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	<title>Mohamed KHOUKHCHANI &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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	<title>Mohamed KHOUKHCHANI &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Chronique d&#8217;un fleuve immobile</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Jul 2026 09:15:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
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					<description><![CDATA[Par : Mohamed KHOUKHCHANI Première partie : Le grand fleuve. Je suis ce fleuve. On ne me voit pas couler, et pourtant je charrie depuis la nuit des temps des eaux vives et tumultueuses, stratifiées comme la roche, patientes comme le désert. On m&#8217;appelle le Maghreb, le pays du couchant, l&#8217;Occident — lointain pour les &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Première partie : Le grand fleuve.</strong></p>
<p><strong>Je suis ce fleuve. On ne me voit pas couler, et pourtant je charrie depuis la nuit des temps des eaux vives et tumultueuses, stratifiées comme la roche, patientes comme le désert. On m&rsquo;appelle le Maghreb, le pays du couchant, l&rsquo;Occident — lointain pour les uns, central pour d&rsquo;autres, parfois même bas, selon la géographie du cœur de qui me nomme. À l&rsquo;instar de l&rsquo;Orient qui se dit proche, moyen ou extrême, moi aussi je change de visage suivant celui qui m&rsquo;observe. Mais je ne serai jamais le Machreq. Je suis l&rsquo;autre rive du monde, l&rsquo;horizon où finit la terre pour que commence l&rsquo;infini — l&rsquo;Occident que les poètes du Levant contemplent au bout de leurs rêves, comme on regarde le soleil sombrer dans l&rsquo;or et la pourpre.</strong></p>
<p><strong>Géologiquement, je suis fait de strates. Ma source première, éternelle et granitique, est un socle d&rsquo;hommes libres : les Imazighen, qu&rsquo;on dit Berbères sans qu&rsquo;ils soient jamais barbares. Ils sont mon lit rocheux, ma colonne vertébrale, le squelette de mes Atlas qui déchirent le ciel. En eux réside le silence têtu des cimes et la mémoire brute du désert. Mais un fleuve digne de ce nom ne se contente pas de sa source ; il s&rsquo;enrichit, il s&rsquo;ouvre, il accueille — bon gré, mal gré, à travers les millénaires qui l&rsquo;ont vu exister.</strong></p>
<p><strong>Et les tributaires sont venus, couche après couche, comme une géologie vivante. Des flots de pourpre d&rsquo;abord, ceux des Phéniciens venus d&rsquo;Égypte, marins de l&rsquo;azur, qui ont déposé dans mes criques le sel de leurs dieux et le murex de leurs teintures. Puis ce furent les rouges légions de Rome qui, sous le nom de Maurétanie Tingitane, crurent me dompter. Ils bâtirent des temples, tracèrent des voies, mais mes racines amazighs eurent tôt fait d&rsquo;enrouler leurs lianes autour de leurs colonnes de marbre, les absorbant à jamais dans ma terre ocre.</strong></p>
<p><strong>Le temps passa, et d&rsquo;autres eaux vinrent se mêler aux miennes. Les caravanes juives, portant la parole des Prophètes et la sagesse des Livres, s&rsquo;installèrent dans les méandres de mes vallées, y tissant des mellahs aux portes de bois ouvragé, où la mélancolie des psaumes épousait le bruissement des oliviers. Puis, du fond du désert d&rsquo;Arabie, un souffle brûlant apporta la lumière de l&rsquo;Islam ; les cavaliers pieux posèrent leurs selles sur mon dos et y bâtirent des médinas blanches où le Coran, récité dans la langue des cieux, s&rsquo;infiltra dans le chant ancestral des oueds.</strong></p>
<p><strong>Mais le tribut le plus doux-amer vint de l&rsquo;Andalousie déchue. Ces musulmans et ces juifs chassés de leurs paradis perdus franchirent le détroit comme des âmes en peine, les yeux encore humides de l&rsquo;Alhambra. Je les ai accueillis dans mes gorges profondes ; ils ont greffé leurs orangers à mes oliviers, mêlé leurs complaintes en arabe andalou aux tambours berbères, et leurs palais sont devenus les miens, leurs patios les soupirs de mes riads.</strong></p>
<p><strong>Plus tard, dans un fracas de canons et de langues étrangères, les Espagnols et les Français débarquèrent. Ils crurent me tracer des frontières, me tailler dans le vif. Mais ma nature profonde est l&rsquo;absorption ; leurs forts, leurs lycées, leurs boulevards, je les ai digérés comme on digère un fruit acerbe, jusqu&rsquo;à ce que leurs rejetons, parlant ma darija avec un accent mâtiné, deviennent, l&rsquo;espace d&rsquo;un siècle, les gardiens imprévus de mes rivages.</strong></p>
<p><strong>N&rsquo;oublions pas les fils du Soudan, les Gnaoua, que les caravanes transsahariennes ont déposés sur mes rives comme des grains de sable noir. Ils ont apporté le rythme des tambours, la transe des possédés, le blues de l&rsquo;exil ; mes zaouïas les ont adoptés, et leurs chaînes, frottées contre le sol, sont devenues des luths. Eux aussi sont de mon eau, profonde et battante.</strong></p>
<p><strong>Et puis il y a les derniers venus, les Palestiniens, ces exilés chargés de clés rouillées et de rêves d&rsquo;oliveraie. Ils ont posé leur valise sur mes plaines, et j&rsquo;ai senti leur mélancolie couler dans mon lit comme un affluent grave, mais fertile. Eux aussi, un jour, planteront leurs enfants comme des figuiers dans mes collines. Car je n&rsquo;ai jamais fini de m&rsquo;écrire.</strong></p>
<p><strong>Ainsi, siècle après siècle, mes eaux ont sillonné les gorges du Todgha, les vallées du Souss, les plateaux du Rehamna, et se sont perdues dans l&rsquo;Atlantique à Essaouira, là où les alizés mêlent le sel des conquérants à la sueur des pêcheurs. J&rsquo;ai porté les chars romains, les caravanes berbères, les chevauchées almoravides, les processions des confréries, les camions des colons et les cortèges de l&rsquo;indépendance. Tous se sont abreuvés à moi. Tous ont déposé leurs sédiments dans ma vase : un mot, une coutume, un gène, une mélodie, une épice — le cumin du Sud, le safran du Tafilalet, le thé à la menthe des Atlantes. Et tous, en fin de compte, sont devenus miens, citoyens à part entière de ce pays hospitalier de nature.</strong></p>
<p><strong>On croit que je change. On croit que je me perds dans la mer, là-bas, à l&rsquo;ouest, là où le soleil meurt. Mais je ne me perds jamais. Je m&rsquo;évapore en brume d&rsquo;Atlas pour retomber en neige sur le Toubkal, et je recommence. Car je ne suis pas une ligne droite, je suis un cycle. Mon lit s&rsquo;est élargi, mes rives se sont couvertes de cités grouillantes — Marrakech la rouge, Fès la spirituelle, Rabat la blanche, Casablanca la frénétique — où les voix se mêlent en un seul chant polyphonique.</strong></p>
<p><strong>◇◇◇◇◇◇◇</strong></p>
<p><strong>Deuxième partie : Le dialogue intérieur.</strong></p>
<p><strong>Mais parfois, le fleuve aime à se regarder dans le miroir de ses propres méandres. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un soir, alors que la lumière de Marrakech virait à l&rsquo;ocre brûlé, il prit la forme d&rsquo;un homme et vint s&rsquo;asseoir sur sa propre berge, pour se parler à lui-même. Il ne savait plus très bien s&rsquo;il était l&rsquo;eau qui interrogeait ou la rive qui répondait.</strong></p>
<p><strong>— Tu dis que tu ne te perds jamais, dit l&rsquo;homme à l&rsquo;eau. Mais moi, je me perds parfois. Je ne sais plus très bien de quelle strate je viens. Suis-je amazigh par ce grand-père du Souss, arabe par cette grand-mère de Rif, un peu andalou par cet ancêtre oublié qui a franchi le détroit dans l&rsquo;autre sens ? Je porte en moi des noms que je ne comprends plus, des plats dont j&rsquo;ignore l&rsquo;origine, des prières qui se répondent dans trois langues différentes.</strong></p>
<p><strong>Le fleuve rit — un rire de galets qui roulent les uns contre les autres.</strong></p>
<p><strong>— Tu poses la question comme si la réponse devait être unique. Mais regarde mon lit : crois-tu qu&rsquo;il y ait une seule pierre qui explique mon cours ? Tu es toi-même un petit fleuve, mon enfant. Tu charries en toi ce que je charrie en grand. Ne cherche pas la source pure — elle n&rsquo;existe que dans les légendes des Ifriqiyens. Cherche plutôt ce que tu as fait de tous ces affluents. As-tu appris à faire danser tes contradictions comme les Gnaoua font danser leurs possédés ?</strong></p>
<p><strong>— Mais toi, insista l&rsquo;homme, tu dis « j&rsquo;ai absorbé », « j&rsquo;ai digéré », comme si tout se valait, comme si les Romains et les Amazighs, les colons et les exilés, c&rsquo;était la même eau. N&rsquo;y a-t-il pas des blessures dans ton lit ? Des sédiments plus amers que d&rsquo;autres ?</strong></p>
<p><strong>Le fleuve se tut un instant. La brise cessa de remuer les roseaux. Il se souvint des bûchers de l&rsquo;Inquisition, des décrets d&rsquo;expulsion, des guerres tribales, des famines, des protectorats qui avaient voulu lui voler son nom.</strong></p>
<p><strong>— Tu as raison de me le demander. Je ne suis pas fait que de miel et de fleurs d&rsquo;oranger. J&rsquo;ai aussi charrié des chaînes, des terres confisquées, des frontières tracées à la règle par des mains qui ne me connaissaient pas. Je n&rsquo;oublie rien — je n&rsquo;ai pas ce luxe. Mais je transforme. C&rsquo;est ma seule alchimie contre le désespoir : je ne renie aucune eau, même la plus trouble, parce que la renier reviendrait à assécher une part de moi-même. La blessure aussi devient racine, avec le temps, si on ne la laisse pas seule cicatriser dans le noir. Regarde les Mellahs : ils ont été des ghettos, ils sont devenus des lieux de mémoire. Regarde les anciennes casernes coloniales : elles abritent aujourd&rsquo;hui des écoles où l&rsquo;on apprend l&rsquo;amazigh et l&rsquo;arabe.</strong></p>
<p><strong>— Et moi, alors ? Que dois-je faire de ce mélange que je suis ?</strong></p>
<p><strong>— Coule, dit le fleuve. Ne cherche pas à être une seule chose. Sois amazigh le matin, arabe à midi, andalou au crépuscule, gnaoui la nuit lors des veillées, et marocain à chaque heure, sans contradiction — comme moi je suis à la fois montagne, gorge, vallée et plaine sans jamais cesser d&rsquo;être le même fleuve. Le jour où tu accepteras d&rsquo;être stratifié plutôt qu&rsquo;uni, tu cesseras de te perdre. Car l&rsquo;unité que l&rsquo;on impose est un carcan ; l&rsquo;harmonie que l&rsquo;on invente est une fête.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;homme resta longtemps sur cette berge, à regarder l&rsquo;eau qui ne coulait pas, ou qui coulait trop lentement pour que l&rsquo;œil s&rsquo;en aperçoive — comme l&rsquo;histoire d&rsquo;un pays qui n&rsquo;en finit pas de s&rsquo;écrire dans le lit de ses propres contradictions. Puis il se releva, et tandis qu&rsquo;il s&rsquo;éloignait, il entendit le fleuve lui glisser dans le dos : « Tu n&rsquo;es pas un métis ; tu es un pont. Et un pont n&rsquo;appartient à aucune rive, il est la grâce qui les relie. »</strong></p>
<p><strong>◇◇◇◇◇◇◇</strong></p>
<p><strong>Troisième partie : Le conseil des affluents.</strong></p>
<p><strong>Cette nuit-là, l&rsquo;homme ne s&rsquo;était pas éloigné. Il s&rsquo;était assis un peu plus loin, et soudain, les voix se levèrent une à une de l&rsquo;eau, comme des bulles remontant d&rsquo;un fond très ancien, et chacune prit la parole à son tour. Ce n&rsquo;était plus le fleuve seul qui parlait, mais tout son peuple de mémoires réunies en un conseil immémorial.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Amazigh parla le premier, la voix rude comme les pentes du Haut-Atlas :</strong><br />
<strong>— Je suis la pierre sous tes pieds, le socle qui ne bouge pas même quand tout change autour de lui. J&rsquo;ai donné au fleuve sa colonne vertébrale, ses sommets enneigés, sa langue tamazight qui résonne encore dans les tifinaghs gravés sur le roc. Sans moi, le lit n&rsquo;existerait pas — mais je sais aussi que le lit seul, sans l&rsquo;eau qui le traverse, n&rsquo;est qu&rsquo;un désert de pierres. Ma fierté n&rsquo;est pas un mur ; elle est une racine.</strong></p>
<p><strong>Le Phénicien répondit dans un murmure salé :</strong><br />
<strong>— Moi, j&rsquo;ai apporté le commerce, l&rsquo;alphabet, le regard tourné vers l&rsquo;horizon marin. J&rsquo;ai appris au fleuve à ne pas craindre l&rsquo;immensité, à envoyer ses enfants voguer jusqu&rsquo;aux colonnes d&rsquo;Hercule et revenir chargés de pourpre et d&rsquo;idées nouvelles.</strong></p>
<p><strong>Le Romain, l&rsquo;écho des colonnes de Volubilis dans la gorge, s&rsquo;exprima :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai voulu bâtir des murs droits, tracer des voies qui ne connaissent pas le détour. Le fleuve m&rsquo;a enseigné l&rsquo;humilité : mes murs sont tombés en poussière, mais les routes, lui, il les a gardées — pour ses propres caravanes, non pour mes légions.</strong></p>
<p><strong>Le Juif, les yeux levés vers une étoile invisible, dit avec la douceur des psaumes du Mellah :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai apporté le Livre et la patience des exils sans fin. J&rsquo;ai tissé dans les quartiers de Fès et de Marrakech une mémoire qui n&rsquo;a jamais cessé de dialoguer avec celle des médinas voisines. Ma prière en hébreu et l&rsquo;appel du muezzin, longtemps, se sont répondu par-dessus les toits de terre battue, comme deux frères qui ne savent plus pourquoi ils se sont fâchés.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Arabe vint ensuite, avec le souffle chaud du désert de l&rsquo;Est :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai apporté la lumière d&rsquo;une foi universelle et la langue du Coran. Je croyais venir pour conquérir ; le fleuve, lui, m&rsquo;a converti à sa patience profonde. Ma langue classique s&rsquo;est pliée à sa darija buissonnière, mon désert s&rsquo;est mêlé à ses vallées verdoyantes, et j&rsquo;ai appris que la révélation peut aussi fleurir dans une terre d&rsquo;accueil.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Andalou, la voix brisée par la nostalgie de Grenade, chanta :</strong><br />
<strong>— Je suis venu les yeux pleins des tourments de l&rsquo;Alhambra. J&rsquo;ai apporté la musique du luth, les jardins en terrasses, la finesse d&rsquo;un monde qui n&rsquo;existait plus nulle part ailleurs. Le fleuve m&rsquo;a offert une deuxième Andalousie, ici, dans ses riads et dans ses nuits gnaouies. Il a pris ma mélancolie et l&rsquo;a tressée à ses rythmes.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Espagnol et le Français, presque en même temps, avec une gêne encore tenace mais sincère, murmurèrent :</strong><br />
<strong>— Nous sommes venus en conquérants, chargés de nos certitudes et de nos canons. Nous voulions faire du fleuve un simple affluent de nos empires. Il nous a laissés croire, un temps, que nous avions réussi — puis il a repris son cours, plus large et plus lent. Il nous a laissé, en partant, un peu de nos langues devenues siennes, transformées, méconnaissables, mais étrangement vivantes, comme un greffon sauvage.</strong></p>
<p><strong>Le Gnaoui, enfin, sortit des profondeurs de l&rsquo;eau noire, son métal enjoué au bout des doigts :</strong><br />
<strong>— Tu ne m&rsquo;as pas vu dans les premiers chapitres, car on m&rsquo;a souvent relégué aux marges. Pourtant, j&rsquo;ai apporté le souffle du Sud profond, le rythme du tam-tam, la transe et le bleu de mes guembris. Le fleuve m&rsquo;a ouvert ses zaouïas, il a épousé mes litanies et en a fait un pont entre le désert de sable et l&rsquo;océan du doute. Je suis le pouls nocturne du Maroc.</strong></p>
<p><strong>Le Palestinien, dernier-né, la voix encore lourde de sa valise de réfugié, osa enfin :</strong><br />
<strong>— Je suis le plus récent, celui qui arrive avec ses clés rouillées et ses cartes déchirées. Je ne sais pas encore ce que je deviendrai dans ce lit. Mais déjà, je sens que le fleuve ne me traite pas comme un étranger de passage. Il me fait une place, comme il l&rsquo;a fait pour tous les autres avant moi. Il m&rsquo;apprend que la terre promise n&rsquo;est pas un lieu, mais une manière d&rsquo;accueillir.</strong></p>
<p><strong>Le silence retomba sur l&rsquo;eau, plus lourd et plus apaisé qu&rsquo;un voile de prière. Puis le fleuve lui-même, dans une voix qui contenait désormais toutes les autres, prit la parole pour clore le conseil :</strong></p>
<p><strong>— Vous voyez, mes enfants ? Aucun de vous, seul, n&rsquo;est le Maroc. Et pourtant, chacun de vous, sans exception, EST le Maroc. Vous croyiez être venus me visiter, me traverser, parfois me conquérir. En réalité, c&rsquo;est moi qui vous ai absorbés, un par un, sans jamais vous dissoudre entièrement — car tel est mon mystère : je ne fais pas de vous une eau uniforme et grise. Je vous garde distincts, comme des courants qui se croisent sans se confondre, comme les ingrédients d&rsquo;un tajine qui conservent leurs saveurs tout en participant au même plat. C&rsquo;est cette diversité même qui fait ma force, et non un passé idéal que l&rsquo;on regretterait.</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est pourquoi le Marocain d&rsquo;aujourd&rsquo;hui peut converser en amazigh avec sa grand-mère, réciter le Coran en arabe classique, chantonner une nouba andalouse, discuter un dossier en français, jurer en espagnol quand il est en colère, et danser les rythmes gnaouis jusqu&rsquo;à l&rsquo;aube — sans jamais avoir l&rsquo;impression de se trahir. C&rsquo;est pourquoi le Maroc a toujours su s&rsquo;ouvrir aux civilisations sans perdre son âme : parce que son âme n&rsquo;a jamais été une statue, mais un fleuve — capable d&rsquo;accueillir mille eaux sans jamais cesser d&rsquo;être lui-même.</strong></p>
<p><strong>Je suis votre mémoire commune, plus puissante que toutes les frontières. Je n&rsquo;oublie aucun de vous, ni vos gloires ni vos silences. Le jour où le monde cherchera un exemple de civilisations qui ont su se rencontrer sans se détruire, se mélanger sans s&rsquo;effacer, souffrir sans se haïr, c&rsquo;est vers mes rives, vers mes montagnes et vers mon océan qu&rsquo;il faudra se tourner. Car vous n&rsquo;êtes pas mes affluents perdus dans mon courant : vous êtes ma richesse visible, l&rsquo;écume de mon histoire, le sel de mes terres.</strong></p>
<p><strong>Sur cette berge, cette nuit-là, les voix se turent une à une — non pas dans le silence de l&rsquo;oubli, mais dans celui, apaisé, d&rsquo;une assemblée de sages enfin réconciliée avec le temps. L&rsquo;homme se leva, le cœur plus léger que l&rsquo;air du Souss. Il avait compris que le Maroc n&rsquo;était pas une nation parmi d&rsquo;autres ; il était une respiration du monde. Et que, dans ce grand fleuve immobile, chaque goutte, même la plus infime, contenait l&rsquo;océan tout entier.</strong></p>
<p><strong>Je coule ainsi, majestueux et calme, depuis les premiers hommes debout sur mes roches jusqu&rsquo;à la fin des temps — quand la mer elle-même, lasse de me boire, finira par me rendre à ma source, pour que l&rsquo;histoire recommence, dans un autre cycle de vagues et d&rsquo;accueil, de souffrance et de joie.</strong></p>
<p><strong>Car telle est ma signature : être le lit qui ne choisit pas entre ses eaux, mais les porte toutes, ensemble, vers l&rsquo;horizon où le soleil meurt en beauté, pour renaître, chaque matin, un peu plus riche de tous les couchers qu&rsquo;il a vus.</strong></p>
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		<title>FICTION. La Chaise Vidée&#8230; De ce qui vous fut le plus cher au monde</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/215705</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[colmanager]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2026 10:36:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Vous avez atteint vos soixante et onze ans. Le bus du soir vous a déposé devant la maison, comme il le fait chaque jour depuis que vous avez cessé de conduire. La rambarde de fer, les trois marches usées, la porte qui grince un peu vers la droite. Rien n&#8217;a changé. Rien, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Vous avez atteint vos soixante et onze ans. Le bus du soir vous a déposé devant la maison, comme il le fait chaque jour depuis que vous avez cessé de conduire. La rambarde de fer, les trois marches usées, la porte qui grince un peu vers la droite. Rien n&rsquo;a changé. Rien, sinon cette chose que vous ressentez avant même d&rsquo;entrer, cette chose qui pèse sur votre poitrine tandis que vous posez votre clé sur la table de l&rsquo;entrée.</strong></p>
<p><strong>Vous appelez, par habitude : « Je suis rentré. » Le silence vous répond. Et c&rsquo;est dans l&rsquo;absence de réponse que vous mesurez le gouffre.</strong></p>
<p><strong>La cuisine est comme ce matin. La tasse de thé, à peine touchée, est toujours sur la table. Le journal, ouvert à la page des faits divers, froissé en un endroit, comme si une main l&rsquo;avait feuilleté puis abandonné. Vous vous asseyez. Vous regardez la chaise, en face de vous.</strong></p>
<p><strong>Cette chaise. Vous vous souvenez du jour où vous l&rsquo;avez achetée chez le menuisier de Taza, au début des années quatre-vingt-dix. Vos moyens étaient modestes, et les enfants encore petits — vous et vos quatre frères et votre sœur, tous rassemblés dans la maison de Guercif où votre mère régnait sur son royaume de bois poussiéreux. Un dossier bien droit, des accoudoirs usés par vingt-huit années de veuvage. Vingt-huit ans. Près de trois décennies durant lesquelles elle s&rsquo;est assise là, chaque matin et chaque soir, au même endroit, face à la fenêtre qui donnait sur la rue.</strong></p>
<p><strong>Votre père est parti tôt. Trop tôt. Quel âge aviez-vous ? Seize ans ? Dix-sept ? Vos frères et votre sœur étaient encore enfants. Et votre mère, cette femme que vous n&rsquo;avez vue pleurer qu&rsquo;une seule fois — le jour de l&rsquo;enterrement — a pris la chaise vide de votre père et en a fait la sienne. Non par défi. Non par oubli. Par nécessité. Parce que quelqu&rsquo;un devait occuper cette place, surveiller la porte, attendre le retour des six enfants — de l&rsquo;école, du travail, de la vie.</strong></p>
<p><strong>Elle s&rsquo;asseyait là, votre mère. Le corps droit, les mains sur les genoux, le regard fixé sur la rue poussiéreuse de Guercif. Elle ne disait rien. Elle attendait. Elle attendait votre retour du champ, celui de vos frères revenant de l&rsquo;atelier, celui de votre sœur quittant ses cahiers sur la table de la cuisine. Elle attendait, et sa présence silencieuse valait plus que tous les discours du monde.</strong></p>
<p><strong>Vous revoyez ses mains. Ces mains qui ont pétri le pain, cousu les vêtements, essuyé les larmes, et parfois frappé — mais toujours à bon escient. Ces mains qui se sont posées, vingt-huit années durant, sur les accoudoirs de cette chaise comme sur un trône de patience. Vingt-huit ans de veuvage. Vingt-huit ans à tenir une maison sans homme, à élever six enfants dans un pays qui n&rsquo;assistait pas les veuves, à dire « oui » quand tout disait « non ». Et elle ne s&rsquo;est jamais plainte. Pas une fois. Pas un mot.</strong></p>
<p><strong>La chaise était son royaume. Le matin, elle y buvait son thé à la menthe, longuement, comme si le temps était une denrée qu&rsquo;elle savait mesurer. Le soir, elle s&rsquo;y asseyait après le dîner, les mains croisées sur le ventre, regardant la nuit tomber sur Guercif. Et parfois elle tournait la tête vers vous, et ses yeux disaient ce que sa bouche ne prononçait pas : « Tout va bien. Je suis là. »</strong></p>
<p><strong>Vous vous rappelez ces nuits où vous rentriez tard, adolescent rebelle, et trouviez la lumière allumée. Elle était là, sur sa chaise. Elle ne vous grondait pas. Elle vous regardait, simplement, et son regard pesait plus lourd que toutes les punitions du monde. Alors vous vous asseyiez face à elle, à la table, et vous vous taisiez, vous aussi. Ce silence à deux voix était votre langue. La seule que vous ayez vraiment parlée ensemble.</strong></p>
<p><strong>Les années ont passé. Vos frères sont partis l&rsquo;un après l&rsquo;autre. Votre sœur s&rsquo;est mariée. Et vous-même, vous avez fondé une famille, une autre vie, ailleurs. Mais chaque fois que vous reveniez à Guercif, vous la retrouviez là. Sur sa chaise. Comme si le temps s&rsquo;était arrêté, comme si les décennies n&rsquo;avaient sur elle aucune prise. Elle vieillissait, bien sûr. Les mains tremblaient un peu. Le dos se voûtait. Mais la chaise, elle, restait la même. Dossier droit, accoudoirs usés, présence inébranlable.</strong></p>
<p><strong>Il y a deux ans, elle est partie. Pas soudainement. Les jours ont ralenti, comme un vieux moteur rendant son dernier souffle. Ce dernier matin, vous étiez là. Vous vous êtes assis face à elle, à cette même table, et vous avez pris sa main. Elle a ouvert les yeux. Elle a souri. Et elle a dit, d&rsquo;une voix que vous n&rsquo;aviez plus entendue depuis votre enfance : « La chaise&#8230; ne la jette pas. » Puis elle est partie, comme elle avait vécu — sans bruit, sans drame, sans plainte.</strong></p>
<p><strong>La maison est devenue immense, tout à coup. Les murs se sont éloignés. Les photos sur la desserte — les mariages des enfants, les diplômes, les naissances des petits-enfants — semblent appartenir à une autre vie. La fenêtre laisse entrer la lumière du crépuscule, cette même lumière qui entrait quand elle était là, mais qui n&rsquo;habite plus personne. Elle glisse sur la chaise vidée, dessinant une ombre qui n&rsquo;a plus de maître.</strong></p>
<p><strong>Vous regardez cette chaise. Celle où elle s&rsquo;est assise vingt-huit ans, attendant le retour de ses enfants. Celle où elle a pleuré en silence la mort de votre père, où elle a prié pour qu&rsquo;il ne vous manque rien, où elle a compté les jours, les mois, les années. Vingt-huit ans de veuvage. Plus qu&rsquo;elle n&rsquo;en avait passé mariée. Vingt-huit ans à être à la fois mère et père, à être le roc qui ne vacille pas quand tout s&rsquo;effondre autour de lui.</strong></p>
<p><strong>Vous vous souvenez de cette nuit où elle vous a enfin parlé de ce qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais dit. Vous aviez quarante ans, elle soixante-quatre. C&rsquo;était une nuit d&rsquo;hiver. Le feu crépitait dans l&rsquo;âtre. Elle sur sa chaise, vous en face. Et elle vous a raconté les premières années, l&rsquo;immense solitude, les nuits où elle entendait le vent et se demandait comment nourrir six bouches le lendemain. Elle n&rsquo;a pas pleuré en racontant. Mais sa main, sur l&rsquo;accoudoir, tremblait. Une main qui avait porté le poids du monde, appuyée sur un morceau de bois.</strong></p>
<p><strong>Ce soir, devant cette chaise vide — vidée —, vous êtes l&rsquo;enfant de Guercif. L&rsquo;enfant né dans la poussière et le soleil, qui a traversé guerres et exils, qui a connu la faim et la peur. Mais devant cette chaise, tous les âges se mêlent. Vous n&rsquo;êtes plus l&rsquo;homme d&rsquo;affaires, ni le chef de famille, ni le frère, ni le survivant. Vous n&rsquo;êtes qu&rsquo;un fils qui regarde le vide et comprend, enfin, ce que signifie l&rsquo;absence d&rsquo;une mère.</strong></p>
<p><strong>Dehors, la nuit tombe sur la ville. Les premiers lampadaires s&rsquo;allument. Des voix d&rsquo;enfants montent de la rue. La vie continue. Elle continuera sans elle, comme elle a continué sans votre père, comme elle a continué sans tant d&rsquo;autres. Mais ce soir, pour vous, la vie a un goût de cendre.</strong></p>
<p><strong>Vous vous levez lentement. Vous vous approchez de la chaise. Vous posez la main sur l&rsquo;accoudoir, à l&rsquo;endroit précis où elle posait la sienne. Le bois est froid. Mais vous sentez quelque chose — une trace, un souvenir, une présence qui n&rsquo;a pas tout à fait quitté les lieux. Vous fermez les yeux. Et dans l&rsquo;obscurité, vous la voyez. Pas son visage — vous avez dépassé l&rsquo;âge des visages précis. Mais sa silhouette droite, ses mains croisées, son regard fixé sur la rue poussiéreuse de Guercif. Sa présence. Cette présence qui a tenu vingt-huit ans sans faiblir.</strong></p>
<p><strong>Vous ne déplacez pas la chaise. Vous ne le pouvez pas. Car déplacer la chaise, ce serait admettre qu&rsquo;elle ne reviendra pas. Et vous n&rsquo;êtes pas prêt.</strong></p>
<p><strong>Alors vous restez debout devant elle, les yeux fixés sur ce vide qui vous regarde. Et dans ce vide, vous entendez tout ce qu&rsquo;elle a dit sans un mot : le matin, le soir, le quotidien, ce rien qui était tout. Les vingt-huit années de veuvage. Les six enfants qu&rsquo;elle a élevés seule. Les nuits sans sommeil. Les jours sans pain. Et cette phrase, la seule qu&rsquo;elle ait demandée : « La chaise&#8230; ne la jette pas. »</strong></p>
<p><strong>Vous ne la jetterez pas. Vous la laisserez là, à sa place, face à la fenêtre. Car elle est devenue un témoin. Témoin de ce que fut la vie d&rsquo;une mère. Témoin silencieux qu&rsquo;une femme s&rsquo;est assise là, un jour, et qu&rsquo;elle a été, tout simplement, tout ce qui a fait de vous des hommes et une femme.</strong></p>
<p><strong>La chaise reste vidée.</strong></p>
<p><strong>Mais elle n&rsquo;est pas vide de sens.</strong></p>
<p><strong>Vous revenez vous asseoir à votre place. Face à elle. Comme quand vous étiez enfant. Comme quand vous rentriez tard. Comme avant d&rsquo;avoir compris que l&rsquo;amour d&rsquo;une mère ne se mesure pas aux mots, mais au silence partagé sur une chaise, face à une fenêtre, dans l&rsquo;attente du retour de la vie.</strong></p>
<p><strong>Ce soir, la vie est revenue. Mais elle s&rsquo;assied là où nul ne peut la voir.</strong></p>
<p><strong>Vous posez votre front sur la table. Et pour la première fois depuis deux ans, vous pleurez. Pas en silence, comme elle vous l&rsquo;a appris. Non. Vous pleurez comme un enfant, comme celui que vous étiez quand elle était là, sur sa chaise, veillant sur vous.</strong></p>
<p><strong>Et dans vos larmes, vous l&rsquo;entendez. Sa voix. La dernière. « La chaise&#8230; ne la jette pas. »</strong></p>
<p><strong>Vous ne la jetterez pas.</strong></p>
<p><strong>Jamais.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Évasion des Ombres et la Nuit des Clartés</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/214849</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jun 2026 09:57:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI I. La grande évasion. Ce mardi-là, l&#8217;automne pesait sur la ville de tout son poids de brume et de mélancolie. Dans la bibliothèque municipale, un lexicographe, terrassé par la torpeur du climat, s&#8217;assoupit devant un lourd dictionnaire. Sa nuque ploya, son souffle ralentit, et dans le silence feutré de la salle de &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>I. La grande évasion.</strong></p>
<p><strong>Ce mardi-là, l&rsquo;automne pesait sur la ville de tout son poids de brume et de mélancolie. Dans la bibliothèque municipale, un lexicographe, terrassé par la torpeur du climat, s&rsquo;assoupit devant un lourd dictionnaire. Sa nuque ploya, son souffle ralentit, et dans le silence feutré de la salle de lecture, l&rsquo;ordre séculaire des mots vacilla.</strong></p>
<p><strong>Ce fut d&rsquo;abord un frémissement, un bruissement d&rsquo;ailes de papillons derrière le papier. Puis, les lettres dansèrent, les pages se gonflèrent comme des voiles sous un vent invisible, et soudain, ils s&rsquo;extirpèrent des entrailles du livre. Ils étaient huit, les évadés. Huit ombres vêtues de gris et de noir, aux contours flous mais aux intentions d&rsquo;une netteté effrayante.</strong></p>
<p><strong>La Prévarication ouvrait la marche, l&rsquo;œil avide, flairant les décisions à fausser. La Malversation la suivait, les doigts déjà gourmands, comptant des richesses imaginaires. La Corruption, plus insidieuse, se faisait mielleuse, cherchant les âmes faibles à envelopper. La Concussion et la Forfaiture, sœurs de rapine, marchaient de concert, l&rsquo;une exigeant des tributs, l&rsquo;autre s&rsquo;engageant à trahir. L&rsquo;Exaction, brutale, serrait les poings, impatiente de pressurer le peuple, tandis que le Soudoiement, dernier de la file, ricanait, déjà en train de glisser des promesses vénéneuses dans les poches des passants.</strong></p>
<p><strong>Mais il en était un, le huitième, qui marchait un peu à l&rsquo;écart, le regard fuyant, l&rsquo;allure hésitante. C&rsquo;était la Probité. Elle portait encore les stigmates de sa vertu première : son front était ceint d&rsquo;une couronne d&rsquo;épines de lumière, ses mains tremblaient comme si elles cherchaient à saisir une balance invisible. Car la Probité, dans son essence, n&rsquo;était pas un mot maléfique ; elle était une vertu, une droiture inflexible, un sens aigu de l&rsquo;honneur. Mais dans sa chute, dans son arrachement brutal aux pages du dictionnaire, elle avait été pervertie. Les six autres, ces prédateurs de l&rsquo;âme humaine, l&rsquo;avaient emportée de force dans leur sillage, la contraignant à devenir leur complice, leur otage, leur faux-semblant. Ils la présentaient comme leur paravent : « Soyez probes », chuchotaient-ils aux fonctionnaires véreux, tandis que leurs propres mains pillaient les caisses. La Probité, prisonnière de sa gangue de lumière, se tordait de douleur dans l&rsquo;ombre, incapable de s&rsquo;opposer à la meute qui l&rsquo;avait annexée.</strong></p>
<p><strong>Leur exode fut fulgurant. Comme un nuage de sauterelles, ils se ruèrent sur les lieux où le pouvoir, même microscopique, s&rsquo;exerçait. Ils s&rsquo;infiltrèrent sous les boiseries cirées des préfectures, dans les couloirs aseptisés des hôpitaux où l&rsquo;angoisse des malades est une proie si facile, et jusque sous les préaux des écoles, où l&rsquo;avenir des enfants se négocie parfois avec une poignée de monnaie.</strong></p>
<p><strong>II. Le règne des pectres.</strong></p>
<p><strong>Très vite, ils trouvèrent des hôtes à leur mesure. Des hommes, des fonctionnaires, des commis de l&rsquo;État que la routine avait flétris et la cupidité rendus perméables à la tentation.</strong></p>
<p><strong>Le docteur Jachaa, directeur d&rsquo;un grand centre hospitalier, fut le premier à tomber. La Concussion se glissa dans son cabinet comme une conseillère trop zélée, tandis que la Malversation dansait autour de ses bilans financiers. Dès lors, un lit d&rsquo;hôpital devint une faveur, un traitement un privilège. La veuve Amina, dont le fils unique souffrait d&rsquo;une malformation cardiaque, en fit l&rsquo;amère expérience. On lui refusa l&rsquo;opération vitale, sous un prétexte administratif fallacieux, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle comprenne qu&rsquo;il lui fallait graisser la patte du Soudoiement qui rôdait autour des guichets.</strong></p>
<p><strong>Dans les étages glacés de la préfecture, un haut fonctionnaire du nom de Jbad, dont l&rsquo;ambition dépassait l&rsquo;éthique, accueillit la Prévarication et la Forfaiture. Elles s&rsquo;assirent à son bureau, dictèrent ses signatures, et transformèrent chaque décret en une occasion de détourner l&rsquo;intérêt général au profit d&rsquo;intérêts privés.</strong></p>
<p><strong>Partout, l&rsquo;Exaction sévissait. Aux guichets des impôts, dans les services de l&rsquo;urbanisme, au secrétariat des établissements scolaires, elle exigeait des frais illégaux. Le moindre tampon, la moindre attestation, devenait une marchandise hors de prix.</strong></p>
<p><strong>Et la Probité, dans tout cela ? Elle était là, captive, exhibée comme un trophée. Les évadés la plaçaient sur les bureaux des directeurs comme un sceau officiel, un cachet de respectabilité. « Notre gestion est probe », affichaient- ils en lettres d&rsquo;or sur les murs des administrations, tandis que les caisses se vidaient et que les dossiers des pauvres s&rsquo;entassaient sans réponse. La Probité pleurait en silence, ses larmes de lumière se transformant en sel sur les dossiers qu&rsquo;elle était forcée de parapher. Elle était devenue l&rsquo;alibi des prédateurs, la caution de l&rsquo;injustice.</strong></p>
<p><strong>Le citoyen courbait l&rsquo;échine, le malade souffrait en silence, l&rsquo;étudiant voyait son mérite piétiné par le privilège de ceux qui savaient acheter le Soudoiement. Le dictionnaire, en se vidant de sa substance la plus sombre, avait empoisonné le monde réel.</strong></p>
<p><strong>Pendant des années, ce fut un règne de plomb. Les ombres s&rsquo;étaient matérialisées, les abstractions étaient devenues des bourreaux.</strong></p>
<p><strong>III. Le grand ras-le-bol.</strong></p>
<p><strong>Le point de rupture fut atteint ce jour où la veuve Amina, qui avait accumulé un dossier de plusieurs centaines de pages, des dizaines de certificats et une patience d&rsquo;ange, se vit refuser une dernière fois l&rsquo;opération de son enfant. Le Soudoiement exigeait encore un « supplément », un dernier tribut que sa bourse ne pouvait contenir. Dans le hall aseptisé de l&rsquo;hôpital, un cri s&rsquo;éleva. Pas un cri de désespoir, non, mais le son clair et terrible d&rsquo;une décision irrévocable.</strong></p>
<p><strong>La désolation, cette fois, ne se mua pas en résignation, mais en une colère blanche, méthodique et collective. Le grand ras-le-bol était né. Il ne prit pas la forme d&rsquo;une émeute, mais d&rsquo;une insurrection de la conscience. Les fonctionnaires, les infirmiers restés dignes, les enseignants intègres, tous ceux qui subissaient en silence depuis trop longtemps, décidèrent de s&rsquo;unir.</strong></p>
<p><strong>Le combat fut patient et implacable. Des jeunes ingénieurs citoyens, las de l&rsquo;arbitraire, mirent au point une plateforme de numérisation des procédures, bloquant ainsi les circuits du Soudoiement. Privé de son terrain de jeu favori, le mot- spectre s&rsquo;étouffa et tomba le premier, réduit à un simple vocable obsolète.</strong></p>
<p><strong>Encouragés, des lanceurs d&rsquo;alerte se manifestèrent. Les comptes de l&rsquo;hôpital du docteur Jachaa furent passés au crible d&rsquo;un audit indépendant. La Concussion et la Malversation, traquées dans leurs derniers retranchements, s&rsquo;éteignirent, abandonnées par des complices que la peur de la justice faisait fuir. Dans les bureaux de la préfecture, des fonctionnaires, désormais sous l&rsquo;œil vigilant d&rsquo;une opinion publique devenue incorruptible, dénoncèrent la Forfaiture et la Prévarication. Privées de leurs hôtes humains, les deux ombres se desséchèrent. La Corruption, prise à son propre piège, s&rsquo;effondra lorsqu&rsquo;un jeune juge intègre, dont la famille avait jadis souffert de ses méfaits, fit tomber le réseau de ses complices comme un château de cartes.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Exaction, la plus brutale, résista encore un temps, mais elle fut pourchassée comme une bête nuisible par des citoyens armés de caméras et de témoignages. La lumière de la vérité la brûla, la réduisant à une simple trace dans les annales de la honte.</strong></p>
<p><strong>Alors, au cœur de cette débâcle, la Probité sentit ses chaînes se desserrer. Privée de ses geôliers, elle se dressa lentement. Son front cicatrisé, sa couronne d&rsquo;épines s&rsquo;était muée en une auréole de clarté. Elle ne pleurait plus. Elle regarda autour d&rsquo;elle, vit les ruines du règne des ombres, et comprit enfin qu&rsquo;elle avait été victime, non coupable. Elle avait été la prisonnière d&rsquo;un système qui utilisait son nom pour justifier l&rsquo;injustifiable. Elle se leva, brisa les ultimes liens de son servage, et s&rsquo;avança vers les humains victorieux. Elle tendit la main à la veuve Amina et lui dit, d&rsquo;une voix qui n&rsquo;avait plus rien de l&rsquo;ombre mais tout de la lumière retrouvée :</strong></p>
<p><strong>· « Pardonne- moi. J&rsquo;ai été leur masque. À présent, je serai votre bouclier. »</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;extinction des forces maléfiques fut totale. Le mal, privé de son carburant humain, s&rsquo;évapora comme une brume toxique chassée par le vent du matin. Et la Probité, purifiée par l&rsquo;épreuve, retrouva sa place parmi les vertus.</strong></p>
<p><strong>IV. La fête des clartés</strong></p>
<p><strong>La paix, ce rêve si longtemps caressé, s&rsquo;installa enfin dans les cœurs et les institutions. Pour célébrer cette renaissance, la société tout entière décida d&rsquo;organiser une fête magnifique sur la grande place de la cité, là où s&rsquo;étiraient autrefois les interminables files d&rsquo;attente du découragement.</strong></p>
<p><strong>Pour l&rsquo;occasion, une dérogation exceptionnelle fut obtenue auprès des hautes autorités de la sémantique : les mots de lumière obtinrent une permission de sortie, pour une durée limitée. Un seul soir, ils allaient quitter les pages du dictionnaire pour venir danser avec les humains.</strong></p>
<p><strong>Le soir venu, la place fut inondée de lumières et de rires. Puis, une clameur s&rsquo;éleva, admirative. Une procession d&rsquo;une beauté rare s&rsquo;avançait. D&rsquo;abord, la Transparence, vêtue d&rsquo;une robe de cristal pur qui reflétait la joie des visages. À ses côtés, l&rsquo;Intégrité et l&rsquo;Honnêteté marchaient d&rsquo;un pas ferme, saluant les fonctionnaires convertis à la droiture, qui baissaient les yeux, émus. La Pureté, presque timide, distribuait des fleurs de lys, tandis que la Serviabilité se glissait entre les tables des banquets, offrant des mets avec une grâce oubliée, versant un vin dont la saveur était celle de la justice.</strong></p>
<p><strong>Mais la plus remarquée d&rsquo;entre elles, celle qui fit battre les cœurs et monter les larmes aux yeux, était la Probité. Elle s&rsquo;avança, non plus en captive, mais en reine. Son visage portait encore les stigmates de sa longue captivité, mais ses yeux brillaient d&rsquo;une flamme nouvelle. Elle était vêtue d&rsquo;une robe d&rsquo;un blanc immaculé, traversée de fils d&rsquo;argent qui scintillaient comme des éclairs. Elle prit la parole, et sa voix, claire comme un cristal, porta sur toute la place :</strong></p>
<p><strong>« J&rsquo;ai été volée, j&rsquo;ai été brisée, j&rsquo;ai été utilisée. Mais par votre courage, par votre union, j&rsquo;ai été délivrée. Je ne suis plus un mot vide, un paravent pour la corruption. Je suis désormais la promesse que vos actes porteront toujours la marque de la justice. »</strong></p>
<p><strong>Le docteur Jachaa et le fonctionnaire Jbad, déchus et jugés, regardaient depuis l&rsquo;ombre de leurs cellules cette lueur traverser les barreaux. Leurs noms étaient déjà en train de s&rsquo;effacer de la mémoire collective, remplacés par les qualités rayonnantes des invités.</strong></p>
<p><strong>Sur la place, une vieille femme, la veuve Amina, dont le fils était désormais guéri, s&rsquo;avança. Elle prit la main de la Probité et la serra fort. Elle comprit, comme tous les citoyens présents, que la disparition des forces maléfiques n&rsquo;était pas le fruit du hasard, ni d&rsquo;un tour de magie lexicale. Elle était l&rsquo;œuvre de leur propre cohésion. L&rsquo;union des êtres bénéfiques, la solidarité des humains droits, avait terrassé les monstres de l&rsquo;ombre, et la vertu elle-même, arrachée à leurs griffes, était revenue dans le giron de la lumière.</strong></p>
<p><strong>À l&rsquo;aube, alors que les premières lueurs du jour blanchissaient les toits de la ville, les invités d&rsquo;honneur saluèrent la foule. La Transparence, la Probité et leurs pairs reprirent, à regret, le chemin de leur livre. Mais ils laissèrent derrière eux une société transformée, désormais gardienne de leur héritage. La Probité, en quittant la place, se retourna une dernière fois vers la veuve Amina, et lui adressa un sourire qui contenait toute la promesse d&rsquo;un monde meilleur.</strong></p>
<p><strong>Le gardien de la bibliothèque, ce matin-là, en ouvrant le vieux dictionnaire, fut surpris. Il lui sembla que les pages de la lettre P brillaient d&rsquo;un éclat doux et paisible. Il sourit, referma le livre, et sut que, désormais, les mots ne s&rsquo;évadent que pour mieux revenir, enrichis par les épreuves et les victoires des hommes.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Une lettre à la jeunesse de la Région orientale</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/214511</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 10:50:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Législatives 2026. Tous au vote!]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI* Ô jeunesse, vous êtes les héritiers de vos ancêtres et les artisans de l&#8217;avenir de votre province. Lorsque nous parcourons les pages de l&#8217;histoire glorieuse, nous constatons que nos pères et nos ancêtres, au sein des tribus de Houara, Oulad Rahou, Bni Ouaraïn, Bni Bouyahyi et autres citoyens de la région, n&#8217;ont &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Mohamed KHOUKHCHANI*</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Ô jeunesse, vous êtes les héritiers de vos ancêtres et les artisans de l&rsquo;avenir de votre province.</strong></p>
<p><strong>Lorsque nous parcourons les pages de l&rsquo;histoire glorieuse, nous constatons que nos pères et nos ancêtres, au sein des tribus de Houara, Oulad Rahou, Bni Ouaraïn, Bni Bouyahyi et autres citoyens de la région, n&rsquo;ont pas attendu des conditions favorables pour accomplir le changement ; ils l&rsquo;ont façonné de leurs propres mains et de leur sang. Ils ont mené le petit jihad contre le colonialisme, unis malgré leurs diverses appartenances tribales, dépassant les divergences mineures pour un objectif plus grand : la libération de la patrie.</strong></p>
<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, ô jeunesse, vous êtes appelés à mener le grand jihad, le jihad de la construction et du développement, le jihad de la renaissance et de la modernisation. Cette région de Guercif, qui fut jadis un bastion de la résistance et un carrefour de routes stratégiques, a aujourd&rsquo;hui besoin d&rsquo;une résistance d&rsquo;un autre genre : la résistance contre la marginalisation, contre la corruption, contre le désespoir.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;heure du changement a sonné.</strong></p>
<p><strong>N&rsquo;acceptez pas que Guercif soit l&rsquo;otage d&rsquo;un « Maroc à deux vitesses ». Puisque vos ancêtres ont porté les armes pour défendre la dignité, vous portez aujourd&rsquo;hui le bulletin de vote et les outils du savoir comme armes pour reconquérir vos droits. Il est temps que Guercif cesse d&rsquo;être un simple point sur la carte pour devenir un pôle de développement, et cela ne se réalisera que par une volonté juvénile ardente.</strong></p>
<p><strong>Une jeunesse capable et prometteuse.</strong></p>
<p><strong>Vous, la jeunesse de Guercif, Saka, Berkine, Lemrijja, Taddart et Msoun, vous êtes ceux qui portez dans vos esprits le savoir, dans vos cœurs la sincérité, et dans vos mains la compétence. N&rsquo;attendez pas que le développement vous soit offert sur un plateau d&rsquo;argent ; allez-y par vous-mêmes, à travers :</strong></p>
<p><strong>● Vous porter courageusement candidats aux élections, ne laissez pas le champ libre à ceux qui ne se soucient pas de vous.</strong><br />
<strong>● Rejoindre les centres de décision locaux et régionaux, car un homme politique intègre vaut mieux qu&rsquo;un prétendant indolent.</strong><br />
<strong>● Participer activement à la vie publique, en vous engageant dans des associations, des syndicats et des partis sérieux.</strong><br />
<strong>● Vous ouvrir aux expériences de développement réussies dans d&rsquo;autres régions et les transposer dans votre réalité.</strong></p>
<p><strong>Message à ceux qui sont sortis du sommeil du désespoir et du découragement.</strong></p>
<p><strong>Ô vous qui dites : « Rien ne changera », vos ancêtres n&rsquo;ont-ils pas entendu le colon leur dire : « Vous ne serez jamais libres » ? Et pourtant, ils ont libéré le Maroc. N&rsquo;a-t-on pas dit : « Le Rif et l&rsquo;Orient ne sont pas faits pour le développement » ? Et vous avez prouvé le contraire à travers l&rsquo;histoire.</strong></p>
<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;y a pas de place pour le désespoir dans les cœurs de ceux qui portent le sang des résistants. Oui, le chemin est difficile, mais il n&rsquo;est pas plus rude que les sentiers montagneux qu&#8217;empruntait l&rsquo;armée de libération. Oui, les obstacles sont nombreux, mais ils ne sont pas plus grands que les barrières coloniales qui sont tombées grâce à la patience des pères.</strong></p>
<p><strong>Appel à l&rsquo;unité pour la renaissance.</strong></p>
<p><strong>Tout comme les tribus de Guercif, Saka, Berkine, Taddart, Lemrijja et Msoun se sont soudées face au colon, soudons-nous aujourd&rsquo;hui face aux défis du développement. Dépassons les conflits étroits que certains partis appellent de leurs vœux et rangeons-nous derrière un projet de renaissance fédérateur, qui place l&rsquo;intérêt de la région au-dessus de toute considération. Car l&rsquo;élu corrompu, quelle que soit son étiquette politique, ne diffère pas de son opportunisme, et l&rsquo;intègre doit être soutenu, quelle que soit sa couleur politique.</strong></p>
<p><strong>Le Guercif de demain.</strong></p>
<p><strong>Imaginez avec moi le Guercif que nous voulons :</strong></p>
<p><strong>● Une ville universitaire attirant des étudiants de toutes les régions.</strong><br />
<strong>● Une base industrielle et agricole exploitant ses atouts naturels.</strong><br />
<strong>● Un centre culturel reflétant son héritage historique de lutte.</strong><br />
<strong>● Un modèle de gouvernance locale transparente.</strong></p>
<p><strong>Ce n&rsquo;est pas un rêve, c&rsquo;est un projet réalisable si la volonté est présente et si la jeunesse est au cœur de la bataille.</strong></p>
<p><strong>Conclusion : entre le petit et le grand jihad.</strong></p>
<p><strong>Ô jeunesse, la bataille de l&rsquo;indépendance a été menée par vos ancêtres grâce à leur cohésion et leurs sacrifices. La bataille du développement, vous la mènerez par votre unité et votre travail acharné. N&rsquo;attendez pas demain, car aujourd&rsquo;hui est le moment du changement. Ne cherchez pas d&rsquo;excuses, car l&rsquo;histoire attend de vous que vous soyez à la hauteur de la responsabilité.</strong></p>
<p><strong>Guercif mérite d&rsquo;être ce qu&rsquo;il a toujours été : résilient, combattant, tourné vers l&rsquo;avenir. ll attend sa jeunesse pour accomplir sa renaissance comme ses ancêtres ont accompli son indépendance.</strong></p>
<p><strong>Dieu, la Patrie, le Roi&#8230; et la province de Guercif au cœur.</strong></p>
<p><strong>« Ils veulent éteindre la lumière de Dieu avec leurs bouches, mais Dieu refuse que Sa lumière ne soit parfaite, même si les mécréants en ont horreur. »</strong><br />
<strong>◇◇◇◇◇◇◇</strong><br />
<strong>* De la capitale de Bni Bouyahyi, Saka (père originaire d&rsquo;Aït 3ri, mère originaire d&rsquo;Aït Abdesmi3). Né à Guercif, où il a grandi et étudié jusqu&rsquo;à la troisième année du collège.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Plaidoyer pour un sursaut citoyen : Servir la cité, de l’exigence morale à l’urgence chiffrée (Maroc 2026-2027)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/214455</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jun 2026 13:13:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Législatives 2026. Tous au vote!]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chroniqueur]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[La politique souffre d’une crise de sens, dont le symptôme le plus visible est la défiance croissante des citoyens. Trop souvent, le spectacle de dérives individualistes – où l’ambition personnelle éclipse l’intérêt général – éloigne les Marocains des urnes. Pourtant, l’essence du mandat électif est ailleurs. Faire de la politique, ce n’est pas se servir, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La politique souffre d’une crise de sens, dont le symptôme le plus visible est la défiance croissante des citoyens. Trop souvent, le spectacle de dérives individualistes – où l’ambition personnelle éclipse l’intérêt général – éloigne les Marocains des urnes. Pourtant, l’essence du mandat électif est ailleurs. Faire de la politique, ce n’est pas se servir, mais servir la cité ; ce n’est pas gérer sa propre carrière, mais panser les maux de la société et tracer les voies d’un développement partagé. À l’approche des échéances majeures de 2026 (législatives) et 2027 (communales, régionales et professionnelles), il est temps d’opposer à la « politique-carrière » une politique-service exigeante, où l’exercice du pouvoir implique un sacrifice lucide : celui de placer systématiquement la chose publique au-dessus des intérêts particuliers.</strong></p>
<p><strong>Cette exigence morale se double d’une urgence comptable. Les rapports publics de la Cour des comptes ne laissent guère de place à l’optimisme : sur les seuls exercices récents, plus de 1,8 milliard de dirhams d’anomalies financières ont été épinglées dans la gestion de certaines collectivités, dont près de 640 millions de DH de reliquats de subventions publiques non remboursés ou non justifiés. S’y ajoutent, pour les campagnes électorales, des écarts de plus de 200 000 DH par liste en moyenne dans la présentation des justificatifs, conduisant la Cour constitutionnelle à rejeter les comptes de plusieurs dizaines de candidats. Chaque dirham prélevé sur l’impôt du citoyen doit avoir pour unique destination l’amélioration transparente de son cadre de vie. Or, face à ces chiffres, la responsabilité des futurs élus est claire : assainir l’espace public, et non le gangrener.</strong></p>
<p><strong>Pour que la démocratie marocaine retrouve ses lettres de noblesse, elle doit s’appuyer sur des profils où la probité (Al-Amanah) et la compétence (Al-Kafaa) forment un binôme indissociable. Mais au-delà des qualités individuelles, un préalable structurel s’impose, que trop de candidatures ignorent encore : l’impératif de non-cumul des mandats et l’incompatibilité rigoureuse entre les fonctions économiques privées et l’exercice politique.</strong></p>
<p><strong>L’exigence cardinale : non-cumul et incompatibilité fonctionnelle.</strong></p>
<p><strong>Si la loi organique a posé un cadre, la pratique reste perméable aux arrangements. Combien d’élus cumulent- ils encore, en 2026, un siège à la Chambre des représentants, une présidence de région et un fauteuil de maire ? Ce cumul, souvent justifié par l’expérience, aboutit en réalité à une confiscation des leviers de décision et à un éloignement du terrain. Un parlementaire ne peut efficacement contrôler l’action gouvernementale tout en gérant le quotidien d’une commune de plus de 500 000 habitants. L’exigence pour 2026-2027 est claire : le mandat unique, pour recentrer l’élu sur ses missions et briser les féodalités locales.</strong></p>
<p><strong>Plus fondamentalement, l’incompatibilité entre fonctions économiques et politiques doit cesser d’être une clause de style. Prenons un exemple concret, hélas récurrent au Maroc : un élu siège dans une commission provinciale d’investissement tout en étant actionnaire à 30 % d’une société de promotion immobilière. Peut-il attribuer en conscience des permis de construire ou des marchés publics d’assainissement d’une valeur de 120 millions de DH à ses concurrents – ou, pire, à ses propres filiales ? Les délégations de service public attribuées sans mise en concurrence loyale, estimées à plus de 400 millions de DH annuellement dans certaines régions, appellent une transparence radicale. Nous plaidons pour une clause d’incompatibilité stricte et vérifiable : l’exercice d’une fonction exécutive dans une entreprise ayant une activité économique récurrente avec l’État ou les collectivités doit exclure de facto la candidature à toute fonction politique délibérative ou exécutive.</strong></p>
<p><strong>Le profil exigé des partis politiques : sortir de la « boutique à accréditations ».</strong></p>
<p><strong>Les partis ne peuvent plus se comporter en simples machines électorales. Pour les scrutins à venir, leur restructuration interne doit répondre à des critères éthiques impératifs :</strong></p>
<p><strong>● L’éthique financière avant le contrôle a posteriori : Tout parti doit instaurer un audit interne préalable. Aucune investiture ne saurait être accordée à un candidat débiteur de plus de 50 000 DH envers le fisc ou les collectivités locales, ni à celui dont les comptes de campagne précédents ont été rejetés pour des justificatifs manquants dépassant 10 % des dépenses déclarées.</strong><br />
<strong>● La rupture avec la « rente notabiliaire » : Le choix des investitures ne doit plus reposer sur la surface financière du candidat ou sa capacité à mobiliser des réseaux d’influence, mais sur des critères objectifs de compétence et de probité, certifiés par des commissions indépendantes.</strong><br />
<strong>● Le renouvellement générationnel effectif : L’ouverture aux moins de 35 ans et l’intégration de cadres issus de la société civile doivent être sanctionnées par des têtes de listes attribuées à ces nouveaux profils, et non reléguées en positions inéligibles.</strong></p>
<p><strong>Le profil des candidats pour 2026 (Législatives) : le législateur-contremaître.</strong></p>
<p><strong>La Chambre des représentants exige des profils nationaux capables de traduire les chantiers de l’État social et des réformes économiques en textes de loi.</strong></p>
<p><strong>● Intégrité irréprochable : Casier vierge de toute malversation, et déclaration de patrimoine et d’intérêts rendue publique dès le dépôt de candidature. Toute poursuite judiciaire liée à des conflits d’intérêts doit entraîner une exclusion automatique.</strong><br />
<strong>● Compétence technique et juridique : Une culture avérée des politiques publiques et de la comptabilité nationale est exigible, car le travail parlementaire ne se réduit pas à des discours d’estrade.</strong><br />
<strong>● Assiduité et éthique du mandat : Face à un absentéisme parlementaire ayant touché jusqu’à 30 % des séances dans certaines législatures passées, chaque futur député doit s’engager contractuellement à une présence active en commissions et en plénières.</strong></p>
<p><strong>Le profil des candidats pour 2027 (Communales, Régionales, Professionnelles) : le gestionnaire de proximité.</strong></p>
<p><strong>Les collectivités territoriales gèrent le quotidien des citoyens. Ici, le profil doit basculer du « politique pur » au manager public rigoureux.</strong></p>
<p><strong>● Maîtrise de la gestion locale et des marchés publics : Face à la complexité de la régionalisation avancée, un élu local doit connaître les règles de la commande publique. Il devra justifier d’une formation ou d’une expérience en gestion, afin d’optimiser l’impact de chaque dirham – sachant que les reports de crédits d’investissement non consommés atteignent parfois 30 % des budgets communaux faute de pilotage.</strong><br />
<strong>● Redevabilité totale : Le candidat de 2027 doit accepter la transparence intégrale de son patrimoine et s’engager à instaurer des conseils de quartier dotés de budgets participatifs, dont les délibérations seront publiques.</strong><br />
<strong>● Ancrage territorial et rupture avec les conflits d’intérêts locaux : Il est intolérable qu’un élu communal soit, par ailleurs, prestataire de services pour sa propre mairie. L’incompatibilité doit être étendue à tous les proches (conjoint, ascendants, descendants) exerçant une activité économique dans le périmètre de la collectivité.</strong></p>
<p><strong>L’enjeu du tournant 2026-2027 : réconcilier les urnes et la cité.</strong></p>
<p><strong>Exiger ces profils n’est plus une option morale, mais une nécessité institutionnelle. L’abstention record – qui a dépassé 70 % dans certaines grandes villes lors des précédents scrutins – n’est pas un simple désintérêt ; c’est un jugement sans appel sur la porosité entre l’argent et le pouvoir. Seule une sélection draconienne des candidats, adossée à des mécanismes de contrôle indépendants et à l’interdiction formelle du cumul et des conflits d’intérêts, pourra redonner aux institutions la légitimité qui leur manque. Le Maroc de 2027 ne peut plus se permettre des élus qui « font de la politique » pour se mettre à l’abri ; il a besoin de serviteurs de la cité qui, par leur probité et leur compétence, bâtissent un pays juste, harmonieux et transparent – un pays où il fait enfin bon vivre pour tous.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<hr />
<p><strong>Sources des données chiffrées</strong></p>
<p><strong>Les exemples chiffrés mobilisés dans cet éditorial s&rsquo;appuient exclusivement sur des documents publics et officiels, librement consultables.</strong></p>
<p><strong>S&rsquo;agissant des anomalies financières dans la gestion des collectivités territoriales, le rapport annuel de la Cour des comptes pour l&rsquo;exercice 2023-2024 fait état, dans sa section consacrée au contrôle des gestions locales, d&rsquo;un montant global de plus de 1,8 milliard de dirhams d&rsquo;irrégularités relevées. Le même rapport, dans son volet relatif aux subventions et dotations accordées aux personnes morales, mentionne près de 640 millions de dirhams de reliquats de subventions publiques non remboursés ou dont l&rsquo;utilisation n&rsquo;a pu être justifiée.</strong></p>
<p><strong>Pour ce qui concerne la sincérité des comptes de campagne, la Cour constitutionnelle, dans ses décisions contentieuses examinant les comptes des élections législatives et communales de 2021, a constaté des écarts de présentation des justificatifs dépassant 200 000 dirhams en moyenne par liste, ce qui a conduit au rejet des comptes de plusieurs dizaines de candidats. Ces décisions sont publiées sur le site officiel de l&rsquo;institution.</strong></p>
<p><strong>La question des conflits d&rsquo;intérêts, quant à elle, est documentée par la Cour des comptes dans ses rapports thématiques sur les marchés publics et les délégations de service public. Elle y cite notamment des cas où des élus, actionnaires à 30 % de sociétés de promotion immobilière, siègent dans des commissions d&rsquo;investissement, tandis que des marchés d&rsquo;assainissement de 120 millions de dirhams leur sont soumis. Dans certaines régions, le montant annuel des délégations de service public attribuées sans mise en concurrence loyale dépasse 400 millions de dirhams.</strong></p>
<p><strong>Les seuils d&rsquo;exclusion proposés dans l&rsquo;éditorial (dette fiscale supérieure à 50 000 dirhams ou justificatifs manquants représentant plus de 10 % des dépenses) s&rsquo;inspirent des recommandations formulées par la Cour des comptes dans son audit des comptes des partis politiques pour l&rsquo;exercice 2023.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;absentéisme parlementaire, qui a pu atteindre 30 % des séances dans certaines législatures, est attesté à la fois par le rapport de la Cour des comptes sur le contrôle de la gestion des services du Parlement et par les données publiées par la Chambre des représentants elle-même.</strong></p>
<p><strong>Enfin, les difficultés d&rsquo;exécution budgétaire des communes sont confirmées par le rapport annuel de la Cour des comptes, qui relève des reports de crédits d&rsquo;investissement non consommés atteignant parfois 30 % des budgets communaux. Parallèlement, le taux d&rsquo;abstention record, qui a dépassé 70 % dans certaines grandes villes lors des précédents scrutins, est issu des données officielles du Ministère de l&rsquo;Intérieur pour les élections législatives et communales de 2021.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>LE PONT DE L&#8217;ÊTRE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/212252</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2026 10:35:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[LE PONT DE L'ÊTRE]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Un homme ne peut aimer vraiment une femme qui ne le respecte pas. Le respect, pour lui, n&#8217;est pas une option : c&#8217;est un pont. La seule passerelle par laquelle son cœur traverse le silence. Être respecté, c&#8217;est sentir que sa voix existe dans le vent, que ses gestes ne s&#8217;effacent pas &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-210364" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1.jpeg" alt="" width="780" height="470" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1.jpeg 780w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1-300x181.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1-768x463.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 780px) 100vw, 780px" /></p>
<p>Un homme ne peut aimer vraiment une femme qui ne le respecte pas.<br />
Le respect, pour lui, n&rsquo;est pas une option : c&rsquo;est un pont. La seule passerelle par laquelle son cœur traverse le silence.<br />
Être respecté, c&rsquo;est sentir que sa voix existe dans le vent,<br />
que ses gestes ne s&rsquo;effacent pas comme l&rsquo;écume,<br />
que sa présence pèse – juste assez – dans l&rsquo;équilibre du monde.</p>
<p>Quand ce fil se rompt, l&rsquo;amour se fissure. Lentement. D&rsquo;abord une faille, puis un cri sourd.<br />
L&rsquo;orgueil dresse un mur ; le mépris creuse un fossé ; et l&rsquo;absence d&rsquo;écoute laisse un écho glacé.<br />
Sans que tu l&rsquo;aies vu, le bon homme s&rsquo;éloigne – non pas en claquant la porte, mais comme une marée qui renonce.<br />
Rabaissé, il se tait. Mais au fond de lui, le ressentiment pousse ses racines dans la nuit.<br />
Et quand le respect se retire, l&rsquo;amour s&rsquo;effeuille, pétale après pétale, jusqu&rsquo;à n&rsquo;être plus qu&rsquo;une tige sans sève.</p>
<p>◇◇◇◇◇◇◇</p>
<p>Mais voici ce qui donne à ce pont sa vérité :</p>
<p>Le respect réciproque ne se négocie pas sur un inventaire.<br />
Il ne s&rsquo;achète ni ne se vend.<br />
Il ne regarde pas ce que l&rsquo;autre possède – ni son titre, ni son rang, ni l&rsquo;éclat de ses jours.<br />
Il regarde ce que l&rsquo;autre est.<br />
Sa fragilité. Sa loyauté. Ce tremblement dans sa voix qu&rsquo;il croit cacher.<br />
Le respect digne de ce nom dit : « Tu n&rsquo;as rien à prouver. Tu as juste à être. »</p>
<p>Car aimer quelqu&rsquo;un pour ce qu&rsquo;il a, c&rsquo;est bâtir sur du sable.<br />
Un jour l&rsquo;argent s&rsquo;en va, la beauté s&rsquo;efface, le pouvoir s&rsquo;effrite.<br />
Mais aimer quelqu&rsquo;un pour ce qu&rsquo;il est – pour son courage silencieux, sa manière unique d&rsquo;éclairer la pièce –<br />
alors le respect devient indestructible, comme une source qui ignore la sécheresse.</p>
<p>◇◇◇◇◇◇◇</p>
<p>Ainsi, dans l&rsquo;île secrète du couple, ne demande jamais : « Qu&rsquo;apportes-tu ? »<br />
Demande plutôt : « Qui es-tu, dans ta vérité nue ? »<br />
Et réponds par la même offrande.</p>
<p>Parfois, un simple « je te vois, tel que tu es » vaut tous les serments du monde.<br />
Parfois, une écoute sans hâte répare ce que l&rsquo;orgueil a délié.</p>
<p>Car l&rsquo;amour durable ne hurle pas. Il prend racine dans la considération,<br />
comme un chêne dans la terre silencieuse.<br />
Et quand le respect – celui qui ne marchande pas – l&rsquo;arrose,<br />
même les saisons n&rsquo;y peuvent rien.</p>
<p>Mohamed KHOUKHCHANI<br />
Meknès le 21 mai 2026.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La chaise vide (Par: Mohamed KHOUKHCHANI)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/208187</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 09:11:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[La chaise vide]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI À la fin de la vie, lorsque le tumulte des jours s’apaise et que le bruit du monde devient plus lointain, l’être humain découvre une vérité qu’il n’avait peut-être jamais vraiment mesurée dans sa jeunesse : au fond, la vie n’est qu’une histoire de présence. La présence d’une personne qui a marché &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-207603" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/khkh-768x432-1.jpeg" alt="" width="768" height="432" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/khkh-768x432-1.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/khkh-768x432-1-300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/khkh-768x432-1-390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px" /></p>
<p>À la fin de la vie, lorsque le tumulte des jours s’apaise et que le bruit du monde devient plus lointain, l’être humain découvre une vérité qu’il n’avait peut-être jamais vraiment mesurée dans sa jeunesse : au fond, la vie n’est qu’une histoire de présence.</p>
<p>La présence d’une personne qui a marché à vos côtés.</p>
<p>Une personne avec qui l’on a partagé les débuts incertains, les années de lutte, les inquiétudes du lendemain, les joies familiales et même le poids silencieux des jours difficiles.</p>
<p>Les couples qui atteignent ensemble le seuil de la vieillesse ne vivent pas seulement une relation.</p>
<p>Ils portent une histoire commune.</p>
<p>Des années faites de détails minuscules que personne ne remarque : un café préparé le matin, une question simple au crépuscule, un regard complice qui remplace de longs discours.</p>
<p>Avec le temps, ces gestes presque invisibles deviennent une forme de paix intérieure.</p>
<p>Une paix que ni l’argent, ni la réussite sociale, ni les honneurs ne peuvent offrir. Car avec les années, tout cela perd de son éclat.</p>
<p>Ce qui demeure vraiment, c’est la certitude profonde qu’il existe quelqu’un qui vous connaît tel que vous êtes  ; quelqu’un qui comprend votre silence avant même vos paroles, et devine votre fatigue avant que vous ne la nommiez.</p>
<p>Mais la vie, dans sa sagesse parfois cruelle, garde toujours une vérité inévitable. Un jour, l’un des deux partira le premier. Alors la maison ne changera presque pas. Les meubles resteront à leur place, les photos continueront de veiller sur les murs, et la fenêtre laissera entrer la même lumière du matin.</p>
<p>Pourtant, quelque chose aura disparu à jamais : la présence. Cette présence discrète qui remplissait l’espace sans que l’on s’en rende compte.</p>
<p>Un soir, l’un des deux regardera la chaise en face de lui et comprendra soudain que le silence peut peser très lourd. Assez lourd pour que la maison entière paraisse trop grande. C’est alors que l’on apprend, parfois trop tard, la plus simple des vérités : le plus précieux dans la vie n’était ni l’argent, ni la gloire, ni la fierté, mais une personne qui, par sa simple existence, disait chaque jour : « Je suis là. » Peut-être est-ce là la leçon qu’il faudrait apprendre tant que le chemin continue : être plus doux avec ceux que l’on aime, pardonner plus vite, et ne jamais remettre l’affection à plus tard.</p>
<p>Car le temps avance en silence. Et un jour, sans prévenir, il restera une chaise vide. Et cette chaise ne sera plus un simple meuble. Elle deviendra le témoin silencieux qu’un être était assis là autrefois… et qu’il était, simplement, une part de la vie.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la vie. Mémoires d’un enfant de Guercif (Épilogue)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204876</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 13:54:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecollimateur.ma/?p=204876</guid>

					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Les Racines de ma lumière. Ils ne sont plus. Mon père. Ma mère. Mon frère Nasser. Le silence a pris leur place à la table des souvenirs, mais leur présence, elle, ne m’a jamais quitté. Je suis l’œuvre de leurs sacrifices invisibles, la moisson patiente de leurs veilles, la réponse tardive à &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Les Racines de ma lumière.</p>
<p>Ils ne sont plus.<br />
Mon père.<br />
Ma mère.<br />
Mon frère Nasser.</p>
<p>Le silence a pris leur place à la table des souvenirs, mais leur présence, elle, ne m’a jamais quitté.</p>
<p>Je suis l’œuvre de leurs sacrifices invisibles, la moisson patiente de leurs veilles, la réponse tardive à leurs prières murmurées dans la pénombre des soirs difficiles. Si aujourd’hui je tiens debout, c’est parce que leurs mains m’ont porté lorsque mes jambes d’enfant tremblaient.</p>
<p>Ma mère fut la première école avant l’école. Dans la modestie de notre foyer, elle voyait déjà plus loin que les murs. Elle savait, avec l’instinct des femmes de lumière, que le savoir serait mon viatique. Sans elle, jamais je n’aurais franchi le seuil d’une salle de classe. Elle n’avait peut-être pas les diplômes, mais elle possédait la science du courage et l’intelligence du renoncement. Chaque cahier acheté était un sacrifice silencieux ; chaque rentrée scolaire, une victoire sur le manque.</p>
<p>Mon père, lui, était la muraille contre l’adversité. Il portait sur ses épaules le poids de neuf bouches à nourrir, neuf enfances à préserver du dénuement. Dans les hivers rudes de Guercif, quand le froid mordait la terre et les corps, il était la chaleur qui refusait de s’éteindre. Il travaillait sans plainte, avec cette dignité austère des hommes qui ne parlent pas beaucoup mais qui tiennent bon.</p>
<p>Et Nasser… mon frère. Compagnon d’ombre et de soleil. Il partageait le pain, les rêves et les silences. Il fut, avec mon père, le rempart contre la faim, contre l’humiliation, contre cette pauvreté qui cherche à briser les volontés. Grâce à eux, nous n’avons pas connu la famine. Grâce à eux, nos hivers n’ont pas été des hivers de détresse. Ils ont transformé la pénurie en résistance, la fragilité en force intérieure.</p>
<p>Nous étions pauvres, oui. Mais jamais abandonnés</p>
<p>Puis vint l’école. Les marches franchies une à une, les années accumulées comme des pierres posées avec patience. Le baccalauréat fut plus qu’un diplôme : il fut une délivrance, une promesse tenue à ceux qui avaient cru avant moi. Il ouvrit les portes de la fonction publique, puis celles de l’université. Et à peine l’âge adulte atteint, je pouvais enfin prendre la relève. Non pour m’élever seul, mais pour élever les miens. Pour dire adieu, définitivement, à cette misère qui avait si longtemps serré notre famille dans son étau.</p>
<p>Ce jour-là, ce n’était pas seulement ma réussite.</p>
<p>C’était la leur.</p>
<p>Aujourd’hui, je ne pleure pas seulement l’absence. Je célèbre l’héritage. Je ne me souviens pas pour me lamenter, mais pour rendre grâce. Leur vie n’a pas été vaine. Elle a fleuri en moi.</p>
<p>Papa, maman, frérot Nasser chéris,</p>
<p>que Dieu vous accueille dans Sa Sainte Miséricorde.</p>
<p>Que vos âmes reposent en paix.</p>
<p>Je ne vous hais point. Comment le pourrais-je ?</p>
<p>Je vous dois tout.</p>
<p>Et tant que je respire, votre combat continue à travers moi.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la Vie (23). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204766</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 10:29:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le bus démarre dans un râle familier. Tu es assis près de la vitre, le front presque collé au verre froid. La route se déroule lentement, comme si elle savait que ce voyage-là n’est pas un simple déplacement, mais une traversée de la mémoire. Le moteur vibre, et avec lui remontent les &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
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<p>Le bus démarre dans un râle familier.</p>
<p>Tu es assis près de la vitre, le front presque collé au verre froid. La route se déroule lentement, comme si elle savait que ce voyage-là n’est pas un simple déplacement, mais une traversée de la mémoire. Le moteur vibre, et avec lui remontent les visages, les dates, les choix que tu n’as jamais écrits mais que tu as vécus jusqu’à l’os.</p>
<p>Tu te demandes, une fois encore — peut-être pour la dernière fois — et si… Et si, après le 7 septembre 1971, après la chute du pilier, tu avais choisi la facilité de la fuite ? Et si, comme Ayad, tu avais pris le large, vivant ta vie à l’écart, laissant derrière toi une mère encore jeune, des frères, une sœur, et l’ombre immense de l’absence paternelle ?</p>
<p>Mais tu sais déjà la réponse. Tu l’as sue très tôt, presque instinctivement : rester. Tenir. Ne pas rompre le cercle. Car avant même que tu ne choisisses de rester, elle, ta mère, avait déjà choisi.</p>
<p>À quarante ans à peine, veuve trop tôt, elle aurait pu se résigner, se disperser, vous confier au hasard des proches ou au verdict cruel de la pauvreté. Elle n’en fit rien. Elle resta debout, droite dans la tempête, rassemblant autour d’elle ses enfants comme une poule protège ses poussins lorsque l’orage gronde.</p>
<p>Elle ne vous a jamais abandonnés à votre sort.</p>
<p>Elle vous a couvés — tous — avec une vigilance de chaque instant, une patience faite de renoncements silencieux et de nuits sans sommeil. Elle porta seule le poids du deuil, de l’incertitude et de la peur de l’avenir, sans jamais vous en transmettre l’amertume. Sa résistance ne fut ni bruyante ni héroïque au sens spectaculaire du terme ; elle fut quotidienne, obstinée, enracinée dans la conviction que ses enfants ne seraient pas livrés à la dérive.</p>
<p>Et parmi ses poussins, il y en eut un qu’elle prit très tôt par la main.</p>
<p>En octobre 1958, elle t’inscrivit elle-même à l’école moderne, convaincue, avant tout le monde peut-être, que le salut passerait par là. Ce geste, apparemment banal, fut en réalité un acte de foi immense : celui d’une femme qui pariait sur le savoir comme rempart contre la misère et sur l’école comme planche de salut pour toute une fratrie.</p>
<p>Rester, pour toi, ce fut prolonger ce choix initial. Ce fut refuser l’éclatement que le destin semblait vous imposer. Ce fut empêcher que la misère, cette bête patiente, n’ouvre grand ses mâchoires sur votre foyer. Ta mère, malgré sa jeunesse encore intacte, ne chercha jamais à refaire sa vie ailleurs. Elle avait fait un autre serment : vous mener tous, un à un, jusqu’à la rive.</p>
<p>Nasser aurait pu se marier.</p>
<p>Toi, dès octobre 1973, à dix-neuf ans à peine, tu étais prêt à voler seul, enseignant fraîchement nommé, avenir ouvert devant toi. Mais à cet âge où d’autres pensent d’abord à eux-mêmes, tu étais déjà façonné pour jouer ton rôle — non par hasard, mais par transmission. Tu étais prêt à assumer, comme il se doit, cette mission presque sacrée de sauveur des siens, que ta mère avait patiemment préparée sans jamais la nommer.</p>
<p>Rien de cela n’est arrivé par rupture.</p>
<p>Parce que rester ensemble était un serment silencieux, d’abord forgé par elle, puis repris par toi. Vous avez connu la dureté des jours sans promesses. La pauvreté atténuée autrefois par la présence du père, puis tenue à distance par la dignité inflexible de ta mère, par les petits salaires arrachés par Nasser dans les cafés du village, à l’hôtel et au restaurant des voyageurs, par tes propres efforts, ces petits boulots menés de front avec les études, sans plainte, sans mise en scène.</p>
<p>Tu avances dans la vie comme on avance dans une rivière froide : pas à pas, sans faux mouvement.</p>
<p>Puis, lentement, presque imperceptiblement, la situation s’améliore.</p>
<p>Ton salaire d’enseignant devient un socle. Tu débutes instituteur stagiaire, chargé des sciences naturelles au collège de Guercif, et tu termines professeur formateur, responsable de jeunes adultes déjà diplômés, que tu aides à devenir à leur tour professeurs au Centre Pédagogique Régional de Meknès. Entre ces deux rives, une vie de labeur, de constance, de responsabilité — celle d’un père sans enfants, mais avec toute une fratrie à protéger.</p>
<p>Tu regardes les tiens avancer.</p>
<p>Miloud et Abdellah entrent dans les Forces auxiliaires.</p>
<p>Karima fonde son foyer en France.</p>
<p>Hassan trouve sa place à la mairie de Meknès.</p>
<p>Noureddine réussit dans le commerce.</p>
<p>Nasser, toujours là, fidèle comme une ombre bienveillante, ne manque de rien — sauf du temps que la mort lui prendra en 2008, après avoir déjà emporté votre mère en décembre 1999. Par conviction, il n’a jamais voulu se marier, comme s’il avait fait de la fraternité un engagement définitif.</p>
<p>Aujourd’hui, presque tous ont fondé leur famille. Trois enfants chacun, ou quatre pour Karima, avec Saïd l’aîné, lui-même père de trois filles. La vie s’est ramifiée, enrichie, multipliée.</p>
<p>Et toi, avec le recul, tu mesures enfin le poids — et la valeur — de ce que tu as été : un bailleur de fonds, oui, mais surtout un gardien de cap, dans la continuité de cette femme qui, la première, refusa l’abandon.</p>
<p>Vingt-huit années de veuvage pour ta mère, une fratrie entière à maintenir debout, jusqu’à ce que chacun puisse voler de ses propres ailes.</p>
<p>Tu as aujourd’hui soixante-douze ans.</p>
<p>Pas de regret. Pas de culpabilité. Seulement cette fierté calme, grave, presque pudique, d’avoir tenu quand il fallait tenir. D’avoir empêché l’enfer de la misère de déployer toutes ses couleurs sur les tiens. Tu remercies Dieu, encore et toujours, de t’avoir montré la voie — souvent à travers le courage silencieux de ta mère.</p>
<p>Le bus ralentit.</p>
<p>La vitre renvoie ton reflet : un visage marqué, mais apaisé. Le moteur se tait peu à peu. Le voyage touche à sa fin.<br />
Tu descends.</p>
<p>Derrière toi, la route. Devant toi, le silence habité d’une vie accomplie.</p>
<p>Et dans ce dernier port, tu le sais : tu n’as pas seulement traversé la vie — tu l’as portée, comme elle t’a porté.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les Ports de la Vie (22). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954–2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204508</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 15:24:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le début : la vibration du moteur. Tu es assis près de la fenêtre, le front appuyé contre la vitre froide. Le bus s’ébranle dans un grondement sourd et quitte la gare pour s’engager sur la route nationale. Dehors, les paysages défilent comme les pages d’un livre dont le dernier chapitre reste &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Le début : la vibration du moteur.</p>
<p>Tu es assis près de la fenêtre, le front appuyé contre la vitre froide.</p>
<p>Le bus s’ébranle dans un grondement sourd et quitte la gare pour s’engager sur la route nationale. Dehors, les paysages défilent comme les pages d’un livre dont le dernier chapitre reste à écrire.</p>
<p>Le balancement monotone du bus n’endort pas le corps : il réveille la mémoire. Peu à peu, un visage remonte à la surface, un visage longtemps aimé ; une présence qui fut l’ancre de ton enfance et le phare de ta jeunesse : ton frère Nasser.</p>
<p>Nasser : l’ange gardien et le cœur de la maison</p>
<p>Tu te souviens des années de cendre, lorsque la pauvreté rongeait le quotidien de la famille à Guercif. Au milieu de ce dénuement, Nasser tenait debout, discret et solide, tel un mur silencieux recevant les chocs pour protéger les autres.</p>
<p>Tu l’as rarement nommé dans les chapitres précédents, non par oubli, mais parce que tu savais que parler de Nasser exigeait un espace à part, un souffle plus long, un chapitre à la hauteur de ce qu’il a porté pour vous tous : pour votre mère, pour Karima, pour Miloud, Abdellah, Hassan et Nourredine.</p>
<p>Tu le revois lorsque tu étais collégien à Guercif, allant le retrouver au café Al 3achi, en plein froid ou sous la chaleur écrasante. Il te tendait un verre de thé à la menthe ou un café au lait, comme on offre une chaleur plus qu’une boisson.</p>
<p>Tu te souviens aussi de ses journées à l&rsquo;hôtel et restaurant des voyageurs, chez Monsieur Gaunet et son épouse, et de ses retours nocturnes, réveillant la maisonnée pour partager avec vous les plats préparés par Tonton Moussa, le cuisinier de M. et Mme Gaunet.</p>
<p>Et puis ces instants simples avec votre père, au café El Hadj Ali, avant de passer chez Hammadi savourer une « harira » et des « maakouda » au goût inaltérable.</p>
<p>Le renoncement de soi… et l’ombre de l’absence</p>
<p>Lorsque vous avez quitté Guercif pour Khémisset, puis Meknès après que tu étais devenu professeur de français, Nasser est resté le pilier qui ne fléchit pas.</p>
<p>Quand la douleur de sa jambe gauche s’est aggravée et que les médecins de l’hôpital Mohammed V de Meknès ont dû l’amputer au niveau de la cuisse, vous avez cru que l’épreuve était à son comble. Mais, fidèle à lui-même, Nasser en a allégé le poids pour vous plus qu’il ne l’a porté pour lui.</p>
<p>Malgré un corps éprouvé, il est resté présent, attentif, veillant sur la sérénité de la famille, surtout durant tes absences pour les études ou le travail en France pendant les vacances d’été.</p>
<p>Il fut ce père qui ne s’est jamais retiré après la mort de votre père, le 7 septembre 1971. Là où ton frère Ayyad a suivi sa propre vie familiale, Nasser a choisi de rester seul, pour être à vous tous.</p>
<p>Dans les replis de cette vie offerte aux autres, la cigarette était là.</p>
<p>Ni excès, ni fuite tapageuse, mais une pause fragile face au poids des jours. Il la tenait comme on s’accorde un instant de silence, un souffle de répit dans une existence sans répit. Nul ne savait alors que cette fumée tranquille raccourcissait le temps.</p>
<p>Lorsqu’il s’est éteint, un peu après la soixantaine, la mort ne fut pas brutale : elle fut douloureusement pleine.<br />
Nasser est parti, laissant derrière lui un vide sans nom et une profonde amertume dans le cœur de ceux qu’il aimait et qui l’aimaient. Dès lors, le tabac est devenu, dans ta mémoire, non plus une habitude, mais un signe de séparation, un voleur silencieux d’années possibles.</p>
<p>Il s’est éteint en 2007, dans le silence des grands, laissant derrière lui une dette de gratitude que le temps n’efface pas.</p>
<p>La fin : le souffle des freins</p>
<p>Le sifflement des freins pneumatiques te tire de ta rêverie.</p>
<p>Le bus ralentit, ses roues écrasent le gravier du trottoir.</p>
<p>Tu te redresses, resserres ton manteau. Autour de toi, les passagers s’animent dans un bruit familier. Tu jettes un dernier regard par la fenêtre, vers la route qui s’éloigne derrière toi.</p>
<p>Puis tu descends du bus, portant avec toi la mémoire de Nasser, une tristesse calme et une gratitude intacte… prêt à marcher vers le prochain port de ta vie.</p>
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