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	<title>Ahmed Faouzi &#8211; Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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	<title>Ahmed Faouzi &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Diplomatie: La realpolitik expliquée à ma fille</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/35583</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Dec 2020 10:29:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
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		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
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					<description><![CDATA[Depuis la constitution de la société humaine, l’Homme a toujours cherché à défendre par tous les moyens son territoire et à renforcer sa puissance en s’alliant avec d’autres pour garantir sa sécurité. Cette volonté de nouer des alliances, n’avait pas toujours qu’un aspect guerrier mais visait aussi à renforcer d’une part les chances de la &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis la constitution de la société humaine, l’Homme a toujours cherché à défendre par tous les moyens son territoire et à renforcer sa puissance en s’alliant avec d’autres pour garantir sa sécurité. Cette volonté de nouer des alliances, n’avait pas toujours qu’un aspect guerrier mais visait aussi à renforcer d’une part les chances de la paix, et de l’autre, défendre des intérêts matériels en exportant ses surplus, et en important ses besoins. L’intérêt et la survie du groupe primaient sur le reste pour conclure des alliances avec l’extérieur.</p>
<p>Durant l’histoire humaine, c’est le réalisme qui a donc le plus souvent prévalu entre les sociétés et les États, et non les principes idéologiques ou moraux. Cinq siècles avant Jésus, l’historien et stratège <strong><em>Thucydide</em></strong> tentait de rationaliser ce phénomène en se penchant sur la guerre de Péloponnèse et le conflit entre Athènes et Sparte. Il critiqua d’abord son maître Hérodote, qu’on surnomme le père de l’histoire, lui reprochant de chercher, dans ses analyses, le plaisir du lecteur et l’amour du merveilleux, au lieu de se concentrer sur les enseignements politiques qui découlent de l’histoire. De sa réflexion se dégagea sa philosophie sur l’histoire, à savoir que les événements politiques sont les conséquences des lois générales qui gouvernent les hommes, et que l’intérêt est le mobile de l’action. Pour lui, le politique, ou le dirigeant, doit se garder d’être entraîné par ses passions.</p>
<p>Quinze siècles après, <strong><em>Nicolas Machiavel</em></strong> vient réaffirmer autrement mais à sa manière ce principe. Dans la gestion de l’État, la primauté revient toujours au réalisme et au gain politique, conseilla-t-il au prince. L’action politique doit, par conséquent, être indépendante de la morale et de la religion. Selon lui, le vrai homme politique est celui qui sait voir venir les changements et qui les négocie au mieux, au bénéfice de la nation et indépendamment des préjugés moraux.</p>
<p>Pour appliquer ces principes pragmatiques à la politique, <strong><em>Otto Van Bismarck</em></strong>, au 19<sup>e</sup> siècle, donna force à cette approche, en établissant un équilibre entre les grandes puissances européennes grâce à un système d’alliances. A l’intérieur même de la Prusse, il essaya, vaille que vaille, de trouver des terrains d’entente entre conservateurs et socialistes. Pour lui, le seul élément fédérateur pour maintenir la puissance d’une nation, est l’égoïsme d’Etat, et non le romantisme idéologique. Il aimait répéter qu’il n’est pas digne pour un grand État de se quereller pour des choses qui n’entrent pas dans ses propres intérêts.</p>
<p>Cette école a également produit un autre stratège au 20<sup>e</sup> siècle en la personne de <strong><em>Henry Kissinger</em></strong>. Pour ce diplomate américain aguerri, la diplomatie doit être pragmatique, et axée seulement sur les résultats. Durant toute une vie au service de son pays, il n’a fait que nouer des alliances tout en dénouant des crises avec les autres puissances. Cette approche a permis la signature en 1973 des accords de Paris et la fin de la guerre du Vietnam, l’initiation d’une politique de détente avec l’URSS, puis le rapprochement avec la Chine pour contenir Moscou.</p>
<p>En rappelant à notre souvenir <strong><em>Thucydide, Machiavel, Bismarck, ou Kissinger, </em></strong>notre objectif est de souligner que la réalpolitique moderne est l’approche privilégiée dans les relations entre les Etats. Elle favorise certes les intérêts nationaux mais elle tend, en même mouvement, à trouver des compromis aux situations et conflits inextricables. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la realpolitik favorise également le multilatéralisme car elle est plus un jeu de puissances et d’alliances, et moins un jeu basé sur des accointances idéologiques. Son objectif est de nouer des alliances pour ne pas être obligé de recourir à la confrontation directe et, ce faisant, neutraliser le ou les éventuels adversaires.</p>
<p>L’école réaliste se base donc sur une juste et lucide évaluation des rapports de force en présence pour trouver une issue pacifique, ou une sortie à une crise qui risque d’être désastreuse pour tous les acteurs. Ce n’est donc pas du cynisme quand la realpolitik privilégie une approche qui favorise les intérêts politiques et économiques immédiats et durables pour servir la paix. Au contraire, quand les intérêts nationaux sont bien défendus, la paix et l’équilibre géostratégiques en sortent renforcés.</p>
<p>Dans les temps modernes, c’est la realpolitik qui domine le jeu international entre les États, et les exemples ne manquent pas. Le rattachement de la Crimée à la Russie, la reprise récente du Haut Karabakh par l’Azerbaïdjan en sont les récentes démonstrations. Et la liste d’exemples similaires est longue. Chaque gouvernement cherche par nature à défendre ses propres intérêts à travers des accords et des alliances avec d’autres paissances. La base idéologique de cette approche ne sont pas les jugements de valeurs mais plutôt les retombées économiques ou géopolitiques sur la nation. L’autre mot qui décrit la realpolitik, c’est le pragmatisme qui dans le langage courant veut dire la capacité et la propension d’un État à s’adapter à la réalité qui l’entoure et à user des atouts qu’il possède.</p>
<p>En realpolitik la réussite est le seul critère de vérité. Cette forme d’empirisme valorise l’efficacité, la rentabilité, la mise en pratique de ce qui fonctionne réellement, plutôt que de prendre en compte des considérations abstraites ou théoriques. Cette théorie est opérationnelle parce qu’elle agit sur le réel. Autrement dit, la realpolitik n’a de sens que par ses implications et ses retombées concrètes sur le pays et sur les citoyens.</p>
<p>Le réalisme en politique extérieure poursuit seulement et uniquement l’intérêt intrinsèque du pays, contrairement à l’école idéaliste qui préconise la primauté des principes moraux de justice et d’équité pour gouverner le monde. L’idéalisme, qui ne reconnaît ni l’importance de la puissance ni les enjeux géostratégiques, devient une forme de fanatisme idéologique qui, hélas, peut mener à plus de violence et d’instabilité. L’idéalisme en relations internationales a peu de portée sur le réel, pour une raison simple que le système international est par essence anarchique et ne répond qu’aux seuls rapports de force et d’alliances ainsi qu’aux intérêts des acteurs que sont les États.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
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		<title>Algérie: Diplomatie sur le divan</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/35137</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Dec 2020 12:26:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
		<category><![CDATA[diplomatie]]></category>
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					<description><![CDATA[De prime abord, je dois confesser que je ne suis ni psychologue ni porté sur cette discipline. J’en ai quelques notions comme tout un chacun qui voudrait s’initier par curiosité à ce savoir sans pour autant en être féru. Quand on se réfugie dans cette science, c’est généralement pour tenter de comprendre une personne ou &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>De prime abord, je dois confesser que je ne suis ni psychologue ni porté sur cette discipline. J’en ai quelques notions comme tout un chacun qui voudrait s’initier par curiosité à ce savoir sans pour autant en être féru. Quand on se réfugie dans cette science, c’est généralement pour tenter de comprendre une personne ou un phénomène et, ce faisant, essayer d’en disséquer les mécanismes pour en trouver les explications.</p>
<p>Cet avant-propos justifie ce qui va suivre. Pour les Marocains, <strong><em>l’incompréhension</em></strong> est totale quand il s’agit d’appréhender les <strong><em>justifications</em></strong> des positions extrêmes de la diplomatie algérienne à l’égard du Maroc. Des questions légitimes fusent sans pour autant trouver le bon cheminement vers des réponses satisfaisantes. Pourquoi le régime militaire algérien nous haï-t-il à ce point ? Qu’avons-nous fait pour mériter cette hargne légendaire des responsables politiques algériens ? Quelles sont les véritables <strong><em>motivations</em></strong> qui poussent l’Algérie à s’arcbouter sur des positions inapplicables comme, à titre d’exemple, celle relative à l’intégrité territoriale du royaume ? etc&#8230;</p>
<p>Pour trouver une réponse à ces interrogations, on fait souvent appel à des <em>hypothèses</em>, politiques, historiques, et parfois géostratégiques, pour expliquer cette <strong><em>fixation</em></strong> algérienne sur le Royaume, sans jamais trouver une explication rationnelle à ces comportements <strong><em>obsessionnels</em></strong> devenus, avec le temps, anachroniques. Reste donc à tenter, cette fois-ci, une approche <strong><em>psychanalytique</em></strong> pour tenter de comprendre ce <strong><em>comportement maladif</em></strong> à notre égard.</p>
<p>Comme les peuples vivent généralement en paix, et que les crises sont souvent l’exception, le régime algérien a fait de ses relations avec le Maroc un <strong><em>paradoxe </em></strong>d’école. La junte militaire algérienne qui gouverne le pays depuis l’indépendance a alimenté une suite de crises permanentes avec notre pays, faisant des périodes de paix, de rares bons moments de <strong>communion,</strong> et de la <strong><em>confrontation </em></strong>un dogme permanent. Contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas la question du Sahara marocain, récupéré suite à la Marche verte en 1975, qui a déclenché cette <strong><em>animosité</em></strong>. Ce sont bien les choix politiques adoptés, déjà en 1962, par le premier gouvernement algérien, et le déclenchement de la Guerre des sables en 1963 qui s’en est suivie, qui ont été les <strong><em>vecteurs</em></strong> de ce malentendu. La question du Sahara est venue, par la suite, se greffer à ces malentendus, mettant au grand jour les <strong><em>dysfonctionnements</em></strong> de la diplomatie algérienne.</p>
<p>La question qu’on est en droit de poser est comment un État, en l’occurrence l’Algérie dans ce cas de figure, réagit-il irrationnellement en politique extérieure? Comment les responsables de ce pays peuvent-ils poursuivre une telle politique tout en sachant qu’elle est sans issue, et parfois même <strong><em>contreproductive</em></strong> pour ses propres intérêts ? Une des approches pour comprendre ce comportement paradoxal est d’examiner les <strong><em>traumatismes historiques</em></strong> et les guerres livrées aussi bien contre le colonialisme que contre ses propres citoyens.</p>
<p>Le peuple algérien a mené une guerre héroïque pour se libérer du joug colonial avec l’aide incontestable du Maroc. La région d&rsquo;Oujda a été l’arrière base des combattants algériens pour mener aussi bien le combat politique que militaire contre la colonisation. Cent trente ans de colonisation française, qui font suite à l’emprise ottomane, ça laisse des <strong><em>séquelles</em></strong> et des <strong><em>amertumes.</em></strong> Ces aléas de l’histoire créent de <strong><em>l’angoisse et des troubles</em></strong>. Face à chaque adversité, le régime algérien affiche d’abord la <strong><em>méfiance</em></strong> et n’adopte que rarement une attitude de <strong><em>modération.</em></strong> Il ne cherche que rarement la solution, mais tend plutôt vers <strong><em>l’aggravation </em></strong>du problème. C’est ainsi qu’il <strong><em>s’identifie</em></strong> et trouve son aise.</p>
<p>Afin de s’affirmer sur le plan international contre l’ancien colon, les premiers responsables politiques algériens, issus du FLN, ont tourné le dos, dès l’indépendance, aux politiques de développement adoptées par leurs voisins et se sont inscrits dans un socialisme tout azimut importé d’ailleurs. Avec le temps, ce choix s’avérera inadapté et surtout lourd de conséquences. Des troubles sociaux éclatent en 1988 qui poussent l’État à organiser les premières élections libres dans l’histoire du pays.</p>
<p>La montée de l’islamisme qui s’en est suivie, le succès du Front Islamique du Salut (FIS) aux élections en 1991, puis son éviction <strong><em>brutale</em></strong> de la vie politique, ajoutée à l’effondrement de l’idéologie socialiste dans le monde, ont fait vaciller les fondements sur lesquels les militaires algériens ont bâti la charpente de leur politique. Si les pays de l’Europe de l’Est ont révisé durant les années 90 leurs idéologies socialistes pour se convertir au libéralisme, en changeant même leur classe politique, les responsables algériens, quant à eux, n’ont ni remis en cause leur dogme ni quitté non plus le pouvoir. Ils ont <strong><em>persisté</em></strong> dans leurs choix, en restant <strong><em>figés </em></strong>sur une idéologie qui n’a plus <strong><em>d’emprise sur le réel</em></strong>. En un mot, Ils n’ont pas pu s’adapter au monde nouveau <strong><em>en gestation.</em></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette attitude paradoxale, pour ne pas dire <strong><em>pathologique</em></strong>, a eu des graves conséquences sur le plan intérieur du pays comme sur le plan extérieur. Cela a créé des sentiments de <strong><em>mauvaise conscience</em></strong> et de <strong><em>frustration</em></strong> chez les dirigeants algériens. Frustration à l’égard de leur peuple qu’ils jugent réfractaire à leur politique. Frustration à l’égard de l’ancien colonisateur, qui cherche à nuire aux intérêts de la nation. Frustration à l’égard d’un voisin, dont chaque réussite est ressentie comme un échec de soi. Ainsi va l’Algérie. Chaque succès, tout relatif par ailleurs, d’un supposé adversaire, devient le miroir dans lequel se reflètent ses propres <strong><em>défaillances.</em></strong></p>
<p>Et pourtant l’Algérie ne manque pas d’atouts qui pourraient être mobilisés pour le bien-être de sa population. Mais le régime militaire continue à cumuler les ratés. Le pays dispose des paysages d’une rare beauté, mais mal valorisés et n’attirent pas les touristes. Des terres agricoles fertiles, mais une agriculture volontairement massacrée. On opte pour l’industrie industrialisante, mais on s’aperçoit quelques années après que ce modèle est obsolète. On adore la marque Renault mais celle-ci investit massivement chez le voisin. La liste n’est pas exhaustive. Le fait est que, toute réussite des autres reflète, inéluctablement, ses propres <strong><em>échecs</em></strong>.</p>
<p>Face à cette réalité, s’installe alors une attitude <strong><em>d’attraction / répulsion</em></strong> chez les responsables algériens. L’attraction est ce processus par lequel on prend conscience des affinités avec le voisin, étape importante vers l’établissement d’une relation harmonieuse avec lui. Un pays normalement constitué est en principe attiré par celui qui lui est proche et qui lui rappelle son identité. Or malgré la main tendue du Maroc, et l’attraction que constitue notre pays chez beaucoup d’Algériens, la diplomatie de ce pays manifeste, <strong><em>consciemment ou non</em></strong>, une attitude de <strong><em>répulsion </em></strong>incontrôlée, difficile à comprendre pour nous autres Marocains.</p>
<p>Cette répulsion qui caractérise l’attitude de l’Algérie officielle à l’égard du Maroc, comme à l’égard de la France par ailleurs, est l’autre face de la médaille. Alger ne rate jamais une occasion pour distiller son animosité contre des pays avec qui elle partage pourtant beaucoup d’atouts. Et à chaque fois, on tente de chercher les motivations, <strong><em>réelles ou supposées</em></strong>, pour comprendre les <strong><em>raisons objectives </em></strong>qui poussent cet État à manifester sa hargne sans raison apparente. Alors on essaie d’ajuster les <strong><em>analyses</em></strong> pour appréhender les réactions de cet adversaire coriace qu’on n’a pas choisi, et qu’on voudrait quand même comprendre pour anticiper ses réactions <strong><em>imprévisibles.</em></strong></p>
<p>Cette politique <strong><em>agressive non contenue</em></strong> à l’égard du Maroc, n’est en fait que la manifestation d’une diplomatie <strong><em>impulsive </em></strong>peu respectueuse des autres. Elle est aussi <strong><em>névrotique</em></strong> car face à une crise, elle est vite dépassée par des <strong><em>émotions incontrôlées</em></strong>. Quand le Maroc est dans son point de mire, Alger n’hésite pas à y mettre également, et sans retenue, d’autres supposés ennemis. Quand ce n’est pas la France, c’est Israël, les États-Unis, et parfois même les Nations-Unies qui sont désignés <strong><em>complices</em></strong> du Maroc. La <strong><em>victimisation permanente</em></strong> est une posture dont le régime algérien n’arrive pas à se débarrasser faute d’une vision politique sereine et l’absence d’un dirigeant providentiel.</p>
<p>Les <strong><em>traumatismes</em></strong> subis durant la colonisation, les effets néfastes du terrorisme durant la décennie noire, les échecs non assumés du socialisme, le sentiment de l’isolement géographique, créent à l’évidence un comportement de <strong><em>schizophrénie</em></strong> chez les responsables algériens. Farouche de sa liberté de choisir sa ligne de conduite internationale, même dans le tort, Alger se donne ainsi <strong><em>l’illusion</em></strong> de rester attachée à son propre arbitre et à une indépendance somme toute virtuelle de sa politique extérieure. Or, étant fermée à toute évolution, et restant fidèle à des principes désormais désuets, l’Algérie voit dans chaque attitude de <strong><em>modération</em></strong> de sa diplomatie un acte qui ne peut générer qu’encore plus de <strong><em>malaise</em></strong> et de <strong><em>mauvaise conscience. </em></strong>C’est certainement à travers ces pistes de réflexion qu’on peut se donner des outils de compréhension de la diplomatie algérienne. Pour la comprendre d’abord et laisser le temps la changer par la suite.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’Algérie: la guerre des routes</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/34373</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Dec 2020 10:51:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
		<category><![CDATA[la guerre des routes]]></category>
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					<description><![CDATA[Jeudi 26 novembre 2020, le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum est à Abuja au Nigeria en visite officielle. Deux objectifs sont assignés à cette visite: une rencontre avec la Commission de la CEDEAO, une première dans les annales de la diplomatie algérienne, et ensuite des entretiens politiques avec les autorités du pays. Avec &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jeudi 26 novembre 2020, le ministre algérien des Affaires étrangères Sabri Boukadoum est à Abuja au Nigeria en visite officielle. Deux objectifs sont assignés à cette visite: une rencontre avec la Commission de la CEDEAO, une première dans les annales de la diplomatie algérienne, et ensuite des entretiens politiques avec les autorités du pays. Avec la Commission, l’Algérie n’a presque aucun rapport politique et encore moins économique, par contre au niveau bilatéral, Alger voudrait relancer trois secteurs clés avec Abuja à savoir la route transsaharienne, le gazoduc et la liaison de fibres optiques.</p>
<p>La réponse à cette démarche algérienne peut être résumée par la position adoptée par le Président nigérian Mohammadu Bukhari lors de la réception accordée au diplomate algérien. Aucun développement entre les deux pays ne peut être sécurisé dans un environnement incertain, a-t-il fait remarquer. Autrement dit, et en termes moins diplomatiques, tant qu’il y a des mouvements terroristes en Algérie, dans les pays du Sahel, et même au Nigeria avec Boko Haram, tout développement économique resterait aléatoire. Cette saillie du président nigérian n’a pas été reprise par l’agence de presse officielle algérienne et résume, à elle seule, la réalité politique de cette sous-région.</p>
<p>Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie, auréolée par la guerre d’indépendance menée contre la France, a été considérée comme le refuge des révolutionnaires africains de tous bords. Avec la dislocation du bloc socialiste des pays de l’Est et la faillite des régimes communistes, Alger a perdu cette aura. Elle cherche présentement à reprendre la main avec les pays africains en prônant une économie libérale et en espérant que son secteur privé puisse, malgré tout, jouer un rôle dans ce rapprochement. Mais cette reconversion ne peut aboutir, car le système politique algérien n’a pas évolué vers plus de réformes et d’ouverture, tandis que le secteur privé, qu’on appelle maintenant à la rescousse, a du mal à s’adapter aux exigences de l’économie moderne car longtemps protégé et habitué aux prébendes de l’état.</p>
<p>Pour remédier à cette situation, et conscient de l’impasse où il a mis le pays, le régime algérien a cherché à s’ouvrir sur le continent africain en développant des infrastructures routières d’envergure à destination de l’Afrique de l’ouest, avec l’espoir de pouvoir un jour concurrencer la présence économique marocaine dans cette région. Pour ce faire, trois projets ont été esquissés: le premier, c’est la mise en œuvre de la route <em>transsaharienne </em>qui va d’Alger à Logos au Nigeria; la seconde, c’est l’établissement d’un tronçon qui le lie <em>à la Mauritanie via Tindouf</em>, et enfin l’adoption d’une action politico-militaire par Polisario interposé, pour bloquer le développement du commerce qui transite par la route atlantique liant le Maroc, via le poste frontière <em>El Guerguarat</em>, à la Mauritanie et à l’Afrique de l’ouest.</p>
<p><strong><u>La route transsaharienne. </u></strong></p>
<p>C’est un projet qui date des années soixante, initié d’abord par la Commission économique des Nations-unies pour l’Afrique, puis adopté par les instances africaines et endossé par la suite par le gouvernement algérien. Cette route lie le Nigéria à l’Algérie en passant par le Niger puis en ralliant trois autres pays voisins que sont le Mali, la Tunisie et le Tchad. Le coût de réalisation de cette infrastructure a été révisé à plusieurs reprises et il est estimé à 5,2 milliards de dollars.</p>
<p>Malgré les retards enregistrés dans la réalisation de cette route, plusieurs tronçons ont déjà été achevés dans les différents pays. Cependant trois, défis restent à surmonter pour rendre cette route opérationnelle et rentable:</p>
<ol>
<li>Les États de la région n’ont pas encore mis sur pied les dispositions légales nécessaires pour gérer les flux commerciaux éventuels et mieux contrôler les produits échangés pour favoriser les transits des marchandises.</li>
<li>La question sécuritaire se pose avec acuité à tous les pays du Sahel et aussi à l’Algérie et au Nigeria. Il faudrait des dispositions sécuritaires adéquates qui puissent assurer l’acheminement des voyageurs et des cargaisons qui vont traverser des milliers de kilomètres à travers des pays hautement menacés par le terrorisme.</li>
<li>Alger s’est rendu compte tardivement que cette route ne peut être réellement opérationnelle qu’en construisant un port conséquent sur la Méditerranée, d’où le projet lancé avec les Chinois pour la construction du port d’Elhamdania à 60 kilomètres d’Alger. Celui-ci sera entièrement financé et construit par les Chinois, et comprendra 23 quais pour six millions de conteneurs et 25 millions de tonnes par an. La livraison est prévue, en principe, en 2023.</li>
</ol>
<p><strong><u>La route vers la Mauritanie. </u></strong></p>
<p>Le développement des échanges commerciaux terrestres entre le Maroc et la Mauritanie, et au-delà avec les pays de la CEDEAO, est une réelle source de préoccupation pour les autorités algériennes. C’est ainsi que tout a été mis en œuvre pour ouvrir une voie routière entre Tindouf en Algérie et la Mauritanie, pour avoir accès à ce marché et atteindre la route côtière atlantique qui lie la Mauritanie à l’Afrique de l’Ouest.</p>
<p>Dès 2006, lors de la 15<sup>e</sup> session de la grande commission mixte de coopération algéro-mauritanienne tenue à Nouakchott, plusieurs accords ont été signés pour renforcer le cadre juridique du commerce entre les deux pays, dont le projet de cette liaison. Il faudrait attendre l’année 2013 pour que les deux pays lancent les études techniques préparatoires à la construction de ce chantier. En 2015, l’Algérie a déjà achevé son tronçon alors que son voisin traîne encore, ce qui pousse Alger à intervenir pour aider à boucler le projet du côté mauritanien, en prenant en charge les études techniques.</p>
<p>Ce n’est qu’en 2018 que l’Algérie inaugure cette liaison en grande pompe, se donnant ainsi l’impression d’avoir réussi à desserrer l’étau sur cette région reculée du pays mais totalement abandonnée aux trafiquants depuis l’indépendance. Si sur la transsaharienne règne l’insécurité et un faible volume commercial, sur celle-ci s’accumule l’insécurité aux trafics en tout genre: armes, dogues, cigarettes, détournements des aides internationales destinées aux camps de Tindouf, terrorisme et migration, sans compter l’hostilité et les caprices de la nature.</p>
<p><strong><u>La route vers Guerguerat. </u></strong></p>
<p>Depuis bien longtemps, Alger utilise le Polisario pour contrer les ambitions du Maroc sur le terrain en perturbant le développement de ses échanges avec ses voisins du sud. C’est ainsi que l’axe routier que le Maroc a développé patiemment vers la Mauritanie, le Sénégal, et le reste de l’Afrique de l’ouest, est l’objet de convoitises algériennes. A chaque occasion, les éléments du Polisario sont poussés comme pions vers la région d’El Guerguarat pour nuire et perturber ce projet ainsi que tout commerce entre le Maroc et la Mauritanie au niveau des frontières communes.</p>
<p>Après avoir alerté à plusieurs reprises le Conseil de sécurité sur ces agissements répétés, celui-ci a lancé plusieurs appels demandant le retrait des milices de cette région, mais sans résultat. Le mois d’octobre dernier, le blocage des frontières commence à prendre des tournures agressives contre les éléments de la Minurso, les forces marocaines, et surtout contre la circulation des produits et des personnes entre le Maroc et la Mauritanie. Ces actes ont été accompagnés par des menaces proférées contre les civils et les camionneurs qui reliaient l’Afrique de l’Ouest à la Mauritanie et au Maroc.</p>
<p>De guerre lasse, le 13 novembre dernier, les Forces armées royales procèdent pacifiquement au délogement des personnes et au nettoyage de cette route permettant ainsi aux transporteurs de rallier leurs destinations. Cette victoire éclair pour sécuriser définitivement cette zone est un tournant historique dans le combat que mène le Maroc contre les prétentions algériennes et son désir d’accéder à l’Atlantique par Polisario interposé.</p>
<p>Sur ces trois voies que l’Algérie cherche à développer et à conquérir et que nous venons d’évoquer: <em>la transsaharienne, celle vers la Mauritanie, ou celle menant au Maroc,</em> l’Algérie fait fausse route car il faut deux préalables à tout commerce. D’abord la sécurité qu’il faut instaurer et garantir entre les États de la région en respectant leur intégrité territoriale et en luttant conjointement contre le terrorisme et les bandes organisées. Ensuite, lutter contre tous les trafics, humains, de stupéfiants et de produits de contrebande, pour développer des échanges commerciaux au bénéfice de tous. Or ces deux préalables ne sont pas encore remplis par Alger, surtout que sa frontière, la plus propice au développement, celle qu’elle partage avec le royaume du Maroc, demeure fermée depuis plus d’un quart de siècle sans raison apparente et contre toute logique. C’est cette route-là que l’Algérie doit emprunter pour trouver le bon chemin qui mène vers la paix et le développement.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
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		<title>LA CHINE: DE LA ROUTE DE LA SOIE AU PARTENARIAT RÉGIONAL ÉCONOMIQUE GLOBAL.</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/32980</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Nov 2020 09:29:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le 15 novembre dernier, quinze pays d’Asie et du Pacifique ont signé un accord de libre échange commercial qui porte l’intitulé du Partenariat Régional Économique Global (PREG) ou « Regional Comprehensive Economic Partnership » (RCEP). Les signataires sont les dix pays de l’ASEAN que sont les Philippines, l&#8217;Indonésie, la Malaisie, le Singapour, la Thaïlande, le Cambodge, le &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 15 novembre dernier, quinze pays d’Asie et du Pacifique ont signé un accord de libre échange commercial qui porte l’intitulé du Partenariat Régional Économique Global (PREG) ou « Regional Comprehensive Economic Partnership » (RCEP). Les signataires sont les dix pays de l’ASEAN que sont les Philippines, l&rsquo;Indonésie, la Malaisie, le Singapour, la Thaïlande, le Cambodge, le Viêtnam, Myanmar, Laos et la Birmanie. Quant au Japon, Corée du Sud, Australie et Nouvelle Zélande, ils ont également apporté leurs signatures à ce pacte qui transformera l’économie régionale pour les années à venir. L’Inde, qui a participé à toutes les réunions depuis le début, a laissé entendre qu’elle intègrera l’accord dès que les conditions de son économie le lui permettraient.</p>
<p>Ce nouveau marché qui sera effectif à partir de 2022, concernera plus de deux milliards de consommateurs, 30% du PIB mondial, et risque de faire basculer définitivement l’économie mondiale vers cette région. Pour créer ce marché, l’ossature a été d’abord les pays de l’ASEAN et les accords de libre-échange qu’ils avaient précédemment signés avec les cinq autres pays membres de ce nouveau partenariat. Le projet a été introduit lors de la 19<sup>e  </sup>conférence de l’Asean en novembre 2011 et les négociations ont débuté lors du 21<sup>e </sup>sommet des chefs d’Etat en novembre 2012. Il a fallu 31 cycles de négociation et 18 conférences sur huit années de négociation pour le faire aboutir.</p>
<p>De prime abord, cet accord vise à faciliter le commerce entre les économies des pays signataires en réduisant les tarifs douaniers, en encourageant les investissements par la création de hubs et des centres de distribution ainsi que des chaînes d’approvisionnements. Il inclut le commerce, les services, les investissements, les industries numériques, et la communication. Pendant ces dernières années, c’est l’Inde qui bloquait le parachèvement de cet accord en raison de l’impact de cette ouverture économique sur certaines de ses industries. Ce n’est qu’avec le retrait de New Delhi des négociations qu’il a été possible de finaliser cet accord qui a laissé cependant la porte ouverte à l’Inde pour y adhérer quand elle le jugera opportun.</p>
<p>En dehors de la Chine, le grand acteur de ce nouveau partenariat sont les dix pays de l’Asean qui ont fait de grands pas dans leur intégration économique. De cinq pays en 1967, ils sont devenus dix actuellement avec une population de 620 millions d’habitants et leurs économies se développent à un rythme soutenu. Le marché unique de cet ensemble est déjà effectif depuis 2015, et 70 % des flux de marchandises ne sont plus soumis aux tarifs douaniers. Malgré leurs différences de culture &#8211; certains pays ont reçu l’influence des colonisateurs britanniques, d’autres néerlandais ou espagnols- et des économies différentes voire concurrentes et peu complémentaires. La volonté politique de ses dirigeants a constitué un atout déterminant dans cette évolution. L’Asean a toujours pu afficher sa solidarité pour résoudre pacifiquement aussi bien les problèmes politiques que les obstacles économiques pour mener à bien son intégration.</p>
<p>Et c’est à l’aune de cette volonté politique d’abord, que les autres pays signataires, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Corée du Sud, se sont joints pour créer ce vaste marché économique. L’autre raison qui a poussé ces derniers à participer aux pourparlers, c’est de pouvoir être parmi les premiers initiateurs de ce projet pour en fixer les règles en fonction de leurs intérêts, au lieu de l’intégrer une fois les règles établies par les autres. En d’autres mots, ils ne voulaient pas laisser à la Chine le loisir de disposer à sa guise de l’ensemble de l’économie de la région. Mais sur le plan stratégique, c’est bien la Chine qui en sort gagnante, car elle pourra désormais mieux se positionner pour faire face aux Américains et étendre ainsi son influence sur cette partie du monde.</p>
<p>Dans leur politique pour contrecarrer la Chine, les Etats-Unis d’Amérique avaient déjà une longueur d’avance quand ils avaient lancé, sous Barack Obama, le partenariat transpacifique (TPP). Mais l’arrivée de Donald Trump a mis fin à cette ambition quand ce dernier l’a dénoncé trois jours après son arrivée au pouvoir, le 23 janvier 2017. La sortie américaine du multilatéralisme au niveau de cet accord transpacifique, comme de l’accord de Paris sur le climat, ou de l’accord nucléaire avec l’Iran, a plus isolé Washington de la communauté internationale que renforcer son leadership, ce qui a permis à Pékin de remplir facilement le vide ainsi créé en Asie. L’accord du partenariat global qu’avait lancé bien tard la Chine pour contrer le partenariat transpacifique (TPP) des Américains en 2012, a donc été conclu en 2020 au détriment des intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés dans la région.</p>
<p>Sur un autre registre , il est intéressant de noter que le nouveau partenariat entre la Chine et l’Asie pacifique n’est que l’extension du projet de la route de la soie, (one belt one road), projet grandiose s’il en est, initié depuis quelques années par Pékin vers les pays européens entre autres. Ce dernier englobe 68 pays qui représentent 4,4 milliards d’habitants et 40% du PIB mondial. Les deux projets sont aussi structurants que complémentaires pour étendre et faciliter l’influence chinoise bien au-delà de ses frontières asiatiques. Ils démontrent par ailleurs, si besoin est, que Pékin suit une logique de puissance pour réconforter sa présence partout dans le monde, et que le multilatéralisme et le libre-échange, abandonnés par Washington, peuvent apporter l’espoir d’une prospérité réellement partagée.</p>
<p>Mais par la signature de ces deux accords, la Chine cherche surtout à se prémunir, en cas de fortes tensions avec les États-Unis, contre la menace que ferait peser la présence de la marine américaine dans les océans indien et pacifique sur ses exportations et ses approvisionnements en matières premières. Déjà en mer de Chine, les disputes sur certaines îles et la délimitation maritime avec les Philippines, le Vietnam, la Malaisie et Brunei ne sont toujours pas résolues.</p>
<p>Depuis l’établissement de l’Asean, la diplomatie chinoise a de tout temps été présente dans les réunions de cette organisation pour déjouer les diverses tentatives, orchestrées de l’intérieur comme de l’extérieur, pour condamner sa politique dans la sous-région. En signant ce partenariat régional, Pékin vient donc de marquer un pas important dans sa stratégie d’être un partenaire clé dans l’économie mondiale et de signifier par-là, aux autres puissances, que les guerres commerciales entre nations ne peuvent apporter une croissance soutenue dont l’humanité a tant besoin. L’arrivée d’une nouvelle équipe à la Maison-Blanche, sous la houlette du démocrate Joe Biden, apporterait peut être une réponse à l’offensive chinoise.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>ALGÉRIE: UNE NOUVELLE CONSTITUTION ET APRÈS ? OU LA DIPLOMATIE QUI SE MILITARISE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/32153</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Nov 2020 08:17:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
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		<category><![CDATA[diplomatie militarisée]]></category>
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					<description><![CDATA[L’Algérie a approuvé le 1er novembre 2020 la nouvelle constitution proposée par le Président Abdelmajid Tebboune avec l’espoir affiché de tourner la page de l’ère Bouteflika et de mettre définitivement fin au Hirak qui a failli balayer le régime politico-militaire instauré dans le pays depuis l’indépendance en 1962. Selon les statistiques officielles du gouvernement algérien, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Algérie a approuvé le 1<sup>er</sup> novembre 2020 la nouvelle constitution proposée par le Président Abdelmajid Tebboune avec l’espoir affiché de tourner la page de l’ère Bouteflika et de mettre définitivement fin au Hirak qui a failli balayer le régime politico-militaire instauré dans le pays depuis l’indépendance en 1962. Selon les statistiques officielles du gouvernement algérien, 66,8% ont voté pour cette nouvelle mouture avec cependant un taux faible de participation de 23,7%, le plus bas jamais enregistré dans l’histoire récente du pays.</p>
<p>L’Algérie a vécu depuis son indépendance dans une instabilité constitutionnelle permanente qui reflète son instabilité politique à laquelle elle n’arrive pas encore à en trouver l’issue. Un an après l’indépendance, en 1963, elle adopte la première loi fondamentale de son histoire, qui ne durera que deux ans, car elle sera suspendue en 1965 avec le coup d’État de Boumediene. Il faudrait attendre la mort de celui-ci en 1976 pour voir le gouvernement algérien proposer au peuple une nouvelle constitution la même année. Mais cette constitution sera, à son tour, révisée à trois reprises en 1979, 1980 et 1988 pour l’adapter à une société en pleine mutation sous l’ère Chadli Benjdid. Celui-ci essaie, le mieux qu’il peut, de doter le pays d’une constitution qui réponde aux aspirations d’une nouvelle génération d’Algériens qui n’a connu ni la colonisation ni la guerre de libération.</p>
<p>Les révoltes populaires et spontanées des jeunes dans les principales villes algériennes en 1988 poussent le Président Chadli à ouvrir les vannes à un multipartisme totale, auquel ni l’Algérie ni l’establishment militaire, ne sont encore prêts, et propose une nouvelle constitution qui sera adoptée en 1989. Le gouvernement algérien de l’époque demande aux imams comme aux partis islamistes, dont le FIS, d’aider à pacifier les esprits des jeunes pour les impliquer davantage dans la vie politique du pays espérant ainsi mieux les impliquer dans la vie politique. Acculée, l’armée dont est issu Chadli lui-même, est loin de partager cette stratégie d’ouverture et le laisse faire, espérant que le pays sortirait à moindre frais de cette crise. Certains gradés qui ne voulaient pas de cette évolution souhaitaient, quant à eux, le voir s’engluer dans cette entreprise à risque. La constitution est finalement adoptée la même année, et des élections législatives sont annoncées pour désamorcer cette grave crise institutionnelle.</p>
<p>Celles-ci sont organisées en 1991 après l’adoption de la nouvelle constitution qui donna naissance à de nouveaux partis politiques, dont le Front Islamique de Salut (FIS) légalisé par les autorités algériennes le 10 mars 1989. En décembre 1991, le 1<sup>er</sup> tour des élections fait du FIS le parti politique gagnant en obtenant 48% des suffrages avec 231 sièges sur 430 au grand dam des militaires. Au lieu de créer un climat de confiance et apaiser les esprits, l’ouverture brutale du champ politique a précipité la confrontation entre les différents partis politiques, et entre ses derniers et l’armée. Il n’y aura jamais de 2ème tour puisque l’armée interrompra le processus électoral et instaura l’état d’urgence. La confrontation militaire fera des milliers de victimes, ce qu’on appellera par la suite la décennie noire. Il faut attendre l’année 1996, sous la présidence de Liamine Zeroual, pour voir une nouvelle constitution proposée au peuple algérien et qui sera, elle aussi et à deux reprises, révisée sous le Président Bouteflika en 2002 et puis en 2016.</p>
<p>La constitution algérienne qui vient d’être avalisée le 1<sup>er</sup> novembre dernier n’est donc que la conséquence et le reflet des turbulences politiques que vit l’Algérie depuis le début de son indépendance. La fin du règne de Bouteflika qui, à 81 ans et affaibli par un AVC depuis 2013, se présenta aux élections présidentielles pour un cinquième mandat, après avoir taillé sur mesure la constitution précédente lui permettant ainsi de briguer plus de deux mandats, laissa un goût amer chez les Algériens. Vu son incapacité à gouverner le pays, un mouvement populaire, le Hirak, prend forme pour sa destitution et l’organisation de la vie politique nationale sur de nouvelles bases cette fois-ci. Ce mouvement, constitué principalement de jeunes, a manifesté dans toutes les grandes villes du pays, chaque vendredi, pour demander le départ de tous ceux, civils comme militaires, responsables d’avoir mené le pays vers ce chaos politico-économique. L’armée algérienne, qui détient le vrai pouvoir, a répondu à certaines de ces exigences, dont la déposition de Bouteflika et l’emprisonnement de certains de ses proches, tout en promettant, encore une fois, une vraie refonte constitutionnelle.</p>
<p>Ce mouvement populaire et pacifique, fut interrompu par la pandémie du coronavirus qui a changé le rapport de force entre la rue et l’armée. Celle-ci, n’ayant plus en face d’elle un mouvement contestataire organisé, proposa un nouveau candidat et un des caciques du régime, aux élections présidentielles en la personne de Abdelmajid Tebboune, qui, une fois élu, a fait à son tour, adopter une nouvelle constitution à la mesure de la volonté des militaires qui l’ont nommé.</p>
<p>Le toilettage apporté à la nouvelle loi fondamentale ne répond à aucune exigence du Hirak. Au contraire, elle est venue renforcer davantage la mainmise de l’armée sur les institutions du pays. Ainsi, le préambule de cette nouvelle mouture réitère la centralité de l’armée : « le peuple algérien nourrit une fierté et une reconnaissance à l’endroit de son Armée Populaire pour la préservation du pays contre toute menace extérieure et pour la contribution essentielle à la protection des citoyens, des institutions et des biens contre le fléau du terrorisme, ce qui contribue au renforcement de la cohésion nationale et la consécration de l’esprit de solidarité entre le peuple et son armée » ; et d’ajouter plus loin: « l’État veille à la professionnalisation et à la modernisation de l’Armée Nationale Populaire de sorte qu’elle dispose des capacités requises pour la sauvegarde de l’indépendance nationale ».</p>
<p>Mais le grand changement réside dans l’article 31 de cette constitution qui stipule que l’Algérie « se défend de recourir à la guerre pour porter atteinte à la souveraineté légitime et à la liberté d’autres peuples, elle s’efforce de régler les différends internationaux par les moyens pacifiques », avant d’ajouter une nouveauté : « L’Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations-Unies, de l’Union Africaine, et de la ligue arabe participer au maintien de la paix ».</p>
<p>Pendant des années, les gouvernements algériens successifs se cachaient derrière la constitution qui n’autorisait pas l’envoi de soldats à l’étranger pour ne pas s’impliquer dans des conflits dans le monde arabe ou en Afrique, et réserver l’essentiel de ses forces à lutter soit contre l’opposition politique, ou contre les terroristes de l’intérieur qu’elle a elle-même alimentés.</p>
<p>L’envoi des troupes armées à l’étranger est désormais possible selon la nouvelle constitution, mais sous certaines conditions. Toute décision dans ce domaine relève du domaine présidentiel et nécessitera l’approbation des deux tiers des deux chambres comme le stipule plus loin l’article 91. Par cette modification majeure, le gouvernement algérien comme son armée n’ont fait qu’entériner une évidence, à savoir que cette dernière s’est toujours impliquée dans des conflits en dehors de l’Algérie. D’abord directement, et à plusieurs reprises, contre son voisin le Maroc, et indirectement, par Polisario interposé, pour ne citer que cet exemple-là. Ensuite, dans d’autres champs de bataille comme lors des guerres arabo-israéliennes ou lors de l’embargo international contre la Libye de Mouammar Kadhafi en mettant à sa disposition un escadron de MIG 21 à Benghazi pour protéger son espace aérien.</p>
<p>Dire que l’armée algérienne ne s’impliquait pas, par le passé, dans les conflits internationaux, c’est aller trop vite en besogne. Du reste, les services secrets militaires algériens ont, de tout temps, opéré à l’extérieur du pays, soit pour instaurer des partenariats avec les pays autrefois socialistes ou des régimes militaires, soit pour financer ou armer des mouvements d’indépendance afin d’influer sur les cours de certains conflits. Ce feu vert donné pour se redéployer en dehors de l’Algérie est maintenant inscrit dans la loi fondamentale, et permettra à coup sûr à l’armée algérienne, et surtout à sa diplomatie, d’opérer en plein jour, après avoir opéré dans l’ombre, et d’être plus visible à l’étranger en participant éventuellement aux opérations de maintien de la paix des Nations-unies.</p>
<p>Mais l’armée pourra-t-elle se redéployer à l’étranger pour consolider réellement la paix dans le monde alors que le pays est encerclé par deux foyers de grave intensité que sont les conflits libyen et malien pour ne citer que ceux-là ? Et la révision opérée maintenant de ce sacro-saint principe d’intervention militaire à l’étranger ne mènera-t-il pas un jour vers la révision de l’article 32 qui stipule quant à lui que « l’Algérie est solidaire de tous les peuples qui luttent pour la libération politique et économique, pour le droit à l’autodétermination et contre toute discrimination raciale ». C’est ce principe à géométrie variable qu’il faudrait qu’un jour l’Algérie révise pour qu’elle soit enfin conséquente avec elle-même et avec son environnement proche.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’ÉTERNELLE CONFRONTATION ENTRE LA TURQUIE ET LA FRANCE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/30697</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2020 08:36:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[confrontation]]></category>
		<category><![CDATA[france]]></category>
		<category><![CDATA[turquie]]></category>
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					<description><![CDATA[La crise diplomatique récente entre la France et la Turquie, suite aux déclarations du président français Macron sur l’Islam et la liberté de publier les caricatures, n’est en fait que la partie visible de l’iceberg des malentendus historiques qui couvent depuis longtemps entre les deux nations. Comme beaucoup de pays, la Turquie a de tout &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La crise diplomatique récente entre la France et la Turquie, suite aux déclarations du président français Macron sur l’Islam et la liberté de publier les caricatures, n’est en fait que la partie visible de l’iceberg des malentendus historiques qui couvent depuis longtemps entre les deux nations. Comme beaucoup de pays, la Turquie a de tout temps été confrontée à des défis majeurs liés au positionnement géographique du pays et à son histoire et c’est à l’aune de ces deux vecteurs qu’on peut comprendre le malentendu actuel.</p>
<p>La Turquie est l’héritière de l’empire Ottoman fondé au 13<sup>ème</sup> siècle après avoir mis fin à l’empire byzantin. La défaite de ce dernier a été à l’époque ressentie comme une défaite de toute l’Europe. Ainsi l’empire ottoman vivra son apogée jusqu’au 19<sup>e</sup> siècle avec une étendue qui couvrira une partie de l’Europe du sud, l’Europe centrale, l’Asie occidentale, le Caucase, et toute l’Afrique du nord à l’exception de l’empire chérifien du Maroc.</p>
<p>En visualisant une carte géographique de l’époque, on peut aisément s’apercevoir de la puissance de l’empire ottoman qui dispose, face aux puissances européennes montantes que sont la France et la Grande-Bretagne, l’accès à plusieurs mers: Mer Égée, Mer rouge, mer Adriatique, Golfe arabique, Mer noire, et enfin la Méditerranée. Quand un pays a l’accès à ces mers, c’est certainement un atout stratégique important lorsqu’il vit en paix mais devient vite un boulet quand l’État s’affaisse.</p>
<p>On devine la suite. La France conquérante ainsi que la Grande-Bretagne ne voyaient pas d’un bon œil cet empire ottoman avec toutes ses ramifications au moment où naissait le concept des États-Nations au sein de la culture politique européenne. Tout sera donc mis en œuvre pour faire admettre ce principe chez les peuples dominés par les ottomans pour pouvoir diviser l’empire entre les nouvelles puissances. Au 19<sup>e</sup> siècle la Turquie se débâtit encore pour maintenir un semblant de puissance mais ses défaites aux Balkans et en Algérie, qui ne portait pas encore ce nom, ne présageaient rien de bon.</p>
<p>Comme le temps n’est plus aux grands empires, les ottomans se ployaient sous les pressions successives pour céder la place aux nouvelles forces européennes. Cependant, le déclenchement de la première guerre mondiale annonce des changements majeurs malgré, ou peut-être à cause, de l’alignement de l’empire ottoman avec l’axe austro-allemand. L’empire perd donc plusieurs parties du Moyen-Orient au profit de la France et de la Grande-Bretagne.</p>
<p>Cette défaite mène à l’accord de Sèvres, signé en France le 10 août 1920, qui scelle la fin d’un empire déjà moribond. La France est derrière cet accord qui visait la mise à mort de la nation turque qui allait naître et devient donc le voisin sud de la future Turquie en s’installant en Syrie et au Liban, alors que la grande Bretagne prend le reste du Moyen-Orient. Ce traité signé entre les alliés vainqueurs et le Sultan Mehmet VI pour renoncer aux provinces arabes et imposer des reculs territoriaux au profit de la France, de l’Italie et de la Grèce ne plaît pas aux militaires turcs et à leur tête Mustafa Atatürk qui infligeât des défaites aux envahisseurs grecs et renégociera un nouvel accord celui de Lausanne en Suisse le 24 juillet 1923 qui remet le pays sur de meilleurs fondements.</p>
<p>Mustafa Kemal instaura donc une république laïque et moderne et adopta une politique extérieure caractérisée par une neutralité positive durant la seconde guerre mondiale. La victoire des Alliés renforçât le rapprochement avec les pays vainqueurs notamment les Américains. Les prétentions de Joseph Staline d’étendre l’influence de l’URSS vers les régions orientales de la Turquie peuplées de Géorgiens et d’Arméniens poussa définitivement Ankara vers les bras de l’Alliance Atlantique qui avait aussi intérêt à affirmer l’ancrage de la Turquie en son sein. L’intégration de la Turquie à l’OTAN est bien plus une volonté américaine que française ou anglaise.</p>
<p>La naissance de l’Union Européenne en 1957 donne un espoir à la Turquie d’intégrer un jour cet ensemble et être arrimée un jour à l’Europe mais comme c’est la France qui en est le moteur et que la Grande-Bretagne en était exclue, elle s’apercevra, des années plus tard, que Paris est pour beaucoup dans ce rejet méthodique de sa candidature et ce n’est pas l’accord d’association, signé déjà en 1963, qui donnera satisfaction aux Turcs. L’affront est difficile à avaler.</p>
<p>Pour les turcs, le rôle joué par leur pays au sein de l’OTAN pour contenir la menace communiste n’a pas été apprécié à sa juste valeur par l’Union européenne. Ce n’est qu’en 1995 que cette dernière décide d’engager les négociations avec certains pays européens de l’ancien bloc de l’Est et y intègre la Turquie pour faire bonne figure. Paris n’est pas chaud à l’idée et la Grèce impose son veto qui ne sera levé qu’en 1999. Là encore Ankara voit rouge et ne comprend pas comment des pays hier communistes et ennemis du monde libre sont déjà membres et que la Turquie en est toujours exclue.</p>
<p>Au sein de l’Union européenne, tous les membres ne sont pas unanimes sur l’adhésion de la Turquie mais c’est en France que les débats prennent une tournure ouvertement anti-turque. Valéry Giscard D’Estaing déclara une fois que « <em>la Turquie est un pays proche de l’Europe, un pays important qui a une véritable élite mais ce n’est pas un pays européen »</em>. Nicolas Sarkozy proposa quant à lui un « <em>partenariat privilégié »</em> au lieu d’une adhésion pleine et dira un jour que « <em>si la Turquie est européenne ça se saurait »</em>. Il ira jusqu’à instaurer l’organisation de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) pour, entre autres, détourner la Turquie de l’Europe.</p>
<p>A son tour et devant les ambassadeurs de son pays le 28 août 2018, Manuel Macron critique les positions du président turc Erdogan qu’il qualifie ouvertement de « <em>panislamiques et régulièrement présentées comme antieuropéennes »</em>. Il ajouta plus tard dans une interview à <em>The Economist</em> du novembre 2019 que « <em>l’OTAN est en mort cérébrale parce qu’elle n’a pas su réagir à l’opération turque contre les Kurdes en Syrie »</em>. « <em>Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale »,</em> lui a rétorqué Erdogan quelques jours après. La France défend son positionnement au sein de l’Union tant il est vrai qu’une éventuelle adhésion de la Turquie déplacerait le centre de gravité de l’Europe vers l’Allemagne au lieu de la France. Ce qui est impensable pour le Quai d’Orsay.</p>
<p>On voit donc qu’entre la France et la Turquie, il y a absence d’une vision commune et d’un partenariat solide qui puisse absorber les coups et venir à bout des malentendus d’hier et des difficultés d’aujourd’hui. Le soutien aveugle de la France à la Grèce est mal vécu par les Turcs. Ces derniers saisissent par ailleurs la faille de la France qui soutient le Maréchal Haftar en Libye pour apporter leur appui militaire au gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale et étendre ainsi leur influence en Afrique du nord. L’errance diplomatique de Paris sur ce dossier comme sur bien d’autres: soutien à l’Arménie, aux Kurdes, à Chypre, ou sur le dossier des réfugiés syriens qu’on voudrait voir supporter par la seule partie Turque sont loin d’apaiser les tensions. Le discours déplacé d’Emmanuel Macron sur l’Islam et le séparatisme islamique du 2 octobre 2020 est venu encore s’ajouter aux griefs, enflammer les passions et donner du grain à moudre à Erdogan. Du pain béni pour Ankara.</p>
<p>Face à cette situation héritée du passé, Paris comme Ankara devraient être plus inspirés pour ne pas jeter de l’huile sur le feu et éviter les dangers qui peuvent découler de l’utilisation abusive de la religion dans leur lutte d’influence dont personne n’en sortira vainqueur. La France quant à elle doit garder une certaine équidistance entre la Turquie et le Grèce pour apaiser les conflits qui perdurent entre ces deux voisins et éviter d’encourager la Grèce à faire de la mer Égée un lac grec. En prenant en compte les intérêts turcs dans la région que ce soit sur les gisements de gaz en Méditerranée orientale, sur la présence turque à Chypre, ou sur la question kurde, la France devrait comprendre que le rôle de la Turquie n’est pas fini avec la fin de la guerre froide et que ce pays demeure stratégique aussi bien pour la paix dans la région que dans le monde.</p>
<p>Il faudrait rappeler cependant que depuis l’élection d’Erdogan en 2003 comme Premier ministre jusqu’à 2014 date de sa réélection comme président de la Turquie, sa diplomatie était appréciée par l’Europe qui le voyait comme modèle de démocratie et d’ouverture et un exemple d’émulation pour les autres pays de la région. A partir de 2014, on est en face d’un autre Erdogan qui a déjà tiré les conclusions de ses premières années d’expériences avec l’Union européenne. Il est conscient que l’Europe ne veut pas de son pays dans l’Union et qu’après avoir joué un rôle déterminant au sein de l’OTAN durant la guerre froide, on cherche à réduire l’apport de la Turquie dans la région et que c’est la France qui en est principalement la cause.</p>
<p>Les turbulences de la diplomatie de la France et de la Turquie ne peuvent être appréhendées qu’à l’aune de la réalité du système politique international qui est en quête d’un nouvel équilibre mondial qu’on peine à trouver. Les dangers qui s’ajoutent à ces querelles bilatérales sont de deux sortes: les amalgames relatifs à l’Islam dans un pays laïc et l’utilisation politique par l’autre de cette même religion pour obtenir des gains politiques. L’histoire nous a appris comment une telle confrontation finit. Il faut espérer que les deux pays, la France comme la Turquie, n’arrivent pas là.</p>
<p><strong><u>Ahmed Faouzi, c</u></strong><strong>hercheur en Relations internationales. </strong><strong>Docteur en coopération internationale de Paris I Sorbonne et de Paris VII Jussieu Paris.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>DÉCRYPTAGE. LES ÉTATS-UNIS, LA CHINE ET NOUS</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/14732</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ahmed Faouzi]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jun 2020 17:35:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[covid]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[Les États-Unis et la Chine livrent ces dernières années un duel qui risque d’être tragique pour la paix dans le monde. Depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, les alliés et les pays vainqueurs, dont l’Union Soviétique (URSS), ont bâti un ordre mondial basé d’abord sur les institutions des Nations Unies, pour d’une part &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les États-Unis et la Chine livrent ces dernières années un duel qui risque d’être tragique pour la paix dans le monde. Depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, les alliés et les pays vainqueurs, dont l’Union Soviétique (URSS), ont bâti un ordre mondial basé d’abord sur les institutions des Nations Unies, pour d’une part gérer les crises politiques, et ensuite sur celles de Bretton Woods pour réguler l’économie mondiale. Ce monde que l’on croyait durable commence à s’essouffler pour laisser la place à une nouvelle ère dont les contours commencent à peine à se dessiner.</p>
<p>Depuis cette date, le monde a trouvé un modus-vivendi établissant un équilibre entre l’Occident d’une part et les pays socialistes du bloc de l’Est de l’autre. L’effondrement du Mur de Berlin en 1989, et la réunification de l’Allemagne ont mis fin à la Guerre froide entre les deux blocs, et annoncé l’avènement d’un néolibéralisme qui, à son tour, s’essoufflera à partir de 2008 avec la crise financière. Entre-temps, alors que l’Occident faisait face aux effets pervers de la mondialisation (conflits, guerres, migration, terrorisme..), la Chine traçait son chemin pour devenir la deuxième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis.</p>
<p>L’élection de Donald Trump, chantre du libéralisme, a soudainement érigé le protectionnisme comme doctrine pénalisant aussi bien ses alliés européens que la Chine devenue, à ses yeux, un réel et dangereux concurrent. En adoptant le slogan «America First», le Président américain a traduit dans les faits et à sa manière, la perte de confiance dans le libéralisme instauré à l’évidence par son propre pays à l’échelle de la planète. Ces déclarations d’intention se sont traduites, en outre, par les dénonciations successives des accords commerciaux avec l’Europe, de l’accord nucléaire avec l’Iran, et de l’accord de Paris sur le climat, pour ne citer que ceux-là.</p>
<p>C’est durant cette période de grands bouleversements qu’apparut la pandémie Covid-19 d’abord en Chine puis, par la suite, sur l’étendue de la planète, paralysant ainsi le commerce international et les relations entre les États. Cette crise a mis face à face, et comme jamais auparavant, les États-Unis et la Chine, deux superpuissances que tout sépare.</p>
<p>Cette dernière, longtemps humiliée par l’Occident jusqu’au déclenchement de la révolution communiste menée de mains de fer par Mao Tse Toung, a pris sa revanche en rénovant son système éducatif et son appareil productif devenant ainsi la deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis. Contrairement à ces derniers, impliqués dans plusieurs conflits à travers le monde, la Chine avance ses pions et concentre tous ses efforts pour acquérir des parts de marché à l’international aux désavantages des Américains.</p>
<p>Le déclenchement de la pandémie Covid-19 est venu mettre en doute la capacité de la Chine à venir à bout de cette maladie malgré les mesures drastiques pour en contenir la progression. En dépit de ces efforts, les conséquences sur l’économie du pays sont déjà visibles: fermeture d’usines, augmentation du chômage, baisse de la consommation et des exportations.</p>
<p>Durant les trois premiers mois de 2020, la croissance chinoise a baissé de -6,8 % par rapport à la même période de 2019. Les partenaires de la Chine, pour leur part, commencent à envisager de rapatrier une partie de leurs investissements en dehors de Chine pour mieux sécuriser leurs approvisionnements notamment au niveau des industries liées à la santé.</p>
<p>Au niveau de sa gestion diplomatique et communicationnelle de la crise Covid, la Chine n’a pas enregistré pour ainsi dire une totale réussite. Longtemps accusée d’avoir caché l’étendue de la pandémie, Pékin n’a trouvé d’appui pour la soutenir que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en la personne de son Directeur Général l’Ethiopien Tedros Adhanom qui a remplacé la Chinoise Margaret Chan qui a dirigé l’Organisation durant une dizaine d’années.</p>
<p>L’actuel directeur général de l’OMS a occupé chez lui en Ethiopie les postes de ministre de la Santé puis ministre des Affaires Étrangères, postes durant lesquels il a su tisser des relations étroites avec les responsables chinois. C’est en raison de ces liens qu’il a été accusé de connivence avec Pékin et d’être le porte-parole de la Chine au sein de l’OMS. Ce n’est un secret pour personne le soutien actif apporté par la Chine à sa nomination à la tête de l’une des plus importantes organisations des Nations-Unies. Lors du lancement de sa candidature, le 24 mai 2016, en marge la 69 -ème Assemblée de l’OMS, l’Éthiopie et la Chine ont fait cause commune pour promouvoir sa candidature, à côté d’autres pays comme l’Afrique du Sud, Kenya, et l’Algérie, dont le ministre de la Santé était présent à l’assemblée.</p>
<p>A plusieurs reprises, on a reproché au directeur général de l’OMS sa gestion de la crise et le retard pris pour déclarer la pandémie ainsi que sa connivence avec les autorités chinoises pour minimiser la responsabilité de ces dernières sur l’étendue de la contamination. Tout en niant cette proximité avec la Chine, le Directeur général ne s’est pas empêché, lors de sa visite à Pékin les 26 et 27 janvier 2020, de féliciter le Président chinois Xi Jiping pour «sa transparence et son sens politique», rien que ça. De retour à Genève, il est interrogé par la presse sur son soutien aveugle à la Chine alors que la pandémie progresse, il persiste en réitérant «qu’il louerai encore et encore (les Chinois) car les actions de la Chine ont vraiment aidé à réduire la propagation de l’épidémie à d’autres pays». Ce qui s’est avéré faux par la suite.</p>
<p>Du côté chinois, on ne cache pas la satisfaction des autorités de ce pays quant à la gestion de cette crise par le directeur général de l’OMS. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, n’hésite pas à déclarer le 9 avril 2020 que Tedros «a activement rempli ses tâches et imposé une méthode impartiale scientifique et objective» pour gérer cette crise. On ne peut pas être plus clair.</p>
<p>En dehors de l’OMS, la diplomatie chinoise a eu beaucoup de mal à mener une politique cohérente. Lors du sommet sur le Covid tenu à Bruxelles le 4 mai 2020 -réunion qui rassemblé 50 chefs d’Etat et ministres- la Chine s’est faite représenter à un faible niveau à travers son ambassadeur auprès de l’UE. Celui-ci a annoncé que son pays allait allouer une somme de 260 millions d’euros au Fonds d’aide à la recherche contre le Covid et une donation à l’OMS de 50 millions $, au moment où des pays comme l’Allemagne qui a octroyé une enveloppe de 525 millions $, ou la France qui a annoncé 500 millions $ sans compter le 1,2 milliard d’Euros versés à l’Agence française de développement (AFD) pour lutter contre la pandémie à l’échelle internationale.</p>
<p>Face à ce qui précède, quelles sont les conclusions qu’on peut tirer de l’irruption de cette pandémie et les perspectives d’avenir sur les relations internationales ?:</p>
<p>1/ Tout d’abord le Covid est venu rappeler à l’humanité la fragilité du système économique néolibéral instauré depuis la chute du Mur de Berlin et le besoin vital et urgent à inventer un nouveau multilatéralisme à visage humain inclusif et solidaire.</p>
<p>2/ Paradoxalement, cette pandémie a rétabli le rôle régalien des États comme premier rempart à la globalisation sauvage qui creuse les disparités entre les pays et les nations. Ceci a été constaté au sein de l’Union européenne qui a rétabli les frontières pour protéger ses populations.</p>
<p>3/ L’effet induit de ces réactions a été l ’exacerbation des nationalismes et l’adoption d’un protectionnisme à outrance. Des prémices de ces tendances sont apparues bien avant la pandémie en Europe et aux Etats-Unis où les idées d’extrême droite ont prévalu dans les campagnes électorales. Ces tendances peuvent constituer de nouvelles sources d’instabilité pour la communauté internationale.</p>
<p>4/ La Chine est venue confirmer sa place dans l’échiquier international comme acteur important et incontournable des relations internationales. Les Etats-Unis, qui s’enferment de plus en plus sur eux-mêmes, n’ont plus le choix que de négocier pour instaurer une nouvelle ère de prospérité et de paix pour l’humanité. La Chine n’est certes pas encore le centre de gravité du monde mais elle est en passe de le devenir.</p>
<p>5/ La dualité États-Unis / Chine risque d’être paralysante bien au-delà de ces deux puissances si un modus vivendi n’est pas trouvé au risque de voir hypothéquée la paix entre les nations, et seul un multilatéralisme multipolaire peut apporter les réponses auxquelles l’humanité aspire. De même, la facture à payer pour les pays en développement doit être âprement négociée pour que les grandes puissances économiques prennent leurs responsabilités afin de réduire les inégalités accrues suite à cette pandémie entre le nord et le sud.</p>
<p>6/ Enfin la dé-globalisation, telle que prônée par certains, ne peut être une option viable en raison de l’imbrication de l’économie mondiale car jamais l’humanité n’a été si connectée, humainement et   économiquement qu’aujourd’hui. Face aux menaces globales, seule une coopération internationale basée sur les principes, toujours d’actualité, de la Charte des Nations Unies est à même d’apporter la paix et la prospérité à tous les peuples.</p>
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