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	<title>droits d&rsquo;inscription &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Le péage de l&#8217;intelligence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 20:38:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par : Hedi KENDIRE  Un État se laisse deviner à ce qu&#8217;il décide de faire payer, et surtout à qui il le fait payer. À compter de la rentrée 2026-2027, tout fonctionnaire ou salarié marocain qui voudra s&#8217;inscrire à l&#8217;université publique par la voie du temps aménagé devra s&#8217;acquitter d&#8217;une grille désormais harmonisée sur l&#8217;ensemble &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Hedi KENDIRE </strong></p>
<p><strong>Un État se laisse deviner à ce qu&rsquo;il décide de faire payer, et surtout à qui il le fait payer.</strong></p>
<p><strong>À compter de la rentrée 2026-2027, tout fonctionnaire ou salarié marocain qui voudra s&rsquo;inscrire à l&rsquo;université publique par la voie du temps aménagé devra s&rsquo;acquitter d&rsquo;une grille désormais harmonisée sur l&rsquo;ensemble du Royaume : cinq mille dirhams pour une licence, dix-huit mille pour un bachelor, quinze mille pour un master, vingt mille dirhams par an pour un doctorat, et cela durant les quatre premières années. Quatre-vingt mille dirhams pour une thèse. Le prix d&rsquo;une voiture d&rsquo;occasion honorable, exigé d&rsquo;un instituteur, d&rsquo;un administrateur, d&rsquo;un ingénieur d&rsquo;État, pour le droit de veiller la nuit sur un manuscrit dont le pays a un besoin vital.</strong></p>
<p><strong>La mesure a été validée par la Conférence des présidents d&rsquo;université, qui a cru bon de défendre publiquement le cadre juridique et financier de ces formations plutôt que d&rsquo;en interroger la portée sociale. Elle est contestée devant les tribunaux administratifs, portée devant l&rsquo;Institution du Médiateur du Royaume, dénoncée par la Ligue marocaine pour la défense des droits de l&rsquo;Homme dans une lettre ouverte au ministre de tutelle, mise en cause par l&rsquo;Organisation marocaine des droits de l&rsquo;Homme, interpellée au Parlement. Le ministre, lui, l&rsquo;a déclarée « encadrée juridiquement » et « irréversible ». Le mot est intéressant : il n&rsquo;existe, en démocratie, à peu près rien d&rsquo;irréversible sauf la mort et l&rsquo;exil des compétences.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;arithmétique de l&rsquo;absurde</strong></p>
<p><strong>Prenons la peine de compter, puisque personne au gouvernement ne semble s&rsquo;en être donné le loisir.</strong></p>
<p><strong>Un enseignant du secondaire, un cadre administratif, un technicien supérieur gagnent au Maroc entre sept et neuf mille dirhams par mois. Vingt mille dirhams de droits annuels, cela représente pour eux entre deux mois et demi et trois mois de salaire brut, chaque année, quatre ans durant, en sus des déplacements vers la faculté, des ouvrages, des colloques et de tout ce qu&rsquo;une recherche coûte à qui la mène sans laboratoire ni bourse.</strong></p>
<p><strong>Comparons, puisque le mot de réforme suppose des modèles. En France, les droits d&rsquo;inscription en doctorat s&rsquo;élèvent, pour l&rsquo;année en cours, à trois cent quatre-vingt-dix-sept euros, soit environ quatre mille deux cents dirhams — et le professeur certifié qui prépare une thèse tout en enseignant paie exactement la même somme que l&rsquo;étudiant boursier de vingt-quatre ans. Aucun tarif spécial, aucune pénalité pour cause de fiche de paie. En Allemagne, dans les pays scandinaves, la formation doctorale est gratuite. Le Maroc s&rsquo;apprêterait donc à facturer son propre fonctionnaire cinq fois plus cher qu&rsquo;un doctorant français en valeur absolue, et vingt à trente fois plus cher au regard du pouvoir d&rsquo;achat. Voilà l&rsquo;unique domaine où nous aurons rattrapé l&rsquo;Europe, et nous l&rsquo;aurons dépassée.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;argument de l&rsquo;équité que l&rsquo;on nous oppose mérite mieux qu&rsquo;un haussement d&rsquo;épaules, car il n&rsquo;est pas nul : celui qui perçoit un salaire n&rsquo;est pas dans la situation de l&rsquo;étudiant sans ressources, l&rsquo;enseignement du soir et du week-end coûte à l&rsquo;université, et les tarifs anarchiques pratiqués jusqu&rsquo;ici d&rsquo;un établissement à l&rsquo;autre créaient une inégalité réelle. Mais on ne corrige pas le désordre par l&rsquo;excès. Ailleurs, lorsque le doctorat professionnel est payant, c&rsquo;est l&#8217;employeur qui l&rsquo;assume, au titre de la formation continue, parce qu&rsquo;il en récolte le bénéfice. Ici, l&#8217;employeur et le percepteur sont la même personne : l&rsquo;État embauche, l&rsquo;État facture, et l&rsquo;État refuse de financer. Il vend au fonctionnaire, au prix fort, la compétence dont il sera le premier bénéficiaire. Ce n&rsquo;est plus une politique publique, c&rsquo;est un guichet.</strong></p>
<p><strong>Ce que nous savons faire des milliards</strong></p>
<p><strong>Il y aurait quelque indécence à réclamer la rigueur budgétaire dans le seul domaine du savoir.</strong></p>
<p><strong>Un rapport interne du ministère de l&rsquo;Économie et des Finances a chiffré à treize milliards trois cents millions de dirhams le coût, sur trois ans, du dispositif de soutien à l&rsquo;importation de viandes rouges — exonérations douanières, TVA suspendue, primes directes à cent cinquante-six importateurs. Le prix du kilo n&rsquo;a pas baissé d&rsquo;un centime. Le ministre délégué au Budget a lui-même concédé devant la Chambre des représentants que ces aides « étaient une erreur ». Treize milliards de dirhams : de quoi financer six cent soixante mille inscriptions en doctorat au tarif que l&rsquo;on vient d&rsquo;inventer. Six cent soixante mille. Le Maroc n&rsquo;en compte pas trente-cinq mille.</strong></p>
<p><strong>Que l&rsquo;on ne se méprenne pas sur le sens de ce rapprochement. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;opposer le mouton au manuscrit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;observer qu&rsquo;un même gouvernement peut consentir sans frémir des milliards à des intermédiaires que la rue a fini par nommer, et compter les dirhams d&rsquo;un professeur de collège qui veut soutenir une thèse. Le premier geste engage des sommes sans commune mesure et n&rsquo;a produit aucun effet ; le second rapportera, si l&rsquo;on suppose dix mille inscrits, deux cents millions de dirhams, soit un peu plus d&rsquo;un pour cent de la somme évaporée. On ruine une génération de chercheurs pour un arrondi comptable.</strong></p>
<p><strong>Un goulot d&rsquo;étranglement, et l&rsquo;on y installe un péage</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;état du doctorat marocain ne souffre pourtant aucune ambiguïté. Le pays produit environ deux mille thèses par an, soit un demi-docteur pour dix mille habitants, quand la France en soutient dix mille annuellement. L&rsquo;Instance nationale d&rsquo;évaluation a décrit le cycle doctoral comme un goulot d&rsquo;étranglement où les effectifs s&rsquo;accumulent sans que les soutenances suivent, avec un taux d&rsquo;abandon supérieur à trente-deux pour cent. Une génération entière d&rsquo;enseignants-chercheurs, celle qui a bâti nos universités, part à la retraite. La relève ne viendra pas des seuls étudiants sans emploi : elle viendra, comme partout, de ces professionnels de quarante ans qui ont un terrain, une expérience, une question, et qui financent leur recherche sur leurs congés.</strong></p>
<p><strong>Ce sont précisément ceux-là que la mesure va décourager. Non par calcul, j&rsquo;y insiste, mais par défaut de pensée : nulle main invisible ne cherche ici à maintenir l&rsquo;intelligence sous tutelle, et l&rsquo;hypothèse du complot ferait trop d&rsquo;honneur à ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;une improvisation. Il est plus grave d&rsquo;être gouverné par l&rsquo;absence de vision que par un dessein hostile ; contre un dessein, on argumente. Contre le vide, on ne peut qu&rsquo;espérer réveiller.</strong></p>
<p><strong>Ce qu&rsquo;il reste à faire</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;université Mohammed V de Rabat avait, il y a quelques années, arrêté un principe simple : trois mille dirhams pour les doctorants gagnant moins de quarante-huit mille dirhams par an. Modulation, progressivité, exonérations. Le pays avait donc trouvé, seul, la solution qu&rsquo;il vient d&rsquo;abandonner au profit d&rsquo;un forfait uniforme frappant de la même main le directeur d&rsquo;administration centrale et le maître d&rsquo;école d&rsquo;un douar de l&rsquo;Oriental.</strong></p>
<p><strong>Il faut suspendre l&rsquo;application de cette grille et la soumettre à un débat national. Il faut exonérer sans délai les inscrits actuels, que le principe de non-rétroactivité protège et que l&rsquo;on ne saurait sanctionner d&rsquo;avoir cru en la parole de l&rsquo;État. Il faut indexer tout droit résiduel sur le revenu réel. Il faut, enfin, que le Maroc se dote d&rsquo;un objectif chiffré de formation doctorale et des moyens correspondants, comme il s&rsquo;en est donné pour les ports, les usines automobiles et les stades — car nous savons bâtir, et nous le prouvons chaque jour au monde entier.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;éducation, la justice et la santé forment le socle sans lequel il n&rsquo;y a ni développement, ni souveraineté, ni respect de soi. On peut différer une autoroute. On ne rattrape pas une génération de chercheurs qui aura renoncé.</strong></p>
<p><strong>Vingt mille dirhams : c&rsquo;est le prix que le gouvernement vient de fixer à une thèse. Le prix que le pays paiera pour ne pas l&rsquo;avoir eue, personne ne l&rsquo;a calculé.</strong></p>
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