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	<title>Modernité &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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	<title>Modernité &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Cette Modernité dont on a tant parlé… ! (Par Dr. Abderrahim CHIHEB)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Feb 2024 14:52:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Modernité]]></category>
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					<description><![CDATA[Par Dr. Abderrahim CHIHEB*  La Modernité ! Voilà un sujet bien délicat qui hante, jusqu’à l’obsession, beaucoup d’intellectuels et de penseurs, à travers le monde, qui ne cessent de s’interroger, particulièrement sur l’esprit du temps présent ; lequel est visiblement marqué au sceau de l’incertitude, de l’indétermination et de l’ambiguïté qui confinent au malaise. En &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Dr. Abderrahim CHIHEB*</strong></p>
<p><strong> </strong>La Modernité ! Voilà un sujet bien délicat qui hante, jusqu’à l’obsession, beaucoup d’intellectuels et de penseurs, à travers le monde, qui ne cessent de s’interroger, particulièrement sur l’esprit du temps présent ; lequel est visiblement marqué au sceau de l’incertitude, de l’indétermination et de l’ambiguïté qui confinent au malaise. En effet, cette thématique a fait couler beaucoup d’encre et continue de retenir l’attention et de nourrir les débats et les discussions car, la Modernité, dont il est question dans cet article,  est à l’image du contexte historique du monde d’aujourd’hui qui est de plus en plus volatile, changeant et éphémère sous l’effet des évolutions rapides qui l’affectent, des changements brusques, des turbulences et des convulsions qui ne cessent de le secouer et l’agiter en permanence et de toutes parts  ; à telle enseigne qu’il est devenu problématique et difficile pour les élites pensantes comme pour le commun des mortels de se situer par rapport à l’époque actuelle pour tenter de la qualifier par rapport au cours de l’histoire.</p>
<p>L’explication qui vient à l’esprit est que cette Modernité, qui remonte assurément à plusieurs siècles en arrière, est quelque chose de composite et de multiforme revêtant plusieurs visages du fait qu’elle s’est nourrie et développée des différents contextes historiques qu’elle a dû traverser depuis son éclosion. Pour donner quelques éléments de réponse à cette problématique, il convient d’examiner la notion de la Modernité en l’interrogeant de l’intérieur à travers les questions ci-après: En quoi consiste la Modernité en tant que fait historique, c’est-à-dire en tant que rupture ou nouveau paradigme qui a surgi à un moment donné sur la scène de l’histoire ? Aussi, quels sont les fondements qui ont conduit à son émergence et qui lui ont conféré la légitimité qu&rsquo;elle elle a fait sienne ? Enfin, quelle est la nature de cette Modernité ? Dit autrement, est-ce que cette Modernité, compte tenu de sa longévité dans le temps, est restée la même que celle qu’elle a été depuis le début ou que, chemin faisant, elle a changé pour devenir, aujourd’hui, autre chose ?</p>
<p><strong>Qu’est-ce que la Modernité en tant que fait historique ?</strong></p>
<p>La Modernité ou les Temps Modernes, comme on le dit parfois, est une période historique qui a commencé vers 1492 de notre ère, date à laquelle le Moyen-Âge a pris fin, et qui continue à courir jusqu’à nos jours. Selon les historiens, cette longue période peut être ménagée en trois phases essentielles. La première Modernité qui a débuté avec l’achèvement du Moyen-Âge et s’est prolongée, pratiquement, jusqu’à la fin du 18<sup>ème</sup>siècle. La deuxième qui a commencé à partir du 18<sup>ème</sup>siècle et s’est clôturée vers le milieu du 20<sup>ème</sup>siècle, en 1960 plus précisément ; date à laquelle a démarré la troisième Modernité qui se poursuit jusqu’à présent.</p>
<p>La première Modernité, située entre le milieu du 15<sup>ème </sup>siècle et la fin, presque, du 18<sup>ème </sup>siècle, est une vaste période qui va de la Renaissance aux Lumières. Elle a vu se mettre en place, tout au long de ces trois siècles, les éléments constitutifs de la Modernité qui ont donné lieu à des changements profonds au sein du monde occidental. Ainsi, sur le plan culturel, les arts, les sciences, la théologie, la philosophie et la pensée politique ont connu une avancée remarquable ; tandis que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1450 a eu un effet déterminant qui a contribué grandement à la diffusion du savoir, des connaissances et de la culture antique dont la Renaissance a fait son cheval de bataille.</p>
<p>Au niveau politique, le changement s’est traduit, en France notamment, par l’abolition du système féodal médiéval et l’émergence de la figure de l’État monarchique moderne, centralisé et bureaucratique. Sur le plan économique, une nouvelle classe sociale a vu le jour avec la bourgeoisie marchande qui s’est constituée consécutivement aux nouvelles découvertes géographiques et à l’extension mondiale du commerce. Cette même phase s’est distinguée, outre la prospérité économique, par une croissance démographique importante et une poussée d’urbanisation considérable ; lesquelles ont enclenché, à leur tour par la suite, un processus d’individualisation, qui a eu pour effet la réduction de la taille de la famille et l’évolution de celle-ci vers un schéma d’autonomie au sein des lignées et des groupes sociaux.</p>
<p>Avec cette première phase de la Modernité, notamment au cours de la Renaissance au 16<sup>ème </sup>siècle en Italie, s’annonce l’éclosion de quelque chose d’inédit, un esprit nouveau, et un rapport nouveau à la culture, à la religion, au savoir et à l’esthétique. A travers ce nouveau rapport se révèle une vision nouvelle de l’homme, du monde, de l’histoire et un humanisme qui valorise l’homme et croit en ses capacités et ses possibilités d’accès au savoir. Cet homme nouveau qui rejette le passé et conteste toutes les formes d’autorité et l’autorité religieuse en particulier, présente un nouveau profil dans lequel s’unissent universalisme, individualisme, en même temps qu’une exigence d’autonomisation.</p>
<p>D’autre part, cette même première Modernité est à mettre sous le signe de la modernité scientifique puisque les 16<sup>ème </sup>et 17<sup>ème</sup> siècles marqueront une rupture épistémologique dans l’histoire des sciences avec des figures telles que: Nicolas Copernic et sa nouvelle conception de l’univers (le passage du géocentrisme antique à l’héliocentrisme) ; Francis Bacon et sa conceptualisation de la méthode expérimentale, et Galilée qui a démontré la théorie de Copernic et posé les bases de la formulation mathématique de la nature. Ces découvertes scientifiques ont conduit à la rationalisation des phénomènes naturels et permis à l’homme d’avoir un accès élargi aux secrets de la nature et aux vérités universelles.</p>
<p>La deuxième Modernité, amorcée vers la fin du18<sup>ème </sup>siècle, a été un moment de grandes mutations économiques, sociales, politiques et culturelles qui ont entraîné de profonds changements au niveau des structures sociales du monde occidental. En effet, parmi les soulèvements survenus en Europe, la révolution française est, de loin, l’événement politique majeur et emblématique de cette époque qui a donné naissance à une nouvelle figure de la modernité. Il s’agit de l’avènement de la démocratie avec comme corolaires la liberté individuelle et les droits de l’homme.</p>
<p>Un autre événement historique de grande importance s’est produit, dans cette partie du monde, en Angleterre plus précisément, avec la révolution industrielle qui a été rendue possible grâce à la bourgeoisie industrielle. Ce nouveau bouleversement capital a eu pour conséquences la constitution d’une immense masse de travailleurs salariés, l’apparition de nouveaux modes de vie, l’accélération du processus d’urbanisation et une croissance démographique plus importante encore. La révolution industrielle ainsi que le développement remarquable de la technique auquel elle a donné lieu, a permis l’émergence de l’idée du progrès, chère aux Lumières, qui figure également parmi les paradigmes de la Modernité.</p>
<p>Enfin, la dernière vague de cette Modernité s’est ouverte vers la fin des années soixante du 20<sup>ème</sup> siècle. Certes, il n’y a pas eu, au cours de cette période, de révolutions, à caractère politique, comme ce fut le cas pendant La deuxième Modernité, mais la révolte survenue en France en 1968 a provoqué une grande crise sociale et politique qui a engendré, par la suite, de très importantes réformes juridiques et sociales, ainsi que le renforcement de l’État- providence. D’autre part, la fin de la seconde guerre mondiale a ouvert une nouvelle époque où le monde, divisé en deux blocs idéologiquement antagoniques, a été le théâtre d’une succession de situations politiques différentes comme la guerre froide, la coexistence pacifique et la détente. Cette période critique, avec l’irruption possible troisième d’un conflit mondial, s’est clôturée par un tournant historique majeur sur la scène politique internationale : la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union des républiques soviétiques.</p>
<p>Par ailleurs, et parallèlement à une progression galopante et rapide en matière d’urbanisation et de démographie, ce qui est nouveau dans ce dernier segment de modernité, sur le plan économique, est l’augmentation significative du niveau de vie des gens et l’éclosion d’une nouvelle société dite « société de consommation » et de services, grâce à une croissance soutenue, l’apparition de nouvelle classe sociale et de nouveaux modes de vie avec les jeunes et les étudiants. Le produit et le résultat de cette dernière Modernité en termes de conséquences, se sont révélés à travers l’émancipation des tutelles traditionnelles, une plus grande liberté, l’autonomie, l’explosion de l’individualisme et le développement de la culture de masse.</p>
<p><strong>Quels sont les fondements de la Modernité ?</strong></p>
<p><strong> </strong>A présent, il convient de poursuivre cette réflexion sur la Modernité, en essayant, cette fois-ci, de questionner cette notion sous un angle différent, avec l’objectif de mettre en lumière ce qui a servi de base à la légitimité et à la reconnaissance dont jouit cette Modernité au regard de la société occidentale.</p>
<p>Habituellement, l’imaginaire collectif de la plupart des sociétés opère une opposition frontale entre le monde de la Tradition et le monde de la Modernité en raison, pense-t-on, des modes de pensée, des attitudes et des comportements par lesquels ils se distinguent sur les plans culturel et social. En fait, la nature antinomique de l’opposition existant entre ces deux mondes fait qu’ils s’excluent mutuellement par plusieurs aspects. Ainsi, le monde de la modernité, né à la suite de celui de la Tradition, incarnée par le christianisme tout au long de l’ère médiévale, se présente et s’affirme comme une déconstruction des mythes et des valeurs sur lesquels s’est fondé ce dernier.</p>
<p>En effet, la société chrétienne médiévale, en tant que monde de la tradition, était organisée autour de trois principes fondamentaux qui assurent son fonctionnement et sa cohérence : <em>le sacré</em> et <em>le spirituel</em>, incarnés par le christianisme au niveau religieux ; <em>la communauté</em>, en tant qu’organisation du lien social et religieux tout à la fois qui unit les membres d’un même groupe ou d’un même ensemble qui forme société; et, <em>la hiérarchie</em>, qui ordonne et structure les classes sociales en fonction du rang, du rôle, du pouvoir et des rapports de force qu’entretiennent ces classes entre elles au sein de la société. Le christianisme médiéval était trop puissant si bien que tous les hommes et les femmes de la société de l’époque étaient soumis à Dieu et placés sous la tutelle, à tous les niveaux, du pouvoir de l’église catholique qui représente Dieu sur terre. Par voie de conséquence, nul ne pouvait échapper à la vérité divine ; y compris les rois et les princes d’Europe qui avaient besoin de la bénédiction du pape, l’autorité spirituelle suprême de tous les chrétiens, pour légitimer le pouvoir temporel dont ils étaient les dépositaires, et, afin de pouvoir régner sur les sujets qui dépendaient du ressort de leurs autorités.</p>
<p>C’est dans ce contexte qu’allait s’enclencher la dynamique de la Modernité, à partir du 15<sup>ème</sup> siècle avec l’humanisme de la Renaissance, depuis Florence en Italie où ont émergé un nouveau rapport au monde et une nouvelle vision de l’homme qui ambitionnaient de libérer celui-ci des mythes, du divin et de la fatalité. Ainsi, l’homme a cessé d’être un sujet de Dieu pour devenir lui-même un dieu, pour être le centre du monde et pour être le créateur de son propre monde. Sans nul doute, tout cela a constitué la première rupture qui a permis au pouvoir politique de délier le joug de la religion et de l’église catholique. La suite des mutations profondes, à tous les échelons, et des révolutions politiques majeures survenues en Europe occidentale, tout au long des 16<sup>ème</sup>, 17<sup>ème</sup> et 18<sup>ème</sup>siècles, ont œuvré à la consolidation et à l’aboutissement du processus de sécularisation et de laïcisation du pouvoir politique.</p>
<p>Quant aux changements opérés au niveau de la société, ils se sont manifestés par la remise en question de la communauté et sa vision du collectif, en même temps que l’émergence de ce qui va devenir la figure de l’individu. Et pour ce faire, celui-ci doit s’affranchir des appartenances et des dépendances collectives telle que la famille, le groupe et la religion qui le confine aux mythes et à l’obscurantisme. C’est à ce prix seulement que cet individu peut être un homme de liberté, totalement libre et autonome et, par-là même, capable, grâce à la raison et la volonté dont il est doué, d’agir et de transcender tous les déterminismes. Ainsi, est né l’État-nation comme une nouvelle expression de l’esprit moderne. C’est une nouvelle structure politique et une nouvelle organisation sociale pour régir de nouveaux rapports entre des individus libres sur la base d’une logique contractuelle.</p>
<p>Après avoir réhabilité et hissé l’homme à la dignité d’un individu libre, raisonnable, autonome, la Modernité lui a donné l’accès à l’universalité pour lui donner la possibilité de se libérer, en tant qu’un individu justement, de l’héritage de la société, des dépendances sociales et des préjugés dont il est porteur et ce, par la raison, par l’esprit critique, par la culture et par l’éducation. C’est par un arrachement à son enracinement social et à son conditionnement idiosyncratique que l’individu parvient à acquérir, tout en préservant son individualité, la possibilité de s’inscrire dans une dimension universelle. L’universalité est cette deuxième figure dont la Modernité a accouché pour éveiller en cet individu l’humanité qui gît au fond de son être, en vue le rendre conscient de ce qui est commun entre lui, en tant qu’homme, et tous les hommes.</p>
<p>Raison, liberté, autonomie, individualisme et universalisme, tels sont les constituants de la dynamique mise à l’œuvre par la Modernité pour le démantèlement des fondements de la société traditionnelle du Moyen-Âge, en Europe occidentale.</p>
<p><strong>Que devient aujourd’hui la Modernité ?</strong></p>
<p><strong> </strong>La question posée ci-dessus conduit à rappeler, tout d’abord, que sur le plan étymologique, le mot « Modernité » est dérivé de l’adjectif « moderne » qui est lui-même issu du latin « modernus » qui signifie « récent » ou « actuel » ; et de l’adverbe « modo » qui désigne « ce qui vient de se produire », « ce qui est à la mode », ou encore ce qui survient « à l’instant » ou « il y a peu ». Ce détour préliminaire par la langue vise à souligner que par l’origine de son contenu, la Modernité est un rapport au monde qui est fondé sur un renouvellement constant qui cherche, en permanence, à produire une rupture pour faire apparaître ce qui est nouveau, ce qui est récent, bref, ce qui est actuel.</p>
<p>Il ressort clairement, de ce qui vient d’être dit que la Modernité est quelque chose qui ne peut pas s’arrêter car, elle est mue par un mouvement perpétuel soumis et conforme à la logique même qui lui a donné naissance ; de manière que si, d’aventure, elle s’arrête, elle cesse d’être modernité. Au bout du compte, et rattrapée par la dialectique de sa propre raison, la Modernité a commencé, après en avoir terminé avec la tradition, à scier la branche sur laquelle elle est assise, c’est-à-dire à déconstruire les éléments constituant son propre fondement.</p>
<p>Car, s’il ne fait aucun doute que la raison occupait une position centrale dans l’édifice de la Modernité par le fait qu’il était l’instrument imparable qui lui permettait d’expliquer le monde, il ne fait pas non plus le moindre soupçon que c’est cette même Modernité qui a procédé au démantèlement et au discrédit de la raison. En effet, pendant trop longtemps, au cours cette modernité, on était convaincu que la science, qui prenait appui sur la raison pour produire la connaissance et le savoir, était une source fiable de vérité. Mais, cette certitude a volé en éclat, par la suite avec l’épistémologie contemporaine, notamment avec le philosophe et épistémologue, Karl Popper, qui a affirmé clairement que la science ne dit pas le vrai, et que les théories scientifiques n’expliquent pas le réel, mais qu’elles sont corroborées par lui. Preuve en est que l’histoire de la science est l’histoire des erreurs de la science, une histoire où les théories anciennes ont été infirmées par d’autres théories qui a leur tour risquent d’être réfutées et détrônées encore par d’autres théories, ainsi de suite…</p>
<p>De même, si au départ, la Modernité a honoré l’individu en lui donnant des attributs et des qualités qui le valorisent dans son humanité et sa dignité d’homme, elle a œuvré, par la suite, à sa subversion et à sa perversion. Du coup, il a fini par le vider de sa substance, le réduire, avec la société de consommation, à son corps, à ses pulsions, à son image corporelle et à son bien-être physique. Il existe même, aujourd’hui, un autre discours idéologique, avec le mouvement LGBT ou celui du Wokisme, qui cherchent carrément à affranchir l’individu de son corps. Ils reprochent au mouvement féministe, lui-même issu de cette Modernité, d’avoir enfermé toutes les femmes dans le corps de la femme qui, en vérité, correspond uniquement à la réalité biologique de celle-ci.   Selon la vision de ces nouveaux mouvements, il y a confusion entre l’identité du genre et l’expression du genre car, l’identité de genre d’une personne peut coïncider ou ne pas coïncider avec le genre qui est associé au sexe attribué à cette personne à la naissance. L’identité du genre et l’orientation sexuelle de la personne sont deux choses totalement distinctes.</p>
<p>Reste, enfin, l’universalisme, dont la Modernité a été également porteuse, qui, en réalité, n’a jamais pu franchir et dépasser ses propres limites en tant qu’idéal, pour rester une idée abstraite, un vœu pieux qui n’a jamais trouvé concrètement de traduction dans la réalité. Il a été une coquille vide, un uniformisme creux de façade, délibérément aveugle aux différences et à la diversité qui sont inhérentes à la nature l’humaine. Il serait même juste de dire que, sur le plan historique, l’universalisme a trahi l’esprit des Lumières et les aspirations de la Révolution française. L’idéal universaliste &#8211; au même titre que les autres idéaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, la démocratie, les droits de l’homme – a montré sinon son invalidité tout au moins ses limites face aux faits têtus de l’histoire, aux tragédies, aux malheurs et aux injustices qui étaient souvent commis au nom de la Modernité ou avec son silence, sa complaisance et sa complicité. Evidemment, ce ne sont pas les exemples, tirés des faits de l’histoire qui manquent pour étayer ce propos. Mais là n’est pas la question, car ce serait défoncer des portes ouvertes.</p>
<p>On entend parfois dire que la révolution est comme Saturne: elle dévore ses propres enfants. La Modernité, à l’image de la révolution, a fini par s’attaquer aux principes qu’elle a engendrés elle-même et sur lesquels repose son propre fondement. C’est la Modernité qui conteste la Modernité. C’est la Modernité qui se remet en question.</p>
<p><strong>Qu’est-ce que la Post-Modernité ?</strong></p>
<p><strong> </strong>Comme cela a été déjà dit, la Post-Modernité désigne cette ère nouvelle qui a commencé avec la crise de la modernité dans les années soixante du siècle dernier, et qui a suscité énormément de réactions au sein de tous les milieux du monde occidental, notamment les milieux intellectuels, littéraires, artistiques et politiques. Dans l’ensemble, ces réactions vont dans le sens de la critique et la remise en question de l’idéologie exacerbée de la modernité et les conséquences auxquelles elle a donné lieu. Les analyses, les conclusions et les avis des philosophes, des anthropologues et des sociologues de tous bords, divergent quant aux tenants et aboutissants de cet état de fait. Certains ont vu dans cette crise l’expression de l’échec du monde occidental à apporter les réponses appropriées aux grandes questions philosophiques, religieuses, politiques, sociales pour l’essentiel ; mais aussi en raison des tragédies, des horreurs et des déchirements qui ont eu lieu au 20<sup>ème</sup> siècle qui ont été à l’origine du pessimisme et du désespoir qui ont marqué les esprits de l’époque.</p>
<p>Tout cela a fini par discréditer et ternir l’image de marque de la Modernité et à nourrir à l’égard de certaines de sevaleurs un véritable scepticisme comme à l’égard de l’universalisme, le progrès scientifique et la technologique. Bref, la crise de la Modernité, ou la Post-Modernité, qui a pris sa suite, n’est autre chose que la perte de repères et le sentiment d’incertitude qui se sont emparés de la société occidentale face à la faillite des grandes idéologies, la perte de confiance dans les idéaux des Lumières et les mythes mobilisateurs de la Révolution française, la décrédibilisation du monde politique.</p>
<p>Quant aux manifestations de cette Post-Modernité, elles sont multiples et contradictoires surtout. Les plus significatives d’entre elles pourraient être regroupées autour de quelques axes.</p>
<p>Ce qui frappe, en premier lieu, avec l’avènement de la Post-Modernité, est l’affaissement de l’Etat-nation, l’affaiblissement de son autorité et sa réduction à l’Etat-providence qui laisse présager, à terme, le dépérissement de l’État lui-même. Cette évolution, dont le rythme était de plus en plus rapide, s’est poursuivie avec le déclin des démocraties, le relâchement et le discrédit du politique. A ces changements cruciaux s’ajoute la montée en puissance du pouvoir et de l’influence des organisations non gouvernementales, des associations, de la Société civile, des Entités secrètes, notamment sur les États et sur les Institutions internationales et les décisions que celles-ci prennent concernant un certain nombre de dossiers et de pays.</p>
<p>Sur le plan économique, le nouveau visage de la Post-Modernité est l’idéologie du néolibéralisme triomphant qui écrase tout sur son passage dans la société, à l’exception, toutefois, de l’individu qu’elle entoure de tous les soins et qui satisfait tous ses desideratas, mais en même temps, elle définit et détermine subrepticement sa conduite, ses valeurs, ses mœurs, et même sa façon de penser, son style de vie, et le rapport qu’il est censé avoir à son corps. Dans la société Postmoderne, tout tend vers la valorisation d’une logique qui relève de l’extrême: l’hyperconcentration du système financier, l’hyperrationalisation de la production, la surconsommation de biens matériels ou virtuels.</p>
<p>Pour le reste, tout se décline aussi avec le préfixe « hyper »: individualisme, relativisme, performance, adaptabilité, sexualité, narcissisme, exhibitionnisme, extravagance, démesure. La société hypermoderne a mis à la disposition de cet hyper-individu tous les moyens pour satisfaire son égo et réaliser ses buts, mais en même temps, elle l’a jeté dans une société d’hyperconsommation, de grande solitude où le lien social interindividuel et affectif s’est relâché et s’est distendu. En un mot, cet individu est désormais propulsé dans une société qui n’a plus de sens,  plus de finalité, plus d’ordre et plus de mémoire, mais juste une société éphémère sans passé ni futur et pour qui seuls l’instant, le présent et l’assouvissement des instincts et des pulsions comptent.</p>
<p>Il a été dit que les traits de cette Post-Modernité, ne sont pas seulement multiples mais contradictoires aussi pour certains d’entre eux. En effet, l’homme hypermoderne, tout en continuant à pousser son individualisme à l’extrême, appelle de tous ses vœux, au même moment, un retour à la culture, à la sagesse des anciens et à l’esprit de la communauté, comme cela a été le cas, à la fin des années 1960, après la crise de Mai 68. Aujourd’hui, les différents réseaux sociaux sur l’internet sont l’expression nostalgique de ce désir encore vivant, chez l’homme hypermoderne, de faire société et de ressusciter, même virtuellement, la collectivité qui lui manque tant et qui lui fait dramatiquement défaut. C’est ce même homme hypermoderne qui se plaint encore du vide spirituel et moral et du manque du religieux, qui refuse, au même moment, de renoncer aux dérives et aux perversités, de toutes sortes, au niveau éthique et moral, auxquelles il participe et contribue par son comportement et sa conduite. Ces deux exemples, entre plusieurs, suffisent pour attester que l’homme hypermoderne, parce que tiraillé et déchiré par les contradictions d’une société éclatée et fragmentée, est un homme malade qui a besoin du « psy », cette figure emblématique de la société néolibérale, pour le soigner et pour se pencher sur son mal-être auquel la Modernité l’a conduit.</p>
<p>Au final, que peut-on encore dire de la Modernité pour conclure sur une thématique difficile et aussi vaste que complexe ? Beaucoup de choses sans aucun doute et avec la certitude de ne pas pouvoir épuiser entièrement ce sujet. Mais pour ne pas passer à côté de ce qui semble être essentiel, deux remarques et une question :</p>
<p>Prenons garde à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain comme on dit familièrement. En d’autres mots, cela veut dire que la crise de la Modernité, c’est-à-dire sa remise en question par la Post-Modernité, n’est pas une raison pour la rejeter en bloc et sans prendre en ligne de compte les autres éléments positifs auxquels elle a donné naissance comme la liberté, la démocratie, le progrès scientifique…etc., et qui ont contribué, sans aucun doute, au bien-être de beaucoup d’hommes et de femmes à travers le monde et dans beaucoup de pays.</p>
<p>D’autre part, il importe de souligner que cette crise doit être saisie comme une opportunité intéressante pour rebattre, de manière critique, les cartes de cette Modernité en vue d’identifier les aspects malsains ayant conduit à cette crise et proposer les alternatives qui pourraient la dénouer avant qu’il ne soit trop tard. Ce travail, pense-t-on, a été déjà accompli et la réflexion se poursuit toujours pour trouver des remèdes à cette situation. Mais, quoi qu’il en soit, on sait d’expérience que l’excès en tout est un défaut comme dit un ancien proverbe. Et la Modernité a péché par trop d’excès dans tout ce qu’elle a entrepris. Si elle ne se ravise pas, ce péché pourrait lui être fatal. En est-elle consciente ?</p>
<p><strong>*Universitaire et analyste politique </strong></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’Islam et la Modernité (Par Dr. Abderrahim CHIHEB)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/141751</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jan 2024 18:27:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Islam]]></category>
		<category><![CDATA[Modernité]]></category>
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					<description><![CDATA[Par Dr. Abderrahim CHIHEB L’intérêt porté à la question sur l’Islam dans son rapport à la modernité ne date pas d’aujourd’hui. Il remonte au 19ème siècle et continue toujours d’être un sujet d’actualité sur lequel, d’ailleurs, les avis sont loin d’être unanimes. Mais, le propos de cet article n’est pas celui de dresser un panorama &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><b>Par Dr. Abderrahim CHIHEB</b> </strong></p>
<p>L’intérêt porté à la question sur l’Islam dans son rapport à la modernité ne date pas d’aujourd’hui. Il remonte au 19<sup>ème</sup> siècle et continue toujours d’être un sujet d’actualité sur lequel, d’ailleurs, les avis sont loin d’être unanimes. Mais, le propos de cet article n’est pas celui de dresser un panorama des positions des uns et des autres, mais d’interroger, de manière critique, ces deux notions pour tenter d’y déceler ce qui aurait empêché le projet de leur union d’aboutir. Car, depuis deux siècles à peu près, le monde arabo-musulman n’a cessé de se débattre et de multiplier les tentatives pour embrasser cette modernité sans vraiment y parvenir. Pourquoi alors cet insuccès et quelles en sont les raisons ?</p>
<p><strong><em>Où en est ce débat aujourd’hui ?</em></strong></p>
<p>Sans nul doute, le débat sur l’Islam et la Modernité, fille de l’Occident, est un sujet clivant qui tourne le plus souvent à la controverse, voire à la polémique. Le souci de ceux qui s’y intéressent n’est pas tant la recherche de la vérité que le désir, conscient ou inconscient, de se conformer à l’imaginaire et aux représentations propres aux types anthropologiques, aux cultures et aux civilisations dont ils sont, eux-mêmes, non seulement les représentants et pour lesquels ils prennent fait et cause, mais le produit et le résultat tout à la fois.</p>
<p>De même, il ne fait aucun doute que les penseurs, les élites intellectuelles et les élites politiques ont joué et jouent encore un rôle déterminant quant au processus de métamorphose et de transformation de ces représentations en des faits avérés qui, en principe, finissent par acquérir un statut de vérité. Une vérité qui est, dans bien de cas et de situations, à l’origine des confusions, des amalgames, des contrevérités, des idées reçues, des a priori, des préjugés que l’on retrouve aussi bien du côté du monde occidental que de celui du monde arabo-musulman. Ce qui ne manque pas de générer des tensions et des frictions, et de conduire à toutes sortes de malentendus, de discordes, d’hostilités, de conflits et de guerres entre les peuples et les nations. Les annales de l’Histoire regorgent d’exemples, de cas et de récits qui illustrent parfaitement ce genre de situations.</p>
<p>Aujourd’hui, les débats, entre les occidentaux et les arabo-musulmans, sur l’Islam et la Modernité, notamment concernant l’échec de l’Islam à intégrer la modernité, semblent se poursuivre en faisant du sur place, en quelque sorte ; en ce sens que l’on retrouve les mêmes leitmotivs qui reviennent à travers des questions, dont les contenus sont les mêmes ou presque, mais présentées sous des formulations diverses. Cet état de choses est dû au fait que chacune des parties concernées avance des arguments, dont les fondements lui sont propres, pour expliquer et justifier ce qui s’est passé, sans être pour autant disposée à en assumer la responsabilité et les conséquences qui en découlent.</p>
<p>Du coup, il devient plus facile de faire porter « le chapeau » à l’autre et de prétendre que c’est cet autre qui est responsable de tout ce qui nous est arrivé et tous les malheurs qui nous ont touché. De même, il devient plus aisé de se soustraire à la reddition des comptes et plus accommodant encore de se livrer au jeu de la victimisation ou/et de la diabolisation de l’autre comme étant la seule et unique cause des échecs, des revers et des déconvenues qui ont pu être les nôtres durant notre existence. Malheureusement, force est de constater que ce jeu pervers, a bien fini par conduire à l’impasse et au statu quo puisque chacune des deux parties continue, par obstination et mauvaise foi, de camper sur ses positions ; en refusant de faire tout effort de compréhension et en rejetant toute idée de concession, de compromis ou de consensus pour faire avancer le débat un tant soit peu.</p>
<p>C’est pour cette raison même qu’il importe de souligner, semble-t-il, qu’il n’y a jamais eu véritablement de débats entre les occidentaux et les arabo-musulmans autour de la problématique de l’Islam et la Modernité, mais tout juste des polémiques, des discours accusateurs, des procès, des pugilats, des joute oratoires, des critiques infondées, des réquisitoires sans appel…, etc. Cette situation, qui traîne depuis fort longtemps, risque de perdurer pas mal de temps encore tant que les parties intéressées n’ont pas jugé nécessaire de mettre un terme à ce dialogue de sourds qui au, bout de compte, ne mène nulle part. C’est pourquoi il devient nécessaire d’opérer une rupture avec cette pratique préjudiciable et de prendre le parti de renouveler le regard sur cette question de l’Islam et la Modernité en vue de la repenser à nouveau et de la questionner autrement et sur de nouvelles bases.</p>
<p>Les chances de réussite d’une telle démarche seront tributaires, pense-t-on, de la mise en place des conditions propices à l’instauration d’un débat sérieux avec l’engagement ferme de l’inscrire dans un nouvel espace où il sera possible de promouvoir des valeurs universelles : La diversité, l’ouverture sur l’autre, l’acceptation de la différence sont, entre autres valeurs, les ingrédients d’une nouvelle vision partagée par tous et susceptible de jeter les ponts d’un dialogue authentique et conciliateur entre les civilisations et entre tous les hommes, d’une manière plus globale. Si, par bonheur, cela venait à se produire, il contribuerait à changer l’état d’esprit des uns et des autres en les rendant plus attentifs et plus responsables vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Les esprits malveillants verront dans ce propos un angélisme béat et naïf, mais cela n’est pas impossible, après tout. Il suffit d’y croire, d’y travailler surtout et que chacun mette du sien pour que nous puissions, tous et ensemble, faire en sorte que ce qui paraissait comme un rêve impossible devienne une réalité.</p>
<p><strong><em>Qu’est-ce que la modernité a apporté à l’Occident ?</em></strong></p>
<p>Il convient tout d’abord de dire ce qu’est la modernité elle-même en précisant tout de suite qu’elle est un concept qui revêt plusieurs sens et définitions. Cette pluralité est, à non point douter, due à la diversité et aux différences qui caractérisent les multiples champs de la connaissance, en général et ceux se rapportant aux sciences humaines et à la philosophie, en particulier. Ceci étant dit, une synthèse des sens et des définitions que proposent ces disciplines convergent vers le fait que la modernité se présente comme « un rite de passage », c’est-à-dire un processus de transformation qui consiste à passer d’un état à un autre état différent. C’est exactement ce qui s’est passé avec l’avènement de la modernité en Occident, laquelle a inauguré, vers la fin du XVème siècle et le début de la Renaissance, une nouvelle ère au sein de cet espace en y induisant des changements profonds et des effets de grande ampleur qui ont affecté l’ensemble des structures de la société occidentale.</p>
<p>Par changements profonds et effets de grande ampleur, il faudrait entendre une rupture historique nette mettant en évidence un avant et un après qui s’est opéré par la transition d’un moment à un autre moment différent, d’une époque à une époque nouvelle. Sur le plan religieux, cela s’est produit, avec le basculement de la société occidentale du catholicisme au protestantisme ; un changement qui s’est soldé par le retrait de la religion de l’espace public et qui a conduit, par la même occasion, à considérer la foi, dorénavant,  comme relevant du domaine privé.</p>
<p>Dans le même ordre d’idées, la modernité a infligé le même sort à la tradition, corollaire de la religion, dans la mesure où sa raison d’être est justement d’assurer la permanence et la conservation de la révélation divine. Car, cette modernité, dont le regard est tourné vers l’avenir, s’oppose frontalement à la tradition, non seulement en raison de la propension de cette dernière à l’immobilisme et à la stagnation, mais également pour son conservatisme qui se manifeste clairement par son attachement au passé.</p>
<p>Ainsi, après tant de faits et de péripéties qui ont jalonné cette longue lutte entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, incarnés respectivement par l’État Républicain et l’Eglise Catholique, ce bras de fer s’est achevé par la promulgation, en France, d’une loi en vertu de laquelle ces deux pouvoirs ont été séparés. Il s’agit de la loi sur la laïcité de 1905 qui a été élaborée conformément à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Son principe fondamental est non seulement la séparation de l’État et des organisations religieuses, mais, aussi et surtout, la garantie de la liberté de conscience et de culte et ce, dans les limites du respect de l’ordre public.</p>
<p>Par ailleurs, d’autres transitions se sont opérées au sein de la société occidentale sur les plans intellectuel, culturel et social. Elles se sont manifestées, dans cet ordre, par le passage de cette même société de la tutelle de la <em>tradition</em> à la <em>raison</em>, comme principe universel, ensuite, celui des particularismes et des différences culturelles propres aux différents peuples et communautés à une conception universelle de la civilisation ; et enfin, le passage de la collectivité, avec son autorité et ses contraintes, à une société où les hommes sont des individus libres et égaux.</p>
<p>Enfin, et suite aux évolutions majeures qui ont marqué le 18<sup>ème</sup> et le 19<sup>ème</sup> siècles, notamment la révolution française et la révolution industrielle, la société occidentale a connu une autre transformation au niveau de ses structures politique et économique. Cette transformation s’est illustrée respectivement par le passage de l’État autoritaire à l’État de droit, et de l’économie domestique et agricole au capitalisme industriel.</p>
<p>Tels sont les principaux traits qui ont concouru à l’invention par l’Occident de la modernité que d’aucuns considèrent comme étant l’événement majeur, voire le plus grand de l’Histoire de l’Occident. Dans cette singularité civilisationnelle, par laquelle cette aire culturelle se distingue du reste de l’Humanité, figurent des éléments de cette modernité, dont l’efficience et la performance ont été confirmées à l’aune de l’évolution positive et des résultats probants réalisés, à partir de la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance, qui ont permis à l’Occident d’atteindre le niveau de développement et de croissance, qu’on lui connaît et reconnaît aujourd’hui, dans tous les domaines ou presque.</p>
<p>Voilà pourquoi, il ne suffit pas, aujourd’hui, de se rendre à l’évidence et de reconnaître à l’Occident cet exploit comme une réalité historique indiscutable, mais il faudrait, en plus, se résoudre à changer d’attitude mentale et intellectuelle en orientant le regard, cette fois-ci, vers  le côté positif des choses, et, en se disant que si cela a été possible pour la société occidentale, il n’y a pas de raison pour que ceci ne le soit pas  pour les autres sociétés, la société arabo-musulmane comprise. Cela étant dit, La modernité n’est pas et ne peut pas être exempte de reproches et de critiques ; raison pour laquelle il faudrait, pense-t-on, considérer cette modernité non comme un modèle à imiter ou copier à la lettre mais tout juste comme une source d’inspiration en gardant toujours à son égard une attitude critique et en observant les précautions requises pour la situation.</p>
<p><strong><em>Pour une autocritique sincère et constructive </em></strong></p>
<p>Dans ce qui a précédé, il a été dit qu’il était temps d’en finir avec les faux débats et les polémiques qui ne font plus sens, aujourd’hui, entre les occidentaux et les arabo-musulmans pour engager un dialogue véritable et authentique sur l’Islam et la Modernité. Mais, il y a un préalable dont on n’a pas encore parlé et par lequel il faudrait commencer avant d’envisager ce dialogue avec cet autre. C’est, avant tout, un dialogue franc et sincère avec soi-même, d’abord.</p>
<p>En effet, il s’agit pour le monde arabo-musulman de remettre  de l’ordre, avant toute chose, dans sa propre demeure, de faire preuve, ensuite, d’esprit critique, de discernement et de questionnement lucide sur ce qui s’est passé chez les autres, sur l’évolution du monde, sur ce qui s’y est produit et s’y produit encore aujourd’hui, sur l’incidence de tout cela sur ce monde arabo-musulman, en tant que religion, aire culturelle et civilisation, sur l’attitude qui doit être la sienne et surtout sur ce qu’il faudrait entreprendre aujourd’hui pour ne plus continuer à subir les effets ravageurs de cette crise endémique et structurelle dont il fait l’objet, depuis plusieurs siècles maintenant.</p>
<p>Le monde arabo-musulman a entériné sa défaite et sa reddition lorsqu’il a fini par souscrire et intérioriser la thèse, de ceux qui ne lui veulent pas forcément du bien, selon laquelle si le monde arabo-musulman a échoué à intégrer la modernité, la démocratie et d’autres choses de ce genre, sa culture, et sa propre culture seulement, qui en est la cause. Et à force d’avoir trop laissé dire et d’avoir trop écouté cela, il a abdiqué et renoncé à se battre vraiment pour laisser s’installer au fond de lui le sentiment, voire le complexe de l’échec et de « l’acte manqué », qui continuent, aujourd’hui, à le poursuivre dramatiquement. Mais quoi qu’il en soit, il ne faut pas croire que cette situation est le produit de la malédiction, la fatalité ou de la mauvaise fortune comme certains ont tendance à le répéter, le plus souvent à des desseins inavoués et pas toujours pour des motifs clairs et justifiés.</p>
<p>En réalité, ce n’est pas parce qu’on a échoué une fois, ou même plusieurs fois, que l’on est condamné à l’échec pour l’éternité. En effet, derrière un tout échec, comme toute réussite d’ailleurs, il y a des facteurs qu’il suffit d’identifier et d’analyser pour pouvoir expliquer et comprendre les raisons ayant conduit à ce résultat. Il s’agit donc de procéder à une analyse critique de ce qui pose problème.</p>
<p>C’est ce qui peut être proposé pour sortir de cette crise arabo-musulmane, sachant, pourrait-on rétorquer, que le diagnostic et l’analyse ont été déjà faits, plusieurs fois même et à différents moments de l’Histoire du monde arabo-musulman. Mais cela n’a pas abouti au résultat escompté faute des blocages multiples qui ont, à chaque fois, torpillé les efforts et tentatives effectuées pour dénouer cette situation. La chute de l’empire ottoman &#8211; qui a jeté  le monde arabo-musulman, en pâture, aux puissances européennes-, le colonialisme, le néocolonialisme, la guerre froide, sont peut-être des réalités historiques qui peuvent illustrer et étayer cette affirmation.</p>
<p>Mais tout cela, c’est de l’Histoire ancienne à présent car, le monde d’aujourd’hui a beaucoup changé, et ce changement a apporté avec lui de nouveaux éléments à cette analyse critique ou autocritique que le monde arabo-musulman est appelé à reprendre, avec, en perspective, la possibilité d’intégrer la modernité qui continue à lui échapper jusqu’à présent. Car, la question fatidique dont on ne peut plus faire, aujourd’hui, l’économie est celle de savoir pourquoi l’Islam a échoué là où d’autres pays musulmans, en Asie par exemple, ont pu se moderniser et se démocratiser. C’est pour dire, tout simplement, que si cela a été possible pour des non occidentaux, en l’occurrence des pays orientaux, relevant d’une aire géographique et culturelle proche de celle des pays arabo-musulmans, alors cela est également possible pour ces derniers.</p>
<p><strong><em>Pour une réformation authentique et réelle </em></strong></p>
<p>Si le principe d’une réformation authentique et réelle est acté comme étant une nécessité que l’on ne peut plus ajourner et une condition sine quo non au changement pour sortir de la crise, la question cruciale, à présent, pour le monde arabo-musulman, est de désigner clairement les domaines qui doivent être prioritairement réformés. Il s’agit probablement des domaines qui ont été déjà évoqués précédemment et qui constituent, pense-t-on, le cœur de la modernité que l’on considère, aujourd’hui, comme la panacée pour rompre avec toutes les formes de sous-développement et pour rattraper le temps perdu.</p>
<p>La religion, eu égard à l’intérêt capital qu’elle représente, particulièrement avec le contexte de la crise spirituelle qui sévit actuellement à travers le monde, se trouve à la tête des priorités des domaines qui appellent à être réformés de toute urgence. Cette réforme doit se pencher, tout d&rsquo;abord, sur deux éléments fondamentaux pour l’Islam et son histoire qui sont <em>la raison</em>, notamment son statut et sa place dans et par rapport à cette religion ; et <em>la jurisprudence</em>,<em> AI- ijtihad</em>, et sa réactivation. Ces deux concepts, suite à la mauvaise fortune qui a été la leur et à toutes les conséquences qui en ont découlé, méritent, à présent, d’être repensés et réhabilités et ce, dans le cadre d’un projet global visant l’examen des fondements mêmes de l’Islam ainsi que le renouvellement de la lecture du saint Coran.</p>
<p>Au terme de ce travail, il sera possible de redéfinir les rapports entre le <em>religieux</em> et les autres domaines, notamment <em>le politique</em>, sur des bases qui prennent en considération l’impératif d’adapter et d’harmoniser <em>le texte</em> avec <em>contexte</em>. Précisons tout de suite qu’il n’est nul besoin, par ailleurs, d’imiter ou tout faire comme l’Occident ; et là où ce dernier a choisi la rupture et l’exclusion de de la religion ; l’Islam pourrait donner une réponse créative en optant pour la continuité, plutôt que la discontinuité, entre lui, en tant que dimension spirituelle, et les autres dimensions de la société, mais sur la base d’une nouvelle synthèse conciliatrice.</p>
<p>Le même vent de réforme doit souffler  sur le domaine intellectuel, notamment en ce qui concerne la<em> tradition</em>, en tant que foi et croyances, dans son rapport à<em> la </em>raison, comme principe universel qui permet à l’homme de faire la différence entre le vrai et le faux, le bien et le mal. Cette réforme doit veiller à définir strictement la place et les limites de ces deux composantes dont chacune est aussi essentielle que l’autre pour l’islam en tant que système de pensées.</p>
<p>Les volets social et culturel ne peuvent pas se soustraire à cet élan réformiste, et doivent, par conséquent, faire l’objet d’un réexamen, en profondeur. Le but visé est de rendre possible, pour le premier, la mise en branle d’une dynamique capable de rendre les hommes, un tant soit peu, face à la communauté, des individus égaux et libres. Tandis que l’objectif, pour le second, est de soutenir l’effort visant à relativiser les particularismes inhérents aux civilisations et aux cultures des différents peuples à travers la planète (mais sans pour autant renoncer au droit à la différence), en vue de promouvoir et de cultiver une conception plus universaliste et cosmopolite de la civilisation ; mais sans non plus tomber dans les excès auxquels l’Occident a été conduit au nom de la liberté et de l’individualisme qui de plus en plus critiqués au sein de la société occidentale elle-même.</p>
<p>Quant à la réforme du domaine politique, elle est de loin celle qui doit requérir le plus grand intérêt et une attention toute particulière, attendu que du domaine politique, en tant que pouvoir incarnant l’autorité de l’État, dépendent tout le reste de la société en tant que tout. La réforme, pour être en phase avec l’air du temps, avec cette composante de la modernité qui est la <em>liberté</em>, doit orienter le domaine politique vers davantage d’ouverture en vue d’en finir, à terme, avec l’État autoritaire et d’instaurer un État de droit et la démocratie. Il ne s’agit pas, une fois encore, pour le monde arabo-musulman de faire un copier-coller de la démocratie à l’occidentale, mais d’être suffisamment perspicace et imaginatif pour inventer une formule démocratique qui soit en harmonie avec les multiples et divers paramètres qui déterminent ce monde. Ailleurs, des pays, de confession musulmane, ont réussi le pari de la démocratie. Pourquoi la même chose ne serait pas possible pour le monde arabo-musulman. Est-ce que c’est trop demandé ?</p>
<p>Enfin, le volet économique, dont l’importance n’est pas moins égale que celle du volet politique, requiert une réforme qui soit en mesure de mettre en place un système économique débarrassé de certains archaïsmes- l’économie de rente &#8211; qui relèvent d’un autre âge. Un système économique qui puisse s’inspirer des valeurs fondatrices de l’Islam et la démocratie occidentale toute à la fois. Ces valeurs qui sont, pour l’essentiel, la liberté d’entreprendre, l’égalité des chances, l’équité et la justesse, sont de nature à rejaillir positivement sur la société en y consacrant les principes de la justice et de la cohésion sociales. Ces deux principes sont les deux vertus qui font défaut au monde d’aujourd’hui en raison des dérives graves et dangereuses du néolibéralisme et dont les conséquences seront, à non point douter, désastreuses pour l’humanité entière.</p>
<p>En dernier ressort, le temps est venu pour le monde arabo-musulman de se libérer du joug du conditionnement intellectuel et idéologique dans lequel il s’est fourvoyé en croyant dur comme fer que l’islam serait incompatible avec la modernité et que, par conséquent, le pari sur cette modernité serait immanquablement voué à l’échec. Les discours qui ont essaimé et rivalisé autour de la question de l’islam et la modernité ont fait plus de mal qu’autre chose et ont fini par installer au sein de l’imaginaire arabo-musulman une grande fébrilité pour ne pas dire un complexe d’infériorité, exactement comme le raconte la parabole du guerrier qui se voit déjà vaincu avant même d’avoir livrer bataille.</p>
<p>Cependant, la vraie bataille que le monde arabo-musulman est sommé d’engager est d’ordre psychologique puisque c’est contre lui-même qu’il doit la livrer : se regarder lucidement en face tel qu’il est, regarder ses forces et ses faiblesses, ses atouts et les risques et les dangers qui le guettent et qui peuvent causer sa perte. Cette lucidité sur soi-même est le préalable, le premier pas vers la guérison de cette paralysie et cette torpeur qui l’empêchent d’agir, d’aller jusqu’au bout de ce qu’il fait, pour lui permettre de se redresser et se remettre debout, pour ne pas rester par terre et se faire piétiner. Cela est, sans doute, plus difficile à dire qu’à faire, mais cela n’est pas impossible. Et il faudrait vraiment le vouloir pour pouvoir le faire par la suite.</p>
<p>En règle générale, la vie ici-bas se présente comme une multitude de possibilités et de choix ; et tout choix est par définition un renoncement mais, en même temps, l’acceptation des sacrifices que l’on doit être disposé à consentir pour pouvoir l’assumer pleinement. En termes plus clairs, si le monde arabo-musulman opte pour cette invention occidentale singulière qu’est la modernité, il faudrait aussi qu’il puisse être en mesure de porter ce choix, et, surtout, de savoir ce que cela implique exactement pour avoir la possibilité d’agir en conséquence.</p>
<p>Certes, l’Occident n’est ni un ange ni un enfant de cœur ; mais il n’est pas non plus le diable, dans tout ce qu’il a d’horrible et de maléfique. En Occident, il n’y a pas que les mauvaises choses, il y a aussi les bonnes choses. C’est sur la partie pleine du verre qu’il faudrait, à présent, porter le regard plutôt que sur la partie vide. C’est peut-être ainsi et de cette façon seulement qu’il serait possible de sélectionner et prendre ce qui est positif et utile et qui peut aider à résoudre les problèmes consécutifs à la crise à quelle le monde arabo-musulman est confronté, depuis fort longtemps. Cela est et reste de l’ordre du possible et du faisable, malgré tout ce que disent, par ailleurs, les mauvaises langues et les esprits défaitistes et malveillants.</p>
<p>Finalement, il ne s’agit, pour une possible alliance entre l’Islam et la Modernité, ni de vendre son âme, ni pactiser avec le diable, et encore moins de se délester de sa culture et de son identité. L’expérience de l’intégration de la modernité par le Japon, l’Inde, la Chine et d’autres pays de l’Asie, n’est ni un fantasme ni une simple extravagance, mais bien une réalité concrète et en même temps une bonne source d’inspiration pour le monde arabo-musulman.</p>
<p><strong>*Universitaire et Analyste Politique</strong></p>
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