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	<title>centre culturel marocain &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>115 boulevard Saint-Michel : un certain génie marocain en jachère</title>
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		<pubDate>Sat, 16 May 2026 18:38:07 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Allal KHEIREDDINE</p>
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<p>Chaque semaine, en descendant le boulevard Saint-Michel, mon regard s&rsquo;arrête au numéro 115. À première vue, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un chantier parmi d&rsquo;autres, au cœur du Quartier latin. Mais pour qui connaît ce lieu, il incarne aujourd&rsquo;hui une question plus large : celle du rapport du Maroc à sa propre projection culturelle. Comme l’était pendant quelques années la « chambre de l’artisanat » affiliée à l’office du tourisme et à un degré moindre la Maison du Maroc dans la cité internationale.</p>
<p>Car derrière cette façade contemporaine, annoncée comme un futur Centre culturel marocain, devait s&rsquo;installer depuis plusieurs années une institution appelée à représenter bien davantage qu&rsquo;un simple équipement. Or, près de dix ans après son annonce officielle, ce lieu n&rsquo;est toujours pas pleinement opérationnel.</p>
<p>Un retard devenu signifiant</p>
<p>Le projet a été dévoilé en 2016, en présence du chef de l&rsquo;État français et du Roi du Maroc. L&rsquo;ouverture était initialement prévue pour 2018. Elle a été repoussée à 2019, puis à 2020. À l&rsquo;automne 2025, aucune date d&rsquo;ouverture publique n&rsquo;avait été communiquée. Le coût total du chantier, intégralement financé par le Royaume, a été chiffré à 6,7 millions d&rsquo;euros, hors un budget annuel de fonctionnement estimé à 1,5 million d&rsquo;euros.</p>
<p>Un tel décalage ne relève plus d&rsquo;un aléa technique. Il devient, en soi, un fait politique.</p>
<p>Dans un pays qui a démontré sa capacité à conduire rapidement des projets infrastructurels et diplomatiques de grande ampleur, ce ralentissement interroge. Il suggère que la diplomatie culturelle, pourtant régulièrement mise en avant dans les discours officiels, se heurte à des contraintes que les autres politiques publiques savent surmonter.</p>
<p>Un lieu chargé d&rsquo;histoire</p>
<p>L&rsquo;adresse n&rsquo;est pas anodine. De 1927 à 1980, le 115 boulevard Saint-Michel a abrité l&rsquo;Association des étudiants musulmans nord-africains, foyer intellectuel où se sont croisées, parmi d&rsquo;autres, les figures d&rsquo;Ahmed Balafrej et de Habib Bourguiba. C&rsquo;est là que s&rsquo;est élaborée, en partie, la pensée politique d&rsquo;une génération qui a porté les indépendances du Maghreb. Un espace où recueillent les fragments mémoriels des pierres et des voix du 115, à travers ses différentes époques, l’agencement de l’espace à travers les étages et ses baies, la succession des générations qui l’ont fréquenté, des interactions quotidiennes aux surveillances policières aux événements culturels… A-t-on peur de la résurgence de ces « fantômes » ?</p>
<p>Le projet actuel n&rsquo;ouvre donc pas un lieu : il prolonge une mémoire. Réactiver le 115, c&rsquo;est rouvrir un nœud où se sont noués la formation maghrébine et l&rsquo;expérience parisienne, l&rsquo;arabité et la modernité. Cette continuité a été suspendue.</p>
<p>L&rsquo;épreuve d&rsquo;un précédent</p>
<p>Les difficultés ne sont pas inédites. Dans un rapport public consacré aux Centres culturels marocains à l&rsquo;étranger, la Cour des comptes a documenté un précédent troublant : à Amsterdam, les travaux d&rsquo;un centre similaire, prévus pour durer vingt mois, ont nécessité sept années ; le coût a dépassé 90 millions de dirhams ; le bâtiment, achevé en février 2015, est resté inactif pendant des années ; au point que la même Cour évoquait les coûts latents de la vétusté des équipements et la nécessité d&rsquo;un gardiennage permanent contre les risques de squat.</p>
<p>Ce précédent ne condamne pas le projet parisien. Il établit que le problème n&rsquo;est pas conjoncturel : c&rsquo;est une faiblesse structurelle de notre administration culturelle extérieure. Tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas nommée comme telle, elle se reproduit.</p>
<p>Une asymétrie qu&rsquo;il faut nommer</p>
<p>La comparaison la plus instructive n&rsquo;est pas européenne, mais voisine.</p>
<p>Le Centre culturel algérien à Paris 15e a été inauguré en novembre 1983. Il fonctionne depuis quarante-deux ans. Il dispose d&rsquo;une bibliothèque de trente mille volumes, d&rsquo;une vidéothèque de deux mille titres, d&rsquo;ateliers réguliers, d&rsquo;une programmation continue. On peut discuter de sa qualité, de ses orientations, de ses zones d&rsquo;ombre. Mais il existe, il accueille, il programme.</p>
<p>Le Maroc, lui, dispose à Paris d&rsquo;une adresse, d&rsquo;un bâtiment achevé, d&rsquo;un budget engagé et de portes toujours closes.</p>
<p>Cette asymétrie n&rsquo;est pas une fatalité ; elle est un choix ou l’incapacité de faire un choix qui se prolonge et fait perdurer une absurdité et prive des générations de cette interface civilisationnelle.</p>
<p>A titre de comparaison, l’Institut français du Maroc (IFM) qui appartient au réseau culturel de la France à l’étranger a son siège à Rabat et comporte 12 antennes dans les grandes villes du Maroc. Je m’en réjouis et le royaume est invité à faire autant.</p>
<p>Au-delà de l&rsquo;inauguration</p>
<p>Des signaux récents laissent entrevoir une ouverture prochaine. Si elle se confirme, elle constituera une étape cruciale. Mais l&rsquo;essentiel reste à réaliser.</p>
<p>Un centre culturel ne se réduit pas à son inauguration. Il se définit par ce qu&rsquo;il produit dans la durée : programmation exigeante, transmission linguistique, partenariats universitaires, ancrage dans les réseaux intellectuels parisiens. À défaut, il demeurera un espace de représentation et de mondanités où les cocktails remplaceraient les débats d’idées.</p>
<p>Or représenter sans produire est précisément ce qui caractérise une diplomatie culturelle d&rsquo;apparat.</p>
<p>Sortir des évidences</p>
<p>La question posée est alors simple : que veut montrer le Maroc de lui-même à Paris ?</p>
<p>Réduire sa présence à une vitrine institutionnelle serait passer à côté de l&rsquo;essentiel. Le Maroc est aussi une histoire intellectuelle et spirituelle, une tradition de savoir, une littérature et une création artistique en mouvement. De la Qarawiyyîn à Ibn Battûta, de Khatibi à Laâbi, de Sefrioui à Choukri jusqu&rsquo;aux voix contemporaines, contraintes à se réfugier dans des librairies anonymes ou louer quelques mètres carrés dans des manifestations culturelles, etc. Cette continuité existe bel et bien. Encore faut-il lui donner un espace où elle puisse être transmise, discutée, appropriée ; pas seulement exposée.</p>
<p>Une question qui mérite une réponse</p>
<p>Dix ans après l&rsquo;annonce, le 115 boulevard Saint-Michel concentre, à lui seul, ces enjeux : mémoire, diplomatie, transmission.</p>
<p>Une question, dès lors, mérite d&rsquo;être posée publiquement, et appelle une réponse claire avant la fin de l&rsquo;année : à quelle date précise le Centre culturel marocain de Paris ouvrira-t-il effectivement ses portes au public, et selon quel projet scientifique et culturel ?</p>
<p>Une adresse ne suffit pas. Un calendrier non plus. Encore faut-il une vision, et qu&rsquo;elle soit assumée !</p>
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