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	<title>chroniqueur le Collimateur &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Les dimanches d&#8217;Aziz DAOUDA. Le Maroc face à son paradoxe : des chômeurs, des emplois et des étrangers</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Aug 2026 10:18:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
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		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Aziz DAOUDA Il est des statistiques qui interpellent au-delà des chiffres. 35 % des Marocains déclarent avoir envisagé d’émigrer, contre 38 % au Liban, 42 % en Jordanie et 46 % en Tunisie. Le taux de chômage selon les critères utilisés au Maroc avoisine les 10 %. Le véritable défi semble donc être l’emploi, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Aziz DAOUDA</strong></p>
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<p><strong>Il est des statistiques qui interpellent au-delà des chiffres. 35 % des Marocains déclarent avoir envisagé d’émigrer, contre 38 % au Liban, 42 % en Jordanie et 46 % en Tunisie. Le taux de chômage selon les critères utilisés au Maroc avoisine les 10 %. Le véritable défi semble donc être l’emploi, les opportunités pour les jeunes et la mobilité sociale. Tout cela est vrai. Mais cela ne dit pas toute l’histoire.</strong></p>
<p><strong>Car derrière ces chiffres se cache un paradoxe : le Maroc peut-il être à la fois un pays dont une partie de la jeunesse souhaite partir et un pays qui commence paradoxalement à manquer de travailleurs dans plusieurs secteurs ?</strong></p>
<p><strong>La réponse est oui.</strong></p>
<p><strong>De très nombreux métiers ne sont plus appréciés et n&rsquo;attirent plus, alors qu&rsquo;ils offrent de véritables opportunités avec des rémunérations conséquentes notamment à ceux sans qualifications.</strong></p>
<p><strong>Un pays qui attire désormais des étrangers</strong></p>
<p><strong>Pendant des décennies, le Maroc a été défini essentiellement comme un pays d’émigration. Cette représentation est désormais incomplète. Le pays est devenu également une terre d’immigration. Le dernier recensement dénombre 148 152 étrangers résidant régulièrement au Maroc en 2024, contre environ 84 000 en 2014, soit une progression de près de 76 % en dix ans. Le HCP souligne que cette évolution confirme la place croissante du Royaume comme destination migratoire.</strong></p>
<p><strong>Ce chiffre ne constitue évidemment pas une immigration massive à l’échelle du pays. Mais la tendance est significative : un pays qui attire durablement des étrangers devient aussi un pays qui offre des opportunités suffisamment intéressantes pour que certains choisissent d&rsquo;y vivre et d&rsquo;y travailler. Il est facile de remarquer que des ressortissants subsahariens saisissent bien les opportunités disponibles. Il suffit de faire un tour du côté des chantiers pour s’en convaincre.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc change donc de statut. Il est désormais simultanément pays d’émigration, d’immigration, de transit et de retour. L&rsquo;Espagne, le Portugal ou l&rsquo;Italie ont connu le même phénomène.</strong></p>
<p><strong>Et les Marocains qui reviennent ?</strong></p>
<p><strong>Un autre aspect reste insuffisamment mesuré : celui des Marocains qui rentrent au pays après avoir étudié ou travaillé à l’étranger. Il n’existe pas de statistique annuelle permettant de distinguer précisément les retours définitifs des simples séjours. Mais le phénomène existe et mérite d’être mieux quantifié.</strong></p>
<p><strong>Un Marocain qui revient après dix ou quinze ans à l’étranger ne rapporte pas seulement son expérience. Il peut revenir avec des compétences, des réseaux internationaux, des capitaux, des méthodes de travail et une connaissance des marchés étrangers. Autrement dit, il revient avec du capital humain.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc devrait donc mesurer non seulement ceux qui partent ou cherchent à partir, mais aussi ceux qui reviennent ou qui aimeraient revenir, avec quelles compétences et pour contribuer à quels secteurs.</strong></p>
<p><strong>Le paradoxe du chômage et du manque de main-d&rsquo;œuvre</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est ici que le débat doit devenir plus complexe. Au premier trimestre 2026, le Maroc comptait 1,253 million de chômeurs, pour un taux de chômage de 10,8 %. Chez les 15-24 ans, il atteignait 29,2 %. Le HCP estime par ailleurs à 884 000 personnes la main-d&rsquo;œuvre potentielle, c&rsquo;est-à-dire des personnes qui ne sont pas comptabilisées comme chômeurs mais pourraient rejoindre le marché du travail.</strong></p>
<p><strong>Nous avons donc une réserve considérable de main-d&rsquo;œuvre. Pourtant, cela ne signifie pas qu&rsquo;elle correspond aux besoins des entreprises ou que les opportunités offertes coïncident avec les aspirations des sans-emplois.</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est toute la différence entre être disponible pour travailler et posséder les compétences correspondant à un emploi donné.</strong></p>
<p><strong>Un diplômé universitaire ne remplace pas automatiquement un soudeur qualifié. Un jeune urbain ne répond pas nécessairement aux besoins d&rsquo;un chantier éloigné. Et un demandeur d&#8217;emploi qui aspire à un poste administratif n&rsquo;acceptera pas forcément un travail saisonnier, pénible ou peu rémunéré. Le problème marocain n&rsquo;est donc pas uniquement celui du chômage. C&rsquo;est aussi celui de l&rsquo;inadéquation entre l&rsquo;offre, la demande de travail et les aspirations des jeunes notamment.</strong></p>
<p><strong>Agriculture, BTP, industrie, services</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;agriculture, le bâtiment, l&rsquo;industrie et les services connaissent des besoins croissants en main-d&rsquo;œuvre et en compétences. Agriculture à haute valeur ajoutée, agro-industrie, grands chantiers, automobile, aéronautique, électronique, textile, logistique, tourisme ou services aux entreprises : tous ces secteurs recherchent des profils parfois difficiles à trouver. La perception que se fait le jeune de ces métiers n&rsquo;est pas forcément positive. C’est un véritable problème de société.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc peut donc avoir simultanément des chômeurs et des entreprises qui ne trouvent pas les travailleurs dont elles ont besoin. Ce n&rsquo;est pas une contradiction économique. C&rsquo;est un problème de qualification, de localisation, de rémunération, d&rsquo;image des métiers et de mobilité. Certains métiers ne sont pas socialement appréciés.</strong></p>
<p><strong>Il faut mesurer les pénuries de compétences</strong></p>
<p><strong>Le taux de chômage reste indispensable comme indice, mais il ne suffit plus. Il faudrait publier chaque année un baromètre national des pénuries de compétences, combien d&#8217;emplois restent vacants, dans quels secteurs et quelles régions du pays, avec quelles qualifications et quels salaires ; combien de travailleurs étrangers sont recrutés pour répondre à ces besoins ; et combien de Marocains de la diaspora pourraient en occuper certains.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc dispose d&rsquo;une ressource considérable : des millions de Marocains installés à l&rsquo;étranger, dont une partie possède précisément les compétences nécessaires à l&rsquo;économie de demain. La diaspora doit donc être considérée non seulement comme une source de transferts financiers, mais comme un réservoir de compétences, d&rsquo;investissement et de transmission technologique.</strong></p>
<p><strong>Changer de paradigme</strong></p>
<p><strong>La question n&rsquo;est donc pas seulement : « Pourquoi certains veulent-ils partir ? »</strong></p>
<p><strong>Il faut aussi demander : pourquoi certains étrangers choisissent-ils de venir au Maroc ? Pourquoi certains Marocains ayant réussi à l&rsquo;étranger décident-ils de revenir ? Et pourquoi des entreprises cherchent-elles des travailleurs alors que le pays compte encore plus d&rsquo;un million de chômeurs ?</strong></p>
<p><strong>Le Maroc n&rsquo;est plus celui d&rsquo;il y a trente ans. Sa croissance démographique ralentit fortement : entre 2014 et 2024, sa croissance annuelle moyenne n&rsquo;était plus que de 0,85 %. Dans le même temps, son économie se diversifie, ses infrastructures se développent et ses besoins en compétences évoluent.</strong></p>
<p><strong>Le pays entre donc dans une nouvelle phase : il ne devra plus seulement créer des emplois pour une population jeune ; il devra faire aimer l&rsquo;effort et le travail à sa jeunesse, attirer, former, retenir et faire revenir les compétences dont son économie a besoin là où elle en a besoin.</strong></p>
<p><strong>Le véritable objectif devrait être simple : faire en sorte que partir soit un choix, rester une opportunité et revenir une réussite.</strong></p>
<p><strong>Le problème d&rsquo;un pays qui se développe n&rsquo;est pas seulement de savoir combien de ses citoyens rêvent d&rsquo;ailleurs. C&rsquo;est aussi de savoir si, demain, l&rsquo;ailleurs commencera à rêver de venir chez lui. Un petit tour notamment en Afrique occidental peut très bien renseigner sur le nombre de jeunes qui rêvent d&rsquo;opportunités au Maroc.</strong></p>
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