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	<title>​Mémoires d&rsquo;un enfant de Guercif &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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	<title>​Mémoires d&rsquo;un enfant de Guercif &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Les Ports de la vie. Mémoires d’un enfant de Guercif (Épilogue)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204876</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 13:54:30 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Les Racines de ma lumière. Ils ne sont plus. Mon père. Ma mère. Mon frère Nasser. Le silence a pris leur place à la table des souvenirs, mais leur présence, elle, ne m’a jamais quitté. Je suis l’œuvre de leurs sacrifices invisibles, la moisson patiente de leurs veilles, la réponse tardive à &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Les Racines de ma lumière.</p>
<p>Ils ne sont plus.<br />
Mon père.<br />
Ma mère.<br />
Mon frère Nasser.</p>
<p>Le silence a pris leur place à la table des souvenirs, mais leur présence, elle, ne m’a jamais quitté.</p>
<p>Je suis l’œuvre de leurs sacrifices invisibles, la moisson patiente de leurs veilles, la réponse tardive à leurs prières murmurées dans la pénombre des soirs difficiles. Si aujourd’hui je tiens debout, c’est parce que leurs mains m’ont porté lorsque mes jambes d’enfant tremblaient.</p>
<p>Ma mère fut la première école avant l’école. Dans la modestie de notre foyer, elle voyait déjà plus loin que les murs. Elle savait, avec l’instinct des femmes de lumière, que le savoir serait mon viatique. Sans elle, jamais je n’aurais franchi le seuil d’une salle de classe. Elle n’avait peut-être pas les diplômes, mais elle possédait la science du courage et l’intelligence du renoncement. Chaque cahier acheté était un sacrifice silencieux ; chaque rentrée scolaire, une victoire sur le manque.</p>
<p>Mon père, lui, était la muraille contre l’adversité. Il portait sur ses épaules le poids de neuf bouches à nourrir, neuf enfances à préserver du dénuement. Dans les hivers rudes de Guercif, quand le froid mordait la terre et les corps, il était la chaleur qui refusait de s’éteindre. Il travaillait sans plainte, avec cette dignité austère des hommes qui ne parlent pas beaucoup mais qui tiennent bon.</p>
<p>Et Nasser… mon frère. Compagnon d’ombre et de soleil. Il partageait le pain, les rêves et les silences. Il fut, avec mon père, le rempart contre la faim, contre l’humiliation, contre cette pauvreté qui cherche à briser les volontés. Grâce à eux, nous n’avons pas connu la famine. Grâce à eux, nos hivers n’ont pas été des hivers de détresse. Ils ont transformé la pénurie en résistance, la fragilité en force intérieure.</p>
<p>Nous étions pauvres, oui. Mais jamais abandonnés</p>
<p>Puis vint l’école. Les marches franchies une à une, les années accumulées comme des pierres posées avec patience. Le baccalauréat fut plus qu’un diplôme : il fut une délivrance, une promesse tenue à ceux qui avaient cru avant moi. Il ouvrit les portes de la fonction publique, puis celles de l’université. Et à peine l’âge adulte atteint, je pouvais enfin prendre la relève. Non pour m’élever seul, mais pour élever les miens. Pour dire adieu, définitivement, à cette misère qui avait si longtemps serré notre famille dans son étau.</p>
<p>Ce jour-là, ce n’était pas seulement ma réussite.</p>
<p>C’était la leur.</p>
<p>Aujourd’hui, je ne pleure pas seulement l’absence. Je célèbre l’héritage. Je ne me souviens pas pour me lamenter, mais pour rendre grâce. Leur vie n’a pas été vaine. Elle a fleuri en moi.</p>
<p>Papa, maman, frérot Nasser chéris,</p>
<p>que Dieu vous accueille dans Sa Sainte Miséricorde.</p>
<p>Que vos âmes reposent en paix.</p>
<p>Je ne vous hais point. Comment le pourrais-je ?</p>
<p>Je vous dois tout.</p>
<p>Et tant que je respire, votre combat continue à travers moi.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la Vie (23). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204766</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 10:29:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le bus démarre dans un râle familier. Tu es assis près de la vitre, le front presque collé au verre froid. La route se déroule lentement, comme si elle savait que ce voyage-là n’est pas un simple déplacement, mais une traversée de la mémoire. Le moteur vibre, et avec lui remontent les &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Le bus démarre dans un râle familier.</p>
<p>Tu es assis près de la vitre, le front presque collé au verre froid. La route se déroule lentement, comme si elle savait que ce voyage-là n’est pas un simple déplacement, mais une traversée de la mémoire. Le moteur vibre, et avec lui remontent les visages, les dates, les choix que tu n’as jamais écrits mais que tu as vécus jusqu’à l’os.</p>
<p>Tu te demandes, une fois encore — peut-être pour la dernière fois — et si… Et si, après le 7 septembre 1971, après la chute du pilier, tu avais choisi la facilité de la fuite ? Et si, comme Ayad, tu avais pris le large, vivant ta vie à l’écart, laissant derrière toi une mère encore jeune, des frères, une sœur, et l’ombre immense de l’absence paternelle ?</p>
<p>Mais tu sais déjà la réponse. Tu l’as sue très tôt, presque instinctivement : rester. Tenir. Ne pas rompre le cercle. Car avant même que tu ne choisisses de rester, elle, ta mère, avait déjà choisi.</p>
<p>À quarante ans à peine, veuve trop tôt, elle aurait pu se résigner, se disperser, vous confier au hasard des proches ou au verdict cruel de la pauvreté. Elle n’en fit rien. Elle resta debout, droite dans la tempête, rassemblant autour d’elle ses enfants comme une poule protège ses poussins lorsque l’orage gronde.</p>
<p>Elle ne vous a jamais abandonnés à votre sort.</p>
<p>Elle vous a couvés — tous — avec une vigilance de chaque instant, une patience faite de renoncements silencieux et de nuits sans sommeil. Elle porta seule le poids du deuil, de l’incertitude et de la peur de l’avenir, sans jamais vous en transmettre l’amertume. Sa résistance ne fut ni bruyante ni héroïque au sens spectaculaire du terme ; elle fut quotidienne, obstinée, enracinée dans la conviction que ses enfants ne seraient pas livrés à la dérive.</p>
<p>Et parmi ses poussins, il y en eut un qu’elle prit très tôt par la main.</p>
<p>En octobre 1958, elle t’inscrivit elle-même à l’école moderne, convaincue, avant tout le monde peut-être, que le salut passerait par là. Ce geste, apparemment banal, fut en réalité un acte de foi immense : celui d’une femme qui pariait sur le savoir comme rempart contre la misère et sur l’école comme planche de salut pour toute une fratrie.</p>
<p>Rester, pour toi, ce fut prolonger ce choix initial. Ce fut refuser l’éclatement que le destin semblait vous imposer. Ce fut empêcher que la misère, cette bête patiente, n’ouvre grand ses mâchoires sur votre foyer. Ta mère, malgré sa jeunesse encore intacte, ne chercha jamais à refaire sa vie ailleurs. Elle avait fait un autre serment : vous mener tous, un à un, jusqu’à la rive.</p>
<p>Nasser aurait pu se marier.</p>
<p>Toi, dès octobre 1973, à dix-neuf ans à peine, tu étais prêt à voler seul, enseignant fraîchement nommé, avenir ouvert devant toi. Mais à cet âge où d’autres pensent d’abord à eux-mêmes, tu étais déjà façonné pour jouer ton rôle — non par hasard, mais par transmission. Tu étais prêt à assumer, comme il se doit, cette mission presque sacrée de sauveur des siens, que ta mère avait patiemment préparée sans jamais la nommer.</p>
<p>Rien de cela n’est arrivé par rupture.</p>
<p>Parce que rester ensemble était un serment silencieux, d’abord forgé par elle, puis repris par toi. Vous avez connu la dureté des jours sans promesses. La pauvreté atténuée autrefois par la présence du père, puis tenue à distance par la dignité inflexible de ta mère, par les petits salaires arrachés par Nasser dans les cafés du village, à l’hôtel et au restaurant des voyageurs, par tes propres efforts, ces petits boulots menés de front avec les études, sans plainte, sans mise en scène.</p>
<p>Tu avances dans la vie comme on avance dans une rivière froide : pas à pas, sans faux mouvement.</p>
<p>Puis, lentement, presque imperceptiblement, la situation s’améliore.</p>
<p>Ton salaire d’enseignant devient un socle. Tu débutes instituteur stagiaire, chargé des sciences naturelles au collège de Guercif, et tu termines professeur formateur, responsable de jeunes adultes déjà diplômés, que tu aides à devenir à leur tour professeurs au Centre Pédagogique Régional de Meknès. Entre ces deux rives, une vie de labeur, de constance, de responsabilité — celle d’un père sans enfants, mais avec toute une fratrie à protéger.</p>
<p>Tu regardes les tiens avancer.</p>
<p>Miloud et Abdellah entrent dans les Forces auxiliaires.</p>
<p>Karima fonde son foyer en France.</p>
<p>Hassan trouve sa place à la mairie de Meknès.</p>
<p>Noureddine réussit dans le commerce.</p>
<p>Nasser, toujours là, fidèle comme une ombre bienveillante, ne manque de rien — sauf du temps que la mort lui prendra en 2008, après avoir déjà emporté votre mère en décembre 1999. Par conviction, il n’a jamais voulu se marier, comme s’il avait fait de la fraternité un engagement définitif.</p>
<p>Aujourd’hui, presque tous ont fondé leur famille. Trois enfants chacun, ou quatre pour Karima, avec Saïd l’aîné, lui-même père de trois filles. La vie s’est ramifiée, enrichie, multipliée.</p>
<p>Et toi, avec le recul, tu mesures enfin le poids — et la valeur — de ce que tu as été : un bailleur de fonds, oui, mais surtout un gardien de cap, dans la continuité de cette femme qui, la première, refusa l’abandon.</p>
<p>Vingt-huit années de veuvage pour ta mère, une fratrie entière à maintenir debout, jusqu’à ce que chacun puisse voler de ses propres ailes.</p>
<p>Tu as aujourd’hui soixante-douze ans.</p>
<p>Pas de regret. Pas de culpabilité. Seulement cette fierté calme, grave, presque pudique, d’avoir tenu quand il fallait tenir. D’avoir empêché l’enfer de la misère de déployer toutes ses couleurs sur les tiens. Tu remercies Dieu, encore et toujours, de t’avoir montré la voie — souvent à travers le courage silencieux de ta mère.</p>
<p>Le bus ralentit.</p>
<p>La vitre renvoie ton reflet : un visage marqué, mais apaisé. Le moteur se tait peu à peu. Le voyage touche à sa fin.<br />
Tu descends.</p>
<p>Derrière toi, la route. Devant toi, le silence habité d’une vie accomplie.</p>
<p>Et dans ce dernier port, tu le sais : tu n’as pas seulement traversé la vie — tu l’as portée, comme elle t’a porté.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la Vie (22). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954–2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204508</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 15:24:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le début : la vibration du moteur. Tu es assis près de la fenêtre, le front appuyé contre la vitre froide. Le bus s’ébranle dans un grondement sourd et quitte la gare pour s’engager sur la route nationale. Dehors, les paysages défilent comme les pages d’un livre dont le dernier chapitre reste &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Le début : la vibration du moteur.</p>
<p>Tu es assis près de la fenêtre, le front appuyé contre la vitre froide.</p>
<p>Le bus s’ébranle dans un grondement sourd et quitte la gare pour s’engager sur la route nationale. Dehors, les paysages défilent comme les pages d’un livre dont le dernier chapitre reste à écrire.</p>
<p>Le balancement monotone du bus n’endort pas le corps : il réveille la mémoire. Peu à peu, un visage remonte à la surface, un visage longtemps aimé ; une présence qui fut l’ancre de ton enfance et le phare de ta jeunesse : ton frère Nasser.</p>
<p>Nasser : l’ange gardien et le cœur de la maison</p>
<p>Tu te souviens des années de cendre, lorsque la pauvreté rongeait le quotidien de la famille à Guercif. Au milieu de ce dénuement, Nasser tenait debout, discret et solide, tel un mur silencieux recevant les chocs pour protéger les autres.</p>
<p>Tu l’as rarement nommé dans les chapitres précédents, non par oubli, mais parce que tu savais que parler de Nasser exigeait un espace à part, un souffle plus long, un chapitre à la hauteur de ce qu’il a porté pour vous tous : pour votre mère, pour Karima, pour Miloud, Abdellah, Hassan et Nourredine.</p>
<p>Tu le revois lorsque tu étais collégien à Guercif, allant le retrouver au café Al 3achi, en plein froid ou sous la chaleur écrasante. Il te tendait un verre de thé à la menthe ou un café au lait, comme on offre une chaleur plus qu’une boisson.</p>
<p>Tu te souviens aussi de ses journées à l&rsquo;hôtel et restaurant des voyageurs, chez Monsieur Gaunet et son épouse, et de ses retours nocturnes, réveillant la maisonnée pour partager avec vous les plats préparés par Tonton Moussa, le cuisinier de M. et Mme Gaunet.</p>
<p>Et puis ces instants simples avec votre père, au café El Hadj Ali, avant de passer chez Hammadi savourer une « harira » et des « maakouda » au goût inaltérable.</p>
<p>Le renoncement de soi… et l’ombre de l’absence</p>
<p>Lorsque vous avez quitté Guercif pour Khémisset, puis Meknès après que tu étais devenu professeur de français, Nasser est resté le pilier qui ne fléchit pas.</p>
<p>Quand la douleur de sa jambe gauche s’est aggravée et que les médecins de l’hôpital Mohammed V de Meknès ont dû l’amputer au niveau de la cuisse, vous avez cru que l’épreuve était à son comble. Mais, fidèle à lui-même, Nasser en a allégé le poids pour vous plus qu’il ne l’a porté pour lui.</p>
<p>Malgré un corps éprouvé, il est resté présent, attentif, veillant sur la sérénité de la famille, surtout durant tes absences pour les études ou le travail en France pendant les vacances d’été.</p>
<p>Il fut ce père qui ne s’est jamais retiré après la mort de votre père, le 7 septembre 1971. Là où ton frère Ayyad a suivi sa propre vie familiale, Nasser a choisi de rester seul, pour être à vous tous.</p>
<p>Dans les replis de cette vie offerte aux autres, la cigarette était là.</p>
<p>Ni excès, ni fuite tapageuse, mais une pause fragile face au poids des jours. Il la tenait comme on s’accorde un instant de silence, un souffle de répit dans une existence sans répit. Nul ne savait alors que cette fumée tranquille raccourcissait le temps.</p>
<p>Lorsqu’il s’est éteint, un peu après la soixantaine, la mort ne fut pas brutale : elle fut douloureusement pleine.<br />
Nasser est parti, laissant derrière lui un vide sans nom et une profonde amertume dans le cœur de ceux qu’il aimait et qui l’aimaient. Dès lors, le tabac est devenu, dans ta mémoire, non plus une habitude, mais un signe de séparation, un voleur silencieux d’années possibles.</p>
<p>Il s’est éteint en 2007, dans le silence des grands, laissant derrière lui une dette de gratitude que le temps n’efface pas.</p>
<p>La fin : le souffle des freins</p>
<p>Le sifflement des freins pneumatiques te tire de ta rêverie.</p>
<p>Le bus ralentit, ses roues écrasent le gravier du trottoir.</p>
<p>Tu te redresses, resserres ton manteau. Autour de toi, les passagers s’animent dans un bruit familier. Tu jettes un dernier regard par la fenêtre, vers la route qui s’éloigne derrière toi.</p>
<p>Puis tu descends du bus, portant avec toi la mémoire de Nasser, une tristesse calme et une gratitude intacte… prêt à marcher vers le prochain port de ta vie.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ponts de la Vie (21). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954 – 2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204413</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 09:59:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le Départ : La Vibration du Moteur Tu es assis près de la vitre, le front appuyé contre le verre froid. Le bus s’ébranle dans un gémissement sourd, quittant le garage، pour s’engager sur la route nationale. Derrière la vitre, les paysages défilent comme les pages d’un livre que tu n’as jamais &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-204204" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khoukhus6.jpeg" alt="" width="289" height="174" /></p>
<p>Le Départ : La Vibration du Moteur</p>
<p>Tu es assis près de la vitre, le front appuyé contre le verre froid. Le bus s’ébranle dans un gémissement sourd, quittant le garage، pour s’engager sur la route nationale. Derrière la vitre, les paysages défilent comme les pages d’un livre que tu n’as jamais fini d’écrire. Le balancement régulier du véhicule t’emporte dans une profonde rêverie ; tes pensées ne sont plus ici, elles flottent désormais entre les souvenirs d’un enfant qui étudiait à la lueur d’une bougie et une actualité marocaine brûlante qui déchire les cœurs en ce début de l’année 2026.</p>
<p>La Ferveur des Rues de Rabat</p>
<p>Ta mémoire te ramène aussitôt à décembre 2022. Même si tu as suivi les matchs depuis Meknès, c’est l’image de Rabat qui envahit ton esprit. Tu revois cette foule immense, une ville littéralement noyée dans un océan de drapeaux rouges. Tu ressens encore la chaleur des corps serrés le long des avenues, de l’aéroport de Rabat-Salé jusqu’aux remparts de la capitale impériale.</p>
<p>C’était une épopée inoubliable : le bus à impériale des Lions de l’Atlas avançait au pas, fendant des centaines de milliers de citoyens en transe. Tu te souviens des cris, des larmes, et de ce sentiment rare d’unité nationale que tu n’avais jamais connu avec une telle intensité. Là, Walid Regragui était debout, saluant un peuple qu’il avait rendu fier après avoir terrassé la Belgique, l’Espagne et le Portugal.</p>
<p>Le Sacre des Mamans au Palais Royal</p>
<p>Puis le récit atteint son apogée au Palais Royal. Sous les ors de la salle du Trône, tu assistes à une scène qui bouleverse tes repères : Sa Majesté le Roi Mohammed VI, entouré du Prince Héritier Moulay Hassan et du Prince Moulay Rachid, reçoit les héros du Mondial du Qatar.</p>
<p>Mais ce qui te touche au plus profond, c’est la présence des mamans. Tu vois ces femmes, humbles et dignes, prendre place aux côtés de leurs fils devant le Souverain. Toi, qui gardes encore en mémoire le visage de ta propre mère à Guercif, veillant sur tes études nocturnes, tu ressens dans cette image une réparation historique. Voir le Maroc honorer le sacrifice maternel au sommet de l’État est le plus beau message : la réussite n’a de sens que si elle rend hommage à ses racines.</p>
<p>La Mémoire du Bâtisseur et l’Ingratitude du Présent</p>
<p>Mais cette lumière se heurte aujourd’hui à une obscurité cruelle. Comment le même homme qui a conduit les Lions jusqu’à la réception royale peut-il devenir, en 2026, la cible de l’ingratitude ? Tu ne peux effacer de ta mémoire les péripéties de cette finale douloureuse face au Sénégal, au complexe Moulay Abdallah : la tension extrême, le penalty manqué de Brahim Diaz, le chaos dans les tribunes et les provocations qui ont gâché la fête.</p>
<p>Tu sais que la foule oublie vite. Elle oublie que Walid a hissé le Maroc au rang des géants, qu’il a éliminé avec autorité les grandes puissances du continent, de l’Égypte à la Côte d’Ivoire. Pour toi, Walid est ce « pont » qui a relié les rêves d’un enfant de Guercif à la reconnaissance internationale. Le mépriser parce qu’un trophée a échappé à ses mains, c’est renier la lumière qu’il a allumée dans le cœur de chaque Marocain.</p>
<p>Tu replonges alors dans ton enfance : toi, l’aîné de la famille Khoukhchani, triant les tomates au souk ou huilant les chaînes de vélos chez Ahmed « Ciclisse ». Tu sais ce que signifie bâtir, et tu sais combien une vie entière de labeur peut être jugée sur un seul instant. Pour Walid, cet instant fut un penalty ou un désordre dont il n’était pas maître. Pour toi, c’est le symbole d’une société qui cherche un coupable plutôt qu’un sens.</p>
<p>Tu aimerais crier aux détracteurs : « Regardez le pont, pas la poussière sur le tablier ! »</p>
<p>Car Walid, c’est un peu toi, c’est un peu nous tous : un enfant du pays qui a réussi par la “niyya” et le travail, et que l’on veut abattre dès que la chance tourne. Tu écris ces lignes non pour flatter, mais pour protéger. Le pardon, à tes yeux, n’est pas une faiblesse : c’est la marque des grands. Walid a conquis un respect éternel, bien au-delà d’un simple trophée.</p>
<p>Le Terminus : Le Souffle du Frein</p>
<p>Le sifflement des freins à air te tire de ta rêverie. Le bus ralentit, ses pneus écrasant les gravillons de l’accotement. Tu redresses ton buste, ajustes ton manteau sur tes épaules. Autour de toi, les passagers s’agitent, récupérant leurs bagages dans un brouhaha familier. Tu jettes un dernier regard par la fenêtre vers la route qui s’étire derrière vous.</p>
<p>Tu te lèves. Tu avances d’un pas calme et assuré. Tu descends les marches du bus, emportant avec toi ce mélange de souvenirs d’enfance et de révolte d’adulte, prêt à franchir le prochain pont de ta vie.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>Les Ports de la vie (20). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954 – 2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204319</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 08:33:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Quand le militantisme était une valeur… et quand la position est devenue une finalité. Lorsque tu montes dans le bus, par un matin qui ressemble aux crépuscules tardifs de la vie, et que tu t’installes près de la fenêtre, tu n’es pas vraiment en route vers un lieu précis. Tu es surtout &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Quand le militantisme était une valeur… et quand la position est devenue une finalité.</p>
<p>Lorsque tu montes dans le bus, par un matin qui ressemble aux crépuscules tardifs de la vie, et que tu t’installes près de la fenêtre, tu n’es pas vraiment en route vers un lieu précis. Tu es surtout en chemin vers toi-même. Le bus tremble, et avec lui la mémoire. Le temps te ramène aux commencements, non par nostalgie d’un passé révolu, mais parce que le présent t’impose la comparaison et te somme de rendre des comptes.</p>
<p>Tu te souviens du Parti du Progrès et du Socialisme tel que tu l’as connu à ses débuts, et non tel qu’il sera plus tard présenté. Un parti dont on ne franchissait pas le seuil à la recherche d’un poste, et dont le nom était indissociable de la prison, de l’exil ou du procès.</p>
<p>Depuis sa naissance première, en novembre 1943, sous l’appellation de Parti communiste marocain, y adhérer n’a jamais été une promenade politique ni une aventure passagère, mais un choix éthique coûteux, payé en liberté, en stabilité, et parfois même en vie.</p>
<p>Tu n’as pas vécu cette période, mais tu l’as connue comme on connaît une vérité acquise. Tu l’as lue, fouillée, reconstituée dans les ouvrages consacrés à l’histoire contemporaine du Maroc. Tu sais comment, sous le Protectorat, les militants étaient traqués, arrêtés, exilés, pour la seule raison qu’ils croyaient que la justice sociale n’était pas un luxe intellectuel, mais un droit à conquérir.</p>
<p>Après l’indépendance, l’équation ne changea guère. Le grand militant Abdelkrim Ben Abdallah fut assassiné. Le parti fut interdit, ses dirigeants arrêtés, sa presse réduite au silence. S’ouvrirent alors de longues années de mutisme forcé et de travail clandestin.</p>
<p>Tu te rappelles cette période où le parti demeura interdit jusqu’en 1968, avant de renaître sous le nom de Parti de la Libération et du Socialisme, pour se voir retirer à nouveau sa légalité.</p>
<p>Ce n’est qu’en 1976 qu’il fut officiellement reconnu sous son appellation actuelle : Parti du Progrès et du Socialisme, dans le contexte du dégel politique consécutif au succès de la Marche verte de 1975, alors que le Maroc avait un besoin vital de stabilité et de consensus national autour de sa cause première : la récupération du Sahara.</p>
<p>Malgré la répression et les interdictions, le découragement ne prit jamais le dessus. À travers tes lectures et les témoignages recueillis, tu voyais des militants soudés, unis non par l’espoir d’un siège parlementaire ou d’un portefeuille ministériel, mais par une foi commune dans une cause et dans la valeur du combat en soi.</p>
<p>Lorsque le parti fut autorisé à participer aux élections, les résultats restèrent modestes : quelques sièges communaux en 1976, un seul siège parlementaire en 1977. Pourtant, le parti demeurait uni autour de son dirigeant historique, Ali Yata. Le leadership n’était pas contesté, les structures n’étaient pas des champs de bataille. Les divergences existaient, certes, mais elles ne rompaient ni la camaraderie ni l’unité.</p>
<p>En 1977, tu entras toi-même en politique par sa porte la plus concrète. Tu te trouvais alors à Khémisset, professeur de français, lorsque tu fis tiennes, par conviction et non par calcul, les idées et les valeurs du Parti du Progrès et du Socialisme. Tu te portas volontaire pour participer à la campagne électorale aux côtés du candidat du parti aux législatives, le camarade H. Idriss. Il ne fut pas élu, et cela n’avait rien de surprenant : le parti n’inspirait pas encore confiance aux autorités chargées de superviser les élections. Mais, pour toi, la décision était prise : ce parti serait le tien.</p>
<p>À ton arrivée à Meknès comme enseignant au collège Al-Bassatine, tu rejoignis officiellement le parti. En 1979, tu devins premier secrétaire de la section locale d’Al-Bassatine et membre du bureau provincial de Meknès. Au début des années quatre-vingt, tu fus élu membre du Comité central, fonction que tu exerceras jusqu’en 2006, date à laquelle le Comité central issu du Congrès National t’élirait membre du Bureau Politique, alors dirigé par le professeur Ismaïl Alaoui.</p>
<p>Auparavant, tu avais été de 2003 à 2009, avec sept autres camarades, membre du conseil municipal de la ville de Meknès et président de la commission communication et information du conseil régional de Meknès–Tafilalet, présidé à l’époque par M. Chbaâtou, du parti de l’Union Socialiste des Forces Populaires. Tu étais en même temps premier secrétaire provincial à Meknès et correspondant de l&rsquo;organe de presse francophone du PPS, Al Bayane.<br />
Toutes ces responsabilités faisaient que tu t’endormais avec la politique et te réveillais avec elle.</p>
<p>Mais la vie ne se réduisait pas à la politique. En août 1992, tu t’es marié. À la fin de l’année 1997, tu étais père de trois enfants : deux filles et un garçon. Les responsabilités étaient lourdes, le temps compté. Le temps consacré à la politique, aux affaires publiques et aux causes citoyennes dévorait celui que tu aurais dû offrir à ta petite famille.</p>
<p>À la fin de l’année 1999, tu perdis celle qui avait été pour toi à la fois un rempart et un repère. Ta mère qui t’accordait son soutien silencieux et qui craignait pour toi, de toutes ses forces, face aux risques que ton engagement politique pouvait te faire courir.</p>
<p>Cette période t’enseigna une leçon sévère : nombre de ceux que tu avais connus par la politique, et auxquels tu avais rendu d’innombrables services, se révélèrent ingrats, sans reconnaissance. La famille, en revanche, même lorsqu’elle t’en voulait pour ton absence, t’accueillait à ton retour les bras ouverts et reconnaissait tout ce que tu avais fait pour elle, ne serait-ce que par un sourire après une longue absence.</p>
<p>À l’approche du cinquième congrès du parti, en 1995, tu sentis qu’un changement s’opérait. La question n’était plus seulement : comment lutter ? mais : qui dirige ? qui avance ? Le conflit autour du poste de secrétaire général s’intensifia entre une jeune génération revendiquant le renouvellement et un courant plus attaché à l’expérience organisationnelle. Malgré le renouvellement de la confiance accordée à Ali Yata, tu compris que la fissure était là, et que la logique des positions commençait à s’infiltrer dans un parti qui ne l’avait jamais connue.</p>
<p>Alors que l&rsquo;heure du gouvernement d’alternance était sur le point de sonner, ce moment historique dans son principe, mais aussi le début d’une phase troublée. Des militants et des parlementaires firent scission, des camarades quittèrent les rangs alors qu’ils occupaient, peu auparavant, des positions de premier plan. Le parti entra dans le gouvernement Abderrahmane Youssoufi au sein d’un attelage hétéroclite. Les secousses internes s’intensifièrent avec la participation gouvernementale. Même après le décès d’Ali Yata, en août 1998, et l’accession d’Ismaïl Alaoui au secrétariat général, les conflits ne s’apaisèrent pas ; ils prirent d’autres formes, parfois au nom du débat idéologique, parfois sous couvert de « rectification ».</p>
<p>Après ton départ volontaire de l’enseignement en octobre 2005, d’autres responsabilités s’imposèrent à toi. De janvier 2007 à mai 2009, tu exerças comme journaliste professionnel, supervisant une page hebdomadaire consacrée à l’actualité politique et culturelle de Meknès, ainsi qu’aux dysfonctionnements de la gestion des conseils élus et des administrations publiques.</p>
<p>De mai 2009 à 2012, tu fus coordinateur général du complexe social Ibtissama, supervisant quatre unités : une première dédiée aux femmes en situation difficile, une deuxième à la protection de l’enfance, une troisième à l’accompagnement des mères célibataires et au suivi des enfants en situation de rue, et une quatrième consacrée aux activités diurnes en faveur des personnes âgées.</p>
<p>De 2013 à 2016, tu rejoignis le ministère de l’Emploi et des Affaires sociales en tant que conseiller du ministre, puis chef de son cabinet.</p>
<p>Aujourd’hui, en écrivant ces lignes, toujours assis dans ce même bus, tu t’interroges : pourquoi le parti était-il plus soudé lorsqu’il était assiégé ? Et pourquoi s’est-il fragmenté à mesure qu’il se rapprochait des centres de décision ?</p>
<p>Tu arrives, sans amertume mais avec lucidité, à la conclusion que le parti a perdu une part de son âme lorsque la logique de la gestion a supplanté celle du combat, et lorsque la position a parfois pris le pas sur la conviction.<br />
Lorsque tu descends enfin du bus, tu comprends que tu n’es pas arrivé au terme du chemin, mais à un nouveau port parmi les ports de la vie. Tu n’écris ni pour dénoncer ni pour te justifier, mais pour rappeler. Car la mémoire est une forme de résistance, et parce que les partis, comme les hommes, se mesurent à ce qu’ils ont défendu lorsque le prix était élevé, et non à ce qu’ils ont récolté lorsque la route est devenue confortable.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les ports de la vie (18). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204215</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Feb 2026 12:28:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Tu es assis dans un bus. Le moteur gronde doucement, comme une respiration ancienne. Tu ne sais pas vraiment où il va, ni quand le voyage prendra fin. Les vitres défilent des paysages qui ressemblent à ta vie : parfois nets, parfois brouillés. Tu avances, simplement. Écrire ta vie en avançant a &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-204204" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khoukhus6.jpeg" alt="" width="289" height="174" /></p>
<p>Tu es assis dans un bus.</p>
<p>Le moteur gronde doucement, comme une respiration ancienne. Tu ne sais pas vraiment où il va, ni quand le voyage prendra fin. Les vitres défilent des paysages qui ressemblent à ta vie : parfois nets, parfois brouillés. Tu avances, simplement. Écrire ta vie en avançant a toujours été ton crédo. Reculer ne t’a jamais tenté. Tu as appris très tôt que les ports de la vie ne sont pas faits pour l’ancrage éternel, mais pour les départs successifs.</p>
<p>Tu n’as jamais été épargné. Les obstacles n’étaient pas des accidents : ils étaient souvent dressés exprès sur ta route. Pourtant, tu les as franchis. Les épreuves, même les plus dures, tu les as traversées sans fracas, avec cette dignité silencieuse qui ne demande ni applaudissements ni compassion.</p>
<p>Ta première année d’agrégation à Meknès touchait à sa fin quand le hasard — ce vieux complice — décida d’intervenir à nouveau. Tu la revis. Une apparition inattendue, presque irréelle. Un café. Les Nations. Tu cherchais une chaise libre pour rejoindre des amis fraîchement arrivés, dans ce lieu animé par les élèves-professeurs du CPR voisin. Et soudain, elle était là. La même demoiselle croisée un an et demi plus tôt dans la salle des professeurs du lycée Al Matar à Nador. Le temps n’avait rien effacé. Il avait seulement préparé la rencontre.</p>
<p>C’est là que tu appris son parcours : Nador, le service civil, la réussite au concours professionnel, l’ENS de Meknès, une année de formation, puis l’enseignement au second cycle. Vous ne tardâtes pas à vous promettre de vous revoir. Les rendez-vous se multiplièrent, simples et lumineux : un café partagé, une promenade printanière à Ifrane, l’ombre généreuse des cèdres, les ruisseaux limpides du Moyen-Atlas descendant des sommets comme des confidences.</p>
<p>Au printemps 1991, sans proclamation ni fracas, elle devint l’élue de ton cœur. Celle qui porterait ton nom, et un jour, vos enfants. En juin, sa mère et son frère aîné firent le voyage depuis Oran, où sa famille marocaine résidait, vers Rabat, où vivait sa sœur aînée, mariée à un cousin du côté maternel.</p>
<p>De ton côté, ta mère, ton frère Nasser, ton frère Miloud, son épouse et les beaux-parents de ce dernier prirent la route avec toi. À Rabat, tout se rejoignit : les familles, les destins, les promesses. Les fiançailles furent célébrées, et le mariage scellé par l’acte adoulaire rédigé ce 26 juin 1991. Vous étiez unis pour le meilleur et pour le pire, sans mesurer encore la profondeur de ces mots.</p>
<p>Une fois sa formation de cycle spécial achevée, tu la conduisis à Oujda. De là, elle devait regagner Oran pour passer l’été auprès des siens, dans l’attente de son affectation pour l’année scolaire 1991-1992. Toi, tu repartais en formation, cette fois à Paris, pour l’agrégation. Les chemins se séparaient encore, sans jamais rompre le fil.</p>
<p>En mai 1992, de retour au Maroc, tu mis le cap sur Sidi Bennour, où elle enseignait le français. La ville l’adopta aussitôt. Ses collègues, ses élèves, le proviseur, toute l’administration du lycée la respectaient et l’aimaient. Deux ans plus tard, en septembre 1993, son départ fit pleurer plus d’un regard.</p>
<p>Mais avant cela, il y eut le mariage à Fès, en août 1993. Une soirée de joie dont toi seul connaissais l’ombre à venir. À la rentrée, vous seriez séparés de nouveau, par huit cents kilomètres. Elle à Sidi Bennour. Toi à Nador. Une mutation punitive, règlement de comptes discret pour avoir osé dire les vérités nécessaires à un professeur français d’origine tunisienne lors de ta deuxième année d’agrégation. Un homme bien introduit, ancien enseignant à Meknès, proche du coordinateur marocain. Tu avais appris, une fois encore, que la droiture a parfois un prix.</p>
<p>Cette année-là, le destin frappa plus durement. Lors de votre première visite en couple chez ta belle-famille à Oran, elle perdit un fœtus de cinq mois et demi. Une béance de l’utérus non diagnostiquée. Un voyage qui n’aurait pas dû avoir lieu. C’était la dernière année où la frontière terrestre maroco-algérienne restait ouverte.</p>
<p>Après cette première année de mariage vécue séparés malgré vous, la vie consentit enfin à vous rassembler. Meknès. Tu y fus muté comme professeur-formateur au Centre pédagogique régional. Là même où, huit ans plus tôt, tu étais élève-professeur. Elle enseignait au lycée Zaytoune. Pour la deuxième fois de ta carrière, tu devenais enseignant là où tu avais appris : Guercif en 1973, Meknès en 1993. Le cercle se refermait avec élégance.</p>
<p>Douze ans plus tard, en octobre 2005, tu mis un terme à ta carrière dans l’éducation-formation, dans le cadre du départ volontaire. Trente-deux années de service. Trente-deux années rendues à ton pays avec dignité, probité et abnégation. Tu partis sans amertume, riche de ce que nul ne peut confisquer : la cohérence d’un parcours.</p>
<p>Le bus continue d’avancer</p>
<p>Tu es toujours assis près de la fenêtre. Les ports de la vie défilent : Guercif, Nador, Meknès, Fès, Paris, Sidi Bennour, Oran… Tu ne sais pas lequel sera le dernier. Tu ne demandes plus. Tu avances. C’est ainsi que tu as toujours écrit ta vie.</p>
<p>Le moteur ronronne.</p>
<p>Le voyage continue.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la Vie (19). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204145</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Jan 2026 09:46:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Tu es assis près de la vitre du bus qui t’emmène à Meknès. Le moteur gronde doucement, les paysages défilent, et avec eux reviennent des fragments de vie que tu croyais rangés dans les marges du temps. Le bus n’est jamais un simple moyen de transport : il est un sas, un &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Tu es assis près de la vitre du bus qui t’emmène à Meknès.</p>
<p>Le moteur gronde doucement, les paysages défilent, et avec eux reviennent des fragments de vie que tu croyais rangés dans les marges du temps. Le bus n’est jamais un simple moyen de transport : il est un sas, un couloir entre ce que tu as été et ce que tu t’apprêtes à redevenir. Chaque virage te rapproche d’un lieu, mais aussi d’une époque.</p>
<p>En octobre 1993, tu débarques au Centre Pédagogique Régional de Meknès. Le mot débarquer n’est pas excessif : tu accostes dans un port de mémoire. Car c’est ici même que, dix-sept ans plus tôt, tu étais arrivé en jeune élève-professeur, lauréat de la promotion 1976, au cœur de cette grande aventure appelée marocanisation. Une politique fondatrice, prolongement naturel de l’indépendance de 1956, qui visait à confier enfin l’école marocaine à ses propres enfants, après des décennies de dépendance aux coopérants étrangers, français et roumains notamment.</p>
<p>Cette fois, tu reviens autrement.</p>
<p>Tu n’es plus l’apprenant, mais le formateur.</p>
<p>Vingt années ont passé, mais les murs semblent te reconnaître.</p>
<p>Le CPR de Meknès t’ouvre ses portes comme un vieux compagnon fidèle. Tu y découvres une pléiade de collègues, toutes disciplines confondues, animés par une même ferveur. Et au centre de cette constellation trône une figure singulière : Ssi Mohamed Bahi. Directeur, certes, mais si peu directeur dans l’attitude. Rien d’autoritaire, rien d’ostentatoire. Il dirige comme on guide une symphonie, à pas feutrés, avec cette autorité naturelle que confèrent la compétence et l’exemplarité.</p>
<p>À Meknès, à cette époque, on formait des enseignants destinés aux collèges : français, arabe, anglais, histoire-géographie, mathématiques. Une génération entière d’élèves-professeurs âgés à peine de vingt ans, à qui l’on confiait bientôt des adolescents de 12 à 15 ans, ces âges fragiles où l’enseignant peut changer une trajectoire de vie.</p>
<p>Tu fais partie d’un corps choisi, conscient de la lourde responsabilité qui lui incombe. Vous êtes jeunes encore, mais déjà habités par le sens du devoir. À vos côtés, des professeurs chevronnés exerçant dans les collèges d’application, ouvrant leurs classes comme on ouvre un atelier, initiant les novices à ce métier rude et merveilleux : éduquer.</p>
<p>Tu te surprends parfois à sourire : te voilà revenu là où tout a commencé.</p>
<p>Et une question t’effleure, discrète mais insistante :</p>
<p>feras-tu, toi aussi, partie de l’héritage de Mohamed Bahi ?</p>
<p>Es-tu témoin du crépuscule d’une génération d’exception ?</p>
<p>Quoi qu’il en soit, tu te reconnais comme l’un des vétérans de cette maison. Un héritier modeste, mais conscient de ce qu’il a reçu.</p>
<p>En 2026, huit années se sont écoulées depuis que Mohamed Bahi a tiré sa révérence, en 2018. Son souvenir ne s’impose pas à toi comme une nostalgie stérile, mais comme une leçon de vie. Ancien professeur de français, directeur emblématique du CPR de Meknès, il fut l’un de ces piliers silencieux de la « garde prétorienne » de l’école marocaine d’après-indépendance.</p>
<p>Avec lui, tu as fait partie d’une symphonie humaine.</p>
<p>Et tu sais qu’il serait injuste de l’isoler de son orchestre.</p>
<p>Rendre hommage à Mohamed Bahi, c’est aussi rendre justice à cette constellation de talents : des formateurs d’une érudition rare, un personnel administratif d’une loyauté sans faille. Ensemble, ils ont façonné la colonne vertébrale de l’enseignement collégial du Royaume. Certains sont partis par choix, d’autres ont servi jusqu’à l’ultime jour de leur retraite. Tous, sans exception, ont exercé avec une abnégation qui semble aujourd’hui appartenir à une autre époque.</p>
<p>À leurs yeux, l’enseignement n’était pas un simple emploi.</p>
<p>C’était un sacerdoce.</p>
<p>La comparaison avec le présent s’impose, douloureuse mais nécessaire. Là où l’on parlait jadis de mission nationale, on parle aujourd’hui de gestion de carrière. Là où le CPR de Meknès était un creuset d’identité pédagogique souveraine, l’école ploie désormais sous des réformes technocratiques et une perte de sens généralisée.</p>
<p>Ils avaient compris l’essentiel :</p>
<p>la réforme ne se décrète pas, elle s’incarne.</p>
<p>Elle se lit dans le regard d’un formateur qui croit encore en la noblesse de son métier.</p>
<p>Le temps poursuit sa marche inexorable. Certains ont rejoint le Très-Haut, laissant derrière eux un vide immense et un sillage lumineux. D’autres, derniers gardiens de cette flamme, avancent sereinement, craignant parfois que leur héritage ne se dissolve dans l’oubli.</p>
<p>Rendre hommage à Mohamed Bahi, c’est saluer toute une génération de bâtisseurs — vivants et disparus — qui ont fait de la craie et de la langue des outils de libération. Ils n’ont pas seulement formé des enseignants. Ils ont formé des citoyens.</p>
<p>Que Dieu accorde Sa vaste miséricorde à Mohamed Bahi et à tous ses compagnons de route. Que ceux qui sont encore parmi nous trouvent ici la reconnaissance silencieuse d’une nation.</p>
<p>Le bus ralentit.</p>
<p>Meknès apparaît de nouveau.</p>
<p>Tu descends, le cœur lourd et apaisé à la fois. Le voyage s’achève, mais la mémoire, elle, continue sa route.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Ports de la vie (17). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/204091</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 18:30:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le bus roule. Il roule comme roulent les vies qui n’ont jamais demandé la permission au hasard. Tu es assis près de la fenêtre, livré aux cahots de la route, bercé par le roulis obstiné du véhicule, entouré de visages anonymes. Certains montent, d’autres descendent. Aucun ne sait vraiment où tu vas, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Le bus roule.</p>
<p>Il roule comme roulent les vies qui n’ont jamais demandé la permission au hasard. Tu es assis près de la fenêtre, livré aux cahots de la route, bercé par le roulis obstiné du véhicule, entouré de visages anonymes. Certains montent, d’autres descendent. Aucun ne sait vraiment où tu vas, pas même toi. Le bus, lui, ne doute pas : il avance. Et c’est souvent ainsi que ton destin s’est écrit — en mouvement, sans halte durable, avec pour seule certitude la route qui se déploie.</p>
<p>Le grondement du moteur agit comme un appel souterrain. À chaque vibration, tu t’éloignes du présent. Le paysage de 2026 glisse derrière la vitre, mais toi, tu es déjà ailleurs. Le bus est depuis toujours ce lieu suspendu où ta vie se raconte à rebours, où chaque trajet devient traversée intérieure. Alors, sans prévenir, la mémoire s’ouvre et te dépose à Nador.</p>
<p>Nador. Chef-lieu du Rif oriental. Ville frontalière, ville de marge, et pourtant ville de centralité historique. Une cité adossée à la mer et tournée vers la montagne, comme si elle hésitait sans cesse entre l’appel du large et le repli sur soi. Ici, la géographie a façonné les caractères : la rudesse des reliefs, la proximité de l’Europe, l’éloignement du centre du pouvoir. Rien n’y est totalement paisible, même lorsque le silence s’installe.</p>
<p>Le Rif n’est pas une simple région</p>
<p>C’est une mémoire debout.</p>
<p>Une mémoire forgée dans la résistance, la défiance, la dignité farouche. Entre 1921 et 1926, ces montagnes ont porté l’une des plus grandes pages de l’histoire anticoloniale moderne. Sous la conduite d’Abdelkrim El Khattabi, Si Mohand, stratège visionnaire et homme d’État avant l’heure, les tribus rifaines ont tenu tête à l’occupant espagnol, puis à la coalition franco-espagnole. Ce fut une guerre de la terre et des hommes, menée avec peu de moyens mais une conscience politique rare. La République du Rif, même éphémère, a laissé une empreinte indélébile : celle d’un peuple qui a osé se penser libre.</p>
<p>Nador a grandi dans l’ombre de cette histoire. Elle en porte encore les stigmates et la fierté contenue. Ici, on n’oublie pas. Les mots pèsent. Les humiliations aussi. Tu l’apprendras à tes dépens.</p>
<p>C’est dans cette ville chargée de mémoire que tu te retrouves en septembre 1989. Après avoir fait tes adieux à Paulette, elle repart heureuse, enrichie par son séjour, même si un objectif qu’elle s’était fixé demeure inachevé. Toi, tu restes. Comme souvent, entre accomplissement et frustration, déjà tourné vers l’étape suivante.</p>
<p>Au lycée Al Matar, tu entres en classe avec la rigueur de celui qui croit encore que l’école peut être un lieu de justice. Tu rappelles les règles. Tu refuses la négligence. Tu exiges le manuel, le travail, l’effort. Tu sais que dans les régions longtemps marginalisées, l’école n’est pas un luxe : elle est parfois l’unique échappée.</p>
<p>Mais très vite, tu te heurtes à un mur. Un élève conteste l’autorité pédagogique. Tu avertis. Tu répètes. Tu patientes. Puis tu rédiges un rapport au censeur. Le silence administratif te répond. Convaincu que la hiérarchie finira par jouer son rôle, tu sollicites le proviseur.</p>
<p>C’est là que le bus de ta vie dévie brutalement</p>
<p>Au lieu de l’écoute, les cris.</p>
<p>Au lieu de l’arbitrage, la violence.</p>
<p>Le proviseur te hurle de quitter son bureau comme si tu étais un intrus. Le censeur et un répétiteur accourent. Tous trois t’expulsent, t’insultent, t’abaissent. La brutalité n’est pas seulement verbale ou physique : elle est symbolique. Elle te rappelle que, dans certaines institutions, l’autorité ne protège pas toujours le droit.</p>
<p>La solidarité se construit ailleurs. Au siège du parti auquel tu appartiens, des camarades se rassemblent autour de toi. Ils savent ce que signifie l’humiliation dans une ville où la mémoire de l’injustice reste vive. Un article est rédigé et publié dans Bayane Al Youm. La parole devient résistance.</p>
<p>La réponse est immédiate : mutation arbitraire à Midar. Comme souvent dans ta vie, le pouvoir choisit le déplacement plutôt que la réparation. Le bus repart, sans te demander ton avis.</p>
<p>Le jour où l’on te remet la lettre, tu croises presque par hasard l’enseignante qui prendra ta place. Tu ignores encore que ce visage aperçu dans la salle des professeurs deviendra, plus tard, une escale décisive de ton existence. Certains détours imposés sont en réalité des chemins déguisés.</p>
<p>Commencent alors les allers-retours épuisants entre Nador et Midar. Puis survient une autre épreuve : le tribunal. On t’accuse d’avoir traité tes agresseurs d’« apaches ». Tu connais le poids de ce mot dans le Rif. Il renvoie aux plaies ouvertes des années quatre-vingt, aux soulèvements populaires, à la répression, aux prisons pleines de jeunes hommes brisés.</p>
<p>Tes accusateurs ont mal jugé. Ils te croyaient étranger à cette mémoire. Ils ignoraient que tu étais toi-même fils du Rif. Le procureur perçoit l’inconsistance de la plainte. Il te propose une conciliation. Tu refuses. Refuser, c’est rester fidèle à toi-même. Le dossier est classé.</p>
<p>Le bus poursuit sa route. Tu enseignes à Midar. Tu vis à Nador avec un collègue venu de Tifelt. Une amitié solide naît, comme naissent souvent les plus vraies relations : dans la précarité et le partage. Les week-ends, tu reprends la route vers Meknès, quatre cents kilomètres pour retrouver la chaleur familiale.</p>
<p>Puis vient la réussite au concours d’accès à la formation pour l’obtention de l’agrégation. Nouveau départ. Nouvelle correspondance. Première année à l’ENS de Meknès, seconde à Fontenay-aux-Roses, avec hébergement à Saint-Cloud.</p>
<p>L’ENS Fontenay–Saint-Cloud est un autre port. Un lieu de passage et de métamorphose. Des milliers de professeurs y ont été formés, porteurs d’un même idéal : transmettre sans dominer, instruire sans soumettre. Les murs respirent l’exigence intellectuelle. Les salles de cours ont vu défiler des générations convaincues que le savoir est une responsabilité. Tu y arrives chargé de ton Rif, de tes routes, de tes blessures, et tu en repars plus armé encore.</p>
<p>À Saint-Cloud, tes journées commencent souvent par la traversée du parc dessiné par Le Nôtre. Paris s’étend à tes pieds. Tu ressens le vertige d’un enfant de Guercif qui a franchi des frontières sociales, culturelles et symboliques par la seule force de la volonté et par amour de la langue française. À Fontenay, tu découvres une pensée exigeante, patiente, presque ascétique. Tu n’es plus seulement l’enseignant qui se battait pour un manuel scolaire à Nador ; tu deviens un intellectuel en devenir.</p>
<p>Paris t’offre aussi ses théâtres, ses bibliothèques, ses quais. La Comédie-Française, l’Odéon, les salles plus modestes deviennent des sanctuaires. Les textes quittent la page pour devenir souffle, rythme, chair vivante. Tu comprends que la culture n’est jamais un luxe, mais une nécessité vitale. Chaque livre, chaque spectacle, chaque exposition ajoute une pierre à l’édifice intérieur que nul ne pourra jamais te confisquer.</p>
<p>Soudain, le bus freine.</p>
<p>Une voix annonce un arrêt.</p>
<p>Le crissement des pneus te ramène au présent.</p>
<p>Les passagers s’agitent. Personne ne devine que tu transportes en toi les montagnes du Rif, les routes de Midar, les lumières de Saint-Cloud et les voix des grands dramaturges.</p>
<p>Le moteur gronde de nouveau.</p>
<p>Le bus reprend sa course.</p>
<p>Il ne te demande jamais où tu veux aller.</p>
<p>Il te rappelle seulement que ta vie, comme lui, s’est toujours écrite en avançant.</p>
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		<title>Les ports de la vie (16). Mémoires d&#8217;un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/203659</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Jan 2026 09:00:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI ​Le moteur du bus gronde doucement, les vibrations remontent dans tes jambes alors que tu t’installes près de la vitre. Le paysage défile, et avec lui, le film de tes souvenirs commence à se projeter sur le verre teinté. ​Tu te revois à Besançon, dans ce quartier de Saint-Claude que tu connais &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>​Le moteur du bus gronde doucement, les vibrations remontent dans tes jambes alors que tu t’installes près de la vitre. Le paysage défile, et avec lui, le film de tes souvenirs commence à se projeter sur le verre teinté.</p>
<p>​Tu te revois à Besançon, dans ce quartier de Saint-Claude que tu connais par cœur. Ton appartement du 57, avenue Montjoux fait face à celui de Paulette, et entre vos deux fenêtres, c&rsquo;est toute une vie qui s&rsquo;est tissée. Besançon, pour toi, c’est aussi le pays du Comté, ce fromage que tu adores. Tu te rappelles encore l&rsquo;odeur fruitée et puissante qui s&rsquo;échappait de la crémerie locale ; tu as appris à en aimer les différents affinages, cette pâte pressée qui te rappelle la rigueur et la générosité de la Franche-Comté. C’est un plaisir simple que tu partageais avec Paulette ou chez sa mère Denise, à Bétoncourt-les-Brottes.</p>
<p>​Tu as quitté la France en sachant que ce voyage n’était pas un simple déplacement, mais une mise à l’épreuve du sens. Quelques semaines plus tôt, tu avais acheté une Peugeot 505 Turbo à un ouvrier retraité des usines de Sochaux. Elle portait la mémoire des routes et Paulette faisait partie de ce choix, conformément au pacte conclu. Elle t&rsquo;avait d&rsquo;abord guidé vers la démesure de Chambord. Tu te souviens de l&rsquo;émerveillement devant cette forêt de cheminées et de clochetons qui s&rsquo;élancent vers le ciel, et ce double escalier à vis, prouesse de génie, où l&rsquo;on se croise sans jamais se rencontrer — un présage, peut-être, de votre propre histoire.</p>
<p>​La Loire s’estompa derrière vous et la Peugeot 505 Turbo vous porta jusqu&rsquo;au Maroc pour la seconde partie du serment. À Marrakech, tu lui as offert la Koutoubia. Tu l&rsquo;as vue lever les yeux vers ce minaret de grès rose, dont la silhouette s&rsquo;élève avec une sobriété monumentale. Tu lui as expliqué qu&rsquo;il est le jumeau de la Giralda de Séville, un phare spirituel dont les proportions parfaites célèbrent la grandeur almohade. Devant cette tour, le temps semblait suspendu.</p>
<p>​Puis vous avez rejoint Fès, le cœur battant du royaume. En déambulant dans la médina, tu as rappelé à Paulette que cette cité fut le berceau des Idrissides. De 789 à 985, cette dynastie fondatrice ne régnait pas seulement sur l&rsquo;actuel Maroc, mais étendait son autorité sur de vastes parties de l&rsquo;Ouest algérien actuel. À cette époque, la terre n&rsquo;était pas balafrée par des lignes de barbelés ; l&rsquo;unité était une réalité géographique et spirituelle. Tu ressens alors un pincement au cœur : comment ce territoire, autrefois unifié, a-t-il pu devenir un labyrinthe d&rsquo;interdictions ?</p>
<p>En prenant la direction de l’est, vers Boukanoune, cette pensée historique rend la réalité plus amère encore. Tu te revois au poste douanier, près d’Ahfir. Pour toi, cette terre est une continuité héritée de l&rsquo;histoire idrisside, mais pour Paulette, la Française, la route s&rsquo;arrêta net. Faute de visa, le mur administratif se dressa. La Peugeot s’arrêta comme si elle avait compris avant vous. Tu restas au volant, contemplant cette frontière fermée depuis bientôt un quart de siècle, une cicatrice qui empêche deux peuples frères de se rendre visite comme ils le faisaient jadis.</p>
<p>​Pour dissiper la mélancolie de cet échec douanier, tu diriges la Peugeot vers la côte. Vous faites escale à Saïdia, la « Perle bleue ». Là, face à l&rsquo;immensité de la Méditerranée qui ignore les tracés des hommes, vous vous détendez un instant. Le sable fin sous vos pieds semble apaiser les tensions de la route. Puis, vous remontez vers Berkane. Vous vous arrêtez pour y manger, savourant la générosité de cette plaine des Triffa. Entre le goût des agrumes et la chaleur d&rsquo;un repas partagé, vous retrouvez une forme de légèreté avant de regagner Nador. C&rsquo;est un moment suspendu, un dernier éclat de soleil sur votre pacte.</p>
<p>​Vient alors le moment de la vérité, le poids du silence dans l&rsquo;habitacle de la voiture lors du trajet final. Paulette te regarde, et dans ses yeux, tu lis l&rsquo;espoir d&rsquo;un destin lié par le mariage. Ton cœur se serre. Tu ressens une tendresse immense pour elle, pour ces années à Saint-Claude, mais une force plus ancienne te retient. C&rsquo;est l&rsquo;appel de Guercif, le devoir envers les tiens. Tu visualises tes futurs enfants et une angoisse te saisit : celle de les voir s&rsquo;arracher à cette terre pour rejoindre le Nord, te laissant seul sur le quai d&rsquo;une vie que tu n&rsquo;aurais pas choisie. Tu ressens la douleur de la rupture avant même qu&rsquo;elle n&rsquo;ait lieu. Malgré l&rsquo;affection de ta mère et de tes frères qui l&rsquo;ont trouvée si gentille, tu prononces ce « non » intérieur. Tu choisis la fidélité aux racines, avec le sentiment déchirant que pour rester soi-même, il faut parfois laisser une part de son cœur sur l&rsquo;autre rive.</p>
<p>​Le bus ralentit, le sifflement des freins te tire de ta rêverie. Tu scratches un instant le cuir du siège devant toi, réalisant que chaque arrêt est une page qui se tourne. Le voyage continue, mais l&rsquo;ombre de Chambord, la silhouette de la Koutoubia, l&rsquo;histoire des Idrissides et l&rsquo;odeur du comté restent gravés dans le rétroviseur de ta mémoire.</p>
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		<title>Les Ports de la Vie (15). Mémoires d&#8217;un enfant de Guercif (1954-2026)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 10:50:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CARNETS SECRETS]]></category>
		<category><![CDATA[​Mémoires d'un enfant de Guercif]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed KHOUKHCHANI]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI L’ingénierie des rêves brisés et le sifflet de l&#8217;ingratitude ​Tu étais assis seul devant l’écran en cette nuit de janvier 2026, enveloppé par le silence de la pièce alors que ton être vibrait des espoirs de tout un peuple. Cette finale entre le Maroc et le Sénégal était bien plus qu&#8217;un match &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-200576" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg" alt="" width="1080" height="607" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-300x169.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-768x432.jpg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/12/khoukh-A-390x220.jpg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>L’ingénierie des rêves brisés et le sifflet de l&rsquo;ingratitude</p>
<p>​Tu étais assis seul devant l’écran en cette nuit de janvier 2026, enveloppé par le silence de la pièce alors que ton être vibrait des espoirs de tout un peuple. Cette finale entre le Maroc et le Sénégal était bien plus qu&rsquo;un match ; c&rsquo;était l&rsquo;évocation d&rsquo;un demi-siècle d&rsquo;attente. Tu regardais Bounou garder ses cages et El Aynaoui panser sa blessure à la tête pour continuer le combat.</p>
<p>Mais tu sentais une « algorithme » obscure se tramer ; un chaos orchestré détournant le jeu de son esprit sportif. Et quand le sifflet final a retenti, actant le vol de cette coupe, ce n’est pas la chute sportive que tu pleurais, mais le film des « sifflets traîtres » qui ont jalonné ton parcours chaque fois que tu approchais d&rsquo;un nouveau sommet.</p>
<p>​N&rsquo;étais-tu pas, toi « l&rsquo;enfant de Guercif », l&rsquo;« ingénieur » des équilibres difficiles à Meknès ?</p>
<p>Souviens-toi des couloirs du Complexe « Ibtissama » (2009-2011). Tu n&rsquo;y étais pas un simple gestionnaire, mais un « maestro » de l&rsquo;humain, dirigeant quarante cadres au milieu d&rsquo;un océan de douleurs. Rappelle-toi ces matins où tu entrais dans l&rsquo;espace des personnes âgées ; tu lisais dans leurs yeux le naufrage de l&rsquo;automne et tu leur rendais, par tes mots, la chaleur d&rsquo;une famille. Puis, tu rejoignais les enfants des rues, ceux qui avaient fait du trottoir leur patrie, et tu t&rsquo;asseyais parmi eux, non pas en costume de responsable, mais en père tentant de réparer une enfance en lambeaux. Tu « ingéniais » l&rsquo;espoir à partir du néant, au point de devenir pour tous le « distributeur de sourires ».</p>
<p>​Mais quel paradoxe cruel ! Alors que tu veillais sur les femmes en détresse et que tu parcourais les quatre ailes du centre pour garantir la dignité de chaque étranger, ta propre maison sombrait dans une « éclipse » silencieuse. Tu offrais la lumière à chaque recoin de Meknès, et tu rentrais affronter l&rsquo;obscurité privée ; la joie avait déserté ton foyer lorsque l&rsquo;élan de ta fille, « l’ingénieure inachevée », s&rsquo;est brisé.</p>
<p>​Imagine cette scène : ton téléphone brûle d&rsquo;appels, les dossiers d&rsquo;urgence s&#8217;empilent, et tu réponds présent même au cœur de la nuit. Tu étais l&rsquo;« ingénieur » des solutions pour les citoyens, ouvrant les portes fermées et arrachant les droits aux griffes de la bureaucratie. Tu dessinais les cartes du futur pour les autres, mais tu restais impuissant face à l&rsquo;« algorithme » du destin qui frappait ta fille. Elle, ton chef-d&rsquo;œuvre, entrée à l&rsquo;ENSA en 2012, représentait la plus belle tour de ton édifice personnel. Mais un séisme psychique en a ébranlé les fondations, te laissant face à ce dilemme philosophique : comment celui qui a sauvé des centaines d&rsquo;âmes à « Ibtissama » peut-il être incapable de protéger le sourire de sa propre enfant ?</p>
<p>​Le plus poignant fut le sifflet de l&rsquo;ingratitude de tes camarades. Dès que le vacarme des fonctions s&rsquo;est tu, ton téléphone est devenu un morceau de fer froid. Aucun de ceux dont tu avais « ingénié » la carrière ou servi les intérêts n&rsquo;a appelé pour demander : « Mohamed, comment va ta fille ingénieure ? ». Tu as compris là que l&rsquo;ingratitude d&rsquo;un compagnon avec qui tu as partagé le pain et les rêves est des milliers de fois plus meurtrière que le sifflet d&rsquo;un arbitre volant une coupe d&rsquo;or. On guérit d&rsquo;un trophée perdu, mais la cicatrice de la trahison fraternelle reste indélébile.</p>
<p>Pourtant, relève la tête ! Car le Maroc qui a perdu un match gagne aujourd’hui les paris de l’Histoire par sa souveraineté. Ta réussite, de l&rsquo;instituteur au chef de cabinet, est un rouage de cette ascension.</p>
<p>​Tu as fini par comprendre que la plus haute forme d’« ingénierie » n’est pas celle qui bâtit des édifices ou gère des institutions, mais ta capacité à réparer l’âme quand elle se brise. Si les coupes d’or se volent, si les sifflets trahissent et si les promesses des camarades s’évaporent, le sourire que tu as jadis semé dans le cœur d’un orphelin ou d’un vieillard solitaire reste le seul port qu’aucune tempête n’osera détruire. Repose-toi désormais, mon cœur, car tu n’es pas né pour récolter les louanges, mais pour laisser une trace.</p>
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