripes, par notre inconscient individuel et collectif? Ne faisons-nous pas, par individus ou par groupuscules interposés, que nous renvoyer la balle? N&rsquo;agissons-nous pas finalement au niveau du Paraître et non à celui de l&rsquo;Etre?</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em> Partant de ces questions élémentaires, je vais tenter de me diagnostiquer avec le maximum d&rsquo;impartialité, de transparence et de sincérité. Il ne s&rsquo;agit nullement d&rsquo;une catharsis ou d&rsquo;une thérapie quelconque, parce qu&rsquo;en ce qui me concerne personnellement, je considère que j&rsquo;ai procédé fermement à ma catharsis, voilà plus de 45 années, avant mon séjour au Derb Moulay Chérif, pendant le séjour au Derb, pendant le Procès de Casablanca en Mai 1977, dans les Prisons et en dehors des prisons. Cela servira peut-être à quelque chose! En tous les cas, mon souhait est que cela serve à jeter quelques lumières sur l&rsquo;individu-militant-agitateur que je fus. Mon souhait aussi est que cela serve dans telle ou telle mesure à la sauvegarde de notre mémoire collective, cette mémoire étant elle-même au service des jeunes générations de nos concitoyens qui seraient intéressés par la psychologie comportementale des individus, et surtout par le puzzle chaotique de l&rsquo;activisme clandestin, « révolutionnaire » et « réactionnaire » du Maroc et du monde arabo musulman durant ces années tragiques de notre histoire commune.</em></p>
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<p><strong>À SUIVRE&#8230;</strong></p>
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