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	<title>Mustapha Derkaoui &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Hommage à Mustapha Derkaoui, l’affranchi du cinéma marocain</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Aug 2026 20:18:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-217039" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1.jpeg" alt="" width="780" height="470" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1.jpeg 780w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1-300x181.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1-768x463.jpeg 768w" sizes="(max-width: 780px) 100vw, 780px" /></p>
<p><strong>Le cinéma marocain vient de perdre l’un de ses plus ardents bâtisseurs. Mustapha Derkaoui s’est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi à Casablanca, à l’âge de 82 ans. Avec lui disparaît une voix singulière, un esprit libre qui, à une époque où le septième art marocain tâtonnait encore, a osé faire du cinéma un champ de réflexion autant qu’un acte de création.</strong></p>
<p><strong>Un homme de foi et d’audace.</strong></p>
<p><strong>Né à Oujda en 1944, Mustapha Derkaoui était animé par une conviction profonde : le cinéma ne saurait se réduire au divertissement. Il y voyait un moyen de poser des questions, de lire la réalité et d’interroger l’être humain. Cette exigence intellectuelle, il la puisa dans un baccalauréat de philosophie obtenu en 1962, puis au Conservatoire d’art dramatique de Casablanca, avant de se former à l’IDHEC à Paris et à la prestigieuse École de cinéma de Łódź en Pologne, dont il sort diplômé en réalisation en 1972.</strong></p>
<p><strong>Homme de liberté, il a toujours défendu un cinéma indépendant, affranchi des formats préétablis et des considérations commerciales. Son parcours est celui d’un artisan de l’image qui n’a jamais transigé avec ses convictions, quitte à payer le prix de l’invisibilité.</strong></p>
<p><strong>Un pionnier au temps des balbutiements.</strong></p>
<p><strong>Derkaoui appartient à cette génération de cinéastes qui ont cherché à libérer l’image marocaine des représentations stéréotypées, à instaurer un langage propre, fondé sur la recherche et l’audace. À une époque où le cinéma national en était encore à ses premiers pas, il a choisi une voie exigeante, marquée par l’expérimentation et le refus des facilités.</strong></p>
<p><strong>Son premier long métrage, De quelques événements sans signification (1974), est à cet égard emblématique. Interdit par les autorités marocaines dès sa sortie, le film ne fut projeté qu’à de rares occasions – à Paris en 1975, puis clandestinement à Khouribga en 1977. Il lui faudra attendre près de trois décennies pour renaître, restauré avec la Filmoteca de Catalunya, et être présenté à la Berlinale en 2019. Cette redécouverte tardive a révélé la modernité fulgurante d’une œuvre qui, dès les années 1970, bousculait les conventions narratives et interrogeait la fonction même du cinéma dans la société marocaine.</strong></p>
<p><strong>Un héritage foisonnant.</strong></p>
<p><strong>Au-delà de ce film culte, Mustapha Derkaoui laisse une filmographie riche et variée : Les Beaux Jours de Shéhérazade (1982), Titre provisoire (1984), Les Sept portes de la nuit (1994), La Grande allégorie (1995), ou encore le diptyque Casablanca by Night (2003) et Casa Day Light (2004). Des œuvres où il développe une approche attentive aux réalités sociales, aux transformations urbaines et aux tensions traversant la société marocaine.</strong></p>
<p><strong>Sa carrière fut saluée par de hautes distinctions : prix au Festival international du film de Marrakech en 2007, décoration par le roi Mohammed VI en 2016. Un documentaire, Librement, Mostafa Derkaoui, réalisé par Sophie Delvallée en 2023, a retracé son itinéraire exceptionnel.</strong></p>
<p><strong>Une mémoire vivante.</strong></p>
<p><strong>Le cinéma marocain perd aujourd’hui une part de sa mémoire et l’une des voix qui ont accompagné le rêve de bâtir un cinéma national libre et différent. Mais l’héritage de Mustapha Derkaoui ne s’éteindra pas. Il se perpétue à travers le travail de son frère Abdelkrim et de son fils Kamal, directeur de la photographie. Et surtout, à travers ses films, qui continueront d’alimenter la réflexion sur la création, la société et la mémoire culturelle du pays.</strong></p>
<p><strong>Mustapha Derkaoui s’en est allé. Mais son regard, lui, reste posé sur nous.</strong></p>
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