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	<title>Averroes &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>Ibn Rochd : Le philosophe que l’Orient a maudit, et que l’Occident a célébré</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 May 2025 18:56:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Zakia Laaroussi Dans les marges silencieuses de l’Histoire, là où les vestiges de la grandeur croisent les premiers signes du déclin, naquit un homme en dissonance profonde avec son époque. Juriste de renom parlant le langage des sages, philosophe empreint de foi, médecin percevant dans la chair humaine une cartographie de la pensée — &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Zakia Laaroussi</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-177893" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/03/zakil-.jpg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/03/zakil-.jpg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/03/zakil--1024x576.jpg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/03/zakil--768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>Dans les marges silencieuses de l’Histoire, là où les vestiges de la grandeur croisent les premiers signes du déclin, naquit un homme en dissonance profonde avec son époque. Juriste de renom parlant le langage des sages, philosophe empreint de foi, médecin percevant dans la chair humaine une cartographie de la pensée — tel fut Abou al-Walid Muhammad Ibn Ahmad Ibn Rochd, penseur de Cordoue, juge suprême, et ultime lueur de lucidité dans un horizon qui s’assombrissait.</p>
<p>Ibn Rochd ne fut pas simplement un intellect dans une cité malade ; il incarna une insurrection de l’intellect face à l’obscurantisme, une quête ardente de réconciliation entre la Révélation et la Raison. Sa philosophie était une insoumission sereine : une herméneutique salvatrice, une théologie lumineuse forgée par l’interprétation. À ceux qui l’accusaient d’impiété, il rétorquait avec audace : « Nul anathème là où l’interprétation est possible ; nul consensus là où le sens appelle l’exégèse. » Il professait que le texte sacré recèle une surface pour le profane, et un abîme pour le sage — et que l’exégèse était le pont qui mène de la lettre au sens, de l’apparent au transcendant.</p>
<p>Dans Fasl al-Maqal, il écrivait avec gravité : « La Loi est vérité, la sagesse est vérité, et la vérité ne saurait contredire la vérité. » Or, dès qu’il osa placer la raison comme outil de lecture du texte, il attira sur lui la vindicte des puissances coalisées du dogme et du pouvoir. Non contents de le contester, les docteurs de la loi, armés d’une piété sèche, tentèrent d’ensevelir sa pensée sous les cendres du soupçon. Certains, à l’instar d&rsquo;Ibn al-Arabi al-Ma&rsquo;afiri, déclarèrent : « Nul croyant ne peut soutenir ce que soutiennent ces philosophes. » D’autres, comme Ibn al-Salih, assénèrent que « quiconque s’initie à la logique est un impie. »</p>
<p>À l’avènement du calife Al-Mansur des Almohades, les nuages s’épaissirent. Ibn Rochd fut exilé à Élissana, village juif de l’Andalousie, et ses œuvres furent brûlées dans les mosquées aux cris de ceux qui ne surent jamais distinguer la lumière du feu. Un penseur qu’on condamne parce qu’il pense, une flamme qu’on éteint parce qu’elle éclaire. Voilà l’allégorie parfaite du déclin.</p>
<p>Mais quelle ironie ! Tandis que son nom s’effaçait en Orient, ses livres illuminaient l’Occident. Traduits en latin, ses commentaires furent scrutés par les plus grands esprits d’Europe : Thomas d’Aquin, Spinoza, Descartes, Dante. En lui, les Européens redécouvrirent Aristote — mais surtout, la noblesse du doute, la dignité du raisonnement, la sacralité du questionnement. Pendant que Paris enseignait ses œuvres, Marrakech oubliait sa tombe. Tandis que l’Occident ébauchait sa Renaissance, l’Orient érigeait des murs autour de la pensée.</p>
<p>Ibn Rochd n’était pas un rebelle contre la foi ; il en fut le défenseur le plus exigeant. Il voulait un islam fort, non par le silence, mais par la capacité à répondre à l’interrogation. Il croyait que la foi privée de raison est un rituel sans âme, et que la raison sans foi est une machine sans dessein. « Si l’on te donne le choix entre un esprit qui brûle et un livre qu’on brûle, choisis l’esprit : car il réécrira les livres. » C’est par cette maxime que son souffle traverse les siècles.</p>
<p>Les universités occidentales le surnommèrent le Commentateur, non pas seulement pour ses lectures d’Aristote, mais parce qu’il avait redonné à la pensée le droit de parler. Il fit plus que commenter un philosophe : il ressuscita la liberté de penser. Et pourtant, Ibn Rochd mourut exilé, ignoré, anéanti dans l&rsquo;indifférence. Le chroniqueur Ibn al-Abbâr nota avec mélancolie : « Il s’éteignit en étranger, après que sa lumière fut étouffée par les ténèbres des théologiens. »</p>
<p>Aujourd’hui, notre monde reproduit, dans une funeste boucle, les douleurs d’Ibn Rochd : les penseurs sont marginalisés, l’intelligence suspectée, l’interprétation décriée. À l’heure des certitudes préfabriquées, l’interrogation devient une hérésie, et la pensée une trahison. Et pourtant, du fond de ses cendres, Ibn Rochd nous murmure encore : « La vérité ne contredit jamais la vérité. » Mais nous lui répondons par le silence — ce silence qui bannit la raison au nom d’un texte que l’on ne veut plus comprendre.</p>
<p>Car l’enseignement ultime d’Ibn Rochd est limpide : un dogme qui redoute le doute n’est pas foi, mais peur. Une religion qui craint l’interprétation ne mérite pas de parler à la conscience. En ces temps de violences sacralisées, d’idéologies déguisées en décrets, de fatwas téléguidées, Ibn Rochd reste une sentinelle de lucidité : « L’interprétation n’est pas une impiété, c’est une seconde vie pour le texte. »</p>
<p>Chers lecteurs, la plus cruelle ironie de notre histoire est que l’Occident s’est élevé grâce aux écrits d’un homme que l’Orient a maudit. Une civilisation que l’on voulait étouffer en Andalousie fut sauvée, à Paris, par les étincelles de Cordoue. Non, Ibn Rochd n’a pas été enterré à Marrakech. Il est enseveli à chaque fois qu’on étouffe l’exégèse, qu’on exile le penseur, qu’on ferme les portes de l’ijtihad. Mais il ressuscite chaque fois qu’un esprit ose penser, questionner, refuser de s’agenouiller devant l’ignorance sacrée.</p>
<p>Nous n’avons nul besoin de pyromanes. Ce qu’il nous faut, ce sont des éclaireurs. Et Ibn Rochd… n’était pas une simple flamme, mais une marche de feu. Un feu doux, rationnel, ardent, que les siècles n’ont pu éteindre.</p>
<p>Il est plus qu’un philosophe. Il est un projet réformateur permanent. Tant que nous l’oublierons, nous retournerons aux ténèbres. Car il incarne le drame de la pensée arabe : persécutée lorsqu’elle interroge, bannie lorsqu’elle détonne. Et si nous voulons comprendre notre présent, il ne suffit pas de relire Aristote : il faut relire Ibn Rochd — et relire en lui ce que nous avons refusé d’être. Chaque civilisation qui n’honore pas ses penseurs, creuse sa propre tombe.</p>
<p>Ibn Rochd est toujours vivant. Tant qu’un seul d’entre nous osera interpréter.</p>
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		<title>“Averroès” de Mounir Serhani aux Éditions Orion (Par Abdelhak Najib, écrivain-journaliste)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Jul 2023 09:48:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[Averroes]]></category>
		<category><![CDATA[Mounir Serhani]]></category>
		<category><![CDATA[parution]]></category>
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					<description><![CDATA[Le romancier et universitaire, Mounir Serhani, vient de publier aux Éditions Orion, un essai de philosophie de belle facture sur l’une des grandes figures de la philosophie arabe et Islamique, Averroès. Un travail de fond sur un penseur de grand acabit. Latinisé en Averroès, Abû-al-Walîd Mohammad Ibn Ahmad Ïbn Rushd (1126-1198) est à la fois &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le romancier et universitaire, Mounir Serhani, vient de publier aux Éditions Orion, un essai de philosophie de belle facture sur l’une des grandes figures de la philosophie arabe et Islamique, Averroès. Un travail de fond sur un penseur de grand acabit.</p>
<p>Latinisé en Averroès, Abû-al-Walîd Mohammad Ibn Ahmad Ïbn Rushd (1126-1198) est à la fois philosophe, médecin et juriste. Auteur du douzième siècle, il a vécu en Andalousie à Cordoue. Il est connu comme juriste fondateur du Droit comparé, mais également comme le grand commentateur d’Aristote. Il a commenté quasiment la majorité de tous ses écrits, métaphysiques, philosophiques, rhétoriques et éthiques. Il est le commentateur du livre politique de Platon, « La République ».</p>
<p>Dans l’histoire de la pensée médiévale, ce philosophe demeure indubitablement incontournable vu la place qu’il prend parmi les penseurs arabes et occidentaux. Les écrits d’Averroès se caractérisent par la diversité. Il a écrit trois ouvrages qui sont à la fois d’ordre philosophique et théologique, L’Incohérence de l’incohérence, ouvrage dans lequel il s’attaque à Al Ghazali qui a voué les philosophes à l’impiété, Le Dévoilement des méthodes démonstratives, consacré aux dogmes de l’Islam et le Discours Décisif, ouvrage dans lequel il étudie la problématique du rapport entre la religion et la philosophie.</p>
<p>La science et la philosophie du cadi de Cordoue ont marqué en profondeur à la fois l’Occident et l’Orient. Un phare qui a longtemps influencé la philosophie médiévale vaut la peine d’être étudié attentivement dans le but de revisiter les questions abordées par ce philosophe qui, avec ses commentaires exceptionnels des écrits d’Aristote, allait répandre en Occident une doctrine portant son nom, l’averroïsme, qui marquera, quant à elle, la pensée occidentale.</p>
<p>&nbsp;</p>

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<p>&nbsp;</p>
<p>Averroès est connu non seulement en tant que grand commentateur d’Aristote mais aussi en tant que philosophe ayant « purifié l’aristotélisme de tous les éléments platoniciens qui s’y étaient greffés ». Il représente également le philosophe qui s’est dressé contre les condamnations de la pratique philosophique et les accusations des philosophes. Ainsi, il développait des thèses qui vont à l’encontre de celles qui sont nuisibles à l’unité religieuse des croyants, à l’harmonie relationnelle entre la raison et la Loi ou à la stabilité sociale et politique au sein de la Cité.</p>
<p>Il nous semble donc que la question de l’interprétation du texte sacré figure parmi les problématiques qui sont à même de refléter la diversité intellectuelle d’Averroès. Elle est à la fois liée à la théologie, à la jurisprudence et à la philosophie. Que cette problématique soit au centre des controverses entre les philosophes de l’âge médiéval, cela ne fait point de doute. L’interprétation demeure effectivement une pratique qui permet de renoncer à l’imitation pour emprunter la voie de l’effort personnel auquel invite la loi religieuse tout en exigeant un ensemble de conditions.</p>
<p>« L’interprétation juridique de la Loi, affirme A. Benmakhlouf, est considérée comme « la doctrine sacrée » et bien plus que la théologie ; c’est pourquoi Averroès utilise ce biais pour donner une justification à la pratique philosophique: c’est la Loi elle-même qui nous incite à développer la connaissance des choses et les spéculations sur la nature de l’univers ». D’ailleurs, si le texte révélé reconnaît que l’homme est « doué d’une capacité pour appréhender rationnellement le monde », il serait sans doute légal de mettre les méthodes du raisonnement philosophique démonstratif à son service en accédant à son sens invisible. En effet, le Coran se donne à lire en tant que texte dont les énoncés sont tantôt univoques, dont la compréhension est claire, tantôt « plurivoques » demandant un effort d’interprétation.</p>
<p>Force est de constater que l’interprétation intervient dans le cadre de la détermination des rapports entre la religion et la philosophie comme une démarche impliquant l’examen des textes sacrés, ne serait-ce que pour être le trait d’union qui abolit leur aspect apparemment conflictuel. L’importance de l’interprétation de l’écriture sacrée réside également dans le fait qu’elle ait été à l’origine de la naissance des courants théologiques en Islam regroupés sous l’appellation du Kalam. Les doctrines engendrées s’intéressent à des questions comme la liberté de l’homme, la prédestination, le statut du pécheur, l’obéissance au chef politique, auxquelles s’ajoutent, suite à la traduction de la philosophie grecque, d’autres questions d’ordre métaphysique telles que l’éternité du monde, la nature de la connaissance divine ainsi que celle de la vie future.</p>
<p>En conséquence, l’interprétation se transforme en un véritable problème surtout après la condamnation des philosophes par Al Ghazali, théologien mu par la volonté de trouver une seule voie censée détenir la vérité quant quand il s’agit des dogmes religieux. Averroès fustige, quant à lui, l’esprit qui taxe les philosophes d’impiété et s’élève ainsi contre toute tentative de mettre l’interprétation au service des conceptions doctrinales. Il s’est effectivement opposé à l’esprit inquisitorial et au danger sectaire qui, par des interprétations non fondées, cherchent à condamner les autres en prétextant la connaissance de la vérité. Il nous paraît primordial de signaler que les problèmes causés par les déviations quant à l’interprétation sont essentiellement d’ordre tout à la fois politique et social.</p>
<p>Mounir Serhani nous montre que la pensée de la Loi chez Averroès vise, par le biais d’une démarche démonstrative rationnelle, à séparer les deux champs, religion et philosophie, pour les relier dans le but d’instaurer une politique universelle de tolérance, de pluralité et d’ouverture à l’Autre. Une nouvelle lecture du Texte sacré engendrerait bien entendu une nouvelle vision politique au sein de la Cité et réhabiliterait les philosophes auparavant condamnés. Autrement dit, notre enjeu est de montrer comment, à travers la figure d’Averroès, les sources de la tradition musulmane ouvrent le texte révélé à une pluralité d’interprétations et de lectures et, par voie de conséquence, privilégient une culture de différence, de liberté et de divergence. La théorie de l’interprétation rushdienne s’érige en trait d’union entre la Loi et la philosophie, le texte sacré et la raison, le traditionnel et le rationnel ; elle crée une relation qui oscille effectivement entre connexion et conflit, jonction et séparation. Etudier la dimension politique de la théorie de l’interprétation c’est sans conteste examiner également comment s’articule le politique et le philosophique, mais aussi le politique et le religieux.</p>
<p><strong>Editions Orion. 220 pages. Disponible en librairies.</strong></p>
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