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	<title>été &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Ce que les vacances d&#8217;été disent des Marocains</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Aug 2026 12:27:25 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-217039" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1.jpeg" alt="" width="780" height="470" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1.jpeg 780w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1-300x181.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/08/khukhus-780x470-1-768x463.jpeg 768w" sizes="(max-width: 780px) 100vw, 780px" /></p>
<p><strong>Chaque été, dès que les premières chaleurs s&rsquo;installent, un phénomène millénaire se répète à l&rsquo;échelle planétaire : des millions d&rsquo;êtres humains quittent leur quotidien pour fuir la chaleur, se ressourcer au bord de la mer ou se réfugier dans la fraîcheur des montagnes. Au Maroc, ce mouvement prend une ampleur particulière, entre les Marocains qui fuient la canicule vers les côtes méditerranéennes et atlantiques, et ceux qui, venus des quatre coins du monde, rentrent au pays pour renouer avec leurs racines.</strong></p>
<p><strong>Des origines antiques à la démocratisation des congés.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;idée de prendre du repos loin de son lieu de vie n&rsquo;est pas nouvelle. Les historiens font remonter les origines des vacances à l&rsquo;Antiquité, il y a plus de 2 500 ans. Dans la Grèce et la Rome antiques, les citoyens participaient déjà à des festivités, des jeux et des banquets qui marquaient une pause dans le labeur quotidien. Les élites romaines pratiquaient la villégiature, s&rsquo;offrant des séjours dans leurs résidences secondaires pour échapper à l&rsquo;agitation des villes.</strong></p>
<p><strong>Le mot lui-même vient du latin vacare, qui signifie « être sans, être vide ». Au Moyen Âge, les universités européennes fermaient pendant la période des moissons estivales pour permettre à tous d&rsquo;aller travailler aux champs. Mais il faut attendre le XIXe siècle pour voir les vacances se répandre dans l&rsquo;aristocratie et la bourgeoisie d&rsquo;Europe occidentale, qui quittaient leurs demeures principales pour profiter des bienfaits du climat marin ou montagnard. Les Britanniques, dont l&rsquo;économie était alors la plus florissante, furent les premiers à se tourner vers les stations balnéaires.</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est au XXe siècle que les vacances deviennent un droit pour tous. L&rsquo;instauration des congés payés dans les années 1900 en Europe transforme ce qui était un privilège aristocratique en un rituel estival accessible aux classes populaires. Les grandes vacances scolaires, quant à elles, trouvent leur origine dans la nécessité d&rsquo;aider aux récoltes, avant d&rsquo;être fixées du début juin à la fin août avec la modernisation de la société.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc, terre de transhumance estivale.</strong></p>
<p><strong>Au Maroc, la transhumance estivale n&rsquo;est pas qu&rsquo;une métaphore. Comme les bergers du Haut-Atlas qui perpétuent une tradition pastorale vieille de plusieurs milliers d&rsquo;années en montant vers les pâturages d&rsquo;altitude, les citadins marocains quittent chaque été les villes étouffantes pour les côtes rafraîchissantes. Les plages ne manquent pas, des rivages méditerranéens aux côtes atlantiques, et la ruée vers les stations balnéaires est devenue un phénomène social et économique majeur.</strong></p>
<p><strong>Mais cette transhumance humaine contemporaine est infiniment plus organisée que celle des troupeaux d&rsquo;antan. Aujourd&rsquo;hui, des opérations d&rsquo;envergure nationale, comme l&rsquo;opération Marhaba, sont déployées pour gérer des flux de voyageurs qui dépassent l&rsquo;entendement. En 2025, près de 2,8 millions de Marocains résidant à l&rsquo;étranger ont rejoint le Royaume entre juin et août, soit une hausse de plus de 10 % par rapport à l&rsquo;année précédente. En 2026, la tendance se confirme avec plus de 2,74 millions de MRE accueillis jusqu&rsquo;au début du mois d&rsquo;août.</strong></p>
<p><strong>La diaspora marocaine : chiffres et visages.</strong></p>
<p><strong>Avec plus de cinq millions de Marocains établis à l&rsquo;étranger, la diaspora marocaine constitue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des principales forces économiques et humaines du Royaume. Certaines estimations évoquent même près de six millions de personnes, réparties sur les cinq continents, avec une concentration de près de 80 à 85 % vivant en Europe. Les Marocains du monde représentent environ 15 % de la communauté nationale.</strong></p>
<p><strong>Cette diaspora est le fruit d&rsquo;une émigration ancienne, qui a pris une importance particulière depuis les années 1960-70. Les raisons de ce départ sont multiples et complexes :</strong></p>
<p><strong>· Raisons économiques : Le Maroc a traversé des périodes de difficultés financières, notamment dans les années 1980, poussant de nombreux Marocains à chercher des opportunités à l&rsquo;étranger. Le désir de poursuivre le « rêve européen » s&rsquo;alimente des difficultés économiques et sociales persistantes.</strong><br />
<strong>● Raisons politiques : Le gouvernement marocain a lui-même encouragé l&rsquo;émigration pour des raisons politiques et économiques, favorisant le recrutement de main-d&rsquo;œuvre à l&rsquo;étranger.</strong><br />
<strong>● Raisons familiales et sociales : Les liens très forts avec les pays d&rsquo;accueil, combinés à un attachement durable au pays d&rsquo;origine, créent des dynamiques migratoires complexes.</strong></p>
<p><strong>Aujourd&rsquo;hui, cette diaspora est en pleine mutation : plus féminisée, plus jeune et plus diversifiée socialement, elle s&rsquo;enracine durablement dans ses pays de résidence tout en maintenant un lien fort avec le Maroc.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;opération Marhaba : un ballet logistique estival.</strong></p>
<p><strong>Le retour estival des Marocains du monde est devenu un véritable phénomène logistique. L&rsquo;opération Marhaba, placée sous la Haute Présidence du Roi Mohammed VI, mobilise chaque année un vaste réseau de 26 espaces d&rsquo;accueil. Les chiffres parlent d&rsquo;eux-mêmes :</strong></p>
<p><strong>● En 2025, 2.789.197 Marocains résidant à l&rsquo;étranger sont arrivés au pays.</strong><br />
<strong>● Le port de Tanger Med reste la première porte d&rsquo;entrée, avec 555.753 passagers en 2025.</strong><br />
<strong>● L&rsquo;aéroport Mohammed V de Casablanca se place en tête pour le transport aérien avec 320.395 passagers.</strong><br />
<strong>● Les transferts financiers des Marocains du monde ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025.</strong></p>
<p><strong>Au-delà des chiffres, c&rsquo;est tout un dispositif humain qui se met en place : médecins, assistants sociaux, volontaires, agents d&rsquo;accueil et représentants des services administratifs sont mobilisés en permanence sur les principaux sites de transit. En 2025, les équipes de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité ont réalisé 45.465 interventions, dont 2.858 à caractère médical.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;importance des vacances pour l&rsquo;équilibre mental.</strong></p>
<p><strong>Si la transhumance estivale est devenue une nécessité logistique, elle répond avant tout à un besoin fondamental de l&rsquo;être humain : préserver sa santé mentale.</strong></p>
<p><strong>Avant les vacances, le stress s&rsquo;accumule. Les rythmes de travail effrénés, la pression professionnelle et les responsabilités quotidiennes génèrent anxiété, fatigue et parfois épuisement. Les professionnels en souffrance sont nombreux : 64 % d&rsquo;entre eux se disent anxieux à l&rsquo;idée de retourner au travail après leurs congés, et 61 % constatent une hausse des alertes liées au mal-être au travail après les congés d&rsquo;été.</strong></p>
<p><strong>Pendant les vacances, le cerveau peut enfin décrocher. Quatre jours de congé peuvent entraîner une baisse significative du stress et une amélioration du bien-être. Voyager dans une région différente, changer d&rsquo;air, profiter de la nature ou de la mer : autant d&rsquo;expériences qui augmentent le bien-être psychologique. La déconnexion du quotidien permet de réduire les pics de cortisol, l&rsquo;hormone du stress, et de favoriser la production de dopamine, l&rsquo;hormone du plaisir.</strong></p>
<p><strong>Au retour, les effets positifs peuvent persister jusqu&rsquo;à six semaines, à condition que la personne ait réellement décroché pendant son séjour. Mais le « blues du retour » guette : cette réaction émotionnelle est provoquée par un manque de dopamine et des pics de cortisol lors de la reprise. L&rsquo;enjeu est donc de réussir la transition, de prolonger les bienfaits des vacances pour aborder la rentrée avec sérénité.</strong></p>
<p><strong>Une double transhumance aux effets profonds.</strong></p>
<p><strong>La transhumance humaine est donc bien plus qu&rsquo;un simple déplacement géographique. C&rsquo;est un phénomène aux dimensions historique, économique, sociale et psychologique.</strong></p>
<p><strong>Pour les Marocains du monde, ce retour estival est un moment d&rsquo;une intensité particulière. Après une année ou des années passées loin du pays, ils retrouvent leurs racines, leur famille, leurs traditions. Ils sont à la fois des voyageurs et des héritiers, des acteurs économiques et des gardiens de mémoire. Leur présence massive chaque été transforme le Maroc, dynamise son économie et renforce les liens tissés entre les deux rives de la Méditerranée.</strong></p>
<p><strong>Et pour tous, Marocains ou étrangers, quittant leur pays ou y revenant, les vacances restent ce moment suspendu où l&rsquo;on échappe à la chaleur, au stress et au quotidien. Un moment nécessaire pour recharger les batteries, retrouver son équilibre et, comme le disaient déjà les Romains, passer du negotium (le labeur) à l&rsquo;otium (le repos mérité).</strong></p>
<p><strong>Car au fond, la transhumance estivale n&rsquo;est que la version moderne d&rsquo;une vérité immémoriale : l&rsquo;être humain a besoin, périodiquement, de prendre le large pour mieux revenir à lui-même.</strong></p>
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