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	<title>Fraqchia &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Hommage solennel aux Fraqchia, bienfaiteurs méconnus de la Nation</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Oct 2026 10:43:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par : Hedi KENDIRE  Toute ressemblance avec des personnes existantes serait le fruit d&#8217;une regrettable lucidité. Il est temps de réparer une injustice. Depuis des années, on insulte les Fraqchia. On les traite de spéculateurs, de sangsues, de parasites. Quelle ingratitude ! Ces hommes sont les plus grands réformateurs sociaux que le Maroc ait connus &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Hedi KENDIRE </strong></p>
<p><strong>Toute ressemblance avec des personnes existantes serait le fruit d&rsquo;une regrettable lucidité.</strong></p>
<p><strong>Il est temps de réparer une injustice. Depuis des années, on insulte les Fraqchia. On les traite de spéculateurs, de sangsues, de parasites. Quelle ingratitude ! Ces hommes sont les plus grands réformateurs sociaux que le Maroc ait connus depuis l&rsquo;Indépendance. Personne ne leur a confié de ministère, aucun ne s&rsquo;est présenté devant les électeurs, et pourtant ils ont accompli ce qu&rsquo;aucun plan quinquennal n&rsquo;a jamais osé : guérir le peuple marocain de la viande.</strong></p>
<p><strong>Rappelons les faits. Un document jauni, exhumé des archives familiales d&rsquo;un cousin, conserve la trace de cet âge d&rsquo;or : en 1962, le kilo de viande coûtait 6 dirhams, cachet officiel à l&rsquo;appui. Le SMIG tournait autour de 250 dirhams. Un ouvrier pouvait donc s&rsquo;offrir une quarantaine de kilos de viande par mois. Quarante kilos ! Nos grands-parents vivaient dans une débauche protéinée indécente. Tajine le mardi, tajine le vendredi, comme des sultans sans palais. Résultat : du cholestérol, de la goutte et un dangereux sentiment de dignité. </strong><strong>Ce papier plié en quatre au fond d&rsquo;un tiroir vaut aujourd&rsquo;hui plus cher que la viande qu&rsquo;il mentionne. C&rsquo;est le seul produit marocain dont la valeur a suivi l&rsquo;inflation.</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-220449" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi.png" alt="" width="1010" height="2048" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi.png 1010w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi-148x300.png 148w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi-505x1024.png 505w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi-768x1557.png 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/fraqchi-758x1536.png 758w" sizes="(max-width: 1010px) 100vw, 1010px" /></p>
<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, grâce au labeur patient des Fraqchia, le kilo atteint 170 dirhams pour un SMIG de 3 400. Le prix a été multiplié par vingt-huit, le salaire par treize. Faites le calcul, ou plutôt ne le faites pas : c&rsquo;est mauvais pour la tension. L&rsquo;ouvrier moderne peut acheter vingt kilos de viande par mois, à condition de ne payer ni loyer, ni transport, ni école, et de ne rien manger d&rsquo;autre. Une ascèse alimentaire proche de la grève de la faim. En pratique, il achète deux cents grammes de kefta qu&rsquo;il partage entre six personnes et un chat. Le chat proteste. Les cardiologues, eux, n&rsquo;ont jamais vu des Marocains en aussi bonne santé. Le Fraqchi ne réclame aucune médaille. Juste deux cents pour cent de marge.</strong></p>
<p><strong>Admirons d&rsquo;ailleurs la prouesse technique. Le mouton naît dans le Moyen Atlas, ne quitte jamais son douar, et pourtant il change sept fois de propriétaire avant l&rsquo;abattoir. Il est vendu, revendu, re-revendu par téléphone, entre deux cafés noirs. Chaque appel ajoute trente dirhams au kilo. Le mouton ne bouge pas, mais il voyage plus que nous. C&rsquo;est le seul Marocain dont la valeur grimpe plus vite que le loyer, et le seul qui n&rsquo;ait jamais eu besoin d&rsquo;un visa.</strong></p>
<p><strong>Et l&rsquo;Aïd ! Chef-d&rsquo;œuvre absolu. Le Fraqchi a transformé un rite de sacrifice en rite d&rsquo;endettement.</strong></p>
<p><strong> Autrefois on sacrifiait le mouton ; aujourd&rsquo;hui on sacrifie le père de famille, sur l&rsquo;autel du crédit à la consommation, en vingt-quatre mensualités. Le mouton, lui, a coûté le prix d&rsquo;une petite voiture d&rsquo;occasion, la voiture en moins. Certains enfants ne savent plus ce qu&rsquo;est un kebch. On prévoit de les emmener au musée, entre le squelette de dinosaure et le billet de 1962.</strong></p>
<p><strong>Mais soyons justes : le Fraqchi n&rsquo;est pas seul. Il serait cruel de lui laisser tout le mérite. Saluons le boucher, qui affiche « viande locale » sur une carcasse dont personne ne connaît l&rsquo;adresse. Saluons le propriétaire, qui augmente le loyer « parce que tout augmente », contribuant ainsi héroïquement à l&rsquo;augmentation de tout. Saluons le contrôleur des prix, créature mythique comme le phénix : tout le monde en parle, personne ne l&rsquo;a jamais vu.</strong></p>
<p><strong>Et surtout, saluons- nous. Nous, le peuple, champions olympiques de l&rsquo;indignation numérique. Nous partageons l&rsquo;image de 1962 avec trois émojis en larmes, nous écrivons hada ma ykounch en commentaire, puis nous descendons acheter le kilo à 170 en disant au boucher lah yjib. Le boycott, chez nous, dure exactement jusqu&rsquo;au couscous du vendredi. Le Fraqchi le sait. Il ne craint ni la loi, ni Dieu, ni la presse : il connaît notre sbar, cette légendaire patience qui nous permet de tout supporter, sauf le changement.</strong></p>
<p><strong>Certains objecteront que le peuple s&rsquo;est enfin réveillé. Le 23 septembre, ceux que la rumeur publique désignait comme les parrains de nos Fraqchia ont essuyé une défaite cuisante. Cuisante, mais à feu doux, comme un bon tajine : de 102 sièges à 66, et toujours deuxièmes. Ailleurs, on appellerait cela une sanction. Chez nous, c&rsquo;est un régime minceur. Le parti a perdu un tiers de son poids, exactement comme l&rsquo;électeur moyen depuis qu&rsquo;il ne mange plus de viande. Justice poétique.</strong></p>
<p><strong>Ne nous emballons pas pour autant. Cette révolte historique a été menée par 38 % des électeurs. Les 62 % restants ont exprimé leur colère de la manière la plus marocaine qui soit : en restant chez eux. On ne vote pas, on boude. On ne descend pas aux urnes, on descend chez le boucher. Le Fraqchi a regardé la soirée électorale, a vu le taux de participation, et a augmenté le kilo de cinq dirhams. Pour fêter la démocratie.</strong></p>
<p><strong>Quant aux vaincus, rassurez-vous pour eux. Un parrain qui perd une élection ne perd pas son troupeau. On l&rsquo;a vu quitter le siège du parti l&rsquo;air serein, comme un maquignon qui vient de vendre la même bête à deux acheteurs. Les sièges passent, les marges restent. La démocratie change les têtes ; le marché garde les mains.</strong></p>
<p><strong>Car voilà la vérité que personne n&rsquo;ose dire : le Fraqchi n&rsquo;est pas un monstre venu d&rsquo;ailleurs. Il est le produit naturel d&rsquo;un pays où l&rsquo;on admire celui qui dbber, où l&rsquo;on méprise le naïf qui paie le juste prix, et où chacun rêve, au fond, d&rsquo;être le Fraqchi de quelqu&rsquo;un. Le chauffeur de taxi peste contre le boucher, le boucher contre le Fraqchi, le Fraqchi contre l&rsquo;éleveur, l&rsquo;éleveur contre la sécheresse. Et tous ensemble, le soir venu, ils gonflent le prix de quelque chose.</strong></p>
<p><strong>Alors, chers Fraqchia de tout poil ou de tout cuire ou peau de bête (de la viande, de la tomate, du loyer, du permis de construire et du rendez-vous à l&rsquo;hôpital), recevez l&rsquo;hommage de la Nation reconnaissante. Vous avez fait du Marocain moyen un végétarien malgré lui, un ascète sans vocation, un philosophe de la frustration. Il ne vous reste qu&rsquo;une étape : vendre aux pauvres, par intermédiaire, l&rsquo;air qu&rsquo;ils respirent. Attention toutefois : l&rsquo;air passera par sept mains avant d&rsquo;atteindre nos poumons, et nous risquons de mourir avant la livraison. Ce qui, convenons- en, réglerait définitivement la question du pouvoir d&rsquo;achat.</strong></p>
<p><strong>Le document de mon cousin, je le garde précieusement. Dans quarante ans, ses petits-enfants le montreront à leurs amis comme on raconte une légende : « Regardez, à l&rsquo;époque, les pauvres mangeaient de la viande. »</strong></p>
<p><strong>En attendant, nous mangeons des lentilles. Tbarkellah, elles n&rsquo;ont pas encore de Fraqchi.</strong></p>
<p><strong>Pour l’instant.</strong></p>
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