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	<title>chronique &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Chronique d&#8217;un fleuve immobile</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Jul 2026 09:15:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par : Mohamed KHOUKHCHANI Première partie : Le grand fleuve. Je suis ce fleuve. On ne me voit pas couler, et pourtant je charrie depuis la nuit des temps des eaux vives et tumultueuses, stratifiées comme la roche, patientes comme le désert. On m&#8217;appelle le Maghreb, le pays du couchant, l&#8217;Occident — lointain pour les &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Première partie : Le grand fleuve.</strong></p>
<p><strong>Je suis ce fleuve. On ne me voit pas couler, et pourtant je charrie depuis la nuit des temps des eaux vives et tumultueuses, stratifiées comme la roche, patientes comme le désert. On m&rsquo;appelle le Maghreb, le pays du couchant, l&rsquo;Occident — lointain pour les uns, central pour d&rsquo;autres, parfois même bas, selon la géographie du cœur de qui me nomme. À l&rsquo;instar de l&rsquo;Orient qui se dit proche, moyen ou extrême, moi aussi je change de visage suivant celui qui m&rsquo;observe. Mais je ne serai jamais le Machreq. Je suis l&rsquo;autre rive du monde, l&rsquo;horizon où finit la terre pour que commence l&rsquo;infini — l&rsquo;Occident que les poètes du Levant contemplent au bout de leurs rêves, comme on regarde le soleil sombrer dans l&rsquo;or et la pourpre.</strong></p>
<p><strong>Géologiquement, je suis fait de strates. Ma source première, éternelle et granitique, est un socle d&rsquo;hommes libres : les Imazighen, qu&rsquo;on dit Berbères sans qu&rsquo;ils soient jamais barbares. Ils sont mon lit rocheux, ma colonne vertébrale, le squelette de mes Atlas qui déchirent le ciel. En eux réside le silence têtu des cimes et la mémoire brute du désert. Mais un fleuve digne de ce nom ne se contente pas de sa source ; il s&rsquo;enrichit, il s&rsquo;ouvre, il accueille — bon gré, mal gré, à travers les millénaires qui l&rsquo;ont vu exister.</strong></p>
<p><strong>Et les tributaires sont venus, couche après couche, comme une géologie vivante. Des flots de pourpre d&rsquo;abord, ceux des Phéniciens venus d&rsquo;Égypte, marins de l&rsquo;azur, qui ont déposé dans mes criques le sel de leurs dieux et le murex de leurs teintures. Puis ce furent les rouges légions de Rome qui, sous le nom de Maurétanie Tingitane, crurent me dompter. Ils bâtirent des temples, tracèrent des voies, mais mes racines amazighs eurent tôt fait d&rsquo;enrouler leurs lianes autour de leurs colonnes de marbre, les absorbant à jamais dans ma terre ocre.</strong></p>
<p><strong>Le temps passa, et d&rsquo;autres eaux vinrent se mêler aux miennes. Les caravanes juives, portant la parole des Prophètes et la sagesse des Livres, s&rsquo;installèrent dans les méandres de mes vallées, y tissant des mellahs aux portes de bois ouvragé, où la mélancolie des psaumes épousait le bruissement des oliviers. Puis, du fond du désert d&rsquo;Arabie, un souffle brûlant apporta la lumière de l&rsquo;Islam ; les cavaliers pieux posèrent leurs selles sur mon dos et y bâtirent des médinas blanches où le Coran, récité dans la langue des cieux, s&rsquo;infiltra dans le chant ancestral des oueds.</strong></p>
<p><strong>Mais le tribut le plus doux-amer vint de l&rsquo;Andalousie déchue. Ces musulmans et ces juifs chassés de leurs paradis perdus franchirent le détroit comme des âmes en peine, les yeux encore humides de l&rsquo;Alhambra. Je les ai accueillis dans mes gorges profondes ; ils ont greffé leurs orangers à mes oliviers, mêlé leurs complaintes en arabe andalou aux tambours berbères, et leurs palais sont devenus les miens, leurs patios les soupirs de mes riads.</strong></p>
<p><strong>Plus tard, dans un fracas de canons et de langues étrangères, les Espagnols et les Français débarquèrent. Ils crurent me tracer des frontières, me tailler dans le vif. Mais ma nature profonde est l&rsquo;absorption ; leurs forts, leurs lycées, leurs boulevards, je les ai digérés comme on digère un fruit acerbe, jusqu&rsquo;à ce que leurs rejetons, parlant ma darija avec un accent mâtiné, deviennent, l&rsquo;espace d&rsquo;un siècle, les gardiens imprévus de mes rivages.</strong></p>
<p><strong>N&rsquo;oublions pas les fils du Soudan, les Gnaoua, que les caravanes transsahariennes ont déposés sur mes rives comme des grains de sable noir. Ils ont apporté le rythme des tambours, la transe des possédés, le blues de l&rsquo;exil ; mes zaouïas les ont adoptés, et leurs chaînes, frottées contre le sol, sont devenues des luths. Eux aussi sont de mon eau, profonde et battante.</strong></p>
<p><strong>Et puis il y a les derniers venus, les Palestiniens, ces exilés chargés de clés rouillées et de rêves d&rsquo;oliveraie. Ils ont posé leur valise sur mes plaines, et j&rsquo;ai senti leur mélancolie couler dans mon lit comme un affluent grave, mais fertile. Eux aussi, un jour, planteront leurs enfants comme des figuiers dans mes collines. Car je n&rsquo;ai jamais fini de m&rsquo;écrire.</strong></p>
<p><strong>Ainsi, siècle après siècle, mes eaux ont sillonné les gorges du Todgha, les vallées du Souss, les plateaux du Rehamna, et se sont perdues dans l&rsquo;Atlantique à Essaouira, là où les alizés mêlent le sel des conquérants à la sueur des pêcheurs. J&rsquo;ai porté les chars romains, les caravanes berbères, les chevauchées almoravides, les processions des confréries, les camions des colons et les cortèges de l&rsquo;indépendance. Tous se sont abreuvés à moi. Tous ont déposé leurs sédiments dans ma vase : un mot, une coutume, un gène, une mélodie, une épice — le cumin du Sud, le safran du Tafilalet, le thé à la menthe des Atlantes. Et tous, en fin de compte, sont devenus miens, citoyens à part entière de ce pays hospitalier de nature.</strong></p>
<p><strong>On croit que je change. On croit que je me perds dans la mer, là-bas, à l&rsquo;ouest, là où le soleil meurt. Mais je ne me perds jamais. Je m&rsquo;évapore en brume d&rsquo;Atlas pour retomber en neige sur le Toubkal, et je recommence. Car je ne suis pas une ligne droite, je suis un cycle. Mon lit s&rsquo;est élargi, mes rives se sont couvertes de cités grouillantes — Marrakech la rouge, Fès la spirituelle, Rabat la blanche, Casablanca la frénétique — où les voix se mêlent en un seul chant polyphonique.</strong></p>
<p><strong>◇◇◇◇◇◇◇</strong></p>
<p><strong>Deuxième partie : Le dialogue intérieur.</strong></p>
<p><strong>Mais parfois, le fleuve aime à se regarder dans le miroir de ses propres méandres. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un soir, alors que la lumière de Marrakech virait à l&rsquo;ocre brûlé, il prit la forme d&rsquo;un homme et vint s&rsquo;asseoir sur sa propre berge, pour se parler à lui-même. Il ne savait plus très bien s&rsquo;il était l&rsquo;eau qui interrogeait ou la rive qui répondait.</strong></p>
<p><strong>— Tu dis que tu ne te perds jamais, dit l&rsquo;homme à l&rsquo;eau. Mais moi, je me perds parfois. Je ne sais plus très bien de quelle strate je viens. Suis-je amazigh par ce grand-père du Souss, arabe par cette grand-mère de Rif, un peu andalou par cet ancêtre oublié qui a franchi le détroit dans l&rsquo;autre sens ? Je porte en moi des noms que je ne comprends plus, des plats dont j&rsquo;ignore l&rsquo;origine, des prières qui se répondent dans trois langues différentes.</strong></p>
<p><strong>Le fleuve rit — un rire de galets qui roulent les uns contre les autres.</strong></p>
<p><strong>— Tu poses la question comme si la réponse devait être unique. Mais regarde mon lit : crois-tu qu&rsquo;il y ait une seule pierre qui explique mon cours ? Tu es toi-même un petit fleuve, mon enfant. Tu charries en toi ce que je charrie en grand. Ne cherche pas la source pure — elle n&rsquo;existe que dans les légendes des Ifriqiyens. Cherche plutôt ce que tu as fait de tous ces affluents. As-tu appris à faire danser tes contradictions comme les Gnaoua font danser leurs possédés ?</strong></p>
<p><strong>— Mais toi, insista l&rsquo;homme, tu dis « j&rsquo;ai absorbé », « j&rsquo;ai digéré », comme si tout se valait, comme si les Romains et les Amazighs, les colons et les exilés, c&rsquo;était la même eau. N&rsquo;y a-t-il pas des blessures dans ton lit ? Des sédiments plus amers que d&rsquo;autres ?</strong></p>
<p><strong>Le fleuve se tut un instant. La brise cessa de remuer les roseaux. Il se souvint des bûchers de l&rsquo;Inquisition, des décrets d&rsquo;expulsion, des guerres tribales, des famines, des protectorats qui avaient voulu lui voler son nom.</strong></p>
<p><strong>— Tu as raison de me le demander. Je ne suis pas fait que de miel et de fleurs d&rsquo;oranger. J&rsquo;ai aussi charrié des chaînes, des terres confisquées, des frontières tracées à la règle par des mains qui ne me connaissaient pas. Je n&rsquo;oublie rien — je n&rsquo;ai pas ce luxe. Mais je transforme. C&rsquo;est ma seule alchimie contre le désespoir : je ne renie aucune eau, même la plus trouble, parce que la renier reviendrait à assécher une part de moi-même. La blessure aussi devient racine, avec le temps, si on ne la laisse pas seule cicatriser dans le noir. Regarde les Mellahs : ils ont été des ghettos, ils sont devenus des lieux de mémoire. Regarde les anciennes casernes coloniales : elles abritent aujourd&rsquo;hui des écoles où l&rsquo;on apprend l&rsquo;amazigh et l&rsquo;arabe.</strong></p>
<p><strong>— Et moi, alors ? Que dois-je faire de ce mélange que je suis ?</strong></p>
<p><strong>— Coule, dit le fleuve. Ne cherche pas à être une seule chose. Sois amazigh le matin, arabe à midi, andalou au crépuscule, gnaoui la nuit lors des veillées, et marocain à chaque heure, sans contradiction — comme moi je suis à la fois montagne, gorge, vallée et plaine sans jamais cesser d&rsquo;être le même fleuve. Le jour où tu accepteras d&rsquo;être stratifié plutôt qu&rsquo;uni, tu cesseras de te perdre. Car l&rsquo;unité que l&rsquo;on impose est un carcan ; l&rsquo;harmonie que l&rsquo;on invente est une fête.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;homme resta longtemps sur cette berge, à regarder l&rsquo;eau qui ne coulait pas, ou qui coulait trop lentement pour que l&rsquo;œil s&rsquo;en aperçoive — comme l&rsquo;histoire d&rsquo;un pays qui n&rsquo;en finit pas de s&rsquo;écrire dans le lit de ses propres contradictions. Puis il se releva, et tandis qu&rsquo;il s&rsquo;éloignait, il entendit le fleuve lui glisser dans le dos : « Tu n&rsquo;es pas un métis ; tu es un pont. Et un pont n&rsquo;appartient à aucune rive, il est la grâce qui les relie. »</strong></p>
<p><strong>◇◇◇◇◇◇◇</strong></p>
<p><strong>Troisième partie : Le conseil des affluents.</strong></p>
<p><strong>Cette nuit-là, l&rsquo;homme ne s&rsquo;était pas éloigné. Il s&rsquo;était assis un peu plus loin, et soudain, les voix se levèrent une à une de l&rsquo;eau, comme des bulles remontant d&rsquo;un fond très ancien, et chacune prit la parole à son tour. Ce n&rsquo;était plus le fleuve seul qui parlait, mais tout son peuple de mémoires réunies en un conseil immémorial.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Amazigh parla le premier, la voix rude comme les pentes du Haut-Atlas :</strong><br />
<strong>— Je suis la pierre sous tes pieds, le socle qui ne bouge pas même quand tout change autour de lui. J&rsquo;ai donné au fleuve sa colonne vertébrale, ses sommets enneigés, sa langue tamazight qui résonne encore dans les tifinaghs gravés sur le roc. Sans moi, le lit n&rsquo;existerait pas — mais je sais aussi que le lit seul, sans l&rsquo;eau qui le traverse, n&rsquo;est qu&rsquo;un désert de pierres. Ma fierté n&rsquo;est pas un mur ; elle est une racine.</strong></p>
<p><strong>Le Phénicien répondit dans un murmure salé :</strong><br />
<strong>— Moi, j&rsquo;ai apporté le commerce, l&rsquo;alphabet, le regard tourné vers l&rsquo;horizon marin. J&rsquo;ai appris au fleuve à ne pas craindre l&rsquo;immensité, à envoyer ses enfants voguer jusqu&rsquo;aux colonnes d&rsquo;Hercule et revenir chargés de pourpre et d&rsquo;idées nouvelles.</strong></p>
<p><strong>Le Romain, l&rsquo;écho des colonnes de Volubilis dans la gorge, s&rsquo;exprima :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai voulu bâtir des murs droits, tracer des voies qui ne connaissent pas le détour. Le fleuve m&rsquo;a enseigné l&rsquo;humilité : mes murs sont tombés en poussière, mais les routes, lui, il les a gardées — pour ses propres caravanes, non pour mes légions.</strong></p>
<p><strong>Le Juif, les yeux levés vers une étoile invisible, dit avec la douceur des psaumes du Mellah :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai apporté le Livre et la patience des exils sans fin. J&rsquo;ai tissé dans les quartiers de Fès et de Marrakech une mémoire qui n&rsquo;a jamais cessé de dialoguer avec celle des médinas voisines. Ma prière en hébreu et l&rsquo;appel du muezzin, longtemps, se sont répondu par-dessus les toits de terre battue, comme deux frères qui ne savent plus pourquoi ils se sont fâchés.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Arabe vint ensuite, avec le souffle chaud du désert de l&rsquo;Est :</strong><br />
<strong>— J&rsquo;ai apporté la lumière d&rsquo;une foi universelle et la langue du Coran. Je croyais venir pour conquérir ; le fleuve, lui, m&rsquo;a converti à sa patience profonde. Ma langue classique s&rsquo;est pliée à sa darija buissonnière, mon désert s&rsquo;est mêlé à ses vallées verdoyantes, et j&rsquo;ai appris que la révélation peut aussi fleurir dans une terre d&rsquo;accueil.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Andalou, la voix brisée par la nostalgie de Grenade, chanta :</strong><br />
<strong>— Je suis venu les yeux pleins des tourments de l&rsquo;Alhambra. J&rsquo;ai apporté la musique du luth, les jardins en terrasses, la finesse d&rsquo;un monde qui n&rsquo;existait plus nulle part ailleurs. Le fleuve m&rsquo;a offert une deuxième Andalousie, ici, dans ses riads et dans ses nuits gnaouies. Il a pris ma mélancolie et l&rsquo;a tressée à ses rythmes.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Espagnol et le Français, presque en même temps, avec une gêne encore tenace mais sincère, murmurèrent :</strong><br />
<strong>— Nous sommes venus en conquérants, chargés de nos certitudes et de nos canons. Nous voulions faire du fleuve un simple affluent de nos empires. Il nous a laissés croire, un temps, que nous avions réussi — puis il a repris son cours, plus large et plus lent. Il nous a laissé, en partant, un peu de nos langues devenues siennes, transformées, méconnaissables, mais étrangement vivantes, comme un greffon sauvage.</strong></p>
<p><strong>Le Gnaoui, enfin, sortit des profondeurs de l&rsquo;eau noire, son métal enjoué au bout des doigts :</strong><br />
<strong>— Tu ne m&rsquo;as pas vu dans les premiers chapitres, car on m&rsquo;a souvent relégué aux marges. Pourtant, j&rsquo;ai apporté le souffle du Sud profond, le rythme du tam-tam, la transe et le bleu de mes guembris. Le fleuve m&rsquo;a ouvert ses zaouïas, il a épousé mes litanies et en a fait un pont entre le désert de sable et l&rsquo;océan du doute. Je suis le pouls nocturne du Maroc.</strong></p>
<p><strong>Le Palestinien, dernier-né, la voix encore lourde de sa valise de réfugié, osa enfin :</strong><br />
<strong>— Je suis le plus récent, celui qui arrive avec ses clés rouillées et ses cartes déchirées. Je ne sais pas encore ce que je deviendrai dans ce lit. Mais déjà, je sens que le fleuve ne me traite pas comme un étranger de passage. Il me fait une place, comme il l&rsquo;a fait pour tous les autres avant moi. Il m&rsquo;apprend que la terre promise n&rsquo;est pas un lieu, mais une manière d&rsquo;accueillir.</strong></p>
<p><strong>Le silence retomba sur l&rsquo;eau, plus lourd et plus apaisé qu&rsquo;un voile de prière. Puis le fleuve lui-même, dans une voix qui contenait désormais toutes les autres, prit la parole pour clore le conseil :</strong></p>
<p><strong>— Vous voyez, mes enfants ? Aucun de vous, seul, n&rsquo;est le Maroc. Et pourtant, chacun de vous, sans exception, EST le Maroc. Vous croyiez être venus me visiter, me traverser, parfois me conquérir. En réalité, c&rsquo;est moi qui vous ai absorbés, un par un, sans jamais vous dissoudre entièrement — car tel est mon mystère : je ne fais pas de vous une eau uniforme et grise. Je vous garde distincts, comme des courants qui se croisent sans se confondre, comme les ingrédients d&rsquo;un tajine qui conservent leurs saveurs tout en participant au même plat. C&rsquo;est cette diversité même qui fait ma force, et non un passé idéal que l&rsquo;on regretterait.</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est pourquoi le Marocain d&rsquo;aujourd&rsquo;hui peut converser en amazigh avec sa grand-mère, réciter le Coran en arabe classique, chantonner une nouba andalouse, discuter un dossier en français, jurer en espagnol quand il est en colère, et danser les rythmes gnaouis jusqu&rsquo;à l&rsquo;aube — sans jamais avoir l&rsquo;impression de se trahir. C&rsquo;est pourquoi le Maroc a toujours su s&rsquo;ouvrir aux civilisations sans perdre son âme : parce que son âme n&rsquo;a jamais été une statue, mais un fleuve — capable d&rsquo;accueillir mille eaux sans jamais cesser d&rsquo;être lui-même.</strong></p>
<p><strong>Je suis votre mémoire commune, plus puissante que toutes les frontières. Je n&rsquo;oublie aucun de vous, ni vos gloires ni vos silences. Le jour où le monde cherchera un exemple de civilisations qui ont su se rencontrer sans se détruire, se mélanger sans s&rsquo;effacer, souffrir sans se haïr, c&rsquo;est vers mes rives, vers mes montagnes et vers mon océan qu&rsquo;il faudra se tourner. Car vous n&rsquo;êtes pas mes affluents perdus dans mon courant : vous êtes ma richesse visible, l&rsquo;écume de mon histoire, le sel de mes terres.</strong></p>
<p><strong>Sur cette berge, cette nuit-là, les voix se turent une à une — non pas dans le silence de l&rsquo;oubli, mais dans celui, apaisé, d&rsquo;une assemblée de sages enfin réconciliée avec le temps. L&rsquo;homme se leva, le cœur plus léger que l&rsquo;air du Souss. Il avait compris que le Maroc n&rsquo;était pas une nation parmi d&rsquo;autres ; il était une respiration du monde. Et que, dans ce grand fleuve immobile, chaque goutte, même la plus infime, contenait l&rsquo;océan tout entier.</strong></p>
<p><strong>Je coule ainsi, majestueux et calme, depuis les premiers hommes debout sur mes roches jusqu&rsquo;à la fin des temps — quand la mer elle-même, lasse de me boire, finira par me rendre à ma source, pour que l&rsquo;histoire recommence, dans un autre cycle de vagues et d&rsquo;accueil, de souffrance et de joie.</strong></p>
<p><strong>Car telle est ma signature : être le lit qui ne choisit pas entre ses eaux, mais les porte toutes, ensemble, vers l&rsquo;horizon où le soleil meurt en beauté, pour renaître, chaque matin, un peu plus riche de tous les couchers qu&rsquo;il a vus.</strong></p>
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		<title>Les dimanches d&#8217;Aziz Daouda. Les maladies rares ne sont pas si rares que cela</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Feb 2025 10:44:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par: Aziz Daouda  J’ai eu le privilège samedi d’assister à la 6ème journée des maladies rares. Docteur Khadija Moussayer, présidente de l&#8217;Alliance Maladies Rares du Maroc, m’a fait l’honneur, et je l’en remercie, de me faire assoir à la table de grands professeurs de médecine qui allaient débattre de problématiques médicales pointues, requérant expertise et &#8230;]]></description>
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<p><strong>Par: Aziz Daouda </strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-176007" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/02/aziz-dawda-1624715241-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/02/aziz-dawda-1624715241-300x300.jpg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/02/aziz-dawda-1624715241-150x150.jpg 150w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/02/aziz-dawda-1624715241-125x125.jpg 125w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></p>
<p><span class="uk-text-lead blu-article-lead">J’ai eu le privilège samedi d’assister à la 6ème journée des maladies rares</span>. Docteur Khadija Moussayer, présidente de l&rsquo;Alliance Maladies Rares du Maroc, m’a fait l’honneur, et je l’en remercie, de me faire assoir à la table de grands professeurs de médecine qui allaient débattre de problématiques médicales pointues, requérant expertise et maîtrise de sujets divers et requérant aussi un humanisme profond et un amour certain du pays et de sa population.</p>
<p>Je n’ai pu malheureusement assister qu’à la moitié des travaux et j’en suis navré.</p>
<p>Les maladies dites rares ne sont pas en fait si rares que cela. Si elles le sont peut-être par le nombre, elles sont si fréquentes qu’elles s’imposent au quotidien en milieu médical. Elles sont rares parce que souvent invisibilisées dans un milieu social qui ne les comprend pas encore ou pas assez. Elles sont d’un impact lourd sur la vie affective, sociologique et économique des familles et énormément sur la vie des personnes touchées. Elles ne sont pas encore traitées convenablement dans le cursus universitaire et peu maîtrisées par les généralistes, voire par bon nombre de pédiatres. L’accès à la médicalisation de plus en plus facilité, les révèle au grand jour et les fait découvrir dans leur complexité et leur diversité, tant au milieu médical lui-même qu’aux familles et à la société.</p>
<p>Leur impact psychologique est énorme sur les familles, les déboussolant, les déchiquetant, les appauvrissant. Par leur aspect génétique, elles installent les familles et personnes concernés dans le doute, les plongent dans l’anxiété, le dégoût et la haine de soi. Les raisonnements émotionnels négatifs et le sentiment de responsabilité ne sont jamais très loin. C&rsquo;est là souvent le moteur de préjugés sociaux lourds. Les traditions, le manque d’instruction font le reste. Elles peuvent aller jusqu’à briser une famille et font souvent de la femme la responsable. J’ai rencontré moi-même une jeune femme répudiée, rejetée simplement parce qu’elle a donné naissance à un enfant Marfan. Son mari et sa famille l’on rendu responsable de la naissance problématique et l’on mise à la rue. Elle élève seule son enfant aujourd’hui et se bat pour le nourrir, le soigner, l’éduquer, faire comprendre et admettre sa différence à l’école.</p>
<p>Les maladies rares sont davantage problématiques, quand on sait qu’un médecin ne les rencontre pas tous les jours dans sa consultation et peut aller jusqu’à en ignorer l’existence. Leurs diagnostics sont si complexes des fois qu’elles nécessitent l’intervention de multiples spécialités hautement qualifiés pour en définir l’existence et les protocoles à suivre. Plus que dans n’importe quelle autre situation, la personne diagnostiquée doit être suivie par plus d&rsquo;un spécialiste en même temps. Est-ce toujours le cas ?</p>
<p>Il faut ici rendre un hommage tout particulier aux professeurs Asmaa Quessar et Amine Benmoussa ayant traité la question du point de vue hématologique, expliquant la complexité des manifestations de certaines de ces maladies et l’impact de certains traitements. Le Pr FZ El Fatoiki s’est particulièrement penchée sur les manifestations cutanées qui dans les faits cachent bien des choses en dedans et donc sont capitales dans les diagnostics.</p>
<p>Une mention spéciale au professeur Imane Chahid pour son intervention sur les Neurofibromatoses de type 1, au-delà des taches café au lait. Elle recommanda la constitution de pôles de travail avec toutes les spécialités concernées afin de limiter l’errance médicale des malades, gagner en temps, en efficacité et en économie. On doit expliquer aux mamans que les taches café au lait sur la peau d&rsquo;un bébé, ne sont pas des «touhimates». Cette ignorance peut retarder la prise en charge d’un enfant atteint avec les conséquences que cela peut induire.</p>
<p>Effectivement.</p>
<p>L’une des problématiques à laquelle font face les familles est l’errance médicale. Le malade peut passer longtemps à consulter et traiter des symptômes: ophtalmologiques, gastriques, dermatologiques etc, avant que ne soit diagnostiqué une maladie rare. L’errance est extrêmement lourde de conséquence.</p>
<p>Le témoignage dans ce sens d’un papa ayant perdu deux enfants était particulièrement poignant. Un moment de grande émotion. La dignité et le courage dont il a fait montre en font un personnage admirable.</p>
<p>J&rsquo;ai été rassuré par la jeunesse et l’engagement de plus d’un intervenant. L’assistance par le nombre et la qualité et les questions posées par les professionnels et les parents, montrent qu’il y a un intérêt et de la compétence en construction. Les éclaircissements et l’engagement exprimé au nom des généticiens marocains du Pr Karim Ouldim laisse augurer des jours meilleurs et une approche probablement innovante dans le diagnostic rapide et précoce et partant dans la prise en charge. Il répondait un peu à l’appel du Pr Chahid pour le travail en pôle.</p>
<p>S’intéresser à la génétique nous ramène à la question des data et de la puissance de nos calculateurs. Dans les questions génétiques, l’IA va jouer un rôle capital et pour ne pas subir les biais des autres, le Maroc se doit de compiler et de traiter ses propres data et entraîner des machines capables de saisir les spécificités génétiques du marocain car il y en a et c’est normal. Tout retard dans ce domaine aura pour conséquence un manque de maîtrise, une dilapidation de compétences, du gaspillage et un défaut d’efficacité à répondre aux besoins réels des citoyens.</p>
<p>Une question fondamentale a plané sur la salle juste avant la pause déjeuner, pourquoi les travaux réalisés par les éminences marocaines, les résultats des recherches sur le territoire national et autres découvertes ne sont-elles pas considérées dans l’établissement des politiques publiques de santé. L&rsquo;espace entre la recherche marocaine et les sphères de décision politique est simplement anormal. Un pays ne progresse que de l’intérieur par la recherche scientifique et le travail. Les politiques publiques se doivent de reposer sur les innovations et les recherches sur le terrain marocain. Le benchmarking est bien mais la recherche au niveau national c’est encore mieux. J’ai eu l’impression, étais-je le seul, que les politiques vont jusqu’à ignorer pour ne pas dire mépriser les compétences nationales, préférant faire confiance à des bureaux d’études étrangers souvent mal inspirés et ignorant les réalités et le particularisme marocain. C’est là l’une des raisons qui entravent et impactent notre système de santé et autres.</p>
<p>Il est tout de même malheureux de se poser ce genre de questions en 2025.</p>
<p>La journée a été une réussite incommensurable et mérite une grande médiatisation, car le but en était la sensibilisation. Lalla Khadija Moussayer et son équipe ont réussi le pari. On ne les remerciera jamais assez pour cela.</p>
<p>Merci aussi de m’avoir permis de retrouver le professeur Mohammed Itri, éminent pédiatre parti de Rabat enseigner au CHU Ibn Rochd mais n’ayant jamais oublié son quartier et ses voisins d’enfance…</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La blessure la plus proche du soleil  (Par Abdelhak Najib,  Écrivain-journaliste)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/120727</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 May 2023 09:31:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Najib Abdelhak]]></category>
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					<description><![CDATA[« Notre héritage n&#8217;est précédé d&#8217;aucun testament. On ne se bat bien que pour les causes qu&#8217;on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s&#8217;identifiant. Agir en primitif et prévoir en stratège. Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l&#8217;illusion de la santé ». René Char Tout le paradoxe humain est &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><em>« Notre héritage n&rsquo;est précédé d&rsquo;aucun testament.</em></p>
<p class="p1"><em>On ne se bat bien que pour les causes qu&rsquo;on modèle soi-même</em></p>
<p class="p1"><em>et avec lesquelles on se brûle en s&rsquo;identifiant.</em></p>
<p class="p1"><em>Agir en primitif et prévoir en stratège.</em></p>
<p class="p1"><em>Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels</em></p>
<p class="p1"><em>la vie sataniquement donne l&rsquo;illusion de la santé ».</em></p>
<p class="p1"><strong>René Char</strong></p>
<p class="p1">Tout le paradoxe humain est de réaliser cette dualité essentielle qui doit être le coeur vibrant de tout action humaine: savoir concilier le primitif en nous avec une vision annonciatrice de l’avenir pour faire le pont mobile entre hier et demain. C’est à ce prix, et uniquement à ce prix, que nous pourrions vivre pleinement notre maladie sidérale avec toute l’étendue de notre illusion de santé, dans un monde pathologiquement incurable où toute l’humanité tente de bricoler dans ce qui ne peut guérir d’aucune manière. Alors les procédés en cours donnent dans le rafistolage tous azimuts pour colmater des brèches de plus en plus béantes qui creusent plus grand et plus profond le canyon entre notre héritage testamentaire qui doit impérativement osciller, et parfois en les combinant, entre l’action et la parole. L’action décisive et la parole juste.</p>
<p class="p1">« Faites concorder l&rsquo;action et la parole, la parole et l&rsquo;action, avec une attention particulière, celle de ne pas outrepasser la modestie de la nature. Car tout ce qui surjoue ainsi s&rsquo;éloigne du propos du théâtre, dont la seule fin, du premier jour jusqu&rsquo;au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, reste de présenter comme un miroir à la nature; de montrer son visage à la vertu, sa propre image au ridicule; au corps et à l&rsquo;âge même du temps sa force et son reflet. Mais surjouer, ou jouer trop faible, même si cela fait rire les ignorants, ne pourra qu&rsquo;affliger les hommes de goût, dont l&rsquo;opinion d&rsquo;un seul doit avoir plus de poids pour vous que celle d&rsquo;une salle entière. [&#8230;] J&rsquo;en connais qui rient tout seuls pour entraîner le rire de quelques spectateurs pauvres d&rsquo;esprit au moment même où telle ou telle question cruciale de la pièce se trouve en jeu. C&rsquo;est là une chose vile, qui montre la plus pitoyable des ambitions chez le fou qui s&rsquo;en sert », avait écrit ce visionnaire qu’était William Shakespeare. Et la véritable démence est celle qui surjoue justement sa cécité en étant dans l’incapacité de voir la vertu en face et de lui donner un miroir réfléchissant qui soit nous-mêmes, dans nos nombreuses sinuosités.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p class="p1">Oui, la folie est de vouloir encore faire rire tous ceux qui se complaisent dans le déni et dans l’ignorance, parce que celle-ci rend le monde simpliste et facile à aborder, aisé à soutenir, sans se poser de question ni avoir la velléité de vouloir mettre fin à ce pitoyable spectacle qu’est la vie des uns et des autres, dans un monde en facettes, un monde en façades, un monde en surimpressions qui s’annihilent les unes les autres dans une succession de chutes.</p>
<p class="p1">Cette capacité d’être son propre miroir qui ne difforme ni la vision ni la réfraction doit s’accouder à une forme de sérénité face au mal, à ce qu’un poète comme René Char nomme la santé du serpent, cette faculté d’être une brindille indestructible, mais sensible. « L’homme qui reste calme dans les revers, prouve qu’il sait combien les maux possibles dans la vie sont immenses et multiples, et qu’il ne considère le malheur qui survient en ce moment que comme une petite partie de ce qui pourrait arriver », nous rappelle ce grand connaisseur de l’âme humaine et de ses infinies variétés, Arthur Schopenhauer.<span class="Apple-converted-space">  </span></p>
<p class="p1">Ce qui nous frappe et qui s’abat sur nous est souvent une chance pour entamer un tournant, un nouveau virage, prendre un autre chemin pour découvrir d’autres aspects jusque-là insoupçonnés et de nous-mêmes et de nos existences éparses. Ce que nous prenons pour un malheur peut aussi être le déclencheur d’une autre forme de conscience de soi et du monde où l’on évolue. C’est un changement de prisme. C’est un changement d’angle de vue et de vision. Le malheur peut également être annonciateur de la suite du cheminement de vie qui nous attend, avec ses sinuosités et ses ramifications. Le malheur et toutes les douleurs que cela peut impliquer sont une chance unique pour nous montrer toute la profondeur que recèle l’âme humaine, avec tout l’inconnu que cela suppose: « Il y a dans notre âme des choses auxquelles nous ne savons pas combien nous tenons. Ou bien, si nous vivons sans elles, c&rsquo;est parce que nous remettons de jour en jour, par peur d&rsquo;échouer ou de souffrir, d&rsquo;entrer en leur possession », écrivait l’auteur de « À la recherche du temps perdu », Marcel Proust.</p>
<p class="p1">Parmi ces choses subtiles, il y a ce que l’auteur de « La recherche de la base et du sommet », nomme à juste titre: la santé du serpent, qui fait écho à cette parole en archipel qui sème<span class="Apple-converted-space">  </span>dans l’étendue du monde notre essence avec ce qui nous effraye, avec ce qui nous fait peur, avec ce qui nous angoisse, parfois à raison. Parmi ces choses inconnues de nous mais qui, elles, savent de nous, ce que nous ignorons nous-mêmes de qui nous sommes, il y a la volonté d’échouer aussi, la capacité de souffrir et de le vivre comme un passage obligé, mais dans une forme d’acceptation qui frise la sérénité face au mal. Une fois que nous franchissons un certain point qui a la puissance d’un rempart de brindilles, nous pouvons entrer en possession de ce qui nous fait peur et on peut alors en faire un allié face à ce qui vient, à ce qui nous attend, même le pire et l’inimaginable. C’est une puissante forme d’énergie qui peut même s’avérer intarissable. Une somme d’ondes et de vibrations gorgées d’une force qui refuse l’inanité et rejette notre incapacité, surtout dans ce monde de paresse, de ne plus vouloir rien faire du tout, dans une léthargie de plus en plus grandissante, ressassant les mêmes gestes, les mêmes jérémiades, se plaignant en continu, étant fatigué et constamment éreinté par l’inanité, l’immobilité et la vacuité. « Notre époque ruisselle suffisamment d&rsquo;énergie. On ne veut plus voir que des actes, et nulle pensée. Cette terrible énergie provient de ce que l&rsquo;on n&rsquo;a plus rien à faire. Intérieurement, je veux dire.</p>
<p class="p1">Mais en fin de compte, même extérieurement, l&rsquo;homme ne fait que répéter toute sa vie un seul et même acte: il entre dans une profession, puis y progresse. […] Il est si simple d&rsquo;avoir la force d&rsquo;agir, et si malaisé de trouver un sens à l&rsquo;action ! Très peu de gens, aujourd&rsquo;hui, le comprennent. C&rsquo;est pourquoi les hommes d&rsquo;action ressemblent à des joueurs de quilles qui emprunteraient des poses à la Napoléon pour renverser neuf machins de bois ! Je ne serais même pas surpris qu&rsquo;ils finissent par en venir violemment aux mains, simplement pour voir passer par-dessus leur tête ce mystère incompréhensible : que toutes les actions du monde ne suffisent jamais ! », comme l&rsquo;avait affirmé, l’auteur de «L’Homme sans qualités», Robert Musil.</p>
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		<item>
		<title>« Machi Rojola »: L’émergence d’une masculinité positive</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/51277</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brahim Zarkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Jul 2021 08:59:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Machi Rojola]]></category>
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					<description><![CDATA[« Machi Rojola » est un défi de société, un engagement sérieux animé par la volonté de remettre en cause ce stéréotype de la masculinité dans notre société. Un pavé dans la mare. Faire bousculer les idées et mettre sur la table, les idées toxiques qui gangrènent la société marocaine, tel est l’objectif. L&#8217;appel à cette intervention &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>« Machi Rojola »</strong> est un défi de société, un engagement sérieux animé par la volonté de remettre en cause ce stéréotype de la masculinité dans notre société. Un pavé dans la mare. Faire bousculer les idées et mettre sur la table, les idées toxiques qui gangrènent la société marocaine, tel est l’objectif. L&rsquo;appel à cette intervention musclée par la douceur du questionnement, n&rsquo;est pas seulement le fruit d&rsquo;un constat flagrant au moment du confinement. Certes, la boîte de Pandore de la violence masculine et de la domination misogyne s&rsquo;est bien ouverte au grand jour de l’étonnement, pour nous mettre en face d&rsquo;une réalité restée cachée sous forme d&rsquo;une omerta bien installée depuis longtemps. Libérer la parole autour de ce terrible constat est devenu une nécessité urgente.</p>
<p>Il est de notre devoir de rappeler que le sociologue Abdessamad Dialmy a déjà traité ce sujet sous un autre angle dans son ouvrage « <strong><em>Vers une nouvelle masculinité au Maroc »</em></strong>, édité par <strong><em>CODESRIA 2009, Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique</em></strong>, en lançant l’appel suivant : « <em>Il est donc temps de soumettre la masculinité marocaine à l’interrogation. Ce seul acte de connaissance inaugure le commencement de la fin de la domination masculine, sa mise en crise du moins »</em>.</p>
<p>C’est pour cela que <strong>Le Collectif Ellile</strong> qui rassemble des activistes femmes et hommes, sous cette appellation <strong>Ellile</strong> qui veut dire en français « <strong>La nuit »</strong>, afin de vaincre cette obscurité qui voile la lumière sur toutes les idées positives et qui doivent être prônées dans notre espace de vie commune. Il a fallu alors, trouver un médium favorisant une bonne fluidité de ce mouvement et donner le coup d’envoi d’un départ en course effrénée sur cette piste épineuse. Cette mobilisation s’est soldée par la création de « Machi Rojola », une plateforme alternative pour repenser et questionner la (les) masculinité (s) au Maroc. Un Projet porté par Soufiane Hennani, Doctorant chercheur en Sciences de la santé à la Faculté de Médecine et de pharmacie – Université Hassan II de Casablanca et lauréat du programme du changement social de l’Arab Fondation For Freedom and Equality en 2019.</p>
<p>Plusieurs podcasts, ont donné lieu à des rencontres entre des intellectuels, des artistes, des activistes de la société civile et des chercheurs pour mener un débat d’idées autour de ces questions. Une façon d’ouvrir le champ de la réflexion et de montrer à quel point notre considération de la masculinité est loin d’être à la hauteur de notre aspiration. D’après les chiffres annoncés, le premier podcast &#8211; majoritairement suivi par des jeunes sur les réseaux sociaux et sur les plateformes de son en ligne &#8211; a récolté environ 60 000 écoutes.</p>
<p>« <strong>Machi Rojola »</strong> est un laboratoire des idées qui se confrontent entre elles afin d’élaborer une nouvelle approche de la masculinité dans une perspective de mettre en place une société qui croit à l’équité et qui favorise l’émergence d’une masculinité positive.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>A l’ère des temps qui coulent…</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/43642</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tariq Akdim]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Apr 2021 08:42:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[covid]]></category>
		<category><![CDATA[problématique]]></category>
		<category><![CDATA[Tarik Akdim]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a un an déjà je pensais que le virus comme pathologie pouvait provoquer des ruptures dans les champs politiques, économiques et sociaux un peu partout dans le monde. En vérité, il est difficile de porter un regard critique sans situer son action dans un horizon temporel rappelant l’historicité des faits marquant l’histoire des &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Il y a un an déjà je pensais que le virus comme pathologie pouvait provoquer des ruptures dans les champs politiques, économiques et sociaux un peu partout dans le monde. En vérité, il est difficile de porter un regard critique sans situer son action dans un horizon temporel rappelant l’historicité des faits marquant l’histoire des pandémies et leurs effets sur les structures humaines. Mais au-delà de ces considérations de l’ordre à objectiver les réalités du jadis, il me semble qu’il est intéressant de revenir à ce qui ne pourrait plus revenir comme avant, à cette dialectique entre le réel et le virtuel, entre ce qui est dynamique et statique, entre l’incertitude et le doute d’un temps qui coule et qui nous interpelle au devenir de nos relations humaines. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Partant de ces constats, il est donc utile d’interroger nos possibilités d’être, ce qui nous donne du sens à la vie. A vrai dire, devant une telle crise des systèmes, il est encore complexe de tout comprendre et de donner des réponses &#8211; prêtes à porter- à des modèles humains qui tendent à changer de couleurs, de voies et surtout de paradigmes. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Une vie de l’entre-deux</b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pour paraphraser Brugère Fabienne, philosophe et professeur des universités, qui fait appel à cette expression pour rappeler notre incapacité à vivre ni dedans, ni dehors. Nous menons une vie doublement malheureuse, une double conquête de sens de ce qu’on appelle désormais « l’hybride », la formule que nous avons découverte dans le monde des automobiles, avant qu’elle se trouve une place dans nos vies séparées entre le monde réel et le monde virtuel. Peut-être aussi partagées entre travailler dedans et travailler dehors, faire ses courses ou se faire livrer, aller à l’école ou suivre en ligne. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Cette double forme de vie que nous menons interroge nos sens, nos capabilités pour reprendre l’expression des communs. Ce qui fait de nous des êtres invisibles mais aussi indivisibles. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>De l’invisible à l’indivisible </b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il est encore difficile de me prononcer sur ces termes qui ne passent pas partout, mais qui trouvent du sens dans ce que nous faisons quotidiennement pour ne citer que l’exemple des masques. A un moment donné, il ne serait plus facile de se reconnaitre. Nous passons alors à un mode des invisibles. Invisible à l’autre, au temps qui coule et invisible au droit de respirer, de se sentir vrai, non dans une peau cachée, réellement soi-même. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il est donc plus à l’aise de dire que cet effacement de soi dans un espace public remet en cause le double sens collectif/individu, ce qui par ricochet remet en question les possibilités de se réapproprier les espaces de dialogue et de partager dans le public cache également un redoutable sentiment de doute. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Un doute performant </b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Depuis un certain temps et avec l’avènement du Ramadan tradition religieuse mêlée d’un esprit d’appropriation des lieux de culte, le doute de toutes les couches sociales devient une réalité dure à dépasser. Une citoyenneté telle que les activistes des droits humains la souhaite pose un vrai problème ; celui d’accès à l’information et dans le temps souhaité. L’Etat-providence revient en force et caractérise le besoin de laisser le doute comme indicateur d’une possible détermination d’une décision commune qui nécessite une performance donnée. Or, en réalité les indicateurs pandémiques changent et les déplacements deviennent de plus en plus difficiles à maîtriser. Il nous faut, même dans ces temps d’incertitude, réinventer le sens des communs et d’affronter le réel par des mesures anticipatives pour éviter un burn-out généralisé de par les épreuves de ce temps qui coule. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Repenser les échelles du temps qui coule.. <span class="Apple-converted-space">   </span></b></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Dans une chronique antérieure, la question du temps est revenue à maintes reprises, de par l’échelle du dialogue qui rappelle la nécessaire régularité de l’information entre les gouvernés et les gouvernants dont j’appelle les forces vives à un nouveau dialogue citoyen, de par l’échelle de l’investissement dans une communication de crise comme celle que nous traversons. Il nous faut du sens dans ce temps qui coule, il faut connaître qui prend la décision de ce qui partage l’information et de quel objectif laissons-nous les concitoyens dans un suspense qui craque les esprits et fatigue l’échelle de conscience de tout un chacun. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il est inadmissible de continuer dans ces logiques de faire, il faut trouver les bonnes manières d’agir, nous avons des compétences et des méthodes pour apaiser les esprits et préparer le citoyen aux incertitudes des temps qui coulent au lieu de le stresser, de le fatiguer et de le faire attendre pour pas grand-chose. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il y a encore de beaux jours à venir… </span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><span class="Apple-converted-space">      </span></span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>2020-2030: Penser les ruptures dans les prospectives de la société (1)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/36764</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tariq Akdim]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Jan 2021 08:39:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Tarik Akdim]]></category>
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					<description><![CDATA[« Tout a déjà été pensé, disait Goethe, l’important c’est d’y penser à nouveau » Si nous pouvons consacrer un moment pour ce que nous vivons aujourd’hui, on peut tout simplement le résumer en un mot: Ruptures. Dans les faits, on associe la question des ruptures au capitalisme, comme à la fois prétendant créateur des inégalités dans &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>« Tout a déjà été pensé, disait Goethe, l’important c’est d’y penser à nouveau »</em></p>
<p>Si nous pouvons consacrer un moment pour ce que nous vivons aujourd’hui, on peut tout simplement le résumer en un mot: Ruptures.</p>
<p>Dans les faits, on associe la question des ruptures au capitalisme, comme à la fois prétendant créateur des inégalités dans le monde, et paradigme qui change de visage voire de couleur en fonction de ce qui porte comme objectif.</p>
<p>En effet, faut-il le rappeler, cette chronique est une invitation à repenser le sens de ces ruptures et les différents temps qu’il peut porter en rappelant toutefois la complexité d’une telle approche.</p>
<p>Décrire ces réalités revient à dire qu’elles sont faites de mutations et de bouleversements auxquelles toute l’humanité fait face et dont elle est en grande partie responsable. Il va sans dire que ces réalités sont caractérisées par leurs foisonnements et paradoxalement vont dans le même sens de ce qu’on appelle crise systémique.</p>
<p>De ce fait, il est plus simple de se prononcer sur ces questions que de les penser dans une approche nouvelle qui appelle à une prise de conscience collective du sens de la résilience de nos territoires du vécu à ce genre de crise. Mais, avant tout un nécessaire retour aux signes marquants des ruptures actuelles, et qui ont vraisemblablement touché plusieurs domaines: économique, social, culturel, etc.</p>
<p>Ceci étant dit, il faut rappeler que les ruptures ne sont pas le fait d’une année, mais d’un cumul de plusieurs décennies.</p>
<p><strong>Des dualités qui percent </strong></p>
<p>D’abord, en temps social. Celui-ci a nettement changé durant cette année marquée par la prolifération de la pandémie du Covid-19. Veut-on une image ?</p>
<p>Tout voudrait que ça change, mais peu actionnent les leviers d’un changement possible. Pendant la pandémie, beaucoup ont cru au changement, de par la nature des discours des institutions officielles, mais aussi de la perception des citoyens envers ce probable retour d’un État qui protège, ou du moins un État qui régule, de ce que les économistes appellent un État-Providence.</p>
<p>Dans les faits, de nouveaux chantiers appelés à protéger les citoyens, à garantir l’accès à une sécurité sociale à tous est primordiale pour un pays qui se modernise par de grands projets structurant certains territoires compétitifs. La vision royale a pour objectif de préparer un citoyen capable d’affronter les incertitudes et les ambivalences des systèmes administratifs archaïques qui n’arrivent pas ou qui ne veulent pas changer et aider pour le changement vers une administration jeune, dynamique et numérique.</p>
<p><strong>Jeunesse et vision numérique </strong></p>
<p>Cette rupture est indispensable pour vivre et confronter les challenges à venir. Les pays qui se modernisent sont appelés plus que jamais à réfléchir structurellement aux potentialités accrues des jeunes d’aujourd’hui en matière de digitalisation et d’accès à des bases numériques permettant d’améliorer l’offre des administrations et des entreprises en matière d’efficacité et de performance demandées.</p>
<p>Cette idée de ruptures est liée à celle du renouveau des systèmes d’éducation et de formation. L’école dans cette nouvelle décennie ne doit plus se pencher sur les savoirs propres à une discipline, elle doit apprendre aux jeunes générations le savoir-être et le savoir-vivre qui deviennent en temps de post-modernisme les clés pour réussir leurs vies. Certes, la question est complexe et nécessite une prise en compte d’autres dimensions telles que les politiques publiques axées sur les jeunes. Beaucoup répliquent le discours sur les politiques des jeunes. Or, en réalité, ces politiques ne sont pas efficaces et manquent d’une vraie gouvernance par les projets.</p>
<p><strong>Culture et Diversité ou la diversité culturelle </strong></p>
<p>C’est un autre aspect qui doit être pris au sérieux dans les visions politiques de l’État en rappelant qu’il touche tous les autres dossiers stratégiques de l’Etat. Il faut là aussi une véritable rupture avec le modèle actuel. La diversité culturelle telle qu’elle est exercée par un certain nombre d’acteurs pionniers en la matière mérite un grand appui de l’État, puisque tout simplement il transcende tous les autres domaines du politique au social.</p>
<p>Les jeunes peuvent vraisemblablement porter cette valeur de diversité en temps de rupture, elle est garante d’un mieux vivre-ensemble, pas dans les théories, mais réellement dans toutes les pratiques à émerger dans la décennie à venir.</p>
<p><strong>La société postmoderne et le devenir du politique </strong></p>
<p>A quelques mois des élections électorales au Maroc, le débat sur la place du politique dans la résilience des sociétés postmodernismes semble, jusqu’à l’heure très fermé sur certaines élites et ne trouve pas de place dans les débats publics. C’est vrai que l’opinion publique et les acteurs de l’Etat sont tournés actuellement sur la question du vaccin contre la Covid-19, mais ne faut-il pas continuer à réfléchir sur ces questions de nature à créer des plateformes de réflexions numériques sur le devenir du politique ?</p>
<p>Faut-il le rappeler, l’indice de confiance entre les citoyens marocains et les institutions de l’État ne semble pas connaître une évolution constante. Il agit en fonction des périodes et les mécanismes du Marché, pour reprendre l’expression « en dent-de-scie » effet de structure au sens plus large. Les perceptions changent vite et ne permettent pas de dessiner une rupture au sens d’une évolution de la confiance chez les citoyens.</p>
<p>Une confiance qui a été mesurée positivement pendant le confinement mais qui tend à s’émousser au fil de l’année que nous venons de quitter, notamment avec la parution du vaccin.</p>
<p>Il nous faut un nouveau contrat politique où les jeunes sont appelés à créer des changements dans la perception et la conception des projets de société. Sans eux, toute politique à venir ne saura répondre aux enjeux de la décennie à venir.</p>
<p>Actuellement, les Marocains aspirent dans cette quête d’un nouveau modèle de développement à un véritable processus de développement où on n’exclut personne, où la vision politique se conjugue avec la capacité de nos acteurs du territoire, mais aussi avec les acteurs de la culture et les politiques des jeunes pour, non pas seulement dépasser la crise et reprendre, mais que la rupture soit un véritable aspect de négociation et de dévouement de la part de ces acteurs à faire de ce Maroc, un pays où son modèle repose sur ce que nous sommes et sur ce que nous voudrions être.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’autosatisfaction, une tare très marocaine</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/23428</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Baker Saddiki]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Aug 2020 10:13:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[covid]]></category>
		<category><![CDATA[DISCOURS ROYAL]]></category>
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					<description><![CDATA[Sa Majesté dans son dernier discours à la nation l’a si bien souligné, la situation est grave ; et suite à une gestion efficace au début de la pandémie, la tendance actuelle est plus qu’alarmante. Au-delà de la conjoncture, après des débuts prometteurs, une inversion de la tendance est largement constatée, le nombre de cas actifs &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="yiv7326938496MsoNormal">Sa Majesté dans son dernier discours à la nation l’a si bien souligné, la situation est grave ; et suite à une gestion efficace au début de la pandémie, la tendance actuelle est plus qu’alarmante.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Au-delà de la conjoncture, après des débuts prometteurs, une inversion de la tendance est largement constatée, le nombre de cas actifs se situant à environ 2.000 à la mi-juillet est aujourd’hui multiplié par sept.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Les interrogations sur la gestion future de la pandémie Covid pullulent, à l’approche de la rentrée, puis de la saison froide ; d’autant plus que cela conditionne la reprise économique que l’Etat marocain souhaite redynamiser avec un plan ambitieux de relance.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Au summum de la crise sanitaire actuelle, les contours d’une reprise redeviennent incertains et le spectre d’une réelle récession en redevient plus que probable ; avec ses répercussions sociales qui ne peuvent qu’être dramatiques.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Une question nous interpelle dans ce méli-mélo de (mal)communication politique actuelle, où le discours royal fait exception ; pourquoi n’arrivons-nous jamais à pérenniser des stratégies et des lignes directrices gagnantes ?</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Passé les premiers temps, après les applaudissements et les actes d’autosatisfaction, rares sont les cas d’une réelle continuité positive ; et cela peut se dupliquer sur différents secteurs nationaux où les politiques en vigueur sont empreintes d’interruptions à quelques rares exceptions ; chaque nouveau décideur souhaitant réinventer la roue.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Métaphore n’est pas mon fort, mais disons que nous savons bien jouer les premières minutes mais manquant de clairvoyance dès qu’il s&rsquo;agit de finaliser… Cette impression source de frustrations, est dominante vu les cas qui sont légion de retournements brutaux de dynamiques en cours.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">En tout état de cause, à l’heure actuelle, tous nos concitoyens toutes couches sociales confondues sont appelés à faire preuve de civisme, que ce soit dans l’organisation des unités industrielles, des fêtes et pool parties privées que dans les souks et les douars.</p>
<p class="yiv7326938496MsoNormal">Nous l’écrivions déjà dans lecollimateur en avril dernier, nous avons gagné une bataille mais pas la guerre… Et comme la génération de nos aînés sortit en 1953 défendre nos valeurs et notre pays ; chacun de nous se doit de faire individuellement l’effort de se protéger et protéger ses congénères ; dans un effort qui ne peut qu’être collectif.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ENFANCE À AHFIR. « LE GOÛT DOUX-AMER DE LA HANDIYA » (SUITE ET FIN)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/21050</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Aug 2020 10:10:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[ENFANCE À AHFIR]]></category>
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					<description><![CDATA[Il partit avec la certitude d’éclaircir le mystère dans quelques instants. À peine eut-il fait la moitié du chemin qu’un pickup stoppa net à son flanc gauche. Il transportait deux Mokhaznis (agents des forces auxiliaires), l’un dans la cabine à côté du conducteur, et l’autre à l’arrière sur le plateau de chargement. Ce dernier donnait &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il partit avec la certitude d’éclaircir le mystère dans quelques instants. À peine eut-il fait la moitié du chemin qu’un pickup stoppa net à son flanc gauche. Il transportait deux Mokhaznis (agents des forces auxiliaires), l’un dans la cabine à côté du conducteur, et l’autre à l’arrière sur le plateau de chargement. Ce dernier donnait l’impression de surveiller deux jeunes hommes assis côte à côte. L’enfant, agile, se rua deux pas en arrière. À cet instant même, le « Mokhazni » assis côté passager mit pied à terre et lança aussi loin que possible son bras pour agripper l’enfant, qui se trouvait, en dépit de tout, hors de portée. Mostafa, apeuré par ce bras, prit ses jambes à son coup et détala sans demander son reste.</p>
<p>Il ne reprit haleine qu’une fois auprès de son grand-père. En voyant son petit-fils débouler sur le vieux comptoir de l’épicerie, le teint blême, les yeux exorbités, l’écume aux lèvres, le vieil homme s’affola et bondit de son siège avec l’énergie de celui qui défend ce qu’il a de plus précieux.</p>
<p>Quand il ne constata aucun danger à proximité de son petit-fils, il récupéra ses esprits et le fit asseoir. D’une main il ôta la sueur qui inondait sa figure, de l’autre il lui caressa les cheveux pour le calmer. Entre deux souffles, haletant, Mostafa réussit à balbutier quelques mots pour expliquer qu’il avait échappé au Mokhazni qui tentait de l’attraper.</p>
<p>« Mais, lui demanda-t-il, pourquoi voulait-il t’appréhender ? Qu’as-tu fait de mal ? Qu’est-ce que tu as fait comme bêtise ? T’es-tu battu avec quelqu’un ? Non ! Non ! Je n’ai rien fait ! Je ne sais pas pourquoi ! ». À cet instant, un adulte enfourchant un vieux vélo et pédalant à se rompre les muscles lança à l’intention du grand-père : « Le feu à Foughal ! Il y a le feu à Foughal ! On ramasse les gens pour éteindre l’incendie ! »</p>
<p>Il était déjà loin quand il prononça sa dernière phrase. Un déclic se produisit alors dans l’esprit du patriarche. Il commença à mettre en lien certaines constatations qui, sans lui échapper, ne lui avaient pas paru importantes. L’exceptionnel quand il revêt la forme et le mode de déroulement de l’ordinaire passe inaperçu. Maintenant, il s’expliquait pourquoi il y avait moins de monde dans la rue, à part les vieilles personnes et les petits enfants. Ce qui n’était pas sans lien avec le camion qu’il avait vu passer un peu plus tôt, avec à bord quantité de jeunes gens et d’adultes encadrés par des Mokhaznis.</p>
<p>À voix haute, il se reprocha sa distraction : « Ha ! Moi qui pensais qu’on emmenait tout ce beau monde pour aller travailler dans le cadre de l’entraide nationale. Viens fiston ! On rentre à la maison ! » Aussitôt dit aussitôt fait. Il retira les clefs de leur crochet, rabattit les deux pans de la porte de l’épicerie et, avec une vigilance extrême, ferma à double tour en jetant des regards inquiets à droite et à gauche. Il poussa devant lui Mostafa qui s’était remis de ses émotions. Dès qu’ils eurent dépassé le seuil de la porte de la maison, il la referma avec l’idée de ne la rouvrir qu’en cas d’extrême urgence, et se racla la gorge bruyamment comme pour annoncer, en même temps, et son arrivée et la grave nouvelle. À peine au bout du couloir, il annonça d’un ton mi-grave mi-amusé, comme pour reconnaitre le piège dans lequel il avait fait involontairement tomber son fils Abdallah : « Zayakh (façon sarcastique de désigner un jeune homme) est en train d’éteindre l’incendie à Foughal ! ».</p>
<p>Les femmes, toutes occupées à leurs besognes quotidiennes, qui sur la terrasse du toit en train de laver les vêtements, qui dans le portique, que l’on transformait en cuisine dès que tout le monde était sur pied, à préparer le pain pour l’envoyer cuire au four du quartier, accoururent à la rencontre du patriarche pour mieux saisir ses propos qui s’annonçaient graves.</p>
<p>Sans se faire prier, il répéta : « Zayakh, que nous attendons depuis tôt ce matin, est à Foughal en train d’éteindre le feu que des bergers pervers ont allumé. » — « Et comment est-il parti là-bas ? », demanda Bent Mohand qui ne semblait pas encore mesurer la gravité de l’événement. Ne l’avons-nous pas envoyé acheter la handiya ? ». Mostafa s’avisa d’intervenir pour désamorcer le malentendu et ainsi épargner à sa grand-mère le risque imminent d’essuyer la crise de nerfs qui semblait se préparer chez son grand-père : « Grand-mère, ce sont les mokhaznis qui l’ont emmené de force, pour éteindre l’incendie qui s’est déclaré à Foughal. Moi aussi, quand j’étais parti à sa recherche, un mokhazni faillit m’attraper pour m’emmener là-bas ».</p>
<p>Les précisions de l’enfant lui firent mesurer toute l’ampleur de l’événement qu’elle érigea en drame familial. Alors, elle entama un monologue en se lamentant : « Seigneur ! Seigneur ! Il va se faire brûler… Il y mourra…Il y mourra… Oh ! Mon Dieu, j’ai perdu mon fils ! ». Fatima qui ramenait toujours les choses à leurs proportions, intervint pour calmer sa belle-mère : « Écoute Lalla, disait-elle, il est grand pour faire attention à sa personne, et il n’y est pas seul. Beaucoup de gens sont avec lui. Bientôt il va rentrer à la maison, sain et sauf ».</p>
<p>Ces propos ne l’apaisèrent guère et elle se tourna vers son mari pour lui reprocher d’être la cause de ce mélodrame : « C’est à cause de tes envies que mon fils est en train de se faire brûler par les flammes. Si tu ne l’avais pas envoyé t’acheter la handiya, il serait là, à mes côtés, sain et sauf… Pour quelques unités de handiya j’ai perdu mon fils ! ». Elle allait continuer ses reproches exagérés et extravagants, mais les autres femmes la prirent par la main et l’isolèrent dans une chambre. Cependant, elle persistait dans ses jérémiades et elles ne surent comment la calmer. Elle s’assit sur une peau de mouton que lui étendit sa fille, baissa sa tête et continua à soliloquer.</p>
<p>Le patriarche, sans répondre aux accusations de son épouse, afficha une attitude qui, en dépit de son autorité, trahissait le regret. Il baissa la tête un moment et haussa les épaules en élevant les mains, comme pour exprimer son sentiment d’impuissance. Puis, il monta dans sa chambre. Ensuite, on entendit couler l’eau du robinet, des crachats et des expulsions d’eau par le nez. Il faisait ses ablutions et s’apprêtait à faire des prières surérogatoires. Les enfants, peu soucieux de ce qui secouait la tribu familiale, avaient faim ; le petit déjeuner qu’on s’affairait à préparer fut momentanément abandonné. Aussi, pressaient-ils leur mère à trancher dans le vif et reprendre sa préparation. Obéissant à son instinct maternel, elle reprit les choses en main.</p>
<p>Quelques instants plus tard, la table basse était garnie d’un grand plateau où étaient disposés une dizaine de verres à thé et une grande théière fumante, deux plats contenant l’un du beurre, et l’autre du miel et un grand panier plein à ras bord de pain. Valeurs ancestrales obligent, on ne commençait à manger qu’en présence du patriarche, alors on envoya Mostafa l’appeler. Il descendit dans un silence que même les enfants n’osèrent perturber par leurs indocilités habituelles. Il s’assit à la place qui lui fut préparée par Fatima et demanda à Yamina de dire à sa mère de venir manger. Cette dernière prétexta le manque d’appétit et continua à ruminer sa détresse dans son isolement. Les enfants se délectèrent du repas, les adultes ne prirent qu’un verre de thé. Contrairement à son habitude, le patriarche ne quitta pas sa place après avoir fini son verre de thé. Diverses idées trottaient dans sa tête. Soudain, la voix de sa femme retentit depuis la chambre. Pleine d’inquiétude, elle demandait si l’on ne pouvait pas faire intervenir Si Lahcen, un cousin éloigné, pour ramener Abdallah à la maison. Son époux objecta : « Personne n’y peut rien, ni Si Lahcen, ni plus important que lui. Tout ce qu’on peut faire c’est attendre et prier Allah pour qu’aucun mal ne lui arrive ».</p>
<p>Vers le milieu de la matinée, les filles mariées arrivèrent les unes après les autres. Leur présence allégea le fardeau moral que subissaient Fatima et Yamina face à ce « drame familial ». Mais le plus grand soulagement revint au patriarche qui se sentit libéré du devoir de consoler sa femme par sa présence. N’ayant pas l’habitude de rester confiné dans la maison, il ne tenait plus en place. Un instant, il fut tenté de rouvrir l’épicerie. Mais était-ce vraiment le moment opportun ? D’autant que l’activité dans la ville était presque paralysée. Ce fut un effort inhumain, pour lui, d’attendre jusqu’à la prière de la mi-journée. Lorsqu’il entendit le muezzin l’annoncer, sa perplexité se dissipa. Il prit alors fermement le parti de se rendre à la mosquée. Elle était presque vide. Quelques hommes, dont la plupart le surpassait en âge, formaient à peine deux petites rangées derrière l’imam.</p>
<p>À son retour à la maison, les choses avaient une apparence plus calme. Les filles avaient calmé leur mère qui ne geignait plus si fort ; elle s’était réfugiée dans un silence qui n’était que de façade. Son accablement se lisait dans ses gestes et sur son visage. Pas plus que le repas du matin, celui de la mi-journée ne fut l’occasion d’une manifestation d’un appétit habituel. On se contenta de grignoter sans faim. On se sépara pour sacrifier au rituel de la sieste, mais la chaleur caniculaire de cette journée, augmentée de quelques degrés par l’incendie de Foughal, rendit le sommeil impossible. Dehors, la ville commençait à se ranimer ; les rafles avaient cessé un peu avant la prière de la mi-journée, ce qui augurait de la maîtrise de l’incendie. Mais il fallut attendre jusqu’à la prière de la mi-après-midi pour voir les premiers contingents des combattants du feu improvisés retourner chez eux.</p>
<p>À la faveur de l’évènement qui avait paralysé pendant pratiquement une journée la ville et semé la terreur parmi les familles, la rumeur populaire exacerba l’excitation des jeunes qui improvisèrent des réunions presque à tous les coins des grandes artères de la ville pour se raconter des exploits qu’ils avaient vécus ou entendus, et où l’invraisemblable côtoyait le probable. Tout aussi happés par la frénésie d’échanger sur l’événement, les adultes s’échangèrent les informations qu’ils avaient glanées auprès de ces soldats du feu forcés. Des fariboles émaillaient les récits, notamment ceux des jeunes. Mais ce furent les exploits de ceux qui échappèrent à la rafle qui alimentèrent les conversations. Alors, on racontait par le menu détail comment les uns avaient pu sauter du véhicule en trompant la vigilance des gardes, de quelles manières géniales d’autres détournèrent l’attention des mokhaznis pour s’échapper. Il y eut aussi ceux qui, grâce à l’influence et la notoriété de leurs ascendants ou de quelqu’un de leur lignée, purent passer entre les mailles du filet. Les récits les plus appréciés furent ceux qui racontaient comment grâce à des subterfuges certains passèrent au nez et à la barbe des sbires de l’autorité locale. Ce fut, entre autres, le cas de ce jeune qui se travestit en femme et porta, en toute tranquillité, le pain au four, ou de celui qui se déguisa en vieil homme et même, signe d’outrecuidance, salua respectueusement les mokhaznis.</p>
<p>Plus de deux heures après la prière de la mi-après-midi, Abdallah reparut au coin de la rue, l’air fatigué, les vêtements maculés, le visage sale et les cheveux hérissés. Il trainait, malgré tout, le panier qu’on lui avait confié le matin pour faire les courses. À sa vue, sa mère, qui n’avait cessé de faire le va-et-vient entre la maison et le coin de la rue, accourut vers lui et, devant son état déplorable, retira la grande étoffe qui la voilait des épaules jusqu’aux genoux, et le lui jeta sur le dos tout en le serrant fortement contre elle. L’adolescent qui, subitement, se rappela sa fierté d’homme, se détacha de l’étreinte de sa mère, tout en jetant alentours des regards méfiants. Au seuil de la maison, il fut accueilli comme un héros. En quelques mots, qui dénotaient la lassitude et surtout l’amertume d’avoir été une fois de plus la victime de cette guigne qui, pensait-il, le poursuivait sans relâche, il expliqua comment le matin il avait été pris dans la rafle, au moment où il s’approchait du souk de la handiya. Vivement qu’Ahfir se dote d’un service de sapeurs pompiers.</p>
<p>(7)- Mont de la chaine des béni-Znassen au nord-est du Maroc.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>VOUS NOUS MANQUEREZ BEAUCOUP&#8230;</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/14206</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Baker Saddiki]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2020 10:18:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[ADIEU SI YOUSSOUFI]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
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					<description><![CDATA[Un grand homme d&#8217;Etat nous a quittés&#8230; Si Abderrahmane n&#8217;est pas que l&#8217;ancien premier ministre de l&#8217;alternance politique et de l&#8217;alternance de deux règnes. Si El Youssoufi, c&#8217;est le jeune militant du nationalisme marocain, l&#8217;un des membres fondateurs de l&#8217;UNFP puis de l&#8217;USFP, et aussi l&#8217;opposant exilé des années de plomb. C&#8217;est l&#8217;avocat des droits, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div dir="ltr">Un grand homme d&rsquo;Etat nous a quittés&#8230; Si Abderrahmane n&rsquo;est pas que l&rsquo;ancien premier ministre de l&rsquo;alternance politique et de l&rsquo;alternance de deux règnes.</div>
<div dir="ltr"></div>
<div>Si El Youssoufi, c&rsquo;est le jeune militant du nationalisme marocain, l&rsquo;un des membres fondateurs de l&rsquo;UNFP puis de l&rsquo;USFP, et aussi l&rsquo;opposant exilé des années de plomb.</div>
<div></div>
<div>C&rsquo;est l&rsquo;avocat des droits, secrétaire général adjoint de l&rsquo;Union des avocats arabes, membre de l&rsquo;Organisation arabe des droits humains, de SOS Torture, de l&rsquo;Institut arabe des Droits de l&rsquo;homme, etc.</div>
<div></div>
<div>Au-delà des casquettes et des fonctions, feu El Youssoufi est une personnalité qui participa à écrire une partie importante de notre histoire, bien avant qu&rsquo;il soit nommé premier ministre et bien après à travers sa stature morale.</div>
<div></div>
<div>De moralité, il n&rsquo;eut cesse d&rsquo;en faire preuve par sa discrétion, ses positions politiques empreintes de probité et de droiture. Notre ancien premier Ministre qui démissionna de la vie politique en 2003 sans faux-semblants ; en respectant un droit de réserve à la hauteur de son envergure.</div>
<div></div>
<div>Des hommes tels que lui les pays en voient rarement, et si l&rsquo;on devait lui adjuger sans présomption aucune des qualificatifs, il me vient à l&rsquo;esprit loyauté et fidélité ; loyauté à patrie et fidélité à ses convictions.</div>
<div>Oui, il forçait le respect, sans avoir besoin de tribune ni de discours grandiloquents ; mais simplement par ses actions et ses engagements.</div>
<div></div>
<div>Je ne peux qu&rsquo;exprimer mes condoléances les plus sincères à sa famille et au peuple marocain&#8230; Une réelle compétence nous laisse orphelins quand notre pays aurait tant besoin d&rsquo;Hommes d&rsquo;Etat dans les affaires politiques et non d&rsquo;hommes politiques dans les affaires politiciennes.</div>
<div></div>
<div>Adieu Monsieur El Youssoufi, et que votre héritage serve à baliser le chemin de l&rsquo;avenir pour les prochaines générations qui souhaitent rebâtir un Maroc meilleur ; sur votre legs politique et moral que vous nous avez si généreusement octroyé.</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Média culpa</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/9807</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mustapha Elouizi]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Apr 2020 16:26:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[MÉDIAS]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[louizi]]></category>
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					<description><![CDATA[Les médias reviennent des plus belles à la place publique, virus oblige. La demande sur l’info est subitement croissante. Leurs actes médiatiques sont très suivis, mais aussi sévèrement jugés en fonction d’un ensemble de valeurs morales collectives. Ils sont accusés de tous les maux. Leur reconstruction de la réalité sociale est dite biaisée. L’idée que &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les médias reviennent des plus belles à la place publique, virus oblige. La demande sur l’info est subitement croissante. Leurs actes médiatiques sont très suivis, mais aussi sévèrement jugés en fonction d’un ensemble de valeurs morales collectives. Ils sont accusés de tous les maux. Leur reconstruction de la réalité sociale est dite biaisée. L’idée que les journalistes s’éloignent de plus en plus de leur mandat moral: rapporter la vérité, est largement répandue. Et les nouveaux «Chiens de garde» sont dits, désintéressés envers la mission de protéger la démocratie, raison d’être majeure de leurs pionniers. Bien plus, leur servitude par l’establishment décrédibilise leurs efforts d’informer et de cultiver. Ils ne font désormais que relayer des faits divers qui font diversion, comme aimerait bien les piquer Pierre Bourdieu. Et les complexes politico-financier de marteler: A quoi servirait d’acheter un journal quand nous pourrions acheter un journaliste ?</p>
<p><em>Médias-culpa…</em>, de surcroît lors des grandes crises, où ils se trouvent sous les feux de la critique. Le contexte appelle à plus de retenue, de pondération, voire d’engagement, il ne faut pas, non plus, oblitérer le sens de la critique et de l’orientation. Si les médias publics ont choisi leur camp, c’est-à-dire celui de la communication publique, les autres devraient plutôt faire dans l’équilibre. Oublier le scoop et épouser plutôt l’exactitude. Eviter la confusion et prôner la clarté du discours. Sauf que l’on vit plutôt l’ère de la communication publique. Et en l’absence d’espaces médiatiques aux infos qui dérangent, celles-ci cherchent à souffler ailleurs. Le verbe informer se trouve synonyme d’un casier verbal rimant avec désinformer, complaire, amplifier, occulter, comploter, conniver, provoquer, créer, dénigrer, enjoliver… La vérité est submergée, le «client» est manipulé et le contrat moral est éraflé. Longtemps remise aux calendes grecques, le sens de l’éthique en journalisme fit profil bas. Les jugements ne proviennent pas uniquement des critiques et académiques, mais cette fois-ci, du grand peuple.</p>
<p>Qu’elles soient légales ou déontologiques, les règles n’ont jamais pu arrêter les déviations professionnelles. Des simples fautes aux défauts, aux erreurs et aux bourdes inexcusables, le public commence à jaser d’un métier sans règles ni scrupules. Tantôt ce sont des actes volontaires comme ceux des «embedded» en Irak, de Judith Miller sur les armes chimiques d’Irak ou encore de ce journaliste marocain osant signer un communiqué de l’intérieur, au sujet de l’affaire Ali Lamrabet. Tantôt ce sont des actes involontaires d’inattention, qui tombent du coup sur le compte de la bonne foi. Souvent, le problème relève d’institutions journalistiques spécialistes dans la communication publique ou encore celles détenues par des financiers et des affairistes dont l’information juste et éthique est le dernier de leurs soucis.</p>
<p>Bien évidemment, la profession préfère souvent s’en tenir à l’écart des débats sur ce genre de problèmes, et oppose, parfois non sans raison, les conditions de travail et de production de l’information. Et quand on en parle, c’est pour régler des comptes intra-corporation. La bavure commise par un éditorialiste de la place, ayant plagié des extraits d’un article de Jacques Attali, est un cas d’école. Le journaliste n’a jamais avoué sa gaffe, et ses détracteurs ont publié à la fois son texte et celui d’Attali en langue française. Ne parlons pas d’autres méthodes de pression sur des «ordonnateurs» publics ou privés, en laissant leurs images liées à un scandale, jusqu’à ce qu’ils cèdent, jusqu’à ce qu’ils comprennent … et hop, ils disparaitront subitement des parages.</p>
<p>Bref, beaucoup sont convaincus aujourd’hui que le mandat moral initial s’est métamorphosé et réclament par là une approche hétéro-régulation, à la place d’une autorégulation, tant prônée par les journalistes, mais souffrant d’une quasi impossibilité d’application. En tout cas, au fil des ans, le journaliste s’esseule dans son itératif plaidoyer <em>pro domo. </em></p>
<p>C’est dire qu’aujourd’hui, la profession reste mal bien famée. Son aspect éthique, signe de contrat moral, de dire la vérité et rien d’autre que la vérité, trébuche à prévaloir dans la scène publique. Et alors qu’ils sont censés contrôler l’acte politique, ils se trouvent soudain méticuleusement contrôlés par leurs prétendus «clients». La sanction est sévère. Le public se doute de tout. Un doute qui remet en question le rôle des médias dans la mise en place d’un espace public.</p>
<p>Ainsi conçu et aménagé, le système médiatique donne l’image d’un corps guère soucié des questions de déontologie. Sa guerre est ailleurs, dirait l’autre. Du coup, une seule image règne dans l’agora. Une seule voix résonne au ciel de la vérité, et un seul verbe marque le temps. A bas la pluralité ! Où sont les autres voix ? Où sont les autres images ? Où sont les autres verbes ? Y en a-t-il vraiment d’autres ? … Oui, ils existent. Ils sont rares certes. Mais, ils résistent quand même.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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