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	<title>Le K de le dire &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>La presse marocaine entre conditions de soutien « surréalistes » et modèle démocratique</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/213502</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 14:27:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Le Maroc s’achemine-t-il vers un monopole au détriment du pluralisme ? Dans une décision qui a provoqué une vague d’indignation dans les milieux professionnels, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a surpris les acteurs du secteur avec de nouvelles conditions d’accès à l’aide publique. La Fédération &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213402" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Le Maroc s’achemine-t-il vers un monopole au détriment du pluralisme ?</strong></p>
<p><strong>Dans une décision qui a provoqué une vague d’indignation dans les milieux professionnels, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a surpris les acteurs du secteur avec de nouvelles conditions d’accès à l’aide publique. La Fédération marocaine des éditeurs de journaux qualifie ces conditions de « surréalistes ». Outre le fait d’avoir pris cette décision de manière unilatérale sans consultation préalable, le ministère exige désormais que chaque petite entreprise de presse ou entreprise régionale dispose de cinq cartes de journalistes professionnels en plus du directeur de la publication (1+5). Concrètement, cette mesure exclut des dizaines de titres régionaux et locaux qui peinent déjà à survivre face à la rareté des ressources et à un environnement économique défavorable.</strong></p>
<p><strong>Mais la question fondamentale qui s’impose aujourd’hui est la suivante : où se situe le Maroc par rapport au modèle démocratique qui régit les relations entre la presse et la puissance publique dans la plupart des pays développés ?</strong></p>
<p><strong>Les écarts par rapport au modèle démocratique.</strong></p>
<p><strong>Premièrement : le principe de dialogue et de concertation.</strong></p>
<p><strong>Dans les démocraties avancées, les politiques de soutien public à la presse sont élaborées après un large débat sociétal associant éditeurs, journalistes et société civile. Au Maroc, le ministère a au contraire agi seul, sans aucune concertation, comme si le secteur des médias n’était qu’une simple administration régie par des décisions individuelles et arbitraires.</strong></p>
<p><strong>Deuxièmement : l’indépendance dans la distribution des aides.</strong></p>
<p><strong>Dans les modèles démocratiques (France, Allemagne, pays scandinaves), des instances indépendantes distribuent les subventions selon des critères transparents et objectifs, hors de portée des humeurs ministérielles ou des intérêts de certains lobbys. Dans l’expérience marocaine, le communiqué accuse le ministère de chercher « le contrôle et l’hégémonie » sur les budgets d’aide publique au profit d’un lobby bien identifié, renforçant ainsi le monopole au détriment du pluralisme.</strong></p>
<p><strong>Troisièmement : la protection de la presse régionale et locale.</strong></p>
<p><strong>La presse régionale constitue un pilier essentiel du pluralisme médiatique, car elle rend compte des préoccupations des citoyens hors des grands centres urbains. En Suède, au Royaume-Uni et au Canada, l’État accorde une aide supplémentaire aux petits médias régionaux, consciente de leur rôle dans la consolidation de la démocratie locale. Les nouvelles conditions marocaines aboutiront, selon le communiqué, à « la faillite de dizaines d’entreprises régionales, au licenciement de centaines de salariés et à la disparition de tout journal régional dans plusieurs régions du Royaume ».</strong></p>
<p><strong>Quatrièmement : le critère du pluralisme, non celui du volume d’affaires.</strong></p>
<p><strong>Les lois démocratiques soutiennent la presse pour développer le pluralisme et encourager la lecture, non pour favoriser le commerce et le chiffre d’affaires. Or, le ministère – toujours selon la Fédération – a insisté pour « substituer l’objectif de développement de la lecture par le critère du volume d’affaires afin de développer le commerce », un changement inquiétant qui vide l’aide publique de sa philosophie fondamentale.</strong></p>
<p><strong>La crise de confiance et la commission provisoire.</strong></p>
<p><strong>Ce qui inquiète le plus, c’est le blocage de la délivrance des cartes professionnelles par la commission provisoire du Conseil national de la presse, en raison de « scandales » et de dysfonctionnements évoqués dans le communiqué. Comment le ministère peut-il exiger de nouvelles cartes alors que l’institution censée les délivrer est paralysée ? Cette contradiction place le ministère « en position de suspicion » et ouvre la voie à des interprétations politiques sur une éventuelle volonté d’exclure les entreprises non alignées.</strong></p>
<p><strong>Voies de sortie de crise.</strong></p>
<p><strong>Pour que le Maroc rejoigne le modèle démocratique dans sa relation entre la presse et la puissance publique, la Fédération et les observateurs proposent les mesures suivantes :</strong></p>
<p><strong>1. Ouvrir un véritable dialogue avec les organisations professionnelles, en particulier la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, afin d’établir des critères d’aide justes et transparents.</strong></p>
<p><strong>2. Supprimer le critère du volume d’affaires et du nombre de cartes, et revenir à l’esprit de l’article 7 de la loi sur la presse et l’édition, qui met l’accent sur le développement de la lecture, le pluralisme et le soutien aux ressources humaines.</strong></p>
<p><strong>3. Résoudre l’impasse de la commission provisoire du Conseil national de la presse et rendre pleinement opérationnelle l’instance d’autorégulation dans l’indépendance.</strong></p>
<p><strong>4. Prendre en compte la spécificité de la presse régionale en mettant en place des programmes d’aide spécifiques qui ne l’excluent pas faute de disposer des moyens des grands groupes.</strong></p>
<p><strong>5. Cesser la « fuite en avant » et ne pas faire adopter des lois cruciales dans les derniers mois de la mandature gouvernementale sans consensus national.</strong></p>
<p><strong>Conclusion.</strong></p>
<p><strong>Une presse libre et pluraliste n’est pas un luxe : elle est un pilier essentiel de toute démocratie véritable. Lorsque le ministère de tutelle se transforme en instrument d’hégémonie sur le secteur par des critères exclusifs, et lorsque l’objectif de pluralisme est remplacé par une obsession de contrôle des budgets, c’est l’ensemble du paysage médiatique qui se trouve menacé. Il est temps de faire évoluer la relation entre la presse et le ministère de tuelle, du modèle de « contrôle et de rente » vers celui du « dialogue et de l’indépendance », à l’instar de ce qui se pratique dans les démocraties. Les décisions arbitraires et exclusives ne serviront que les lobbies du monopole, au détriment de la diversité régionale et de l’avenir de la démocratie marocaine.</strong></p>
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		<title>Les dimanches d&#8217;Aziz DAOUDA. Baccalauréat: le révélateur brutal de nos fragilités collectives</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/213459</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 09:51:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[BACCALAURÉAT]]></category>
		<category><![CDATA[maroc]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Aziz DAOUDA Chaque session du baccalauréat nous renvoie à la face ce que nous sommes réellement. Les 500 000 candidats qui se sont présentés cette année n’ont pas dérogé à une règle devenue presque une constante nationale: le bac n’est plus uniquement un examen scolaire, il est devenu un révélateur social, civique et moral. Comme &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Aziz DAOUDA</strong></p>
<p><strong><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-213464" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/daoudos-1.jpg" alt="" width="660" height="330" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/daoudos-1.jpg 660w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/06/daoudos-1-300x150.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px" /></strong></p>
<p class="blu-article-first-paragraph"><strong><span class="blu-article-lead">Chaque session du baccalauréat nous renvoie à la face ce que nous sommes réellement.</span> Les 500 000 candidats qui se sont présentés cette année n’ont pas dérogé à une règle devenue presque une constante nationale: le bac n’est plus uniquement un examen scolaire, il est devenu un révélateur social, civique et moral.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Comme chaque année, les autorités ont mobilisé des moyens considérables pour sécuriser les épreuves : brouillage des communications, surveillance renforcée, contrôles numériques, sanctions exemplaires, campagnes de sensibilisation. L’arsenal est impressionnant. Pourtant, malgré tout cela, la fraude persiste. Elle change de forme, s’adapte, contourne les dispositifs et finit toujours par réapparaître. Une démonstration grandeur nature du gendarme qui accuse souvent, voire toujours, un certain retard sur le voleur.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Cette réalité pose une question fondamentale: le problème est-il réellement technique ou profondément sociétal ?</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>La fraude massive, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est jamais un simple acte individuel. Elle traduit une culture: une manière de considérer la réussite non comme le fruit d’un effort, mais comme un résultat à obtenir par n’importe quel moyen, fût‑il malhonnête. Elle révèle une relation abîmée au mérite, au travail, à l’éthique et à la responsabilité.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Plus grave encore, les déclarations de nombreux candidats à la sortie des examens interpellent: difficultés majeures de compréhension, pauvreté de l’expression, faiblesse du raisonnement, incapacité parfois à maîtriser des notions élémentaires après douze années de scolarité, sujets pauvrement ou simplement mal formulés. Le constat devient douloureux. Quel gâchis.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Il ne s’agit pas ici de stigmatiser une jeunesse qui, au fond, est la première victime du système. Ces jeunes ne sont pas nés avec des carences intellectuelles; ils sont le produit d’un environnement éducatif, culturel et social qui les a progressivement fragilisés. Le problème dépasse largement la seule école.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Le bac révèle d’abord les fractures profondes de notre système éducatif: une école publique souvent épuisée, des programmes souvent déconnectés des réalités contemporaines, une pédagogie encore trop fondée sur la mémorisation mécanique plutôt que sur l’esprit critique, des enseignants sous pression ou parfois incompétents, des inégalités territoriales criantes entre villes et campagnes, entre établissements d’élite et écoles abandonnées. Le bac dévoile aussi quelque chose de plus profond: l’effondrement progressif de certains repères civiques et partant de certaines valeurs morales.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Comment demander à un élève de respecter les règles de l’examen lorsqu’il grandit dans un environnement où il observe quotidiennement le contournement des règles dans tant de domaines ? Individus et collectivité ont un rapport ambigu avec la loi et les règles. Ils craignent la loi sans nécessairement la respecter. Comment inculquer la culture du mérite dans une société où beaucoup pensent que les réseaux, les passe-droits ou la ruse comptent davantage que l’effort ? Autrefois, les enfants travaillaient l’été: une éducation à l’effort et au mérite encouragée par les parents ; aujourd’hui, cette pratique a largement disparu. Comment convaincre un adolescent que la triche est immorale lorsque l’espace public banalise parfois la fraude, l’incivilité ou l’absence de responsabilité collective ? L’école ne peut, à elle seule, réparer ce que la société produit.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Il existe également un malaise plus silencieux: notre rapport à la réussite scolaire. Le baccalauréat est devenu une obsession nationale. Une pression gigantesque repose sur des adolescents de dix‑sept ou dix‑huit ans. Pour beaucoup de familles, le bac représente bien plus qu’un diplôme. Il devient une question d’honneur social, de survie économique ou de reconnaissance familiale. Dans un tel contexte, certains finissent par considérer que le résultat importe davantage que le chemin emprunté pour y parvenir.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Le phénomène n’est évidemment pas exclusivement marocain. La fraude scolaire existe partout dans le monde. Mais les grandes nations éducatives ont compris une chose essentielle: la qualité d’un système ne se mesure pas seulement au taux de réussite, mais à la valeur réelle des compétences acquises. Or c’est précisément là que réside notre inquiétude.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Derrière les statistiques officielles se cache une interrogation plus grave. Formons‑ nous réellement des citoyens capables de réfléchir, d’innover, de produire, de débattre, de créer et de porter le développement du pays ? Ou sommes‑nous en train de fabriquer des générations anxieuses, fragilisées, exigeantes sans contrepartie et souvent déconnectées des exigences du monde moderne ?</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Le véritable défi marocain n’est donc pas uniquement d’empêcher les téléphones d’entrer dans les salles d’examen. Le défi est de reconstruire une culture du savoir, de l’effort et de la responsabilité. Cela suppose plusieurs ruptures majeures.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>D’abord, revaloriser l’enseignant. Aucun système éducatif au monde ne réussit lorsque ceux qui transmettent le savoir perdent leur prestige social, leur autorité morale ou des conditions de travail dignes.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Ensuite, réformer profondément les méthodes pédagogiques. Le monde a changé: les élèves ont désormais accès à l’information partout et immédiatement. L’école ne peut plus être un simple lieu de récitation ; elle doit devenir un espace d’intelligence, de créativité, de débat et de construction du raisonnement.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Il faut également réhabiliter l’éducation civique, non comme une matière secondaire apprise mécaniquement, mais comme une culture quotidienne du respect des règles, du bien commun et de la responsabilité individuelle.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Enfin, il faut avoir le courage d’affirmer que le baccalauréat ne peut pas être l’unique horizon de la réussite. Une nation moderne valorise aussi la formation professionnelle, les métiers techniques, les compétences pratiques et l’intelligence manuelle. Tous les jeunes ne sont pas destinés au même parcours académique, et il n’y a aucune honte à cela.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Le plus inquiétant serait enfin de considérer ces scènes annuelles comme normales : de s’habituer à la fraude, aux insuffisances et aux mêmes débats répétitifs chaque année. Une société qui banalise ses échecs finit par perdre sa capacité à se réformer.</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Le baccalauréat marocain reste cependant une formidable opportunité : celle de regarder la réalité en face, sans complaisance mais sans fatalisme. Les solutions existent. Elles demandent du courage politique, de la cohérence éducative et surtout une volonté collective de remettre le mérite, le savoir et la citoyenneté au centre du projet national. Voilà un vaste programme pour le prochain exécutif mais nos partis sont ils capables d&rsquo;en débattre courageusement?</strong></p>
<p class="blu-article-paragraph"><strong>Sinon, l’année prochaine, nous assisterons exactement au même spectacle : mêmes indignations, mêmes fraudes, mêmes faiblesses… les mêmes parents et élèves qui se plaignent, les mêmes sujets parfois ridicules et les mêmes regrets.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les combats d’Edgar Morin : ce que les hommages ont dit (et ce qu’ils ont tu)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/213359</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2026 11:15:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Edgar Morin]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Sous le Dôme des Invalides, la France a dit adieu à l’un de ses derniers grands penseurs. Mais derrière l’unanimité de façade, un silence présidentiel en dit long sur la mémoire sélective que l’on fait parfois aux « monstres sacrés ». Le 3 juin 2026, dans la cour du Dôme des Invalides, la République &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-212840" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/05/khoukhs-.jpeg" alt="" width="299" height="168" /></p>
<p><strong>Sous le Dôme des Invalides, la France a dit adieu à l’un de ses derniers grands penseurs. Mais derrière l’unanimité de façade, un silence présidentiel en dit long sur la mémoire sélective que l’on fait parfois aux « monstres sacrés ».</strong></p>
<p><strong>Le 3 juin 2026, dans la cour du Dôme des Invalides, la République rendait un hommage national à Edgar Morin, disparu cinq jours plus tôt à l’âge de 104 ans . Devant le cercueil surmonté du célèbre chapeau du sociologue, Emmanuel Macron a salué « un destin exceptionnel dans le siècle », « un humaniste planétaire » aux « combats de liberté, d’égalité, d’émancipation, de fraternité avec tous les peuples privés de leurs droits » .</strong></p>
<p><strong>Un discours sobre, solennel, à la hauteur du monument intellectuel que fut l’auteur de La Méthode. Mais pour ceux qui connaissaient l’homme dans toute sa complexité, un absent de taille a frappé les esprits : la cause palestinienne, combat viscéral d’Edgar Morin, fut curieusement omise par le chef de l’État.</strong></p>
<p><strong>L’intellectuel aux mille résistances</strong></p>
<p><strong>Les hommages, dans leur majorité, ont justement rappelé l’étendue des engagements moriniens. Il y eut d’abord le résistant : entré dans la clandestinité sous le pseudonyme de Morin en 1941, après avoir rejoint le Parti communiste. Puis le dissident : son exclusion du PCF et sa rupture avec le stalinisme, racontée dans Autocritique (1959), où il fit preuve d’une lucidité rare sur « ses propres aveuglements ». Il fut l’un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d’Algérie, apprenant à « penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même » .</strong></p>
<p><strong>Macron a longuement insisté sur cette capacité à ne jamais céder à « la vérité d’un seul camp ». L’écologie, l’idéal européen, la défense du droit international furent également salués par la présidence comme des marqueurs de son parcours .</strong></p>
<p><strong>Le cri silencieux pour la Palestine</strong></p>
<p><strong>Pourtant, un fil rouge traverse la vie tardive d’Edgar Morin, et tout particulièrement ses dernières années. L’Elysée a pourtant reconnu devant la presse qu’il fut « notamment un farouche défenseur de la cause palestinienne » . Mais dans l’éloge funèbre présidentiel aux Invalides, ce chapitre a été étrangement escamoté.</strong></p>
<p><strong>Ce silence contraste violemment avec l’intensité des actes du défunt. À peine deux mois avant sa disparition, alors que l’on fêtait ses 104 ans, Edgar Morin rédigeait un hommage vibrant à Leïla Shahid, la diplomate palestinienne décédée en mars 2026. Dans un texte déchirant lu à ses funérailles par Elias Sanbar, Morin écrivait : « Nous continuerons plus que jamais à témoigner, à souffrir, à lutter pour la Palestine, ta cause, qui est notre cause. […] Tu n’avais pas la haine des juifs » .</strong></p>
<p><strong>Un témoignage d’autant plus fort qu’il émanait d’un intellectuel juif, ancien résistant, hanté par la mémoire de la Shoah mais refusant que celle-ci serve de justification à l’injustice faite à un autre peuple. Pour Morin, il n’y avait pas de contradiction entre son identité de « Français juif » et son soutien aux Palestiniens ; c’était la continuité d’un même combat contre l’oppression.</strong></p>
<p><strong>L’opération de « chirurgie mémorielle »</strong></p>
<p><strong>Cette amnésie officielle n’a pas échappé aux observateurs. Sur le média en ligne <a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/edgar-morin-le-refus-de-lamnesie-face-a-la-palestine-xOScBVOPRQi3dAvQcnffWw">Blast</a>, on a dénoncé une véritable « chirurgie » : « On prélève ce qui peut servir, on retire ce qui dérange, on recoud proprement. La France vient d’opérer Edgar Morin. Le Juste, pour le pouvoir, n’est tolérable qu’une fois transformé en archive inoffensive » .</strong></p>
<p><strong>D’autres voix, à gauche, ont souligné le contraste. Si Jean-Luc Mélenchon a salué « l’antifasciste, résistant » rappelant son « engagement récent contre les violences à Gaza », le discours présidentiel a préféré évoquer la « pensée complexe » plutôt que de prendre le risque politique de citer la Palestine dans la cour des Invalides.</strong></p>
<p><strong>Le combat continue-t-il sans lui ?</strong></p>
<p><strong>Au soir de sa vie, alors que l’actualité géopolitique ravivait les plaies du Proche-Orient, Edgar Morin refusait l’amnésie. Ses obsèques, plus discrètes que l’hommage national, ont eu lieu dans l’intimité familiale, loin des projecteurs. Mais le débat qu’il laisse est brûlant : peut-on honorer un « humaniste planétaire » en gommant les aspérités de son humanisme ?</strong></p>
<p><strong>Macron a conclu son discours par un « Merci Edgar » . Un merci sincère, sans doute. Mais un merci édulcoré, où l’on n’a pas reconnu l’intellectuel en colère qui, encore à 104 ans, signait des hommages pour une Palestine blessée. Son véritable héritage ne réside pas seulement dans sa « pensée complexe », mais dans son refus obstiné de choisir entre les douleurs.</strong></p>
<p><strong>Hier, on a célébré le penseur. Le combattant, lui, aurait peut-être préféré qu’on parle moins de sa gloire et plus des oubliés de l’histoire. C’est ce silence-là, assourdissant sous le Dôme, qui reste en travers de la gorge.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Abdeslam Seddiki, l’indispensable vigie : Pour un Maroc crédible, plaidons pour un retour aux affaires</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/211923</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2026 08:43:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Abdeslam Seddiki]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI Introduction : Un engagement viscéral pour la crédibilité nationale. Il y a des profils qui, au fil des décennies, s’imposent comme des références naturelles dans le débat public marocain. Abdeslam Seddiki est de ceux-là. Économiste rigoureux, universitaire chevronné, ancien ministre de l’Emploi et des Affaires sociales et plume acérée, il incarne une &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-210364" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1.jpeg" alt="" width="780" height="470" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1.jpeg 780w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1-300x181.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/khkh-780x470-1-768x463.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 780px) 100vw, 780px" /></p>
<p>Introduction : Un engagement viscéral pour la crédibilité nationale.</p>
<p>Il y a des profils qui, au fil des décennies, s’imposent comme des références naturelles dans le débat public marocain. Abdeslam Seddiki est de ceux-là. Économiste rigoureux, universitaire chevronné, ancien ministre de l’Emploi et des Affaires sociales et plume acérée, il incarne une forme rare de continuité dans l’engagement pour un Maroc moderne, juste et crédible sur la scène internationale. Cet homme, qui n’a jamais ménagé sa peine pour hisser son pays parmi les nations fiables, mérite aujourd’hui que les décideurs s’arrêtent sur son parcours. Son retour aux avant-postes ou sa mobilisation sur des missions stratégiques constituerait un atout majeur pour le Royaume.</p>
<p>I. Un parcours académique et politique exceptionnel.</p>
<p>Né le 31 décembre 1951 à Taza, Abdeslam Seddiki a bâti un parcours jalonné d&rsquo;exigence et de savoir. Titulaire d’un Doctorat d’État en Sciences économiques de l’Université Hassan II de Casablanca (1988) et d’un doctorat de troisième cycle de l’Université de Grenoble (1979), il est professeur de l’enseignement supérieur depuis 1980, transmettant inlassablement son expertise aux générations futures.</p>
<p>Homme de terrain, Seddiki a toujours allié la théorie à l’action. Son engagement politique est profond : membre du Bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS) depuis 2010, il a coordonné le programme économique, social et culturel du parti en 2006 et la commission préparatoire du programme électoral pour les législatives de 2011. Cette capacité à conceptualiser les grandes orientations pour le pays est une compétence rare et précieuse.</p>
<p>II. Une action ministérielle visionnaire.</p>
<p>Sa nomination en octobre 2013 comme ministre de l’Emploi et des Affaires sociales sous le gouvernement Benkiran II a été un véritable catalyseur de réformes. Seddiki a alors mis son expérience au service de la chose publique, tentant d’insuffler une véritable politique de dialogue social. Il a posé des jalons essentiels pour la généralisation de la protection sociale, un chantier devenu aujourd’hui prioritaire, en plaçant la concertation et la paix sociale au cœur de sa méthode.</p>
<p>Son bilan à la tête du département de l’Emploi le crédite d’une parfaite connaissance des rouages de l’État et des contraintes du terrain. Une expérience précieuse à l’heure où le Maroc accélère sur la voie de l’État social.</p>
<p>III. Une pensée économique en action, toujours au service du pays.</p>
<p>S’il a quitté le gouvernement, Seddiki n’a jamais cessé de servir son pays. Sa présence constante dans le débat public à travers ses écrits journalistiques est remarquable. Que ce soit sur Médias24, Quid.ma ou L’ODJ, ses chroniques hebdomadaires décortiquent l’actualité avec une liberté de ton salutaire.</p>
<p>Son analyse lucide des défis nationaux, notamment à travers son ouvrage « Le Maroc, entre changement et inertie » ou le recueil « Positions et propositions », démontre sa capacité à formuler des alternatives crédibles. Il est de ceux qui ne se contentent pas de critiquer, mais qui proposent. Sa récente analyse critique du PLF 2026 et son appel à dépasser la « collusion business-politique » pour construire un véritable État social résonnent comme des alertes à ne pas négliger.</p>
<p>IV. Pourquoi l’appel des décideurs est indispensable aujourd’hui ?</p>
<p>Le Maroc a besoin d’hommes et de femmes d’expérience, dotés d’une solide probité intellectuelle, pour l’aider à relever les défis de demain. En ce sens, Abdeslam Seddiki reste un atout majeur :</p>
<p>1. Comme médiateur ou conseiller spécial pour le dialogue social : Sa connaissance parfaite du champ syndical et patronal, couplée à sa rigueur universitaire, en ferait un facilitateur de choix pour apaiser le climat social et donner tout son sens à la négociation collective.</p>
<p>2. Comme contributeur au nouveau modèle de développement : Sa plume et sa réflexion sur les inégalités territoriales et l’inclusion sociale sont une ressource intellectuelle de premier plan pour la mise en œuvre effective des chantiers du NMD.</p>
<p>3. Comme représentation du Maroc dans des enceintes internationales : Sa maîtrise des enjeux globaux (gouvernance de l’IA, transition énergétique, protection sociale) et sa stature d’économiste reconnu pourraient servir la diplomatie économique du Royaume.</p>
<p>Conclusion : Faire appel à un homme debout.</p>
<p>En ces temps où le Maroc a plus que jamais besoin de sérieux et de vision, des hommes comme Abdeslam Seddiki ne peuvent rester en simple sentinelle. Il est un serviteur loyal, un compatriote qui a toujours placé l’intérêt supérieur de la nation au cœur de ses combats. Les décideurs gagneraient à lui confier des responsabilités à la hauteur de son talent. Le Royaume ne peut que prospérer en s’appuyant sur ses meilleures têtes pensantes. Abdeslam Seddiki est, sans conteste, l’une de ces têtes pensantes dont l’heure est venue d’être rappelée aux affaires.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les dimanches de DAOUDA. Méditerranée : sortir du récit biaisé d’un Nord dominant et d’un Sud passif</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/211792</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 10:37:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Méditerranée]]></category>
		<category><![CDATA[rapport de forces]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Aziz DAOUDA L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée a longtemps été racontée à travers une grille de lecture déséquilibrée. Le Nord y apparaît comme le moteur, le centre de l’innovation et de la modernité, tandis que le Sud est relégué au rang de périphérie, de simple récepteur ou de zone d’ombre. &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Aziz DAOUDA</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-211299" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/05/daoudos.jpg" alt="" width="660" height="330" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/05/daoudos.jpg 660w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/05/daoudos-300x150.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px" /></p>
<p class="blu-article-first-paragraph"><span class="blu-article-lead">L’histoire des relations entre les deux rives de la Méditerranée a longtemps été racontée à travers une grille de lecture déséquilibrée.</span> Le Nord y apparaît comme le moteur, le centre de l’innovation et de la modernité, tandis que le Sud est relégué au rang de périphérie, de simple récepteur ou de zone d’ombre. Ce récit, largement hérité des constructions intellectuelles européennes modernes, continue d’influencer les discours académiques, médiatiques et politiques.</p>
<p class="blu-article-paragraph">Cette lecture est non seulement incomplète, mais historiquement erronée et souvent orientée. La Méditerranée n’a jamais été une frontière figée entre deux mondes séparés. Elle a toujours été un espace d’échanges, de circulations et d’influences réciproques. Dès l’Antiquité, elle relie des civilisations africaines, levantines, européennes et orientales dans un même continuum historique. Phéniciens, Carthaginois, Égyptiens, Numides et, plus tard, les civilisations musulmanes ont joué un rôle décisif dans la structuration des échanges commerciaux, culturels et scientifiques.</p>
<p class="blu-article-paragraph">L’idée d’une Europe autonome, source unique de la modernité, est une reconstruction tardive. En réalité, l’Europe s’est aussi construite grâce au Sud.</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">L’effacement des Maures et des Amazighs</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">L’un des angles morts les plus graves de ce récit dominant concerne l’apport amazigh. Les Amazighs ou les Maures ne sont pas un élément secondaire de l’histoire méditerranéenne ; ils en sont l’un des acteurs majeurs. Leur rôle a été déterminant dans la formation de l’espace nord-africain, mais aussi dans l’histoire de l’Europe du Sud. L’archéologie atteste ce rôle majeur des Amazighs à travers les siècles.</p>
<p class="blu-article-paragraph">De l’Espagne au Portugal, du sud de l’Italie à la Sicile, l’empreinte amazighe est réelle, profonde et durable. La conquête de la péninsule Ibérique au VIIIe siècle, menée par Tariq ibn Ziyad à la tête d’une armée majoritairement amazighe, reste un moment fondateur. Pourtant cette réalité est souvent minimisée au profit d’un récit arabo-centré qui efface la composante berbère. Or, sans les Amazighs, il n’y aurait pas eu d’implantation durable du monde musulman en Europe occidentale.</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">Al-Andalus et la Méditerranée occidentale.</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">Réduire Al-Andalus à une simple extension du monde arabe est une simplification excessive, voire erronée. Les dynasties qui ont marqué son apogée, notamment les Almoravides et les Almohades, sont d’origine amazighe. Elles ont profondément influencé l’organisation politique, les structures militaires, la pensée religieuse, l’architecture et les formes de pouvoir en Méditerranée occidentale.</p>
<p class="blu-article-paragraph">Le sud de l’Espagne et du Portugal porte encore aujourd’hui les traces visibles de cette présence. Un détour par Cáceres, en Estrémadure, suffit à s’en convaincre : nombre de toponymes, d’éléments urbains et d’héritages architecturaux évoquent cette histoire. Certaines ruelles y sont encore dites Derb. L’histoire urbaine, les réseaux d’irrigation, certains héritages architecturaux, mais aussi les circulations de savoirs témoignent de cette contribution. Ignorer cette dimension revient à mutiler l’histoire réelle de la région. Aujourd’hui, l’arrivée des Maures en Espagne est encore célébrée de diverses façons.</p>
<p class="blu-article-paragraph">Cette présence ne se limite pas à la péninsule Ibérique. En Sicile et dans le sud de l’Italie, les contacts entre Nord-Africains et Européens ont également été constants, notamment à travers les dynamiques islamiques, normandes et commerciales. Là encore, les récits simplificateurs parlent trop souvent d’« influence arabe » en bloc, en gommant la diversité des acteurs historiques. Il m’est arrivé, il y a quelques années à Palerme, de rencontrer un historien, dont j’ai malheureusement oublié le nom, qui m’a montré les multiples apports des Maures dans la région et les nombreuses similitudes avec la ville d’Azemmour, notamment les portes urbaines équipées d’un ingénieux mécanisme à rondins.</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">Un effacement politique.</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">Cet oubli n’est ni accidentel ni neutre. Il s’explique par plusieurs biais cumulés. D’abord l’eurocentrisme, qui peine à reconnaître que des populations africaines ont contribué à la formation de l’Europe. Ensuite une historiographie arabo-centrée, qui homogénéise le monde musulman en invisibilisant ses composantes non arabes. Enfin l’héritage colonial, qui a besoin de simplifier l’histoire pour légitimer une hiérarchie civilisationnelle.</p>
<p class="blu-article-paragraph">Le résultat est toujours le même : les Amazighs sont relégués à un rôle secondaire, voire folklorique, alors qu’ils ont été des acteurs structurants de l’histoire méditerranéenne. Comment expliquer la similitude linguistique entre le Maroc et Malte ? Comment expliquer que de nombreux chrétiens et juifs aient étudié, assis sur des nattes tressées, à la Qaraouiyine et obtenu ses diplômes ?</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">Réhabiliter une histoire partagée.</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">Corriger ce biais ne consiste pas seulement à ajouter quelques noms ou épisodes oubliés. Il faut repenser la narration elle-même. La Méditerranée n’est pas un espace où le Nord produit et le Sud reçoit. C’est un espace de co-construction permanente. Les historiens, en s’appuyant notamment sur des données archéologiques, doivent rétablir les vérités historiques et orienter les récits.</p>
<p class="blu-article-paragraph">Réhabiliter cette histoire implique de reconnaître :</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">la pluralité des centres de production historique;</li>
<li class="blu-list">l’apport décisif des civilisations africaines, notamment amazighes;</li>
<li class="blu-list">la part arabe, mais aussi non arabe, des dynamiques islamiques;</li>
<li class="blu-list">les interactions constantes entre les deux rives, au-delà des conflits.</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">Il ne s’agit pas d’inverser une domination symbolique pour en créer une autre, mais de rétablir la complexité de la construction civilisationnelle de l’ensemble du pourtour méditerranéen.</p>
<ul class="blu-list">
<li class="blu-list">Dépasser l’opposition Nord–Sud.</li>
</ul>
<p class="blu-article-paragraph">La Méditerranée n’est ni une simple frontière ni une ligne de fracture. Elle est un continuum historique, culturel et humain. La réduire à une opposition entre un Nord actif et un Sud passif, c’est prolonger un héritage intellectuel issu de la domination coloniale.</p>
<p class="blu-article-paragraph">La considérer comme un espace partagé permet de restituer les circulations, les influences croisées et les contributions oubliées. Parmi elles, l’apport amazigh occupe une place centrale, que l’histoire dominante a trop longtemps minorée. Restituer cette mémoire n’est pas réécrire l’histoire : c’est la réparer.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;effacement chromatique du monde</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/211674</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Allal KHEIREDDINE Il m&#8217;a suffi d&#8217;un après-midi de flânerie sur les Grands Boulevards, voici peu, pour qu&#8217;une intuition tenace s&#8217;impose à mon regard : la foule, autour de moi, s&#8217;était drapée de noir et de gris. La quasi-totalité des silhouettes qui me croisaient semblaient avoir renoncé à la couleur. Je me suis retrouvé devant &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Allal KHEIREDDINE</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-208596" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher.jpeg" alt="" width="957" height="960" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher.jpeg 957w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-300x300.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-150x150.jpeg 150w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-768x770.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 957px) 100vw, 957px" /></p>
<p><strong>Il m&rsquo;a suffi d&rsquo;un après-midi de flânerie sur les Grands Boulevards, voici peu, pour qu&rsquo;une intuition tenace s&rsquo;impose à mon regard : la foule, autour de moi, s&rsquo;était drapée de noir et de gris. La quasi-totalité des silhouettes qui me croisaient semblaient avoir renoncé à la couleur. Je me suis retrouvé devant un écran en noir et blanc. Manteaux d&rsquo;anthracite, parkas charbon, jeans sombres, pulls cendrés ; çà et là, par contraste, le rouge isolé d&rsquo;une écharpe ou le moutarde têtu d&rsquo;un sac à dos paraissaient presque incongrus, sinon insolents. Or je me souvenais, assez vaguement d&rsquo;abord, plus nettement à mesure que je remontais le boulevard, qu&rsquo;il n&rsquo;en allait pas tout à fait ainsi voici deux décennies, lorsque les vitrines des grands magasins accueillaient sans embarras les violets, les vert-pomme, les jaunes francs, et que la rue parisienne ne se rangeait pas encore docilement à la sobriété de l&rsquo;élite. Que s&rsquo;était-il passé entre-temps ? Quelle décision collective, jamais formulée, jamais débattue, avait conduit toute une société à se vêtir comme on porte le deuil ou comme on s&rsquo;absente ?</strong></p>
<p><strong>Cette question, qui m’a habité depuis, et trouve un écho saisissant — et statistique — dans une enquête conduite en 2020 par Cath Sleeman, au sein du « Digital Lab » du Science Museum Group. Soumettant à l&rsquo;analyse computationnelle plus de sept mille photographies d&rsquo;objets de la collection du musée, du télégraphe victorien jusqu&rsquo;aux téléphones intelligents, la chercheuse aboutit à un verdict aussi net qu&rsquo;il est troublant : la teinte la plus fréquente, présente dans plus de quatre-vingts pour cent des clichés, est un gris. Là où, au tournant du XIXᵉ siècle, les tons monochromes représentaient à peine quinze pour cent de la production matérielle, ils en occupent aujourd&rsquo;hui près des trois cinquièmes. Le grisonnement s&rsquo;accélère brutalement, nous dit l&rsquo;enquête, à partir de la fin des années 1980, avec l&rsquo;apparition du téléphone-brique, ce parallélépipède sombre qui allait coloniser la paume du monde. Ce que mes yeux soupçonnaient sur le pavé parisien, la science des données le confirme à l&rsquo;échelle d&rsquo;un siècle et demi.</strong></p>
<p><strong>On serait tenté d&rsquo;expédier l&rsquo;affaire par une explication matérialiste, et l&rsquo;enquête elle-même y invite avec prudence : la grisaille tient pour partie à la substitution des matériaux, les bois et métaux d&rsquo;autrefois cédant au silicium et au plastique. La couleur, dans cette lecture, ne disparaît pas : elle migre, du vernis vers l&rsquo;écran, du pigment vers la lumière émissive. Michel Pastoureau, qui consacra à chaque couleur — du noir au bleu, du vert au jaune, une généalogie minutieuse, l&rsquo;a maintes fois rappelé : chaque époque produit sa palette autant comme sous-produit involontaire de ses procédés que comme expression sourde de ses obsessions. Le gris contemporain serait, à ce compte, la signature mécanique de l&rsquo;extrusion industrielle, moins une intention qu&rsquo;une conséquence.</strong></p>
<p><strong>Cette lecture, pour rigoureuse qu&rsquo;elle soit, demeure insuffisante. Car le choix d&rsquo;un manteau gris ou d&rsquo;un mur taupe n&rsquo;est jamais purement technique : on aurait pu, comme on le fit dans la décennie 1970, teinter les plastiques d&rsquo;orange et de moutarde, parer les façades de turquoise éclatant, habiller le quotidien d&rsquo;audaces chromatiques. La sobriété chromatique de notre temps procède d&rsquo;une décision esthétique, et plus encore d&rsquo;une décision morale qu&rsquo;il faut tâcher de nommer. Depuis Le Corbusier proclamant le « droit » du mur blanc, depuis l&rsquo;orthodoxie minimaliste qui a fait de Cupertino la nouvelle Athènes du design, l&rsquo;épuration s&rsquo;est imposée comme l&rsquo;horizon indépassable du bon goût. Le gris, le blanc cassé, le noir mat ne sont plus, à proprement parler, des couleurs : ce sont des signes — et le signe d&rsquo;une distinction. Là où l&rsquo;aristocratie d&rsquo;Ancien Régime affichait ses pourpres et ses ors, la bourgeoisie mondialisée affirme son rang par la retenue.</strong></p>
<p><strong>Byung-Chul Han, dans « Sauver le beau », a livré de cette esthétique du lisse l&rsquo;une des plus pénétrantes critiques contemporaines : le poli, le sans-aspérité, le neutre, ce que l&rsquo;on nomme désormais « clean design », ne caressent l&rsquo;œil que pour mieux abolir l&rsquo;altérité du visible. La couleur, en effet, est résistance ; elle blesse, elle s&rsquo;impose, elle interroge, elle nous nargue aussi, elle ne se laisse pas indifféremment consommer. Le gris, lui, accueille toutes les humeurs sans en heurter aucune ; il est l&rsquo;arrière-plan idéal d&rsquo;un sujet sommé d&rsquo;optimiser sa neutralité jusque dans son intériorité. Nos habits, nos écrans, nos murs nous renvoient l&rsquo;image d&rsquo;un monde qui a renoncé à l&rsquo;affirmation, comme si la chromophobie qu&rsquo;analysait jadis David Batchelor s&rsquo;était muée en doctrine implicite du capitalisme tardif.</strong></p>
<p><strong>Reste à savoir si cet effacement exprime un malaise ou s&rsquo;il en est le pur symptôme. La question mérite plus que la facilité d&rsquo;une réponse univoque. Goethe, dans la « Farbenlehre », soutenait que les peuples « grossiers et naïfs » aiment les couleurs vives tandis que les peuples « cultivés » s&rsquo;en détournent, diagnostic à la fois daté et redoutablement actuel. Si l&rsquo;on suit cette pente, le gris contemporain serait l&rsquo;aboutissement logique d&rsquo;une civilisation parvenue à son automnie : raffinée, lasse, soucieuse de ne plus offenser. Mais l&rsquo;on pourrait tout aussi bien y lire le reflet d&rsquo;une dépression collective, la traduction objective de ce que les cliniciens nomment l&rsquo;aplatissement de l&rsquo;affect. Le monde-objet se confondrait alors avec le monde-psyché, dans une mimésis que nul n&rsquo;a choisie mais que tous endurent.</strong></p>
<p><strong>Il convient cependant de tempérer le tableau, ou, plus exactement, sa grisaille. Les chercheurs eux-mêmes rappellent que les photographies examinées ne constituent qu&rsquo;un échantillon, et que la collection est elle-même une sélection non aléatoire. Surtout, la couleur n&rsquo;a pas disparu : elle s&rsquo;est déplacée. Jamais les écrans n&rsquo;ont diffusé tant de saturation, jamais la publicité, les réseaux sociaux, les jeux vidéo n&rsquo;ont déployé pareille débauche chromatique. C&rsquo;est dans le réel tangible, les vêtements des passants, les voitures, les murs, les objets, que la couleur recule, comme si nous avions concédé au virtuel le monopole de l&rsquo;éclat, en réservant au monde matériel la dignité grise du sérieux. Cette répartition, plus que la disparition elle-même, est éloquente : nous habitons un univers dont nous ne voulons plus la vivacité, et qui nous récompense de cette austérité en nous offrant, dans le creux de la main, des fragments d&rsquo;arc-en-ciel sous régime algorithmique.</strong></p>
<p><strong>Le gris des Grands Boulevards n&rsquo;est donc ni un pur accident technique, ni une simple humeur saisonnière. Il est le précipité visible d&rsquo;une civilisation qui a confondu la sobriété avec la vertu, l&rsquo;élégance avec l&rsquo;effacement, la maîtrise de soi avec la renonciation à toute affirmation sensible. Que cette palette dise quelque chose de notre intériorité, on ne saurait en douter ; qu&rsquo;elle la produise autant qu&rsquo;elle la reflète, on peut sérieusement le craindre, car le visible nous façonne en retour, et l&rsquo;on devient un peu de ce qu&rsquo;on regarde. Reste, pour qui voudrait s&rsquo;en délivrer, à se souvenir que la couleur fut, de Matisse à Klein, un geste éthique avant d&rsquo;être esthétique : la déclaration têtue qu&rsquo;il vaut encore la peine d&rsquo;être vu et, surtout, de voir.</strong></p>
<p><strong>Alors, comment vous allez voir désormais votre environnement, en couleurs ou en gris ?</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’anthropologie occidentale comme instrument de domination coloniale : de la « science » raciste à l’afropessimisme contemporain</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/209132</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 16:38:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[afropessimisme]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[occidentale]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Allal KHEIREDDINE I. La fabrication savante de l’« Autre primitif » Les fondements idéologiques de l’anthropologie coloniale L’anthropologie occidentale ne naît pas dans un vide. Elle surgit précisément au moment où l’Europe accélère sa conquête du monde, aux XVIIIe et XIXe siècles, et elle en porte les marques au plus profond d’elle-même. On aimerait &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Allal KHEIREDDINE</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-208596" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher.jpeg" alt="" width="957" height="960" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher.jpeg 957w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-300x300.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-150x150.jpeg 150w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/04/kher-768x770.jpeg 768w" sizes="auto, (max-width: 957px) 100vw, 957px" /></p>
<p>I. La fabrication savante de l’« Autre primitif »<br />
Les fondements idéologiques de l’anthropologie coloniale</p>
<p>L’anthropologie occidentale ne naît pas dans un vide. Elle surgit précisément au moment où l’Europe accélère sa conquête du monde, aux XVIIIe et XIXe siècles, et elle en porte les marques au plus profond d’elle-même. On aimerait y voir une science neutre, un regard curieux posé sur la diversité humaine. C’est tout le contraire : dès ses origines, elle se constitue comme une entreprise de classement, une taxonomie des peuples destinée à établir une hiérarchie entre les civilisations.</p>
<p>Le projet, pour peu qu’on lise les textes fondateurs sans complaisance, est d’une clarté troublante : prouver scientifiquement que l’humanité n’est pas une, mais graduée. Au sommet, l’Européen blanc, rationnel, historique. En bas, le « sauvage » , l’Africain en particulier occupe cette position dans presque tous les systèmes de pensée de l’époque, avec une constance qui n’a rien d’accidentel.</p>
<p>Quelques figures suffisent à illustrer cette complicité fondatrice.</p>
<p>Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840), souvent présenté comme le père de l’anthropologie physique, classe les races humaines en cinq catégories : le Caucasien au sommet, l’Éthiopien — entendez l’Africain — en bas. Sur quelle base ? Des mesures crâniennes dont la science démontrera plus tard l’arbitraire complet. Mais peu importe : la hiérarchie est posée, et elle le sera pour longtemps.</p>
<p>Samuel Morton, au XIXe siècle, accumule des centaines de crânes humains pour « prouver » que les Blancs ont une capacité crânienne supérieure et donc une intelligence plus grande. Il s’agit d’une fraude méthodologique avérée, le paléontologue Stephen Jay Gould le démontrera en détail , mais cette fraude a servi de référence scientifique pendant des décennies, influençant des générations de chercheurs, de politiciens, d’éducateurs.</p>
<p>Paul Broca, neurologue français respecté de son temps, mobilise les mêmes méthodes pour conclure à l’infériorité cérébrale des femmes et des Noirs. Ce n’est pas un illuminé des marges : c’est un membre de l’Académie de médecine, dont les travaux sont cités dans les universités les plus prestigieuses d’Europe. La science du cerveau devient une arme raciale, et personne, ou presque, ne songe à crier au scandale.</p>
<p>L’évolutionnisme social : Darwin détourné</p>
<p>L’une des opérations intellectuelles les plus décisives de cette période est le détournement de Darwin. Darwin avait décrit l’évolution biologique des espèces animales, un processus aveugle, sans direction ni finalité. Des penseurs comme Herbert Spencer et Lewis Henry Morgan s’en emparent pour construire une théorie radicalement différente : celle de l’évolution des sociétés humaines, qu’on appellera l’évolutionnisme unilinéaire.</p>
<p>Le principe est simple, et c’est précisément sa simplicité qui le rend dangereux : toute société humaine parcourrait obligatoirement les mêmes stades, la sauvagerie, la barbarie, la civilisation. Les sociétés africaines, dans ce schéma, seraient bloquées aux deux premiers. Elles ne sont pas différentes de l’Europe : elles sont en retard sur l’Europe.</p>
<p>Cette construction est fondamentale, et il faut en mesurer toute la portée. Elle ne dit pas que l’Africain est inférieur par nature, du moins, pas en apparence. Elle dit qu’il est en avance au sens temporel du terme, comme un enfant qui n’a pas encore grandi. Et si l’Europe peut l’aider à brûler les étapes, à « rattraper » son retard, alors la colonisation n’est plus une domination : c’est un service rendu. Le colonisateur ne prend pas — il donne. Il n’écrase pas — il élève.</p>
<p>Edward Tylor, père de l’anthropologie culturelle britannique, théorise la notion de « survivances » : les pratiques africaines seraient des vestiges archaïques d’un passé que l’Europe aurait déjà dépassé. L’Africain cesse d’être un contemporain pour devenir un fossile vivant, un témoin de ce qu’était l’humanité avant qu’elle ne progresse. On mesure ce que cette idée contient de violence symbolique : nier à un peuple le droit d’exister dans le présent, c’est lui nier une part de son humanité.</p>
<p>II. La légitimation politique de la colonisation<br />
Le discours de la « mission civilisatrice »</p>
<p>Les politiciens européens n’ont pas simplement toléré cet impérialisme scientifique (ils l’ont activement commandité, financé et instrumentalisé). Car ce discours leur offrait quelque chose d’inestimable : une justification morale à ce qui n’était, dans les faits, qu’une conquête par la force.</p>
<p>Jules Ferry, président du Conseil français, l’exprime avec une franchise qui dispense de tout commentaire, devant la Chambre des députés en 1885 : «Les races supérieures ont des droits vis-à-vis des races inférieures… parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.»</p>
<p>Ce n’est pas un discours de tribune isolé. C’est la doctrine officielle de la République française, prononcée par l’un de ses chefs les plus influents. Et Ferry ne l’invente pas : il cite, résume, popularise ce que des anthropologues ont cru « prouver » dans leurs laboratoires et au fil de leurs expéditions. La science offre au politique une caution qu’il ne saurait fabriquer seul.</p>
<p>En Grande-Bretagne, Rudyard Kipling met en vers le même imaginaire avec «The White Man’s Burden » (1899) — le fardeau de l’homme blanc, cette obligation altruiste de « sauver » des peuples présentés comme incapables de se gouverner eux-mêmes. Le poème est diffusé à des millions d’exemplaires. Il entre dans les manuels scolaires. Il façonne une génération entière.</p>
<p>La Conférence de Berlin (1884-1885) : la science au service du partage</p>
<p>La Conférence de Berlin, où quatorze nations européennes se partagent le continent africain sans consulter un seul Africain, est l’aboutissement institutionnel de tout cet édifice. Les arguments avancés pour légitimer ce partage sont précisément ceux que l’anthropologie a mis en circulation : Les sociétés africaines n’ont pas d’État au sens européen du terme — elles sont donc « sans maître », donc appropriables. Elles n’ont pas d’écriture — elles sont sans histoire, sans droit. Elles pratiquent des rituels jugés « barbares » — elles ont besoin d’être sauvées de leur propre obscurité.</p>
<p>Le droit international colonial lui-même se construit sur ces catégories. La notion de « terra nullius » : « terre de personne » n’est possible que si l’on a au préalable vidé les populations qui y vivent d’une part de leur humanité. Ce n’est pas de la mauvaise foi juridique : c’est de la cohérence. Une cohérence fondée sur une prémisse fausse, mais une cohérence tout de même.</p>
<p>La zoologie humaine : l’exposition des corps africains</p>
<p>L’une des manifestations les plus sidérantes de cet impérialisme scientifique reste le phénomène des zoos humains, qui se déploie de 1870 jusqu’aux années 1930 à travers toute l’Europe.</p>
<p>Des êtres humains — des Africains, des Amérindiens, des Inuits — sont littéralement exhibés dans des enclos, devant des foules payantes, présentés comme des spécimens de la « race primitive ». Le Jardin zoologique de Paris en organise plusieurs. Ce ne sont pas des événements clandestins : ils attirent des millions de visiteurs et sont cautionnés par les plus grands savants de l’époque.</p>
<p>L’histoire de Saartjie Baartman résume à elle seule l’horreur de ce dispositif. Cette femme Khoïkhoï, surnommée la « Vénus Hottentote », est exhibée à Paris et à Londres dès 1810, son corps, ses formes, son anatomie livrés au regard médical et au voyeurisme populaire. À sa mort, son corps est autopsié, son squelette et ses organes génitaux exposés au Musée de l’Homme, à Paris. Ils y resteront jusqu’en 1974. L’Afrique du Sud ne récupère ses restes qu’en 2002, cent quatre-vingt-douze ans après son départ forcé. Ce cas n’est pas une exception : il est la logique du système portée à son point extrême.</p>
<p>III. Les résistances intellectuelles africaines et la déconstruction postcoloniale</p>
<p>La riposte : de la négritude au panafricanisme</p>
<p>Face à cet appareil idéologique colossal, des intellectuels africains et afro-descendants construisent patiemment une contre-offensive théorique d’une puissance remarquable.</p>
<p>Aimé Césaire, dans son « Discours sur le colonialisme » (1950), retourne l’accusation avec une force qui n’a pas pris une ride : ce n’est pas l’Afrique qui est barbare, c’est la colonisation. C’est l’Europe qui se « décivilise » en pratiquant le racisme systématique, qui empoisonne ses propres valeurs en niant, chez l’autre, ce qu’elle prétend défendre chez elle.</p>
<p>Frantz Fanon, psychiatre martiniquais, va plus loin encore. Dans « Peau noire, masques blancs » (1952) et « Les Damnés de la Terre » (1961), il analyse avec une précision clinique la psychopathologie du colonialisme ; comment il fracture l’identité du colonisé, lui faisant intérioriser sa propre infériorité jusqu’à ce qu’il la vive comme une vérité naturelle. Fanon ne parle pas de politique abstraite : il parle de souffrance concrète, de chairs abîmées, d’identités brisées.</p>
<p>Senghor, dans la même visée, dénonçait régulièrement et à chaque provocation des prêcheurs de la colonisation civilisatrice (que je traduis en ce néologisme, la civilisation civilisatroce) cette excroissance civilisationnelle qui n’a fait qu’entraver l’élan du progrès africain.</p>
<p>Cheikh Anta Diop, de son côté, choisit le terrain scientifique. Dans « Nations nègres et Culture »(1954), il démonte méthodiquement, sources à l’appui, le mythe de l’Afrique sans histoire, en établissant les racines africaines de la civilisation égyptienne. Il répond aux anthropologues racistes sur leur propre terrain, avec leurs propres outils et il les défait.</p>
<p>Edward Said, enfin, bien que concentré sur l’Orient, offre dans « L’Orientalisme » (1978) le cadre théorique le plus influent pour comprendre le mécanisme central : la façon dont l’Occident fabrique discursivement l’« Autre » — lui assigne un visage, une nature, une histoire — dans le but de mieux le dominer. Ce que Said appelle l’orientalisme, on peut le lire comme une clé maîtresse applicable bien au-delà du seul monde arabe.</p>
<p>Dans Culture et impérialisme, le penseur palestinien montre comment les productions culturelles occidentales ont accompagné, légitimé et diffusé l’expansion impériale en naturalisant la domination coloniale. L’ouvrage invite ainsi à relire les œuvres canoniques à la lumière des rapports de domination qu’elles contribuent à instaurer et à perpétuer.</p>
<p>IV. La persistance contemporaine : l’afropessimisme structurel</p>
<p>Le racisme scientifique ne meurt pas, il se mue et pratique aussi une « taqia « très sophistiquée.</p>
<p>On serait tenté de penser que tout cela appartient à un passé définitivement révolu. Ce serait une erreur. Les structures idéologiques du racisme colonial ont une remarquable capacité à muer, à changer de vocabulaire tout en conservant leurs présupposés fondamentaux.</p>
<p>Dans les années 1990, la publication de « The Bell Curve » (1994) par Herrnstein et Murray ravive le débat sur les supposées différences d’intelligence entre groupes raciaux. L’ouvrage est scientifiquement démoli par des dizaines de chercheurs, mais il se vend à des millions d’exemplaires et irrigue durablement certains débats éducatifs américains. Le paresse, naturelle, du public ne retient, hélas, que la thèse, rarement la réfutation.</p>
<p>En 2007, James Watson, codécouvreur de la structure de l’ADN, Prix Nobel de médecine, personnage considéré parmi les plus grands scientifiques du XXe siècle, déclare publiquement être « fondamentalement pessimiste sur l’avenir de l’Afrique », au motif que les tests d’intelligence montreraient que les Noirs seraient moins intelligents que les Blancs. Ce n’est pas un homme du XIXe siècle égaré dans ses certitudes d’époque. C’est un scientifique honoré par les institutions les plus prestigieuses de la planète, s’exprimant au XXIe siècle. La continuité avec Broca et Morton est directe, même si le langage a changé. Cette thèse absurde a et nourrit toujours les idéologies populistes.</p>
<p>Le « syndrome Hegel » et la négation de l’historicité africaine</p>
<p>Hegel avait écrit dans ses « Leçons sur la philosophie de l’histoire » que l’Afrique était « hors de l’histoire », qu’elle n’avait rien apporté au développement de l’humanité. Cette idée que l’Afrique serait un continent sans histoire propre, sans dynamique interne, toujours récepteur, jamais acteur continue de structurer en profondeur l’imaginaire occidental, souvent à l’insu de ceux qui le véhiculent. Il incarnait malgré le foisonnement de ses écrits philosophiques une certaine ignorance sacrée. Une visite à Tombouctou lui aurait permis de s’enfoncer dans le ridicule !</p>
<p>Cette doctrine biaisée se manifeste dans la couverture médiatique du continent, quasi exclusivement centrée sur les guerres, les famines, les épidémies, jamais sur les dynamiques politiques, économiques ou culturelles qui façonnent le quotidien de milliards d’êtres humains. L’Africain n’est sujet que de sa propre catastrophe. Le même schéma est repris outrageusement par les médias Bolloré, l’élection de quelques maires d’origine africaine a décomplexé les instincts les plus bas.</p>
<p>Elle se manifeste, enfin, dans ce qui reste peut-être la scène la plus stupéfiante de ce début de siècle en la matière : le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, prononcé en juillet 2007 devant des étudiants africains. « Le drame de l’Afrique, dit-il, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » Le discours, rédigé par l’essayiste Henri Guaino, est un concentré de tous les préjugés hégéliens. Il est prononcé par le chef d’État de la cinquième puissance mondiale. Des étudiants africains l’écoutent en silence.</p>
<p>Le paternalisme humanitaire comme continuation du projet civilisationnel</p>
<p>L’une des formes les plus insidieuses de cette persistance est ce qu’on peut appeler le paternalisme humanitaire. La structure narrative y est identique à celle de la « mission civilisatrice » : l’Africain est victime, impuissant, infantile, et l’Occidental est celui qui agit, qui sait, qui sauve.</p>
<p>Les campagnes de collecte de fonds de nombreuses ONG reproduisent systématiquement des images d’enfants africains en détresse, construites pour émouvoir un public occidental. L’Africain n’a pas de visage d’agent — il a un visage de patient. Il n’existe que dans la mesure où un regard extérieur consent à le secourir.</p>
<p>Chimamanda Ngozi Adichie a mis des mots simples et justes sur ce mécanisme : « quand on ne raconte d’un peuple que l’histoire de sa misère, on lui vole sa complexité, et avec elle, une part de son humanité. »</p>
<p>L’afropessimisme : entre analyse et piège théorique</p>
<p>Il faut également mentionner un débat plus récent, et plus interne à la pensée critique, autour de ce qu’on appelle l’afropessimisme, courant développé notamment par le théoricien Frank Wilderson. L’afropessimisme analyse la position structurellement infra-humaine du Noir dans l’ordre mondial capitaliste : non pas comme un accident ou une injustice réparable, mais comme une condition ontologique fondamentale.</p>
<p>C’est un cadre théorique puissant, qui dit des choses vraies sur la persistance et la profondeur des structures raciales. Mais il comporte un risque réel : dans ses usages les plus mécaniques, il peut reproduire l’immobilisme même qu’il prétend dénoncer. Si la condition noire est structurellement et irrémédiablement celle de la « mort sociale », il reste peu de place pour la résistance et la transformation. On peut se demander si une pensée qui se veut libératrice peut se permettre de fermer toutes les portes.</p>
<p>Conclusion : déconstruire pour refonder</p>
<p>Ce panorama très succinct, par la modestie de mes savoirs dans ce domaine, montre, néanmoins, que l’anthropologie coloniale n’a pas été une aberration historique rapidement corrigée par des esprits plus éclairés. Elle a été la matrice épistémique à partir de laquelle des pans entiers de la culture, du droit, de la politique et de la psychologie occidentales se sont construits. Ses catégories ont infiltré des institutions, des curricula, des imaginaires collectifs jusqu’à devenir, pour beaucoup , une évidence scientifique.</p>
<p>La persistance de ces structures n’est pas le simple produit d’une malveillance individuelle. Elle est le fruit d’un inconscient collectif façonné sur plusieurs siècles, et c’est précisément pourquoi elle résiste aux bonnes intentions. On ne déconstruit pas un inconscient collectif à coups de discours de bonne volonté.</p>
<p>C’est pourquoi le travail de déconstruction doit être radical. Il passe par la restitution concrète : des œuvres d’art volées, des archives confisquées, des corps encore détenus dans des réserves muséales. Il passe par la réécriture des curricula, dans les universités comme dans les écoles. Il passe par la légitimation des épistémologies africaines comme savoirs à part entière non comme objets d’étude exotiques, mais comme façons de connaître le monde qui méritent d’être enseignées, débattues, confrontées aux autres traditions intellectuelles de l’humanité. Il passe, enfin, par la reconnaissance politique que la richesse de l’Occident contemporain est largement bâtie sur l’extraction coloniale et que cette dette, jamais nommée, jamais soldée, continue de peser sur le présent.</p>
<p>Comme le dit Achille Mbembe, philosophe camerounais et l’une des voix les plus importantes de la pensée postcoloniale contemporaine : la décolonisation n’est pas un événement passé. C’est un processus inachevé — un chantier qui engage autant ceux qui ont été colonisés que ceux dont les ancêtres ont colonisé.</p>
<p>Il est temps que les anciens « maitres » s’affranchissent définitivement de cette posture arrogante et suffisante.<br />
Un chantier qui, à l’évidence, ne fait que commencer.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Lettre de Mustapha Mrizk* à Simone Weil** : Vers une « Quatrième Voie » en politique</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/206665</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Mar 2026 17:02:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Mohamed KHOUKHCHANI À une époque où la confiance dans les partis politiques s&#8217;érode et où le fossé entre le citoyen et les institutions se creuse, la lettre ouverte du penseur et acteur civique marocain Mustapha Mrizk à la philosophe française disparue Simone Weil vient poser une question fondamentale : la politique peut-elle se passer &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par: Mohamed KHOUKHCHANI</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-204693" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/02/khkh--390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>À une époque où la confiance dans les partis politiques s&rsquo;érode et où le fossé entre le citoyen et les institutions se creuse, la<a href="https://anfaspress.com/news/voir/166538-2026-02-23-11-09-34?fbclid=IwY2xjawQb1sBleHRuA2FlbQIxMQBicmlkETFCSXhENlpaMXlRRVI1OU55c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHnIA-Jlv2cyzgXxFy0UDMFr-NFvJOZRLNoMSPRa_y1E0G0uaNqfSGOJxH1iI_aem_J2QNkN8MUHhrcPEN3zv2tw"> lettre</a> ouverte du penseur et acteur civique marocain Mustapha Mrizk à la philosophe française disparue Simone Weil vient poser une question fondamentale : la politique peut-elle se passer des partis ? Et ceux-ci peuvent-ils se transformer, passant de simples machines à mobiliser à de véritables espaces de réflexion ?</p>
<p>Cette lettre, datée du 23 février 2026, n&rsquo;est pas une simple correspondance ordinaire. Elle constitue un dialogue intellectuel profond qui transcende le temps et l&rsquo;espace, réunissant une philosophe ayant vécu l&rsquo;époque des guerres totalitaires et un penseur marocain confronté aux complexités de l&rsquo;ère contemporaine.</p>
<p>SIMONE WEIL : LA CRITIQUE RADICALE DES PARTIS</p>
<p>Simone Weil (1909-1943), philosophe et militante sociale française, portait un regard radical sur les partis politiques. Elle y voyait des « machines à fabriquer de la passion collective » qui exercent une pression sur la pensée individuelle et placent leur propre expansion au-dessus de toute considération éthique. À ses yeux, le parti se transforme en « temple séculier » où la loyauté organisationnelle se substitue à la quête libre de la vérité.</p>
<p>Cette position, comme le souligne Mrizk, était compréhensible dans son contexte historique : l&rsquo;époque des guerres et des idéologies totalitaires qui réduisaient les individus à de simples instruments au service de projets autoritaires. Weil défendait la vérité comme valeur suprême, affranchie de toute appartenance.</p>
<p>MRIZK : ENTRE COMPREHENSION ET DIVERGENCE</p>
<p>Mrizk reconnaît la sincérité de la position de Weil, avouant même avoir été proche de l&rsquo;adopter : « Je vous comprenais parfaitement, et j&rsquo;étais sur le point d&rsquo;être d&rsquo;accord avec vous&#8230; Mais au moment décisif, je ne le peux pas. Non pas que votre analyse soit faible, mais parce qu&rsquo;elle est trop forte, au point de toucher à l&rsquo;idéal et de dépasser le réel. »</p>
<p>Cette phrase contient la clé de la différence entre les deux visions : Weil pense la vérité comme valeur absolue, tandis que Mrizk pense dans le contexte d&rsquo;une société qui ne se gère pas « par le seul idéal moral, mais par des équilibres, des structures et des médiations ».</p>
<p>Dans les sociétés contemporaines, et particulièrement au Maroc, le parti – malgré ses défauts – demeure un cadre nécessaire pour l&rsquo;encadrement, une école de la politique, et un médiateur entre la société et l&rsquo;État. L&rsquo;abolition des partis, comme le suggère Mrizk, ne signifie pas la libération de la politique, mais pourrait entraîner « la mise à nu de la société face à un pouvoir sans médiation, ou face à un chaos sans horizon ».</p>
<p>LA SPECIFICITE DU CONTEXTE MAROCAIN</p>
<p>Ce qui distingue l&rsquo;analyse de Mrizk, c&rsquo;est sa conscience aiguë de la spécificité marocaine. Il ne parle pas des partis de manière absolue, mais observe leur situation dans le paysage national. Il livre ici un diagnostic précis : « <em>Nous ne sommes pas face à des partis totalitaires qui engloutissent la société, mais plutôt face à des partis qui souffrent parfois d&rsquo;une faiblesse de sens et d&rsquo;un manque d&rsquo;attractivité. Le problème n&rsquo;est pas dans un excès de pouvoir, mais dans la fragilité de la confiance. »</em></p>
<p>Cette observation est cruciale car elle déplace le débat : il ne s&rsquo;agit pas de condamner les partis, mais de comprendre les causes de leur crise. Au Maroc, le problème n&rsquo;est pas la force de l&rsquo;organisation partisane et son emprise sur les individus, mais bien la faiblesse de sa capacité de mobilisation éthique et intellectuelle, et l&rsquo;érosion de la confiance qui pousse le citoyen à voir le parti comme un outil d&rsquo;intérêts plutôt qu&rsquo;un espace de sens.</p>
<p>LA « QUATRIEME VOIE » : U PROJET DE REHABILITATION DU TRAVAIL PARTISAN</p>
<p>À partir de ce diagnostic, Mrizk propose un concept nouveau qu&rsquo;il nomme provisoirement la « Quatrième Voie ». Ce n&rsquo;est ni la voie de l&rsquo;abolition (comme le suggérait Weil), ni celle de la sacralisation partisane traditionnelle. C&rsquo;est « <em>le rêve de partis moins fermés idéologiquement, plus ouverts sur la société, plus humbles face à la vérité, et moins obsédés par la croissance numérique et électorale ».</em></p>
<p>Ce que Mrizk appelle de ses vœux, c&rsquo;est une transformation radicale de la fonction du parti :</p>
<p>● De « machine à mobiliser » à « espace de réflexion »<br />
● D' »appareil de loyauté » à « laboratoire de propositions »<br />
● D&rsquo;organisation tournée vers elle-même à institution en quête de l&rsquo;intérêt général.</p>
<p>Cette ambition nécessite une refonte profonde de la structure, de la culture et des mécanismes de fonctionnement des partis. Il appelle à des partis qui deviendraient des écoles de citoyenneté, de véritables espaces de débat public, au lieu de rester de simples machines électorales qui ne s&rsquo;animent qu&rsquo;en période de scrutin.</p>
<p>LA QUESTION OUVERTE : COMMENT SERVIR LA VERITE PAR L&rsquo;APPARTENANCE ?</p>
<p>La lettre n&rsquo;offre pas de réponses toutes faites ; elle laisse la question ouverte, et c&rsquo;est là sa profondeur philosophique. Mrizk admet ne pas pouvoir être entièrement d&rsquo;accord avec Weil car il ne croit pas « en une politique sans organisation », mais il la rejoint sur un point plus profond : « le parti, lorsqu&rsquo;il se transforme en une fin en soi, perd son âme ».</p>
<p>C&rsquo;est pourquoi il conclut sa lettre par deux questions centrales :</p>
<p>● Comment faire de l&rsquo;appartenance politique un serviteur de la vérité, et non son maître ?<br />
● Comment construire un pluralisme partisan qui enrichisse le Maroc au lieu de l&rsquo;alourdir ?</p>
<p>Ces deux questions constituent un programme de recherche et d&rsquo;action pour quiconque s&rsquo;intéresse à la réforme politique au Maroc et dans le monde arabe.</p>
<p>CONCLUSION : UNE DISTANCE CRITIQUE PRODUCTIVE</p>
<p>Ce qui caractérise cette lettre, c&rsquo;est sa capacité à construire une « distance critique productive » entre deux positions : celle, éthique et radicale, de Weil, et celle, réaliste et réformiste, de Mrizk. Une distance qui, comme il le dit, « n&rsquo;est pas un rejet de vous, mais une tentative de vous dépasser sans vous trahir ».</p>
<p>Cette distance est précisément ce dont nous avons besoin dans le débat politique arabe : une critique qui ne détruit pas, un dialogue qui ne muselle pas, et une réflexion qui tente de conjuguer l&rsquo;idéalisme éthique et le réalisme politique. C&rsquo;est une invitation à penser la « Quatrième Voie » qui concilie la nécessité de l&rsquo;organisation et le danger de la sclérose, l&rsquo;appartenance et la liberté, la loyauté à l&rsquo;institution et la quête de vérité.</p>
<p>La lettre de Mrizk à Simone Weil est un modèle de ce que pourrait être un débat intellectuel de qualité : profond sans être complexe, critique sans être blessant, engagé sans être dogmatique. Elle nous rappelle que la véritable pensée ne connaît pas les frontières du temps et de l&rsquo;espace, et que le dialogue entre les vivants et les disparus peut produire un sens nouveau pour l&rsquo;avenir.</p>
<p>******</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-206666" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik-300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik-1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik-768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/03/mrizik-390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p>* Mustapha Mrizk, penseur et acteur civique marocain, fondateur de la « Quatrième Voie », appelle à la réhabilitation du travail politique et partisan au Maroc en conjuguant l&rsquo;action citoyenne, la réflexion philosophique et la critique constructive.</p>
<p>** Simone Weil (1909-1943), philosophe française, a consacré sa vie à lier la pensée philosophique à l&rsquo;action sociale, et est célèbre pour sa critique radicale des partis et des organisations politiques.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le Management Multisite des Cliniques Privées au Maroc : Entre Rigueur et Adaptation</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/192011</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Aug 2025 13:08:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
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					<description><![CDATA[Par: Dr Redwan Frej, Directeur des polycliniques Addaman La nouvelle réalité des groupes de cliniques Depuis quelques années, le paysage de la santé privée au Maroc connaît une mutation profonde. L’essor des groupes de cliniques multisites a transformé la manière d’organiser les soins, de gérer les ressources et de piloter les performances. Ce modèle, encore &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Dr Redwan Frej, Directeur des polycliniques Addaman</strong></p>
<p><em><strong>La nouvelle réalité des groupes de cliniques</strong></em></p>
<p><strong>Depuis quelques années, le paysage de la santé privée au Maroc connaît une mutation profonde. L’essor des groupes de cliniques multisites a transformé la manière d’organiser les soins, de gérer les ressources et de piloter les performances. Ce modèle, encore en construction, impose une gestion plus complexe que celle d’un établissement unique.</strong></p>
<p><strong>Car diriger plusieurs structures de santé, parfois implantées dans des villes différentes, ne consiste pas seulement à multiplier les méthodes déjà éprouvées. C’est un changement d’échelle qui appelle à repenser la gouvernance, les outils, la communication et la culture d’entreprise.</strong></p>
<p><em><strong>Un défi de cohérence et de proximité</strong></em></p>
<p><strong>La première difficulté réside dans la nécessité de garantir une cohérence de fonctionnement entre toutes les cliniques du groupe. Les patients, les médecins et les partenaires attendent une identité claire, une qualité homogène, une expérience similaire. Or, chaque établissement conserve son histoire, ses équipes, ses contraintes locales.</strong></p>
<p><strong>L’équilibre se joue donc entre standardisation et adaptation : définir des règles communes sans gommer la spécificité de chaque site. Cela suppose un pilotage central fort, mais aussi une autonomie locale permettant d’agir rapidement au quotidien.</strong></p>
<p><strong>Cette tension, inhérente au modèle multisite, exige un management capable de jongler en permanence entre deux échelles : la vision globale et la réalité du terrain.</strong></p>
<p><em><strong>La centralisation : socle de rigueur</strong></em></p>
<p><strong>Pour tenir ce cap, la centralisation de certaines fonctions est incontournable. Elle concerne notamment :</strong></p>
<p><strong>La gestion financière : consolidation des résultats, contrôle des coûts, mutualisation des achats.</strong></p>
<p><strong>Les ressources humaines : harmonisation des grilles salariales, mobilité interne, plans de formation transversaux&#8230;</strong></p>
<p><strong>La qualité et la sécurité des soins : mise en place de procédures unifiées, indicateurs communs, audits croisés&#8230;</strong></p>
<p><strong>Cette centralisation garantit rigueur et comparabilité. Elle évite les dérives financières, réduit les inégalités internes et permet de parler d’une seule voix vis-à-vis des autorités de tutelle, des assureurs ou des partenaires financiers.</strong></p>
<p><em><strong>L’adaptation : clé de l’agilité</strong></em></p>
<p><strong>Mais un groupe de cliniques n’est pas une chaîne de magasins. Le secteur de la santé impose une proximité humaine, une réactivité permanente et une adaptation fine aux réalités locales.</strong></p>
<p><strong>Chaque clinique évolue dans un environnement particulier : bassin de population, niveau socio-économique, offre concurrentielle, attentes des médecins. Le siège doit donc laisser aux équipes locales la capacité d’ajuster les pratiques, de décider rapidement face aux urgences, d’entretenir une relation de confiance avec leur écosystème.</strong></p>
<p><strong>C’est cette agilité de terrain qui permet au modèle multisite de rester vivant, humain et efficace.</strong></p>
<p><em><strong>Un management à plusieurs étages</strong></em></p>
<p><strong>La gouvernance de groupes multisites repose sur une architecture en étages :</strong></p>
<p><strong>Le siège définit les orientations stratégiques, fixe les normes et consolide les résultats.</strong></p>
<p><strong>Les directions locales incarnent le management de proximité, adaptent les directives et assurent le lien quotidien avec les médecins et les équipes.</strong></p>
<p><strong>Les coordinations transversales (qualité, achats, RH, communication&#8230;) assurent l’uniformité et diffusent les bonnes pratiques.</strong></p>
<p><strong>La clé du succès réside dans la qualité des relais. Chaque directeur de clinique devient un manager-entrepreneur, responsable devant le siège mais maître de son périmètre. Le groupe doit donc investir dans leur formation, leur accompagnement et leur fidélisation.</strong></p>
<p><em><strong>L’art de la communication interne</strong></em></p>
<p><strong>Aucun modèle multisite ne fonctionne sans une communication interne fluide. Les risques sont connus : perte d’information, sentiment d’isolement, rivalités entre établissements.</strong></p>
<p><strong>Il faut donc instaurer des canaux réguliers de circulation de l’information : réunions de coordination, plateformes numériques partagées, reporting standardisé, visites fréquentes du siège.</strong></p>
<p><strong>Mais au-delà des outils, c’est une culture commune qui doit être cultivée : fierté d’appartenance, valeurs partagées, sentiment de contribuer à un projet collectif. Sans cela, chaque clinique risque de se replier sur elle-même et de fonctionner comme une entité isolée.</strong></p>
<p><em><strong>La question de la culture d’entreprise</strong></em></p>
<p><strong>Le management multisite impose de construire une culture d’entreprise plus forte que dans une structure isolée. Cette culture doit reposer sur trois piliers :</strong></p>
<p><strong>1. La qualité des soins comme valeur cardinale et indiscutable.</strong></p>
<p><strong>2. L’esprit d’équipe au-delà des murs d’une seule clinique.</strong></p>
<p><strong>3. La transparence dans la gestion et dans la communication.</strong></p>
<p><strong>Construire une telle culture prend du temps. Elle se forge à travers les formations, les séminaires, les moments collectifs, mais surtout à travers l’exemplarité du management.</strong></p>
<p><em><strong>Un pilotage par les chiffres</strong></em></p>
<p><strong>Dans un groupe multisite, les décisions ne peuvent reposer uniquement sur l’intuition ou l’expérience. Le pilotage doit s’appuyer sur des données consolidées :taux d’occupation des lits,activité par service,coûts par patient,ratios financiers,</strong><br />
<strong>indicateurs de qualité et de satisfaction&#8230;</strong></p>
<p><strong>Le tableau de bord multisite devient l’instrument central de gouvernance. Il permet d’identifier rapidement les cliniques performantes, celles en difficulté, et de prendre des décisions ciblées.</strong></p>
<p><strong>La transparence de ces chiffres, partagés avec les directeurs et les équipes, renforce aussi l’objectivité du management et évite les ressentis subjectifs.</strong></p>
<p><em><strong>Les ressources humaines au cœur du modèle</strong></em></p>
<p><strong>Le management des ressources humaines est probablement le défi le plus délicat. Dans un groupe multisite, les équipes sont nombreuses, dispersées, hétérogènes.</strong></p>
<p><strong>Il faut à la fois :</strong></p>
<p><strong>harmoniser les pratiques,</strong></p>
<p><strong>garantir l’équité entre les sites,</strong></p>
<p><strong>gérer la mobilité et les carrières,</strong></p>
<p><strong>fidéliser les talents dans un secteur marqué par une forte concurrence.</strong></p>
<p><strong>Les professionnels de santé sont très attachés à la reconnaissance et à l’ambiance de travail. Un groupe doit donc déployer des politiques RH actives : programmes de formation, passerelles de mobilité, reconnaissance des performances, soutien dans un métier éprouvant.</strong></p>
<p><em><strong>L’équilibre financier : un enjeu vital</strong></em></p>
<p><strong>La gestion multisite ouvre la voie à des économies d’échelle (achats groupés, mutualisation de certains services&#8230;), mais elle entraîne aussi de lourds investissements : systèmes d’information, logistique, structures centrales.</strong></p>
<p><strong>Le modèle n’est viable que si le groupe parvient à maintenir une discipline budgétaire sans sacrifier la qualité des soins. Cela suppose une vigilance constante, des arbitrages parfois difficiles et une capacité à innover pour générer de nouvelles sources de revenus (partenariats, prestations annexes, diversification&#8230;).</strong></p>
<p><em><strong>Entre rigueur et humanité</strong></em></p>
<p><strong>La grande leçon du management multisite est sans doute celle-ci : il faut tenir ensemble deux exigences qui paraissent contradictoires.</strong></p>
<p><strong>La rigueur de la gestion, de la standardisation, des chiffres.</strong></p>
<p><strong>L’humanité de la relation, de la proximité, de l’adaptation locale.</strong></p>
<p><strong>Un groupe de cliniques ne peut pas être une machine impersonnelle. Mais il ne peut pas non plus fonctionner sans règles communes. C’est dans cet équilibre, fragile et exigeant, que se joue sa réussite.</strong></p>
<p><em><strong>Les enseignements internationaux</strong></em></p>
<p><strong>Observer les modèles étrangers fournit des repères :</strong></p>
<p><strong>HCA Healthcare (USA) : standardisation et centralisation des achats pour homogénéité et économies d’échelle.</strong></p>
<p><strong>Helios Kliniken (Allemagne) : spécialisation de certains sites et filières de soins intégrées pour optimiser l’expertise.</strong></p>
<p><strong>Ramsay Santé (France) : gestion centralisée des RH pour assurer mobilité des praticiens et continuité des soins.</strong></p>
<p><em><strong>Vers quel avenir ?</strong></em></p>
<p><strong>Le modèle multisite n’en est qu’à ses débuts au Maroc. Il suscite encore interrogations et résistances. Certains craignent une logique trop industrielle de la santé. D’autres y voient la seule manière d’élever les standards, de moderniser les pratiques et de rendre les cliniques plus solides face aux défis économiques.</strong></p>
<p><strong>L’avenir dépendra de la capacité des groupes à préserver leur âme tout en gagnant en efficacité. À démontrer que le multisite n’est pas synonyme de déshumanisation, mais au contraire un levier pour garantir l’accès à des soins de qualité, organisés et durables.</strong></p>
<p><em><strong>L&rsquo;Équilibre gagnant</strong></em></p>
<p><strong>Le management multisite dans les cliniques privées marocaines n’est pas une simple duplication de modèles étrangers. Il s’adapte aux réalités locales, aux contraintes sociales et aux attentes des patients. Il impose rigueur, méthode et vision, mais aussi humilité et capacité d’écoute.</strong></p>
<p><strong>C’est un chantier encore jeune, plein de promesses et de défis. Il demande une génération de managers capables de conjuguer gestion et humanité, discipline et créativité.</strong></p>
<p><strong>En définitive, gérer un groupe de cliniques au Maroc, ce n’est pas seulement administrer des bâtiments et des budgets. C’est construire un projet collectif au service d’une mission essentielle : soigner mieux, ensemble.</strong></p>
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		<title>Par Driss Ajbali : tandem d’exception</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 May 2025 19:26:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[Le K de le dire]]></category>
		<category><![CDATA[POLITOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[Amale et Amine]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par: Driss Ajbali </strong></p>
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<p>L’opiniâtreté me paraît être le trait de caractère, du moins le plus adéquat, pour définir Amale et Amine. Époux dans la vie, ces deux-là constituent un tandem singulier. Dans une forme de division de travail, ils se complètent si harmonieusement que cela les rend redoutablement efficaces. Acteurs médiatiques, ils ont tous les deux pas mal bourlingué dans le journalisme avant de jeter leur dévolu sur le sujet de l’émigration marocaine devenue, pour le coup, leur domaine de prédilection. Avec une expertise avérée, ils ont acquis, au fil du temps, une connaissance inspirante et enviable. De l’émigration, ils savent tout : Les méandres, les soubresauts, le ban et l’arrière-ban.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-184662" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/05/MRE-.jpg" alt="" width="591" height="1280" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/05/MRE-.jpg 591w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/05/MRE--139x300.jpg 139w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2025/05/MRE--473x1024.jpg 473w" sizes="auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px" /></p>
<p>Avec les Trophées Marocains du monde, qui s’est tenu le 9 et le 10 mai pour sa septième édition, Amale et Amine ont installé, avec ténacité et obstination, un rendez-vous. Avec la création de la Fondation TMM, ce duo a érigé un bel écrin où, une fois par an, le temps d’un week-end, ils font scintiller les étoiles dans les yeux de femmes et d’hommes, pourtant rompus et familiarisés avec les hommages et les honneurs dans leurs pays de résidence respectifs. Il faut, cependant, admettre que la lumière des projecteurs marocains a quelque chose d’exceptionnellement poignant, de troublant. Un feu d’artifice d’émotion.</p>
<p>Désormais incontournable, l’évènement de Marrakech de la Fondation TMM, a quelque chose de féerique. Les organisateurs s’ingénient à dérober au temps un instant pour en faire une pause de célébration. Mais pour les connaître depuis des années, le plus admirable, reste le tour de force que ce couple, avec deux enfants, a réussi pour mener à bien cette aventure, surtout au début. Ils l’ont fait avec des bouts de ficelles au moment où des institutions, bien dotées et dédiées à la question migratoire, ronronnent dans leur coin quand elles ne végètent pas.</p>
<p>Qu’on ne s’y trompe pas. La cérémonie des trophées est hébergée dans un grand palace de Marrakech. L’accueil est digne des standards internationaux. L’organisation, le gala, le dîner… le tout est soigné avec un souci de détail qui frise la maniaquerie et qui ferait empourprer le gestionnaire des plus madrés. Pour ce qui est des nominés, il n’est pas plus question de bricoler, de minauder ou de passer les plats à des copains. L’exigence et la rigueur tutoient, ici, l’excellence. Quel que soit le domaine, culturel, sportif, scientifique ou celui du monde de l’entreprise, les sélectionnés sont choisis de manière drastique. Avant d’avoir une chance d’être lauréats, les distingués sont triés sur le volet. Il est plus souvent question de performance que de compétence. Il faut dire que ce dernier terme fut tellement galvaudé qu’il en a perdu son lustre.</p>
<p>Durant la cérémonie, Amale et Amine ne bougent plus. Diablement modestes, ils se réfugient dans le répit. Un temps du repos semblable à celui du chausseur de baleines qui contemple la pêche de la saison. Le chercheur d’or qui scrute la taille de ses nouvelles pépites. Du chasseur de têtes qui, sans répit et avec abnégation, a œuvré toute l’année pour la seule entreprise qui vaille, le pays.</p>
<p>Et comme un sportif en quête d’un nouveau souffle, la fondation TMM s’est imposée, dans l’édition 2025, un nouveau challenge. La cérémonie des trophées est désormais précédée par un forum économique des Marocains du monde. Il faut dire qu’avec une présidente d’honneur du calibre de madame Ilham Kadri, il ne pouvait pas en être autrement. Le premier forum, dédié à l’investissement des MDM au Maroc, a clôturé un cycle de rencontres tenues, tout le long de l’année, en France, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne. Le vendredi 9 mai, cette première session a aggloméré tout ce que le Maroc compte comme acteurs opérationnels dans le domaine de l’investissement à commencer par le ministre responsable du portefeuille, le DG de l’Office de change, le DG de l’AMDIE, le DG de Tamwilcom, , le président de MeM by CGEM et tant d’autres figures.</p>
<p>Pour audacieux qu’il est, ce choix s’inscrit, non pas dans l’air du temps, mais dans les exigences de l’avenir. Dans la foulée du discours de Sa Majesté du 6 novembre 2024, le dossier des Marocains du monde et sa gestion appellent, et je dirais même exigent, un profond aggiornamento. Trêve de paresse. Il ne s’agit plus simplement de conforter et de raffermir « l’attachement au pays » et le bon « accueil avec Marhaba ». Ces deux axes, pour nécessaires qu’ils sont désormais discutables pour ne pas dire anachroniques. Et s’ils ont constitué le paradigme sur lequel a reposé, depuis 1990, l’action publique de l’État marocain avec ses ressortissants à l’étranger, le Maroc est désormais sommé de trouver les ressorts d’un nouveau paradigme, plus adapté aux bouleversements sociologiques et générationnels que connaissent les Marocains du monde.</p>
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