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	<title>musulmans de France &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Quand les musulmans de France deviennent une variable d&#8217;ajustement politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Mar 2026 13:22:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par: Kheireddine ALLAL Il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;habiter la France pour percevoir ce qui s&#8217;y joue aujourd&#8217;hui autour de l&#8217;islam. Il suffit d&#8217;observer. D&#8217;écouter. De comparer. Quelque chose a changé — non pas brutalement, mais par glissement. Une lente reconfiguration du regard porté sur une partie des citoyens français. Officiellement, rien n&#8217;a bougé : les &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Kheireddine ALLAL</p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-206439" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/allalus-.jpeg" alt="" width="254" height="303" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/allalus-.jpeg 254w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/allalus--251x300.jpeg 251w" sizes="(max-width: 254px) 100vw, 254px" /></p>
<p>Il n&rsquo;est pas nécessaire d&rsquo;habiter la France pour percevoir ce qui s&rsquo;y joue aujourd&rsquo;hui autour de l&rsquo;islam. Il suffit d&rsquo;observer. D&rsquo;écouter. De comparer.</p>
<p>Quelque chose a changé — non pas brutalement, mais par glissement. Une lente reconfiguration du regard porté sur une partie des citoyens français. Officiellement, rien n&rsquo;a bougé : les principes républicains sont intacts, l&rsquo;égalité demeure proclamée, la laïcité est invoquée comme garantie. Mais dans les faits, une autre réalité s&rsquo;installe, plus diffuse, plus difficile à saisir, et pourtant bien tangible.</p>
<p>Les musulmans de France ne sont pas confrontés à une législation explicitement discriminatoire. Le droit, dans sa lettre, reste universaliste. Mais dans ses usages, dans ses interprétations, dans les dispositifs qui l&rsquo;accompagnent, une distinction s&rsquo;opère — subtile, souvent justifiée au nom de principes supérieurs, rarement assumée comme telle.</p>
<p>Des lieux de culte fermés par voie administrative sans condamnation judiciaire définitive. Des associations dissoutes sur la base d&rsquo;intentions prêtées, non d&rsquo;actes prouvés. Des pratiques religieuses ordinaires requalifiées en signaux faibles de radicalité. Et plus insidieusement encore : des trajectoires individuelles infléchies — autocensure, retrait progressif de l&rsquo;espace public, prudence devenue réflexe.</p>
<p>Ce que l&rsquo;on observe ici n&rsquo;est pas une rupture juridique. C&rsquo;est une mutation politique.</p>
<p>Car ce traitement différencié ne surgit pas dans le vide. Il s&rsquo;inscrit dans un contexte où la question de l&rsquo;islam est devenue un axe structurant du débat public français. Depuis plus d&rsquo;une décennie, elle est travaillée, reformulée, dramatisée. À l&rsquo;extrême droite, elle constitue un socle idéologique. Au centre, elle s&rsquo;est imposée comme un passage obligé — un terrain sur lequel il faut se positionner, parfois au prix de concessions intellectuelles notables.</p>
<p>Le résultat est connu : un déplacement du centre de gravité. Ce qui relevait hier de la marge tend à s&rsquo;installer au cœur. Les mots changent de statut. Les idées circulent plus librement. Et avec elles, une représentation implicite se sédimente : celle d&rsquo;un islam problématique par nature, ou du moins par vocation.</p>
<p>Vu depuis le Maroc — ou plus largement depuis des sociétés où l&rsquo;islam est un fait majoritaire et non une altérité gérée — ce phénomène interroge profondément. Non pas pour idéaliser nos propres équilibres, mais parce qu&rsquo;il révèle une tension au cœur même du modèle républicain : celle entre l&rsquo;universalité proclamée et la gestion concrète des différences.</p>
<p>La France a longtemps pensé pouvoir neutraliser les appartenances pour produire du commun. Mais que se passe-t-il lorsque certaines appartenances résistent à cette neutralisation ? Lorsqu&rsquo;elles demeurent visibles, vécues, revendiquées — sans pour autant se traduire en rupture avec l&rsquo;ordre civique ? C&rsquo;est dans cet écart précisément que se loge le malaise.</p>
<p>Il ne s&rsquo;agit pas de nier les défis réels. Le terrorisme islamiste a frappé durement, et il a laissé des traces. Mais une démocratie ne se juge pas uniquement à sa capacité à répondre à la menace. Elle se juge à la manière dont cette réponse redéfinit — ou non — ses propres fondements.</p>
<p>Transformer une vigilance sécuritaire légitime en suspicion diffuse ; élargir des dispositifs d&rsquo;exception à des situations ordinaires ; laisser s&rsquo;installer l&rsquo;idée qu&rsquo;une catégorie de citoyens constitue un risque en soi : voilà des évolutions qui engagent bien au-delà de la seule question musulmane. L&rsquo;histoire politique européenne est claire là-dessus — ces glissements ne s&rsquo;arrêtent jamais là où ils commencent.</p>
<p>En désignant, même implicitement, des citoyens comme objets de surveillance spécifiques, l&rsquo;État prend le risque d&rsquo;altérer le lien civique qu&rsquo;il prétend protéger. Et en banalisant cette distinction dans l&rsquo;opinion, il ouvre un espace où l&rsquo;égalité cesse d&rsquo;être un réflexe pour devenir une variable.</p>
<p>Pour les musulmans de France, la question n&rsquo;est pas celle d&rsquo;un statut particulier. Elle est plus élémentaire : exister dans l&rsquo;espace public sans être ramenés, en permanence, à une identité suspecte. Pratiquer, s&rsquo;engager, s&rsquo;exprimer sans être assignés à une grille de lecture sécuritaire.</p>
<p>Pour les autres — y compris hors de France —, l&rsquo;enjeu est tout aussi fondamental. Ce qui se joue ici dépasse une configuration nationale : jusqu&rsquo;où une démocratie peut-elle aller dans la gestion de ses peurs sans se transformer elle-même en ce qu&rsquo;elle prétend combattre ?</p>
<p>À cette question, la France n&rsquo;a pas encore répondu. Elle ne pourra pas indéfiniment l&rsquo;éluder.</p>
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