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	<title>AHMED ABDOUNI &#8211; Le collimateur</title>
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	<title>AHMED ABDOUNI &#8211; Le collimateur</title>
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		<title>Messieurs les honorables élus du quartier Yacoub El Mansour à Rabat</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/75452</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Mar 2022 08:07:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[commune yacoub el mansour]]></category>
		<category><![CDATA[rabat]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce n’est pas à moi de vous rappeler vos devoirs envers les citoyens qui vous ont élus. Il n’est pas, non plus, dans mon intention et encore moins dans mes prétentions de vous dicter votre conduite des affaires de cette grande et populeuse commune de la capitale. Ce qui m’amène à vous interpeller c’est cette &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">Ce n’est pas à moi de vous rappeler vos devoirs envers les citoyens qui vous ont élus. Il n’est pas, non plus, dans mon intention et encore moins dans mes prétentions de vous dicter votre conduite des affaires de cette grande et populeuse commune de la capitale. Ce qui m’amène à vous interpeller c’est cette entière matinée que j’avais gaspillée à attendre l’un d’entre vous pour apposer son auguste signature au bas d’une copie de l’acte de naissance de l’un de mes enfants. Si j’étais un habitant du quartier, j’aurais encaissé, sans broncher, ce manquement à la loyauté que vous aviez jurée lors de votre campagne électorale. Car comme tant d’autres de mes compatriotes, j’aurais intégré dans le logiciel de ma conduite la résignation et l’acceptation d’un sort que la raison me pousse à changer, mais que la culture que j&rsquo;ai subie depuis ma naissance, m’accule à m’y soumettre tout en me réfugiant en le secours de Dieu. Je me permets de vous en faire le récit.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Je venais d’Oujda, je fis une escale de quelques jours à Salé et le lundi 7 mars 2022, je devais me rendre à Bouznika où des rendez-vous importants pour mes intérêts m’attendaient à partir de onze heures. Durant mon escale slaouie et ayant encore en mémoire des exemples historiques de la facilité avec laquelle un dysfonctionnement de notre administration pourrait survenir, je m’avisai de me rendre au bureau d’état-civil de votre commune le 2 mars de bonne heure pour justement parer à toute éventualité qu’un tel événement fâcheux se produise à mes dépens et déposai ma demande d’obtention dudit acte. Moi qui pensais pouvoir l’avoir, au plus tard, dans la journée, je m’entendis affirmer que c’était chose impossible pour la raison que les deux préposés à ce service étaient absents ce jour-là. Je ne m’en formalisai point car j’avais pris les devants en anticipant un éventuel retard dans l’accomplissement d’un acte administratif aussi facile que la délivrance d’un acte de naissance. Je devais, selon la consigne de la personne qui avait pris ma demande, revenir le récupérer le vendredi. Comme c’est le jour béni de la prière solennelle hebdomadaire, prétexte idoine pour un départ précipité des bureaux, je me résolus d’accorder encore plus de temps à notre administration qui nous a habitués à sa nature chronophage et décidai de ne m’y rendre que le lundi matin. Ainsi, aucun prétexte de durée ne pût être invoqué, puisque j’aurais déposé ma demande depuis six jours. Il faut dire aussi que ce moratoire m’arrangeait personnellement aussi dans la mesure où il m’évitait un va-et-vient entre Salé et Rabat dans une atmosphère tendue à cause de l’intense trafic routier entre les deux villes, d’autant plus que j’avais pris mes quartiers à l’extrémité nord de Salé. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">En effet, je devais être à Bouznika le lundi à onze heures, je me disais alors qu’une halte d’une demi-heure au bureau d’état-civil de Yacoub El-Mansour qui, grâce à ma bonne étoile, se trouve sur ma route, serait largement suffisante pour me faire remettre le papier demandé. Malheureusement le pouvoir de ma belle étoile fut vaincu à plate couture par la puissance du mépris que certains élus de cette commune arborent à l’égard des intérêts de leurs administrés. L’acte de naissance était parfaitement rédigé et gisait sur le bureau du préposé, cependant, sans l’âme qui lui donne vie. Il lui manquait la signature de l’autorité qui le rend légalement valable. Sur un ton détaché, teinté d’indécence, le préposé me le tendit en me disant qu’il n’était pas encore signé. Je ne conçus aucune difficulté et encore moins de l’inquiétude et lui demandai où pouvais-je le faire signer. C’est alors qu’il me décocha: « Il n’y a encore aucun des élus qui ont la signature ». Je reçus ces propos comme une flèche me meurtrissant l’esprit et le cœur. Je voulus protester mais il se détourna de moi et s’éloigna en marmonnant des insanités. Alors je courus dans tous les bureaux demandant à leurs occupants où je pourrais trouver un responsable pour signer l’acte que j’agitais en leur direction. Leur réponse fut invariablement négative. Je voyais le temps passer et le risque de me trouver devant l’angoissant dilemme de sacrifier soit l’acte de naissance soit mes rendez-vous, augmentait corollairement. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Dans mon affolement, j’eus même l’idée de m’adresser à un agent de la sécurité publique, qui probablement veillait à l’ordre dans cette administration grouillant de monde. Il m’offrit aimablement son aide et m’accompagna dans un bureau où deux personnes qu’il savait proches des maîtres du sanctuaire, nous réitérèrent leur ignorance de l’emploi du temps de ces élus qui paraissaient disposer du temps des citoyens comme bon leur semblait. Comme je persistais dans mon agitation, un des agents plus soucieux que les autres sur son devoir ou peut être naturellement enthousiaste à aider autrui, s’approcha de moi dans ce couloir où d’autres dans la même situation que moi, se résignaient à attendre Godot, et me suggéra d’aller voir un responsable qui se trouvait dans une administration similaire à quelques encablures plus loin. Je m’y rendis plein d’espoir de mettre enfin fin à cette énigme qui me troublait par son étrangeté. Je fus aimablement reçu par la cheffe du bureau d’état-civil et lorsqu’elle connut mon problème, elle prit le téléphone et y discuta quelques instants avec quelqu’un dans l’administration de laquelle je me plaignais, puis elle me dit être au regret de ne rien pouvoir faire pour moi parce que ses prérogatives ne s’étendaient pas jusqu’à la circonscription de Yacoub El Mansour. Elle me donna le nom d’une personne que je devais voir pour me sortir du pétrin. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Et retour à la case de départ. Je retournai au bureau d’état-civil abandonné par ses élus dépositaires de l’autorité de signer des documents. Bizarrement, je me trouvai en face de l’aimable personne, qui m’avait conseillé d’aller voir cette responsable. Il me réitéra son impuissance de me sortir de l’impasse, cependant, puisqu’il fut chargé de prendre contact, par téléphone, avec les trois élus préposés à la signature des documents, il se démena pour parler à l’un d’eux. Seul un répondit à son appel, mais il se trouvait sous la coupole du parlement. Signe de son impuissance, il leva ses bras au ciel et m’exprima ses regrets profonds et sincères de n’avoir pas pu m’aider. Je fis malgré moi bon cœur contre mauvaise fortune face à ses gens qui n’hésitent pas à faire violence aux droits les plus élémentaires de leurs concitoyens en faisant fi de leurs engagements. Je partis à mes rendez-vous avec plus d’une heure de retard et dus revenir le lendemain pour récupérer enfin le document qui prit une semaine pour être prêt et qui me causa des ennuis que je ne suis pas disposé à oublier avant longtemps tellement ils relèvent d’une époque que je pensais à jamais révolue. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Je vous laisse juges ! Messieurs les honorables élus de la commune de Yacoub El Mansour de la capitale de notre pays, que vous nous dites qu’il a accompli des pas de géant sur la voie de la démocratie et du respect des droits de l’homme au point qu’on puisse, sans la moindre hésitation, le comparer aux vieilles démocraties du monde. Moi, en tout cas, j’en doute fort et je sais de quoi je parle, puisque je vis dans l’un de ces pays où on fait réellement cas des droits de l’homme.<span class="Apple-converted-space">   </span></span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><strong>Paris, le 15 mars 2022. </strong><span class="Apple-converted-space"><strong> </strong>                                                              </span></span></p>
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		<title>NOUVELLE. LA RADIO DE TERRE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/65030</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Dec 2021 11:16:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[la radio de terre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[Mon frère ravissait son entourage et moi le premier de ses inventions infantiles. La gloire de notre famille était personnifiée en lui. Il savait tout faire — ou presque — Il était en mesure malgré son âge, de trouver une solution à tout problème qui perturberait le train-train familial. Il avait de l’audace et aussi &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1">Mon frère ravissait son entourage et moi le premier de ses inventions infantiles. La gloire de notre famille était personnifiée en lui. Il savait tout faire — ou presque — Il était en mesure malgré son âge, de trouver une solution à tout problème qui perturberait le train-train familial. Il avait de l’audace et aussi la technicité du savoir-faire manuel. Du vulgaire il créait le magnifique, le curieux, le splendide. Je me demandais toujours où puisait-il ses idées, moi qui n’en trouvais même pas de quoi meubler mon temps vide.<span class="Apple-converted-space">  </span>Lui, il épatait tout le monde dans la famille et jusqu’aux voisins et amis de grand-père, en qui nous voyions un patriarche rigoureux.</p>
<p class="p1">Nous habitions presque à la lisière ouest de la ville. Trois cimetières la bordaient de ce côté: le musulman, le chrétien et le juif. Au-delà la vue était dégagée sur l’immensité des champs dans leur unicité. Seul une route récemment construite pour faciliter la circulation vers la station balnéaire de Saidia, à environ 18 km au nord-est, se plaçait comme un cheveu noir sur cette étendue que ne limitaient que quelques collines lointaines. Un jour printanier, qu’il avait plu toute la nuit, un soleil radieux inonda la petite ville tôt le matin.<span class="Apple-converted-space">  </span>Une lumière éclatante, presque aveuglante, se déversait sur les champs et faisait miroiter les gouttelettes d’eau restées accrochées à l’herbe.</p>
<p class="p1">C’était un vrai délice pour les yeux, un enchantement pour les âmes sensibles aux charmes de la nature, dont nous éprouvons, en ces temps où l’humain l’a saccagée pour son intérêt éphémère, une grande nostalgie. Les coquelicots et les marguerites en massifs spontanés ou éparpillés négligemment sur ce tapis vert en faisaient un magnifique tableau qui se prêtait aux rêves des enfants. Il n’était guère loin, dans sa beauté, de ces images qui s’insinuaient dans notre imagination lorsque nous lisions ces textes littéraires de nos livres de lecture. Le rêveur que j’étais en éprouvait un vif plaisir.</p>
<p class="p3"><span class="s1">Comme nous le disions dans le temps, ce matin Dieu avait fait prévaloir sa volonté sur celle de mon frère qui préférait n’importe quelle autre tâche plutôt que garder la chèvre de grand-père. Ce jour où un miracle aurait dû se produire. C’était vraiment rare que cela se produisît, ce fut l’une des rares fois où mon frère reçut en partage avec moi, la mission d’emmener la chèvre de grand-père — vestige de sa vie campagnarde— paître dans les jachères alentour. Mon frère se retrouva avec moi en partage de la responsabilité de cette chèvre qui donnait une satisfaction psychologique à notre grand-père et à moi une amertume qui a marqué toute mon enfance. Je le voyais tourbillonner, ondoyant, instable. Il était incapable de se fixer sur une idée ou une chose. Il s’ennuyait ferme. On dit que l’ennui — pratiqué avec modération— serait propice à la créativité. Si l’on juge par ce qui va suivre, on ne peut que souscrire partiellement à cette hypothèse qui n’est pas une évidence. L’herbe encore trempée, le ciel bleu d’azur, les chants des oiseaux qui sillonnaient le ciel, ces insectes qui voltigeaient à la recherche de leur nourriture et plein d’autres miracles vivants ou inertes de la nature et toute cette atmosphère paradisiaque et ensorceleuse le laissait impassible. Rien de tout cela ne put le soustraire au besoin d’être actif qui le rongeait de l’intérieur. Mon frère et moi, nous étions comme deux pôles qui s’excluent et s’éloignent fatalement l’un de l’autre. Notre rencontre était souvent conflictuelle. Il fallait attendre notre jeunesse et puis l’âge adulte pour que cet éloignement de tempéraments se rétrécisse et se mue en une proximité sentimentale teintée d’une grande intimité. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Ce jour, je le vis agité, nerveux, il semblait chercher quelque chose d’indéfini, une occupation qui le soustrayait à cette oisiveté, quoique temporaire. Je ne pus lui demander la raison de son instabilité, de son excitation de faire quelque chose. Je l’observais de loin, tout en gardant un oeil vigilant sur le parcours de la chèvre afin qu’elle ne s’éloigne pas vers les champs environnants cultivés d’orge et de blé. J’étais sûr que je ne recueillerais qu’une rebuffade si je m’aventurais à le questionner à propos de son exaltation de ce matin, alors que moi je me sentais comblé de béatitude et de contentement. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Quelques moments après je le vis accroupi près d’une petite mare boueuse laissée par la pluie récente, les mains farfouillant dans le sol détrempé. Je le vis plonger ses deux mains dans la glaise en ramassa une boule, l’examina, la soupesa. Il chercha autour de lui une grosse pierre plate, dont il se servit comme siège. Il se mit à malaxer sa boule de terre boueuse, sans avoir l’air de savoir qu’en faire au juste. Le malaxage dura un moment. Puis soudain ses yeux brillèrent. Son esprit s’illumina d’une idée qu’il jugea réalisable. Je regardais du côté de la chèvre et je la vis s’approcher du champ de blé voisin. J’accourus, lui fis barrage et la dirigeai vers le centre de cet espèce de bocage que constituait ce vaste champ inculte et dont nous étions ce matin les seuls occupants. Ce vaste champ était une espèce de sas, une antichambre entre le village et la campagne profonde. Il était bordé d’un côté de cet ensemble des trois cimetières qui s’érigeait dans mon imagination comme un poste frontière entre deux mondes totalement différents voire antinomiques: celui des vivants et celui des morts.<span class="Apple-converted-space">  </span></span></p>
<p class="p3"><span class="s1">D’un autre côté, il y avait l’enceinte qui abritait le souk hebdomadaire. Du troisième côté, s’étendait la route asphaltée toute récente, construite pour desservir la station balnéaire de Saidia en contournant le village. Juste au-delà s’étendaient les champs cultivés. Du quatrième côté, il y avait le chemin de terre qui conduisait vers cette campagne profonde d’où déboulait le lundi et le jeudi, jours de souk hebdomadaire, une masse de ruraux. Après avoir ramené la chèvre au bon endroit, je me suis installé à une distance qui me permettait de surveiller ce qu’entreprenait mon frère. Moi aussi je m’étais donné comme siège une grosse pierre. Puis je me replongeai dans mon imagination tout en bousculant, soit avec un bout de bois, soit avec une petite pierre assez pointue, la flore et la faune du sol autour de moi. De temps en temps, je jetai des regards interrogateurs vers lui, poussé par la curiosité qui poignit en moi dès que j’ai vu mon frère commencer à s’affairer avec obstination à triturer la boule de glaise qu’il avait ramassée. Il avait l’air apaisé et absorbé par son occupation. Je m’approchais de lui et le vis en train de sculpter une petite forme rectangulaire à l’aide d’un petit morceau de métal qu’il avait déniché sur le sol autour de lui. Il ne fit pas attention à moi et continua d’harmoniser les parties de cette terre qu’il avait ramassée auparavant. Je ne pus me permettre, tant par fierté personnelle que par peur qu’il me renvoie par une rebuffade à ma charge de berger d’une seule chèvre. Ma susceptibilité et mon orgueil ne pouvaient supporter un tel affront. Nous nous aimions — Il était, après grand-père, mon protecteur— mais nous nous ne supportions pas beaucoup. L’âge avait finalement remédié, comme je le disais, à cette mixité d’amour et de répulsion. Je le regardais faire. Un œil sur ses doigts moulant la patte de terre et qui s’agitaient dans une harmonie impeccable et l’autre sur la chèvre dont l’instabilité naturelle me paraissait volontaire et même préméditée de sa part pour me contrarier, pour me fatiguer à lui courir après. Je me méfiais beaucoup de cet animal de la race caprine dont on disait, d’ailleurs à raison, qu’il avait la bougeotte. Je gardais encore en mémoire son échappée avec d’autres chèvres appartenant aux voisins, qui avait coûté une amande à grand-père pour la faire sortir de la fourrière où elles avaient toutes été emmenées. Ce fut pendant l’été précédent. Nous étions une petite troupe mixte — trois ou quatre garçons et deux filles— nous associions nos chèvres et nous les gardions ensemble. A plusieurs la tâche nous paraissait facile. A contrario, la responsabilité était diffuse. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">C’était la période où le jujubier sauvage donne généreusement son fruit et comme tous les enfants nous en étions friands. Nous nous déplacions d’un jujubier à un autre, comme des abeilles d’une fleur à une autre, sans se soucier de notre troupeau caprin. Quand nous-mêmes fûmes rassasiés de jujubes, nous pensions à nos chèvres. A notre grande amertume, nous constations que nos chèvres n’étaient plus en vue. Nous parcourions chacun dans une direction tous les environs, cependant en vain. Il ne nous restait que d’accepter, avec accablement et peur au ventre de la punition parentale, l’échec de nos recherches et le résultat de notre conduite négligente. Nous rentrâmes chez-nous. Nos parents comprirent que les chèvres ne pouvaient être qu’à la fourrière. Ils se concertèrent et partirent payer l’amende pour récupérer leurs biens. Pendant que nous nous régalions de jujubes mûrs à point sans la moindre attention au temps qui passait, les chèvres profitant de ce relâchement de vigilance se jetèrent dans un champ de blé pour s’en régaler goulûment à leur tour. Mon frère tout à sa passion ne s’était aperçu de ma présence à sa proximité qu’après un long moment. Il me découvrit comme un premier juge de sa réalisation. Alors, il tendit, vers moi, ses deux mains tenant cette chose en terre qui commençait à prendre une forme rectangulaire qui me paraissait revêtir une certaine beauté, puis me dit avec un sourire de satisfaction: « Regarde, je suis en train de fabriquer une radio en terre, c’est bientôt fini… ». Il continua sa besogne sous mes yeux ébahis et je le vois encore, à travers mes souvenirs, grimacer de ses lèvres pour suivre le mouvement de ses mains qui travaillaient, je me dois de le dire, habilement la pâte. Un moment passa et comme un magicien qui sort de son chapeau ce qu’il prétend être le fruit de sa magie, il me tendit cette œuvre qui l’avait soustrait de ce monde pendant un laps de temps et me dit: « Regarde ! Ne ressemble-t-elle pas à notre radio? Attends, il lui manque l’aiguille qui marque les stations… ». Il fouilla autour de lui comme s’il était dans son propre atelier, récupéra une fine brindille de paille, d’à peu près un </span><span class="s1">deux centimètres, jaunie par le soleil et la plaça délicatement derrière ce qu’il avait conçu comme une plaque de verre barrant horizontalement sa petite radio, censée indiquer les noms des stations. Quand il eut fini, il consentit, les yeux brillant de fierté et de contentement, de me la mettre entre les mains pour l’examiner à loisir et évidemment donner mon avis, qu’il attendait certainement réconfortant son contentement et son bonheur. Son espoir placé en mon avis ne fut pas déçu. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Je fus émerveillé, épaté, fasciné par sa réalisation. Effectivement j’y voyais une minuscule réplique en terre de notre radio. Elle avait tous les attributs du poste à lampes radio dont disposait grand-père dans sa boutique, qu’il écoutait religieusement et assidument tous les matins à huit heures pour s’informer surtout des activités royales. Une fois les nouvelles terminées, il l’éteignit et le couvrit soigneusement d’une serviette à rayures rouges. Mon frère et moi &#8212; lui plus que moi&#8211; nous avions le droit de l’écouter lorsque nous prenions alternativement son relais dans la boutique, à condition de baisser le volume et qu’il n’y ait un quelconque client d’un certain âge. Par pudeur, celle que nous imposait une culture trop restrictive, dès que grand-père mettait le pied dans la boutique nous l’éteignîmes. Chanter ou même écouter des chansons en présence d’une personne, dont nous reconnaissions l’ascendance était un manque de respect flagrant. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Je regardais ce poste radio de terre minuscule avec une admiration mélangée d’auto-déception. Je ne jalousais pas mon frère parce que j’avais intégré, à mon corps défendant, dans ma conduite ma reconnaissance de la supériorité de son physique et surtout de son esprit pratique. J’ambitionnais d’être comme lui et en même temps je me persuadais qu’une telle perspective était hors de ma portée. Je me contentais et plus, je me rabattais sur les bons résultats que je réalisais à l’école. Il ne se passait guère un jour sans qu’il ait une quelconque idée qui confirmait à mes yeux sa supériorité. C’était lui qui fabriquait des charrettes montées sur trois roulements de billes — dont il vendit quelques unes— qu’on utilisait pour organiser des courses de vitesse dans les rues désertes de la ville. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">A l’époque le passage d’un véhicule automobile était presque un événement insolite à ne pas rater. C’est aussi lui qui montait des théâtres d’ombres auxquels assistaient les enfants du voisinage moyennant des bouts de craie, des billes de jeux, ou tout autre objet qu’il jugeait utile. Un jour il eut l’idée généreuse d’offrir à notre petit frère dernier à l’époque, d’environ deux ans, un jouet. Il fabriqua un petit chariot qu’il monta sur deux petits roulements à billes et l’attela au chat de la maison. Celui-ci mi-sauvage, se sauva affolé par l’étrange accoutrement dont il l’affubla. Il courut dans tous les sens en heurtant tout ce se trouvait son chemin et poussant des miaulements déchirants de colère et de détresse. Le petit chariot fut complètement disloqué et le chat renia notre maison durant plusieurs jours. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Sans malice je le complimentai avec effusion sur sa réalisation. Il se montra satisfait du temps passé à faire paître la chèvre et probablement pour cueillir d’autres compliments de la famille, il me signifia qu’il était temps de rentrer à la maison. Je courus chercher avec plaisir la chèvre et la dirigeai sur le chemin du retour à la maison. C’est grand-père qui eut la primauté d’apprécier la nouvelle innovation de son petit-fils ingénieux et de s’en enthousiasmer. Ensuite elle fit le tour de tous les membres de la famille. Même les absents de la journée purent la contempler à leur retour. Mon frère fut noyé dans les émerveillements et compliments unanimes et son admiration en fut autant accrue. Grand-père n’entendit pas restreindre le bénéfice d’apprécier la merveille aux seuls membres de la famille. Il s’empara notoirement et péremptoirement de la dernière création de son petit-fils et l’installa tel un trophée prestigieux sur le vrai poste radio à la portée de<span class="Apple-converted-space">  </span>vue de tous. Elle eut pendant plusieurs jours le statut d’une curiosité digne de tous les égards et tous les soins. Grand-père ne manquait jamais de prétexte pour exhiber la réplique en terre de son poste radio à l’admiration de ses amis clients qui s’agglutinaient dans la boutique autour de lui entre les heures de prières. Les enchantements, réels ou simulés ne manquaient pas. Ce qui rendait la réussite de l’entreprise de mon frère totale et incontestable et de ce fait lui donna l’étoffe d’un chef-d’œuvre. La satisfaction de grand-père de son petit-fils en fut débordante et la fierté de mon frère atteignit sa limite supérieure. Il m’arrivait, je dois le reconnaitre, de sentir, à tort ou à raison, un tintement d’arrogance dans l’attitude de mon frère. Pour éviter le dommage émotionnel que ce sentiment produirait sur moi, je me réfugiais dans l’idée, adoucissante de cet impact, de me convaincre de mon désintéressement total et justifié de tout ce qui est manuel. Ce ne fut peut-être qu’un baume, à effet éphémère, appliquée à une blessure narcissique qui m’avait poursuivi jusqu’à ce que j’eusse atteint un âge où le Moi prît l’envergure d’un régulateur.<span class="Apple-converted-space">                 </span></span></p>
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		<title>NOUVELLE. LE  TÉLÉPHONE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/64644</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Nov 2021 10:48:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[le téléphone]]></category>
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					<description><![CDATA[A l’époque de mon enfance consciente, le temps s’écoulait doucement et lentement. Il suivait le rythme de vie simple et presque vide des habitants de notre petite ville. Puisque justement il était peu occupé, il paraissait plus long. Dans notre chère petite ville désespérément coincée dans son isolement, le temps donnait l’impression de s’arrêter, de &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p3"><span class="s1">A l’époque de mon enfance consciente, le temps s’écoulait doucement et lentement. Il suivait le rythme de vie simple et presque vide des habitants de notre petite ville. Puisque justement il était peu occupé, il paraissait plus long. Dans notre chère petite ville désespérément coincée dans son isolement, le temps donnait l’impression de s’arrêter, de durer et pourtant il passait. Il suivait sa marche inexorable.<span class="Apple-converted-space">  </span>L’absence d’une personne pendant une ou deux années semblait frôler l’éternité. La pauvreté des moyens de communications accentuait le sentiment de séparation. Le courrier postal, avait une existence qui remontait à l’installation du protectorat français sur l’ensemble du Maroc. Néanmoins faute d’une alphabétisation suffisante de la population —moins de 10% des habitants savaient lire et écrire—, il ne jouait qu’un rôle mineur dans le système de communication. Il était tellement long que l’arrivée d’une lettre était en soi un événement que l’on se hâtait d’ébruiter parmi les proches. Le téléphone était encore un luxe tellement cher et hors de portée que les gens ne pensaient guère à son existence. Les foyers qui en disposaient, en dehors de la poste et de quelques administrations, se comptaient sur les doigts d’une seule main. Je doute fort que la ligne téléphonique était directe. Il fallait, surement, passer par le standardiste pour obtenir le numéro sollicité. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Je devais avoir une dizaine d’années quand mon grand-père maternel, que ses prétentions de se mêler de politique lui avaient valu d’être arrêté arbitrairement et torturé presque à mort, avait subi ce que l’on ne pouvait désigner que de rafistolage à l’hôpital. Il habitait dans une autre ville à une vingtaine de km de la nôtre. Ma mère, qui s’en inquiétait éminemment, ne pouvait, pour des raisons multiples et diverses, se permettre de lui rendre souvent visite, eut l’idée de s’enquérir de ses nouvelles par téléphone. Son frère, un enseignant, qui habitait la même ville que leur père et qui avait ses entrées dans les rouages administratifs de sa ville disposait de ce dispositif qui permet de raccourcir les distances au point de pouvoir se parler, il avait le téléphone. Et c’était sur ses conseils que ma mère un jour usa de tout son courage et demanda à mon père de lui laisser, avant de partir à son travail, le prix d’une communication téléphonique par le bais de la poste bien évidemment. </span><span class="s1">Il s’en fallut de la sollicitation et des arguments convaincants pour qu’elle puisse obtenir satisfaction. Puisqu’il était catégoriquement impensable qu’elle s’en occupât elle-même ; Seules deux sorties étaient autorisées pour une femme : la première quand elle quittait la maison des parents pour rejoindre celle de son mari et la seconde quand elle sortait les pieds devant pour rejoindre sa tombe. Néanmoins la tradition dans sa grande indulgence et évolution par rapport à l’époque de nos parents, lui permettait du temps de notre enfance quelques dérogations à la rigueur de ses lois. Elle pouvait avec l’autorisation expresse du mari et l’accompagnement d’un membre mâle ou femelle de la famille aller visiter ses proches qui habitaient à proximité, se rendre à l’hôpital<span class="Apple-converted-space">  </span>ou aux mausolées des saints de grande notoriété posthume dans la région quand le mal dont elle souffrait s’aggrave, se recueillir sur les tombes des défunts de la famille, quoique cette dernière facilité n’était pas d’une évidence totale. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Ma mère était illettrée, n’avait de toute sa vie jamais vu, ni su ce qu’était une poste, ni tenu un appareil téléphonique dans la main. Il était manifeste qu’elle devait recourir au service de l’un de ses deux garçons. Elle aurait indubitablement porté son choix sur mon frère. N’était-il pas la coqueluche de la famille ? Beaucoup de responsabilités reposaient sur ses épaules de garçon éveillé et débrouillard. Mais il était ce matin hors de sa portée et elle ne pouvait attendre son retour. L’affaire urgeait car il y allait de la santé de son père et elle s’en inquiétait énormément. Ipso facto elle me confia la responsabilité. Pas plus qu’elle je n’avais eu l’opportunité heureuse de tenir dans mes mains un combiné téléphonique et je n’allais pas encore au cinéma, ce qui aurait pu être une occasion pour moi de voir, en regardant un film, comment procéder pour utiliser le téléphone. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">J’allais vers l’aventure. Il n’était pas question de refuser ou de s’esquiver sous quelque prétexte que ce fût. J’avais la trouille, mais je ne pouvais avouer que je ne savais pas me servir du téléphone — elle se serait demandé à quoi me servait ce que j’apprenais à l’école ? Comment l’aurais-je pu alors que dans mon attitude de rivalité avec mon frère, je me prenais pour quelqu’un qui n’ignorais rien des arcanes de la vie moderne. Et puis je ne pouvais souffrir d’offrir une occasion en or à mon frère, que je pensais qu’il s’y connaissait en tout, de me ridiculiser à loisir et à chaque fois que nos relations prennent la tournure d’un différend ou d’une simple opposition à propos de n’importe quoi ? Ce fut la première fois, si je réussissais cet exploit, que j’inscrirais un haut fait technique à côté de mes excellents résultats à l’école sur mon tableau de chasse. Et ce fut, aussi, la première fois que j’allais faire face à une aventure qui m’élèverait ou me rabaisserait aux yeux de tous les membres de ma famille. Un défi que je me lançais ! Ce fut la première fois que j’allais tenir un combiné téléphonique à la main et m’en servir. Alors je me demandais comment j’allais m’y prendre pour m’en sortir. Ma mère me remit les deux dirhams —une fortune pour l’époque et pour un budget comme le nôtre— que je serrais dans la paume de main enfouie dans ma poche et je partis vers l’inconnu. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">L’espace où se concentrait les quelques services administratifs de la ville se trouvait à l’extrémité est de la principale et prestigieuse artère qui jusqu’à aujourd’hui porte le nom de Mohammed V (le roi sous le règne duquel le Maroc avait reconquis son indépendance). Quelques centaines de mètres plus loin de ce boulevard pérennisant le souvenir du roi libérateur du pays, en traversant quelques vergers exploités encore à l’époque par des anciens colons, se trouve le tracé de la frontière avec l’Algérie, matérialisée par le cours d’une rivière qui porte le nom de Kiss.<span class="Apple-converted-space">  </span>C’est probablement cette opportunité géographique qui avait dicté, du temps du protectorat, le choix d’installer la poste, les douanes, le commissariat de police, les bureaux de l’autorité administrative et même l’Eglise à cet endroit de la ville. L’indépendance n’avait apporté aucun changement notable à la configuration de la ville. Il fallait attendre plusieurs années plus tard pour que la ville change complètement de visage et de structure. Le bureau de poste avec sa construction moderne élevée vraisemblablement peu d’années avant le départ du colonisateur ou peut-être dans l’euphorie du recouvrement de l’indépendance, se distinguait notoirement des édifices vieillots qui abritaient les autres services publics. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La peur est parfois bonne conseillère. A peine avais-je entamé le parcours qui me séparait du bureau de poste, j’eus une idée que je pensai être salutaire. Je me suis souvenu que l’un des trois commerçants grossistes de l’alimentaire, au cœur de la ville, auprès desquels mon grand-père, commerçant de quartier dans le même secteur, s’approvisionnait avait le téléphone. Il m’arrivait, en effet,<span class="Apple-converted-space">  </span>de l’accompagner pour l’aider à pousser la charrette pleine de marchandises. Je trouvai l’idée géniale et j’entrepris de faire le détour par le centre-ville avec l’espoir tendrement caressé et en priant secrètement Dieu de faire sonner le téléphone au<span class="Apple-converted-space">  </span>moment exact — ce n’était pas peu demandé à Dieu— où j’arrivais en face du magasin alimentaire pour que je puisse voir comment on s’y prend pour l’utiliser. Cette idée que je trouvais plausible ne me rassura guère et la peur d’échouer ou de me faire la honte de demander à autrui comment utiliser le téléphone me tordait les boyaux. Ma volonté resta inébranlable et je poursuivis la quête d’un savoir faire peu répandu dans notre commune. Arrivé en face du fameux magasin, je pris le point le plus stratégique pour observer les manœuvres du personnel autour de l’appareil téléphonique. Mon espoir diminuait au rythme du temps qui passait. Puis sa courbe prenait une ascension vigoureuse chaque fois que quelqu’un s’approchait de l’appareil noir presque en forme de croix juché sur un petit meuble à proximité de la caisse que tenait le patron du magasin. Je ne sais plus combien de temps je dus attendre la sonnerie salvatrice. D’ailleurs, le temps n’avait que peu d’importance au point que nous ne le mesurions que pour satisfaire à l’obligation de fréquenter l’école. L’ange sauveur ne fit pas sonner le téléphone et il me parut que j’étais momentanément abandonné de Dieu. Las d’attendre et craignant que l’impatience s’empare de ma mère et dépité de ce mektoub, je me dirigeai vers le bureau de poste, résigné à subir les événements tels qu’ils allaient se présenter. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">J’avais déjà à quelques rares occasions accompagné un membre de ma famille à ce bureau pour poster une lettre après avoir acheté un timbre auprès des agents qui se tenaient derrière un comptoir qui leur conférait, à mes yeux et aux yeux de tous les habitants de la ville une autorité certaine. Certes non équivalente à celle des agents du makhzen, mais leur attribuant assurément un haut rang dans la hiérarchie sociale telle que conçue et acceptée dans notre ville. Les personnes lambda ne se courbaient pas quand ils les croisaient dans la rue, comme ils le faisaient en saluant les représentants du makhzen, mais tout de même ils les saluaient avec un profond respect. Par conséquent, pour ce qui était des démarches à accomplir, je ne me faisais aucun souci. Il me fallait juste exprimer mon souhait auprès de l’un des deux agents qui trônaient royalement derrière le comptoir, en s’activant avec fierté et même suffisance, teintée d’un soupçon de mépris pour les usagers de leur bureau de poste. Ils se prenaient vraiment pour des manipulateurs de génie d’une technologie moderne hors de portée des masses qui sollicitaient leur savoir-faire. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">Timidement et en lui tendant le précieux bout de papier sur lequel était inscrit le numéro de mon oncle et les deux dirhams que je sentais humectés de sueur à force de les avoir serrés dans ma main enfouie dans ma poche, je m’adressais au plus jeune des deux préposés: « Je voudrais téléphoner à mon oncle, voici le numéro… ». Il prit le papier et me répondit hautainement, « Garde ton argent tu paieras à la fin, c’est bon va t’asseoir ! » Je suivis peureusement la consigne et pris place sur un banc que la succession quasiment infinie des fesses qui s’y étaient frottées avait rongé la couche supérieur de son bois. Quelques individus me regardèrent avec presque de l’étonnement; on ne voyait presque pas des garnements seuls dans un bureau de service public. Ils me dévisageaient certainement pour pouvoir me situer dans la grille des familles. Tout le monde connaissait tout le monde et on ne pouvait rien faire discrètement. Mes yeux un peu effarés ne cessaient de suivre les gestes et déplacements des deux agents. De temps en temps un monsieur plus âgé que les deux employés, un peu bien en chair, lunettes sur le nez et cigarette au bec faisait des allers et retours entre les agents du comptoir et un bureau escamoté derrière une armoire métallique pleine de registres. Il leur chuchotait et ils lui répondaient tout aussi sur le ton du murmure. Ils avaient l’air de lui témoigner fort respect. Je conclus que c’était leur directeur, car je m’étais souvenu de l’attitude qu’observaient mes maîtres d’écoles quand ils recevaient le directeur.<span class="Apple-converted-space">  </span>Je vis aussi le jeune auquel je m’étais adressé, de temps en temps, s’approcher<span class="Apple-converted-space">  </span>d’une grosse caisse de bois installée, en contrebas, devant lui et portant sur le dessus plusieurs boutons qui n’arrêtaient pas de s’allumer et s’éteindre et des interrupteurs qui ressemblaient, en plus petit, aux interrupteurs d’électricité dans notre maison et qu’il maniait avec ses doigts. Il les actionnait après avoir mis de part et d’autre de sa tête sur ses oreilles ce que longtemps plus tard je sus que c’était un casque. Etourdi par autant de nouveautés, je n’eus pas l’idée de me demander ce qu’il pouvait y entendre. J’étais émerveillé, j’étais sorti de mon petit univers où la chose la plus moderne était la radio que grand-père écoutait dans sa boutique. J’étais fasciné par tant de modernité technologique qui s’étalait à ma vue, il y avait même plaquée au mur une grosse horloge, dont les aiguilles décomptait le temps dans son écoulement souverain et bien d’autres choses dont je ne connaissais pas l’usage. Si j’étais mort ce jour là j’aurais été content que mes jours se terminent par la découverte de ce prodigieux essor technologique. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">La peur de ne pas savoir utiliser l’appareil téléphonique me relança. J’étais désemparé, presque terrorisé. Je regardai autour de moi à la recherche d’un éventuel secours et mon regard se posa opportunément sur l’unique cabine téléphonique du bureau de poste. J’espérais y voir quelqu’un en train de téléphoner pour le copier, en vain. Elle était désespérément vide. Je continuai à nourrir l’espoir que quelqu’un serait venu avant moi pour la même raison et qu’il allait m’y précéder. Mon espoir s’évapora instantanément quand j’entendis le jeune agent dire à voix assez haute: « Téléphone pour Berkane, vas y entre dans la cabine… ». Je me souviens encore et nettement de ce bondissement que fit mon cœur, j’imagine que ma chemise se soulevait visiblement au niveau de la partie gauche de ma poitrine. Je tremblai presque. J’étais perdu, mais j’avais rassemblé tout ce que j’avais comme courage pour faire face, vaillamment, à cette adversité à la quelle je voulus m’exposer tout en la redoutant énormément. Je pénétrai alors dans la cabine. Elle sentait des relents de transpiration que la chaleur avait amplifiée. Un bloc noir surmonté du combiné était là accroché au mur. Sa vue me renvoya le souvenir des gros corbeaux noirs que je voyais dans la campagne quand j’y allais passer quelques jours chez mes grands parents maternels lorsqu’ils y habitaient encore. Craintivement je tendis ma main, soulevai délicatement le gros et lourd combiné, mais je ne sus laquelle des deux extrémités de cet engin mystérieux mettre à l’oreille et laquelle utiliser pour parler. Je le tenais horizontalement et mon hésitation dura quelques secondes sans que je puisse me décider. Soudain j’entendis une voix faible venant de loin sortir de l’un des deux bouts. Alors, mon esprit s’illumina, mon visage devait retrouver sa couleur et mon cœur ralentir ses bondissements. Je collai cette extrémité d’où sortait la voix magique à mon oreille et l’autre s’ajusta automatiquement au niveau de ma bouche. Une voix féminine me questionna sur mon identité. Je la déclinai et transmis le message de ma mère. C’était ma tante, l’épouse de mon oncle. Comme le veut l’habitude qui impose ses règles de politesse même si le message à délivrer est catastrophique, elle s’enquit d’abord des nouvelles de ma mère et de tous les membres de la famille, puis en essayant de donner autant que possible crédit à ses paroles, elle me demanda de dire à ma maman que son père se portait de mieux en mieux et qu’il avait même commencé à se nourrir. Je reposai le combiné tout aussi délicatement que lorsque je l’avais soulevé et sortis de cet espèce d’isoloir. Je sentis que j’avais les joues en feu et le sourire illuminé. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1">L’épreuve fut réussie. Je payai la communication et quittai le bureau de poste. J’étais aux anges, je riais fort, j’étais fier de moi, de mon exploit, j’aurais voulu que le monde entier le sache. Dans la rue je courais et je faisais des gambades de joie. Voilà un point de marqué dans le match perpétuel qui m’opposait à mon frère et aussi à moi-même, car je me sous-estimais et me voyais d’une incapacité incurable et désespérante par rapport à lui. Je n’avais pas manqué de raconter mon exploit à qui voulait m’entendre. La fierté de soi élève et donne les moyens psychiques pour frayer son chemin dans cette vie que beaucoup de tares sociales compliquent. <span class="Apple-converted-space">                           </span></span></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Nouvelle. Un arracheur de dents pas comme les autres</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/64087</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Nov 2021 14:00:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[Arracheur de dents]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[Un soir, au tout début de l’été, un cousin de notre grand-père, que nous appelions par commodité oncle Ali, un citadin de fraîche date, se trouva fort tourmenté par une rage de dent. Il n’y avait dans tout le village que deux arracheurs de dents, dont l’un était le frère de ma grand-mère et donc &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">Un soir, au tout début de l’été, un cousin de notre grand-père, que nous appelions par commodité oncle Ali, un citadin de fraîche date, se trouva fort tourmenté par une rage de dent. Il n’y avait dans tout le village que deux arracheurs de dents, dont l’un était le frère de ma grand-mère et donc le gendre du patriarche et qui habitait à quelques mètres de chez-nous. Oncle Ali, avant de continuer son chemin vers la maison de l’arracheur de dents, préféra faire étape auprès de son cousin. Vraisemblablement pour puiser le courage de subir l’atroce douleur de l’arrachement de cette source de mal insupportable et pourquoi pas peut être se faire conseiller quant à une quelconque façon moins douloureuse de calmer cette rage de dent. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’arracheur, que nous appelions aussi oncle Haj Mohamed. Il était l’un des premiers, si ce n’était le premier, à avoir accompli le pèlerinage des lieux saints de l’islam en Arabie Saoudite, c’était si je ne me trompe en 1957. Depuis une émulation s’était établie entre lui et le patriarche, à qui totaliserait le plus grand nombre de voyages annuels aux lieux saints ; mon grand-père, à son grand dépit, ne fut que deuxième et encore de loin. En cette fin d’après-midi où le mal frappa oncle Ali, oncle Haj Mohamed se trouvait chez-lui. Il avait l’habitude de finir sa journée de travail un peu après la prière du milieu de l’après-midi. A l’en croire, sa vue déclinait fatalement avec le déclin du soleil. En raison de la baisse de sa vue, il refusait catégoriquement et inflexiblement de pratiquer sa science au déclin du jour, sous peine de faire préjudice à ses patients. Il ne cessait de répéter qu’il regrettait encore le soir où il avait cédé à l’insistance d’un patient et fini par lui arracher une partie de la lèvre. Son refus fut tout autant inexorable, en dépit de l’évocation, par oncle Ali, du lien familial qui les unissait. Dépité, geignant de douleur et grognant de colère, oncle Ali se replia, la paume de la main de la main sur la joue sur la boutique de son cousin, notre grand-père, qui ne sut comment le réconforter. Puis il se rappela un remède traditionnel que l’on conseillait contre la rage de dent. « Il faudrait peut être, lui disait-il en lui tendant une petite poignée de clous de girofle prise dans un bocal, essayer un clou de girofle, ça pourrait calmer la douleur. » Gémissant de plus en plus fort, oncle Ali, la mâchoire engourdie par l’intensité de la douleur, qui semblait avoir subitement et sensiblement augmenté, lui rétorqua que ce genre de charlatanerie, il l’avait déjà subi, cependant en vain.<span class="Apple-converted-space">       </span></span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mon frère qui avait le don d’être présent aux circonstances cocasses ou graves pour les relater ou s’y illustrer, était là silencieux mais l’agitation de son cerveau se reflétait sur les traits de son visage. Il cogitait, son esprit vraisemblablement tournait à plein régime. Lui qui ne manquait jamais d’idées originales et était prêt à les mettre en pratique sans se soucier des conséquences de ses actes, eut l’audace de proposer son aide à oncle Ali pour le soulager de la rage de dent. Je ne sais pas si ce fut le geignement de l’oncle Ali et son visage déformé par la souffrance qui suscitèrent cette compassion plutôt téméraire chez mon frère ou ce fut son génie de trouver une solution aux situations délicates.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"> Toujours est-il son aplomb l’amena à se proposer de se substituer à notre oncle arracheur de dents. Quand il se proposa à cette besogne exigeant une technique particulière et de la force, le patriarche le rabroua de peur qu’il augmentât les malheurs de santé de son cousin. Mais il mit beaucoup de conviction dans<span class="Apple-converted-space">  </span>son insistance de relever le défi et donc réussir à soulager oncle Ali. Celui-ci appréhendant de passer une nuit entière dans la douleur, et sûrement emporté par l’enthousiasme débordant de mon frère il accepta de tenter le coup malgré l’effort déployé par le patriarche de le dissuader. Il faut dire que celui-ci habitué à voir son petit fils faire preuve d’habilité dans maints domaines et par conséquent ayant confiance en sa perspicacité, il ne persista pas trop dans son refus d’autoriser le nouvel apprenti arracheur de dents à soulager son cousin. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Enhardi par ce double accord, mon frère alla chercher la pince dont on se servait pour arranger maintes choses dans la boutique, demanda à oncle Ali de s’asseoir par terre et, certainement se remémorant les gestes de Haj Mohamed l’arracheur professionnel, il lui demanda de lui désigner précisément la dent source de son malheur. Oncle Ali ouvrit largement la bouche et pointa de son index une prémolaire dans sa mâchoire inférieure. Mon frère imitant le professionnel émit deux ou trois « hum hum » signifiant qu’il l’avait bien localisée et apaisa la crainte de son patient cobaye en lui assurant qu’elle bougeait énormément et qu’il n’était que trop facile de la lui arracher.<span class="Apple-converted-space">  </span>Comme il voyait faire Haj Mohamed l’arracheur, il cala fermement le patient entre ses genoux, de sa main droite il tint la pince et de la gauche il lui immobilisa vigoureusement la mâchoire et puis subrepticement d’un geste maîtrisé il introduit la pince dans la bouche. Il mit la dent entre les deux mors de l’outil, serra fortement, fit bouger énergiquement la dent et tira vers le haut. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Oncle Ali émit un cri de douleur étouffé et mon frère tout sourire, rayonnant, brandit orgueilleusement son trophée, la dent sanguinolente entre les mors de la pince et avec un sens aigu de la responsabilité il proclama: « ah ! c’est fini je l’ai arrachée. Apportez de l’eau et mettez y beaucoup de sel … ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"> L’eau fortement salée était le remède pour aider la plaie à cicatriser et aussi pour apaiser la douleur, ce fut du moins ce que l’on croyait. Oncle Ali, soulagé bénévolement, se rinçait abondamment la bouche en essayant d’introduire aussi longtemps qu’il pouvait supporter la salinité de l’eau, ce liquide dans le trou laissé par l’arrachement de la dent. Il crachait et se raclait fortement et bruyamment la gorge pour éviter autant que possible que le sang s’introduise dans son appareil digestif. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’assistance fut subjuguée et les congratulations fusèrent et le palmarès de mon frère s’étoffa d’un nouveau succès. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ravi et plutôt galvanisé<span class="Apple-converted-space">  </span>par son succès, mon frère récidiva quelque temps après en exerçant sa nouvelle science sur un vieil homme client de notre grand père. Mais cette fois-ci l’événement se passa quasi inaperçu, l’effet de surprise fut, pour ainsi dire, complètement consommé et la fascination manquait. Le vieux se présenta dans la boutique du grand-père un soir au crépuscule entre les deux dernières prières du coucher du soleil et du début de la nuit, pressant un vieux mouchoir sur sa bouche et geignant à souhait. En le voyant, et à son habitude, mon frère prompt à mettre au service des autres l’ingéniosité de son esprit et la dextérité de ses mains lui demanda la cause de son tourment. Le vieux découvrit ce qui restait d’une denture gâtée et éminemment menacée d’une disparition imminente. Il désigna de son doigt une incisive d’en haut penchée en avant et lui dit: « elle me fait très mal, et je ne vais pas pouvoir dîner ». </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Fort de sa première réussite en tant qu’apprenti arracheur de dents, il lui proposa de le soulager. Le vieux ne le fit pas répéter son offre, et même qu’il le supplia pour en bénéficier. Mon frère usant de son savoir avec une assurance ostensible tint la dent mise en cause entre l’index et le pouce de sa main, la fit légèrement remuer pour juger de la façon la plus opportune pour l’arracher et la voilà qui lui tombe dans le creux de sa main.<span class="Apple-converted-space">  </span>Et un autre « patient » qui se fendait en remerciements et gestes de gratitude d’avoir été soulagé d’un mal de dent qui risquait de nuire à son appétit et fort probablement à la quiétude et la tranquillité de son sommeil. </span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>OUJDA. LE RAS-LE-BOL D&#8217;UN MRE CONTRE L&#8217;ADMINISTRATION COMMUNALE</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/63807</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Nov 2021 09:46:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[mre]]></category>
		<category><![CDATA[Oujda]]></category>
		<category><![CDATA[TRACASSERIES]]></category>
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					<description><![CDATA[J’habite à l’étranger. Vivant dispersés entre le Maroc et l’étranger, mes cohéritiers d’une maison parentale à Oujda, m’ont désigné pour les représenter auprès de l’administration communale d’Oujda pour obtenir l’autorisation de faire entreprendre les travaux de ravalement de sa façade. Enthousiasmé par l’élan démocratique que prit notre pays et les effets bénéfiques qu’il est censé &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>J’habite à l’étranger. Vivant dispersés entre le Maroc et l’étranger, mes cohéritiers d’une maison parentale à Oujda, m’ont désigné pour les représenter auprès de l’administration communale d’Oujda pour obtenir l’autorisation de faire entreprendre les travaux de ravalement de sa façade. Enthousiasmé par l’élan démocratique que prit notre pays et les effets bénéfiques qu’il est censé produire sur les services administratifs communaux de la ville, je pensais que deux mois seraient suffisants pour accomplir cette mission. Par conséquent, je mis tous mes projets personnels en veille pour m’atteler à cette tâche. Mes démarches commencèrent vers le 7 septembre 2021. Dès le premier contact avec l’administration communale, un accro surgit. On me dit sur tous les temps et à tous les échelons de la hiérarchie administrative, que les services concernés ne reçoivent plus les demandes d’autorisation de réfection que par internet, autrement dit en passant par la plateforme « rokhas.ma ». J’eus beau leur expliquer qu’aucune loi ne m’oblige à posséder, ni à savoir utiliser un ordinateur et que le décret réglementant l’obtention de l’autorisation de réfection stipule expressément le dépôt, contre récépissé, du dossier de la demande auprès du bureau d’ordre de la commune ou du guichet unique d’urbanisme. Rien n’y fit. Le préposé au bureau d’ordre me renvoya désespérément à deux reprises.</p>
<p>Ce que je trouve parfaitement aberrant c’est que dès le premier abord, les préposés au service d’urbanisme dirigent illico presto le citoyen vers l’un des cybers qui pullulent autour de leur administration, ce qui est indéniablement contraire à l’esprit et à la lettre des lois et règlements qui régissent le domaine de l’urbanisme, ceux qui garantissent la liberté individuelle du citoyen et ceux visant à rapprocher l’administration du citoyen et la simplification des procédures administratives.</p>
<p>Armé des disposions légales, je me prenais pour un David contre un Goliath. Malheureusement, cette fois-ci Goliath battit David à plate couture. En effet, je dus courber l’échine, ranger les dispositions du décret n° 2 18 577 publié au bulletin officiel n°6874 du 22 chaabane 1441 (16-4-2020), comme outils non utilisables et sans valeur aucune face à la volonté d’une certaine catégorie d’agents de l’administration communale d’Oujda. Que l’on juge! En matière de demande d’autorisation de réfection d’un immeuble existant, le décret susmentionné stipule dans son chapitre II intitulé  « Du permis de réfection relatif aux bâtiments existants » : « Le dépôt de la demande du permis de réfection relatif aux bâtiments existants s’effectue auprès du bureau d’ordre de la commune, contre accusé de réception numéroté et daté. L’accusé de réception vaut attestation de recevabilité du dossier. (…) En cas d’existence d’un guichet unique des autorisations d’urbanisme, le dépôt des dossiers s’effectue conformément aux modalités fixées par le présent article, au bureau d’ordre dudit guichet ».</p>
<p>Quand j’exhibais le texte de ce décret, on me répondait qu’il est dépassé et que je suis en retard dans mes informations, même si ledit décret ne date que du 12 juin 2019 et ne fut publié au bulletin officiel que le 16 avril 2020. Et lorsque je m’enhardis à demander les référence du texte dont ils se prévalaient, j’eus droit à deux réponses : la première, que je juge la plus aberrante et la plus extravagante, c’était que je devrais présenter une demande écrite et la déposer auprès du bureau d’ordre de la municipalité d’Oujda. La deuxième, ce fut de demander l’aide de Google en tapant les mots clés « Règlement général de construction ». Ce qui je fis et oh ! quelle surprise, je tombe sur le décret que je cite plus haut et il n’y a nulle race d’obligation au citoyen de recourir à la plate forme rokhas.ma pour demander une autorisation de réfection d’un bâtiment existant. Bien plus serait-il imaginable que le même texte réglementaire puisse stipuler deux dispositions contradictoires : celle détaillant la procédure de dépôt de la demande auprès du bureau d’ordre et celle obligeant le citoyen à passer par la fameuse plateforme numérique qui d’ailleurs soit dit subsidiairement, d’une part, ne fonctionne correctement que rarement et, d’autre part, il faudrait avoir été formé à l’effet de l’utiliser, autrement on s’y perdrait totalement.</p>
<p>Qu’à cela ne tienne et comme dit l’adage populaire « que peut le mort contre son laveur? » Je me suis résigné, je me suis assis sur mon principe d’exiger mes droits selon les lois du pays et grâce à l’aide d’un fonctionnaire dudit guichet unique d’urbanisme, j’ai pu accéder à la plateforme et constituer laborieusement mon dossier. Il fallut en effet d’abord constituer le dossier sur le support papier avec la signature légalisée du formulaire de la demande, ensuite le scanner pièce par pièce pour enfin les télécharger dans la plateforme. Ce que je réussis à faire même si je dus emprunter un ordinateur à l’un de mes proches, me servir de mon téléphone comme scanner et m’essayer à de nombreuses reprises tellement l’utilisation de ladite plateforme est compliquée. Ah ! Quel soulagement ! et, sans exagérer aucunement, je dirais quelle joie m’envahît, quand je constatai que ma demande fut mise sur les rails, même si je dus galérer pendant deux semaines pour comprendre les rouages insondables de cette plateforme.</p>
<p>Malheureusement mon contentement fut éphémère. Mon dossier fut considéré incomplet. Il fallut le compléter par une déclaration d’occupation de l’espace public, avec ma signature légalisée. Je m’étais démené pour satisfaire à cette dernière exigence, même si la loi n° 55-19 relative à la simplification des procédures administratives a supprimé cette formalité et bien d’autres. J’avoue que la peur de voir mon dossier rejeté pour un autre motif ne m’avait pas quitté pour autant.</p>
<p>Et rebelote, mon dossier est encore une fois rejeté. Cette fois pour le motif que ladite déclaration devait comprendre au minimum dix mètres carrés. Ce qui n’était signalé nulle part. Et je satisfis encore à cette condition imprévisible. Quand mon dossier fut déclaré complet et acceptable, il fallut qu’une visite des murs à ravaler ait lieu. La plateforme « rokhas.ma » fixe le délai d’un jour pour que cette visite se fasse. J’ai attendu quatre jours sans que je reçoive le moindre signe de la commission chargée d’effectuer cette visite. Je voyais le temps passer et mon inquiétude grandissait. Le doute s’insinua dans mon esprit et je me rendis au service concerné. Les préposés m’informèrent que la voiture de service était en panne et qu’ils ne pouvaient reprendre les visites dans de brefs délais. Je leur fis la proposition de mettre ma propre voiture à leur disposition, mais poliment ils déclinèrent mon offre pour des raisons de sécurité qui exigerait, me dirent-ils, qu’ils ne puissent se déplacer que dans une voiture de leur service.</p>
<p>Face à mon obstination et surtout à l’abattement psychique dont les signes se remarquaient sur mon visage, ils me suggérèrent de voir avec le directeur, mais ils ajoutèrent qu’il fallait l’attendre car il n’était pas encore arrivé. Il était environ dix heures quand je rejoignis deux hommes et une femme qui l’attendaient avant moi. Pour passer le temps nous nous racontâmes, dans le détail, nos aventures respectives pour obtenir le précieux sésame qui nous délivrerait du châtiment moral que nous subissions. A midi, aucune information précise n’a pu nous être donnée quant à l’éventualité de la venue de M. le directeur. Las d’attendre, nous décidâmes désespérément de quitter les lieux. Mon amertume que j’accumulais déjà depuis des semaines augmenta de plusieurs crans. Je maudis le sort qui me mit en rapport avec cette administration. Dès que je repris mon calme, je m’avisai de recourir à l’aide de mon bienfaiteur qui m’avait initié à l’usage de la plateforme. Encore une fois grâce à lui je fus sorti d’embarras. Je ne sus comment cela se fut arrangé, toujours est-il, ils visitèrent la maison un samedi en fin de matinée et me garantirent que mon dossier allait être présenté, sans faute le lundi matin à la signature du directeur et que désormais le sort de ma demande ne dépendrait plus que de sa griffe magique . Enfin un week-end qui s’annonçait sous le signe d’un repos physique et spirituel bien mérité.</p>
<p>Le lundi matin je me présentais à son bureau. Sur un ton compréhensif et surtout avec une volonté qu’il voulait toute respectueuse de la loi, il m’assura que la signature relevait de la compétence d’un élu et qu’en ce moment, en raison des récentes élections, les choses au conseil municipal n’étaient pas encore clarifiées et qu’il fallait attendre au moins jusqu’à jeudi. Ce qu’il omit de me préciser c’est qu’avant cette ultime signature, il fallait que le dossier soit validé par lui.</p>
<p>Le jeudi venu, je rejoignis une cohorte d’au moins une dizaine de personnes dans la même situation de détresse administrative que moi qui attendait dans le couloir à la porte de son bureau. Moi j’attendis de dix-heures trente minutes jusqu’à treize heures. Fatigué, à mon âge (69 ans), je ne pus faire mieux. Mes compagnons d’infortune durent faire preuve de plus de résistance. A quinze heures j’y retournai, il n’y était pas venu. Quelques uns de ses collègues m’assurèrent qu’il était trop tard pour qu’il y ait la moindre chance qu’il réintègre son bureau. Et je rentrai chez moi les nerfs en boule. Et, encore une fois, je maudissais le sort qui me choisit pour cette galère. Je m’étonnais de ce que le fameux principe de la continuité de l’administration était lamentablement bafoué, qu’elle soit confondue avec un responsable, qui n’était non seulement pas suppléé, mais, pire encore, que personne ne savait s’il allait ou pas venir. L’incertitude, l’ambiguïté totales! Le temps du citoyen, son moral et sa dignité comptent pour rien auprès de ce responsable qui me disait – quand j’eus l’immense chance de le trouver dans son bureau&#8211; qu’il était à cheval sur l’application de la loi et qu’il tenait à ce que le citoyen ne quitte son bureau que convaincu que la loi s’appliquait tout autant dans son esprit que dans sa lettre.</p>
<p>Le lendemain, vendredi, à l’instar d’un planton je me présentai à la porte de son bureau qui était, bien évidemment et en toute logique de sa manière de conduire les affaires des pauvres citoyens que nous sommes, fermée à clé. Je retrouvai la plus part des têtes que j’avais quittées la veille. Nous nous saluâmes en vieilles connaissances tellement le temps passé ensemble nous avait donné l’occasion de sonder mutuellement nos âmes et nos cœurs. Après environ une heure d’attente, le plus hardi d’entre nous approcha aimablement l’un des fonctionnaires qui, avec affabilité, accepta de voir ce qui clochait dans nos dossier respectifs. Il nous accompagna au bureau des agents où se déroule le traitement des demandes. Et c’est ainsi que nous découvrîmes que nos dossiers leur furent retournés et donc le processus administratif était rétrogradé d’une étape, pour défaut de photos des bâtiments proposées à la réfection. Il s’en disculpèrent en arguant que cette opération ne se faisait pas avant, n’était pas légale et en plus leur bureau n’était pas équipé en matériel adéquat pour satisfaire à cette condition qu’ils trouvaient farfelue. En dindons de la farce, nous ne savions quoi dire ni à quoi nous en tenir.</p>
<p>A force de courir après cette autorisation, dont l’obtention nous paraissait exiger la patience du prophète Ayoub, nous avions perdu la notion de droit, ou plutôt nous avions renoncé au droit, à notre droit. Nous nous contentions juste de trouver le moyen, fut-il au dépens de notre dignité de citoyen et au prix de notre rabaissement au statut de quémandeur, de nous sortir de ce guêpier administratif. Dans le brouhaha, l’effarement des uns et même l’indignation des autres, les deux agents chargés du traitement des dossiers acceptèrent de faire l’effort de télécharger les photos qu’ils ont prises lors de leur visite des lieux. Entre temps M. le directeur était arrivé. Il ne nous restait plus qu’à le supplier pour que nos dossiers passent à l’étape de la validation. C’est ce que nous fîmes chacun notre tour. Je reçus la promesse que mon dossier sera validé et même que je fus conseillé d’aller le lundi matin payer les frais de cette autorisation mémorable par les affres qu’elle m’a occasionnées malgré la simplicité que la loi promet à son demandeur. Mais le parcours du combattant n’était pas fini avec la validation et le paiement des frais. Il fallait attendre encore la signature suprême de l’un des honorables élus que les Oujdis crurent être judicieux de choisir pour leur faciliter la vie dans leur mémorable et millénaire cité.</p>
<p>J’avoue que j’ai développé une phobie de l’administration communale d’Oujda. Je crois que dorénavant j’éviterais même de passer dans la rue où elle s’érige en bâtiment sinistre.</p>
<p>Ce que je déplore énergiquement dans le comportement de certains responsables de cette administration, c’es cette distanciation sociale qu’ils affichent à l’égard du citoyen, où se combinent mépris, ascendance, paternalisme et sentiment de supériorité intellectuelle et sociale, le tout fortement teinté d’une affectation tutélaire. Ils ont développé la pénible obsession d’être les seuls à connaitre, comprendre et interpréter la loi.</p>
<p>Ce qui me parait drôlement regrettable c’est que le prétendu respect de la loi n’est en fait qu’un faire-valoir, un décor que l’on plante dès l’abord. Ce que l’on respecte à vrai dire ce sont des instructions ou même peut être que de simples suggestions, venues d’en haut, sans même avoir eu le devoir ou même tout simplement la curiosité de les confronter à la loi. Cependant, le pourrait-on quand, inconsciemment, on pense que fatalement le supérieur hiérarchique personnifie la loi et que tout le reste n’est qu’accessoire ?</p>
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		<title>GUERRE DES PÉTITIONS. L&#8217;AUTRE SON DE CLOCHE.</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/23949</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 Aug 2020 09:20:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[guerre des pétitions]]></category>
		<category><![CDATA[opinion]]></category>
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					<description><![CDATA[Il faut d’emblée préciser que je n’ai pu avoir loisir de lire aucun des deux pétitions qui, depuis quelques jours, se font la guerre autour des libertés démocratiques au Maroc. En jugeant d’après les extraits que j’ai pu lire dans les médias, « le Manifeste des 400 » signataires, à mon sens, réclame une démocratie immédiate sans &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut d’emblée préciser que je n’ai pu avoir loisir de lire aucun des deux pétitions qui, depuis quelques jours, se font la guerre autour des libertés démocratiques au Maroc. En jugeant d’après les extraits que j’ai pu lire dans les médias, « le Manifeste des 400 » signataires, à mon sens, réclame une démocratie immédiate sans prélude ni transition. Il y dénonce même ce qui serait des travers de l’absence de la liberté sous toutes ses formes. On y entrevoit des reliques encore actives d’une situation politique et sociale que l’on a à juste titre qualifiée d’années de plomb et que beaucoup de citoyens marocains pensent avoir été pour de bon enterrées, cependant pas complètement.</p>
<p>La Pétition des 670 se positionne dans le camp adverse, celui du relativisme. Elle dénie aux signataires du « Manifeste des 400 » la représentativité de l’opinion publique et prétend remettre les choses dans leur contexte et selon la loi de la proportionnalité que la situation exige. Autrement dit, ses signataires pensent qu’il y a lieu de faire la part de ce qui a évolué et de ce qui est en cours d’évoluer en fonction d’une réalité qu’il ne faudrait en aucun cas sous-estimer. Bref, ils regardent le processus et non le résultat final recherché. Celui-ci, penseraient-ils, est certes inéluctable, cependant il est tributaire du temps et de l’évolution de beaucoup de facteurs dont les mentalités.</p>
<p>Lapidairement on peut affirmer que les premiers ont la conviction ferme que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Une démocratie totale, intégrale et réelle et non sur le papier. Des faits pas des slogans.</p>
<p>A mon avis, même si les deux courants se montrent en contraste l’un de l’autre, ils expriment une réalité que nul n’ignore à moins de vouloir se cacher derrière son doigt. Ils montrent la même évaluation du jeu politique en évolution depuis plusieurs décennies. La phase actuelle de la situation politique et sociale et surtout sur le plan des libertés peut être figurée par l’image de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Les anciennes générations voient plus la partie pleine car ils en réfèrent au passé et les générations présentes piaffent d’arriver au stade atteint par les vieilles démocraties occidentales.</p>
<p>Ne vaudrait-il pas mieux avoir la bouteille pleine et que chacun prenne ses responsabilités et d’abord les institutions du pays. Tergiverser dans la marche vers ses objectifs, c’est accumuler les tares sociales et les préjugés pernicieux qui desservent la société et retardent l’accomplissement de son destin politique et <strong>servent les opportunistes, les faux patriotes et toute la vermine qui faussement se prévale de la défense de l’intérêt général.</strong> Et tous ceux qui usent et abusent de cette situation, qui se plie à toutes les volontés méprisables, sous le spécieux prétexte de vouloir préserver l’ordre dans toutes ses dimensions. Au nom d’un ordre qui n’est guère un ordre on passe l’éponge sur des méfaits, on tolère des abus et même la misère matérielle et surtout intellectuelle. La démocratie s’initie et s’exerce par l’établissement de la responsabilité et la responsabilisation de tous collectivement et de chacun individuellement.</p>
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		<title>RÉCIT. LA CHOSE ÉTENDUE (SUITE ET FIN)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/22548</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Aug 2020 11:39:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[la chose étendue]]></category>
		<category><![CDATA[récit]]></category>
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					<description><![CDATA[Ma voix se manifestait par une intonation bizarre et craintive: — « Hé ! Mahmoud, viens voir&#8230; » Celui-ci, occupé à tenter de tirer le maximum qu’il pouvait du mince mégot monté sur le rameau, ne m’entendit qu’au deuxième appel. A l’intonation de ma voie affaiblie, il sentit le désarroi, la confusion dans laquelle j’étais. Il comprit &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ma voix se manifestait par une intonation bizarre et craintive:</p>
<p>— « Hé ! Mahmoud, viens voir&#8230; »</p>
<p>Celui-ci, occupé à tenter de tirer le maximum qu’il pouvait du mince mégot monté sur le rameau, ne m’entendit qu’au deuxième appel. A l’intonation de ma voie affaiblie, il sentit le désarroi, la confusion dans laquelle j’étais. Il comprit que quelque chose d’anormal me tourmentait. Et au lieu d’accourir à mon secours, il se contenta de me demander de revenir vers lui. Ce fut comme une bouée de secours qu’il m’envoya et je ne manquai pas de la saisir avec soulagement de pouvoir me tirer d’affaire sans trop de ridicule au front. Dès qu’il me vit faire à peu près la moitié de la distance qui nous séparait, il s’avança de quelques pas et me demanda de préciser mes propos et d’expliquer l’émotion qui m’agitait.</p>
<p>Cette nuit, la peur s’était transmise entre nous comme l’étaient nos sentiments amicaux. Elle était partagée entre nous, comme il nous arrivait de partager la même cigarette, le même repas, et bien d’autres choses qui nous réunissaient. Il s’approcha le plus possible de moi, comme si j’allais lui confier un grand secret, pour mieux m’entendre lui expliquer ce qui me mettait dans cette situation de trouble. Il m’entendit débiter d’une voix où se mêlait l’engourdissement que provoquent la peur et mon cramponnement désespéré aux dernières illusions de ma fierté. Mes phrases furent courtes, hachurées et surtout traduisaient la panique qui s’était emparée de moi:</p>
<p>— « Quelque chose là-bas&#8230; Je ne sais pas ce que c’est&#8230; Viens voir cette chose étendue là- bas couverte d’un blanc, on dirait un drap&#8230; Viens ! Viens ! C’est juste là&#8230; ».</p>
<p>Ma propre peur ne m’empêcha pas de sentir la frayeur qui s’empara de mon ami. Il tendit sa main, agrippa mon bras et essaya de me pousser sur le chemin inverse de celui qui menait à la chose. Il voulait que nous nous éloignions et vite fait:</p>
<p>« Viens ! On s’en fiche, me dit-il, de ce qu’est cette chose&#8230; On rentre, il se fait tard ».</p>
<p>Tant de choses entendues des années durant et qui étaient le produit d’une superstition enracinée dans la représentation collective du monde, se mêlèrent à la peur instinctive pour dissuader Mahmoud de faire ne serait-ce qu’un pas de plus en direction de la chose étendue, que j’insistai de lui montrer d’une main, dont je me forçais de limiter le tremblement. Il voulait que cette chose mystérieuse le reste. Il lui était égal de ne pas comprendre pourvu qu’il reste hors du danger. Le risque, il n’en voulait pas même pour un égo exalté par le sentiment et la démonstration d’une attitude courageuse. Dans nos nombreuses discussions le vieux adage « si tu ne veux pas être mordu par la vipère, ne glisse pas ta main dans son nid », le répétait-il inlassablement pour dire qu’il ne faut pas tenter le diable.</p>
<p>A contrario, sa peur réveilla le peu de courage qui subsistait au fond de moi. L’esprit de contradiction qui me caractérisait se ranima. Quand il me pressa de quitter les lieux, piqué au vif de ma fierté, je me rebiffai. Un calme relatif me gagna. Puisant mes dernières ressources de courage et de confiance en moi, afin d’éviter qu’une attitude de couard me poursuive longtemps, je m’enhardis à vouloir quelque fût le prix à dévoiler le mystère. Ma raison reconquérait lentement du terrain et l’assurance poignait dans mon cœur. Hardiment je lui enjoignis : « Allons voir de près de quoi il retourne ! Si tu refuses, le sommai-je, moi j’y vais ». Tant j’insistais, tant il s’enfonçait dans sa stupéfaction et persistait dans son refus. En réalité, c’était mon tempérament fougueux, des fois jusqu’à l’absurde qui me poussa à puiser dans la peur de mon ami le courage nécessaire pour braver la chose étendue. Qu’advienne que pourra !</p>
<p>Beaucoup de fierté récupérée et le souci de réussir une sortie honorable, mêlés à une once de peur provoquèrent en moi une montée de bravoure pour vouloir sortir la tête haute de cette épreuve. Avant de me hasarder la conquête de la chose mystérieuse, j’allongeai du mieux que je pouvais mon buste, en gardant les yeux fixés sur la chose étendue pour détecter tout éventuel mouvement suspect ou susceptible de m’éclairer dans ma décision que je ne semblai pas avoir résolument arrêtée. Dans ce temps, je fus tiraillé entre courage et couardise, entre le renoncement et l’envie de comprendre et surtout de faire subir le moins possible de dégâts affectifs au cours de cette aventure nocturne. Dans une ultime tentative je relançai indirectement mon ami : « J’y vais voir ce qu’est cette chose, tu viens ? ». En guise de réponse, il essaya de me pousser en m’assénant cette vérité « Viens ! On rentre ! Et puis en quoi cela t’avancerait de comprendre ce qu’est cette chose ? ». Je renâclai devant son insistance comme un âne fort têtu de sa nature.</p>
<p>J’aurais aimé que Mahmoud obtempère à ma requête, ce qui m’aurait affermi, augmenté mon courage et surtout parce que, à mon sens, à deux nous aurions plus facilement affronté le danger. Curieusement, ces circonstances furent également l’occasion pour moi de découvrir manifestement le contraste qui m’habitait. En effet, j’aurais aimé que mon ami insistât plus fort qu’il ne l’avait fait, ce qui m’aurait offert un précieux prétexte de renoncer à mon entêtement et me ranger à sa décision. Ainsi, le dilemme aurait été tranché en faveur de mon ego, du moins auprès de lui et des autres qui auraient pris connaissance de l’histoire. A vrai dire, au fond de moi-même, la balance entre les deux termes de l’équation penchait beaucoup plus vers la prudence que vers la hardiesse. Mahmoud n’insista pas et je vis mon propre piège se refermer sur moi. Toute issue permettant le recul était condamnée. Il ne me restait d’autre choix que d’affronter le danger et d’avancer fermement vers la chose étendue. Mis au pied du mur, mon ego s’exalta et je remémorai quand je pérorais à propos de la rationalité de tout phénomène sur terre et que le monde de l’invisible est une pure invention des esprits malades de la superstition et de la mythologie primitive. Quand je clamai que tout est explicable et nul mystère n’existe sur terre.</p>
<p>Il faut porter à l’actif de la peur le bénéfice qu’elle ne soit pas fatalement source de découragement. Il arrive qu’elle contrarie sa nature et produit de la bravoure. C’est ce qui m’arriva. J’obéis à l’appel de mon ego et je fonçai tête baissée, éperdument vers la chose étendue. Je n’écoutai plus mon cœur qui battait la chamade.</p>
<p>Quand je fus à moins de deux mètres de la chose, je découvris le pot aux roses. Je constatai que la nature peut bluffer même l’homme qui se prend pour son dominateur incontestable. Je découvris que la chose étendue qui nous avait remués, terrifiés, bouleversés et surtout qui avait mis à mal toutes mes représentations du monde terrestre, n’était purement et simplement qu’un morceau de matière plastique que le vent avait entraîné depuis on ne sait quel coin et qui était resté figé accroché à un petit arbuste épineux. Un concours de circonstances achevé s’arrangea: la peur, les trois cimetières à quelques dizaines de mètres en contrebas, la rumeur qui courut, dans les rues du quartier à proximité, à propos d’une créature qui se délecterait du déterrement des morts, la lumière argentée que diffusait la pleine lune, inondant tout le paysage, et qui rendait immaculé le morceau de plastique allongé et dont la couleur tirait sur le blanc. Il ne manquait plus que le subconscient qui se fut mobilisé pour lui donner une crédibilité pseudo-historique. Une illusion d’optique me fit percevoir en cette chose étendue un cadavre enveloppé dans un linceul blanc. Furieux mais surtout fier de moi-même, je jubilais, exultais d’avoir percé le mystère qui me mit à rude épreuve, d’avoir démasqué l’artifice. Vociférant, je mis un coup de pied dans le plastique qui vola quelques mètres devant moi. Ainsi, j’ai exprimé, farouchement, ma victoire. Mais celle-ci ne fut complète que lorsque je pris Mahmoud comme témoin de mon héroïque exploit et de la validité de mes idées. Mon attitude était franchement teintée de suffisance, j’avais même un peu fanfaronné. Son silence me donnait raison et je m’en contentais.</p>
<p>Le combat intérieur qui s’était engagé entre le sentiment de peur qui me tordait le cœur et les manifestations de mon ego qui se faisaient pressantes, s’est terminé par la victoire de ce dernier. Cette aventure fut le meilleur test pour mes croyances et surtout pour ma petite personnalité. Je voulais m’élever au dessus de la peur et je découvris qu’elle est inhérente au fonctionnement normal de l’homme. Je compris qu’elle était notre compagne, comme le sont d’autres états affectifs, dans la vie des hommes.</p>
<p>En effet, avoir peur est un état affectif produit par un sentiment de l’imminence d’un mal. Dans ce cas, le mal n’est pas réel, il est simplement le produit de notre conscience, il est donc subjectif. C’est notre subconscient qui entreprend un travail de relation entre ce qui nous paraît à un moment donné, sous l’effet d’un concours de circonstances comme une perception réelle et des situations passées réelles ou reçues comme telles. De sorte que quand j’ai vu le morceau de plastique allongé sur le sol, ma mémoire me restitua quantité de situations, que mon esprit sous l’effet de la peur de l’inconnu analysa en les mettant en relation les unes avec les autres et avec l’endroit où se trouvait la chose.</p>
<p>Ainsi, la non compréhension d’une situation ou d’un phénomène convoque les souvenirs et sollicite la mémoire qui restitue les images appropriées à l’événement-endroit: le chaume, la proximité des cimetières, le souvenir du rite de sépulture, celui des histoires entendues ; tout cela aboutit à l’image d’un mort dans un linceul blanc. Je me trouvais dans une situation d’une projection de mes états purement subjectifs dans le monde extérieur, de sorte que le simple fait, l’inoffensif devint un danger que la conscience spontanée a interprété comme tel. Mais avoir peur est aussi une possibilité objective qui nous habite par l’affectivité qu’elle nous inocule. Le risque est l’une des sources du mal. Et moi je me devais de peser le risque et juger le degré de mal qui pourrait en résulter. Le courage, dit-on, c’est le mépris du risque ou sa minoration. Mais la prudence est mère des sûretés. Dans la prudence il y a des degrés qui vont de la couardise quand elle est excessive à la témérité dangereuse quand elle est trop négligée. La meilleure position dans cette échelle est de pouvoir se limiter au risque raisonnable, qui serait un équilibre entre le besoin de savoir et de comprendre ce qui nous est mystérieux et le mal qui pourrait résulter de cette découverte.</p>
<p>Ma peur cherchait à tout prix à me rassurer par la fuite devant l’hypothétique danger que représentait la chose étendue, mais ma raison me poussait à résister à cette impulsion pour me conformer à la nécessité d’affronter la réalité. En effet, la source de la peur qui m’envahit était bien visible, donc sujet à jugement et appréciation. Partagé entre le degré d’objectivité que j’avais atteint et les relents et strates des superstitions que j’avais subis, je ne pouvais trancher entre une prudence extrême et donc le retrait face au mystère et le goût du risque — un goût qui enivre différemment la jeunesse— de découvrir, de comprendre et d’expliquer. Il était certain que dans mon esprit, l’hypothèse que la question de la chose étendue relevait du réel et par conséquent pouvait être évaluée, l’emportait sur la présomption que le mal était objectif que mon attitude psychologique me suggérait. Aussi, avais-je opté pour l’attitude raisonnable qui me dictait de substituer au jugement obscur et instinctif que la peur de l’inconnu me conseillait, un jugement issu d’une connaissance claire et rationnelle. C’est ce que je fis. Quand je triomphai de l’appréhension qui m’avait envahie, par ma détermination d’être raisonnable, le mystère s’éclaircit, il s’écroula et le mal disparut. Ma peur s’était évanouie et un sentiment de triomphe et de bien-être m’envahit.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>RÉCIT. LA CHOSE ÉTENDUE (PREMIÈRE PARTIE)                      </title>
		<link>https://lecollimateur.ma/21776</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Aug 2020 12:13:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed abdouni]]></category>
		<category><![CDATA[récit]]></category>
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					<description><![CDATA[Par une chaude nuit d’été de pleine lune, telles que nous les aimions, inondant de sa lumière argentée le village et la campagne environnante. Pas le moindre recoin n’était laissé dans l’obscurité, pas la moindre parcelle d’espace concédée aux ténèbres. Mahmoud et moi, nous nous y lancions, selon notre habitude, à l’assaut d’une longue virée &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Par une chaude nuit d’été de pleine lune, telles que nous les aimions, inondant de sa lumière argentée le village et la campagne environnante. Pas le moindre recoin n’était laissé dans l’obscurité, pas la moindre parcelle d’espace concédée aux ténèbres. Mahmoud et moi, nous nous y lancions, selon notre habitude, à l’assaut d’une longue virée selon un itinéraire préconçu.</p>
<p>Au bout de cet itinéraire, nous avions repéré un promontoire constitué par le flan d’une petite colline qu’une route spacieuse dans sa largeur a séparée en deux en la traversant presque au milieu. Chaque nuit nous y faisions une halte prolongée pour prendre du repos, fumer quelques cigarettes à l’abri des yeux indiscrets et bien entendu, continuer notre œuvre inachevable de réflexion aux affaires de la ville, du pays et aussi des fois du monde. Comme à l’accoutumé, la discussion porta sur divers sujets que nous considérions brûlants selon notre génie, qui n’était pas, il faut le dire, très brillant ni vaste. Nous ressassions les sujets d’hier, d’avant-hier et de tous les jours précédents sans nous en lasser ; mais avions-nous d’autre chose qui aurait pu nous occuper? Le vide de notre quotidien était béant.</p>
<p>Les questions et les arguments se faisaient rares et la discussion faiblissait comme un feu non alimenté en bois. Un silence temporaire étendit son léger voile sur nous. J’allongeai mon regard au loin pour déchiffrer les secrets de cette nuit éclairée par cette lune superbe chantée par les amoureux, les poètes et toutes les âmes sensibles. Je voulais m’imprégner de cette merveilleuse lumière qui dispense une beauté unique et merveilleuse à toutes les choses qui meublaient cet espace que nous considérions comme dédié à notre seul usage. Mes fortes émotions ne furent troublées que par la sensation d’un besoin naturel.</p>
<p>Sur mon flanc gauche, Mahmoud s’affairait consciencieusement à tirer le maximum de nicotine d’un court mégot qu’il tenait accroché à un rameau épineux, afin qu’il ne se brûlât pas les babines. A force de vouloir tirer le maximum de ce qu’il possédait, l’état de pauvreté dans lequel il vivait l’obligeait, Mahmoud s’ingéniait tout le temps à innover en matière de maximisation et d’optimisation de l’utilité des choses en sa possession.</p>
<p>C’était le signe évident de l’imminence, non prononcée, du départ pour le retour. L’heure de rentrer était venue. Je sentis le besoin naturel, qui s’était annoncé, devenir impérieux et envahir mon corps et mon esprit. Je me levai pour le satisfaire. En application des règles de la pudeur, dont certaines subissaient l’assaut hargneux de ma critique, je tenais à m’éloigner suffisamment de mon ami. A mesure que je mettais de la distance entre lui et moi, je devinais au loin une chose en contrebas du promontoire que nous occupions. Je n’arrivais à concevoir ni sa nature ni ses contours. Plus je marchais en sa direction plus le mystère s’épaississait, car je ne pus m’en faire une idée rassurante. Distrait de la cause initiale qui me fit faire ce déplacement, mon esprit se concentra sur le désir de déchiffrer ce mystère.</p>
<p>Ce que je percevais, c’était une chose de forme allongée, étendue et qui dégageait une blancheur éclatante, rappelant en tous points la couleur d’un tissu blanc immaculé. Je jetai un regard plus loin et j’aperçus, à moins de cent mètres, les trois cimetières, musulman, chrétien et juif se faisant face à face. L’image d’un linceul blanc traversa subrepticement mon esprit. Il entraîna dans sa suite une récente rumeur qui avait persisté en dépit de son caractère fabuleux. Elle avait alimenté les conversations pendant plusieurs jours. Un être fantastique s’apparentant à une goule (al-ghoûla) aurait exhumé du cimetière musulman un cadavre. Nul ne savait ce qu’elle en avait fait, ni d’où elle venait, ni où elle se dirigeait. Mais l’agitation avait secoué une bonne partie du village en semant peur et angoisse parmi les enfants et les vieilles femmes, friands d’histoires et contes effroyables et surnaturels, et qui en trouvèrent de quoi jaser pendant quelques jours.</p>
<p>Ces coïncidences extraordinaires, ce rapprochement imprévu de faits en apparence fortuit, imprégnèrent mon esprit d’un doute qui troubla ma raison et risqua de me faire perdre pied face à cette chose que je n’arrivais pas à déterminer. Je maintins ma contenance vaille que vaille. Le subconscient en ajouta à mon trouble. Tapissé d’histoires fantastiques que l’enfance l’avait laissé se peupler, il étendit ses voiles sur la raison qui recula d’un bond sans demander son droit à la prééminence, tel que je le lui avais bien accordé.</p>
<p>Perturbé, certes, mais sans perdre pied je continuais d’avancer vers la chose. J’étais confronté à cette chose étendue, sous la splendeur de l’éclairage de la lune, au milieu de ce champ de chaume où des brins de paille, échappés au piétinement des hommes et à la voracité de leurs bêtes, luisaient comme s’ils étaient d’argent. Je ne savais quoi penser et encore moins quoi décider. Aller au bout de ma crânerie et avancer hardiment quitte à m’exposer à un risque non maîtrisé ou ployer sous le poids du doute qui s’était élevé en moi et me conformer à la prudence que l’adage populaire préconise : « en cas d’hésitation, l’abandon est la meilleure solution ».</p>
<p>La citadelle de ma bravoure que je croyais inébranlable semblait vaciller sur ses fondations, sous les coups d’assauts inattendus, d’autant plus que ces attaques partaient de l’intérieur même de cette fortification bâtie sur un raisonnement que je croyais irréfutable. Je continuais, cahin-caha à avancer vers le mystère, mais lentement, prudemment, prêt à revenir tant sur mes pas que de mes principes. Dans mon élan de réflexion, assiégé par les contrecoups du soupçon, j’essayais d’examiner toutes les représentations qui concouraient à l’état d’angoisse dans lequel je me trouvais. Peine perdue. Mon cœur s’était emballé plus que je ne pouvais le supporter, il bondit dans ma poitrine et les pires représentations s’en vinrent à bout des derniers efforts de ma raison. Le réel reculait devant l’offensive massive des fantasmes insoupçonnés qui sommeillaient en moi et que mes sens ne pouvaient percevoir. Mon sang ne fit qu’un tour, je fis une ultime tentative de recourir à ma raison, à ma réflexion. Rien n’y fit. La sensation de peur s’était emparée de moi. Elle me saisit à la gorge, elle me pétrifia, me paralysa et m’ôta toute velléité d’user de ce que je recommandais quand j’étais dans un terrain connu, maîtrisé par ma pensée.</p>
<p>Je voulais m’avancer un peu plus mais mes jambes ne m’obéissaient plus et ma volonté qui me poussait naguère toujours à plus de hardiesse, était en ce moment fatidique flanchée, anéantie, battue à plate couture. Quelques instants d’hésitations me secouèrent, en vain. Puis vint le moment de reconnaître ma défaite de me rendre humblement à l’ennemi que je combattais. Je fis un mouvement de recul, les yeux rivés sur la chose étendue, comme pour mieux contrôler toute éventualité de mouvement de sa part, je hélai mon ami Mahmoud d’une voix affaiblie par l’émotion, que je tentai de dissimuler pour éviter de me couvrir de ridicule auprès de lui.</p>
<p><strong>À suivre&#8230; </strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>RÉOUVERTURE DE LA FRONTIÈRE TERRESTRE ENTRE L&#8217;ALGÉRIE ET LE MAROC: LE PRÉSIDENT TEBBOUNE VA-T-IL FRANCHIR LE PAS?</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/21770</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Aug 2020 11:23:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NATION]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[frontières]]></category>
		<category><![CDATA[réouverture]]></category>
		<category><![CDATA[TEBBOUNE]]></category>
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					<description><![CDATA[Comme à l’accoutumé et selon les usages diplomatiques, les dirigeants des deux pays ont, courant juillet 2020, échangé des messages de félicitations à l’occasion de la fête nationale respective des deux pays. Si le texte du message du Roi Mohammed VI sacrifie aux usages diplomatiques en restant dans les limites de la courtoisie en la &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme à l’accoutumé et selon les usages diplomatiques, les dirigeants des deux pays ont, courant juillet 2020, échangé des messages de félicitations à l’occasion de la fête nationale respective des deux pays. Si le texte du message du Roi Mohammed VI sacrifie aux usages diplomatiques en restant dans les limites de la courtoisie en la matière, le texte du message du président algérien surprend à sa lecture par l’affirmation suivante: « (…) FAISANT [le président] PART DE SA FERME DETERMINATION À CONTINUER À ŒUVRER POUR RAFFERMIR DAVANTAGE LES RELATIONS DE FRATERNITE, DE BON VOISINAGE ET DE COOPERATION UNISSANT LES DEUX PAYS ».</p>
<p>Le président d’un pays aussi important que l’Algérie ne saurait parler en l’air, faire preuve de mièvrerie ou d’espièglerie et encore moins de mauvaise foi. Conséquemment, félicitons-nous et préparons-nous à nous rendre auprès de nos frères algériens et à recevoir ceux-ci. Le président Tebboune ne vient-il pas de nous donner sa parole pour raffermir les relations séculaires et ancestrales qui existent entre les deux peuples ?</p>
<p>Adieu l’entêtement inutile et obsessionnel des anciens présidents algériens à vouloir séparer les deux peuples frères en maintenant les frontières fermées. Place à la fraternité, au bon voisinage et à la coopération que cette fraternité dicte à chacun de nous et surtout à nos gouvernements respectifs.</p>
<p>Les différends qui les séparent ? Il est vraisemblable que le président Tebboune a tout prévu et arrangé.</p>
<p>A vrai dire, le seul désaccord qui puisse contrarier sa volonté ferme et immuable, c’est la question du Sahara. Il se trouve qu’il est un homme de parole et qu’il ne peut, sous peine de discrédit, revenir sur le principe farfelu que ses prédécesseurs lui ont légué comme un boulet aux pieds— un principe est principe même saugrenu — de soutenir tout individu hurluberlu manifestant une volonté intéressée de s’autodéterminer au mépris de la réalité dans toutes ses dimensions.</p>
<p>Je mettrais ma main dans un pot de miel— je ne veux pas risquer ma main dans une bouillie (Assida) — que M. Tebboune, pour aller jusqu’au bout de « SA FERME DETERMINATION DE CONTINUER A ŒUVRER POUR RAFFERMIR DAVANTAGE LES RELATIONS DE FRATERNITÉ, DE BON VOISINAGE ET DE COOPERATION UNISSANT LES DEUX PAYS », prendra la sage décision, que le bon sens impose, de distinguer entre les liens de fraternité unissant les deux peuples marocain et algérien et une affaire que le mauvais héritage politique l’oblige à subir. Autrement, en tant qu’homme politique intègre, il n’aurait pas pris le risque de prendre un engagement que la réalité désavouerait.</p>
<p>Seigneur, faites que mon doux et délicieux rêve ne succombe pas aux assauts du souvenir des propos tenus par le président algérien lors des interviews qu’il avait données dernièrement à l’approche de la fête nationale de son pays.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ENFANCE À AHFIR. « LE GOÛT DOUX-AMER DE LA HANDIYA » (SUITE ET FIN)</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/21050</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[AHMED ABDOUNI]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Aug 2020 10:10:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[chronique]]></category>
		<category><![CDATA[ENFANCE À AHFIR]]></category>
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					<description><![CDATA[Il partit avec la certitude d’éclaircir le mystère dans quelques instants. À peine eut-il fait la moitié du chemin qu’un pickup stoppa net à son flanc gauche. Il transportait deux Mokhaznis (agents des forces auxiliaires), l’un dans la cabine à côté du conducteur, et l’autre à l’arrière sur le plateau de chargement. Ce dernier donnait &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il partit avec la certitude d’éclaircir le mystère dans quelques instants. À peine eut-il fait la moitié du chemin qu’un pickup stoppa net à son flanc gauche. Il transportait deux Mokhaznis (agents des forces auxiliaires), l’un dans la cabine à côté du conducteur, et l’autre à l’arrière sur le plateau de chargement. Ce dernier donnait l’impression de surveiller deux jeunes hommes assis côte à côte. L’enfant, agile, se rua deux pas en arrière. À cet instant même, le « Mokhazni » assis côté passager mit pied à terre et lança aussi loin que possible son bras pour agripper l’enfant, qui se trouvait, en dépit de tout, hors de portée. Mostafa, apeuré par ce bras, prit ses jambes à son coup et détala sans demander son reste.</p>
<p>Il ne reprit haleine qu’une fois auprès de son grand-père. En voyant son petit-fils débouler sur le vieux comptoir de l’épicerie, le teint blême, les yeux exorbités, l’écume aux lèvres, le vieil homme s’affola et bondit de son siège avec l’énergie de celui qui défend ce qu’il a de plus précieux.</p>
<p>Quand il ne constata aucun danger à proximité de son petit-fils, il récupéra ses esprits et le fit asseoir. D’une main il ôta la sueur qui inondait sa figure, de l’autre il lui caressa les cheveux pour le calmer. Entre deux souffles, haletant, Mostafa réussit à balbutier quelques mots pour expliquer qu’il avait échappé au Mokhazni qui tentait de l’attraper.</p>
<p>« Mais, lui demanda-t-il, pourquoi voulait-il t’appréhender ? Qu’as-tu fait de mal ? Qu’est-ce que tu as fait comme bêtise ? T’es-tu battu avec quelqu’un ? Non ! Non ! Je n’ai rien fait ! Je ne sais pas pourquoi ! ». À cet instant, un adulte enfourchant un vieux vélo et pédalant à se rompre les muscles lança à l’intention du grand-père : « Le feu à Foughal ! Il y a le feu à Foughal ! On ramasse les gens pour éteindre l’incendie ! »</p>
<p>Il était déjà loin quand il prononça sa dernière phrase. Un déclic se produisit alors dans l’esprit du patriarche. Il commença à mettre en lien certaines constatations qui, sans lui échapper, ne lui avaient pas paru importantes. L’exceptionnel quand il revêt la forme et le mode de déroulement de l’ordinaire passe inaperçu. Maintenant, il s’expliquait pourquoi il y avait moins de monde dans la rue, à part les vieilles personnes et les petits enfants. Ce qui n’était pas sans lien avec le camion qu’il avait vu passer un peu plus tôt, avec à bord quantité de jeunes gens et d’adultes encadrés par des Mokhaznis.</p>
<p>À voix haute, il se reprocha sa distraction : « Ha ! Moi qui pensais qu’on emmenait tout ce beau monde pour aller travailler dans le cadre de l’entraide nationale. Viens fiston ! On rentre à la maison ! » Aussitôt dit aussitôt fait. Il retira les clefs de leur crochet, rabattit les deux pans de la porte de l’épicerie et, avec une vigilance extrême, ferma à double tour en jetant des regards inquiets à droite et à gauche. Il poussa devant lui Mostafa qui s’était remis de ses émotions. Dès qu’ils eurent dépassé le seuil de la porte de la maison, il la referma avec l’idée de ne la rouvrir qu’en cas d’extrême urgence, et se racla la gorge bruyamment comme pour annoncer, en même temps, et son arrivée et la grave nouvelle. À peine au bout du couloir, il annonça d’un ton mi-grave mi-amusé, comme pour reconnaitre le piège dans lequel il avait fait involontairement tomber son fils Abdallah : « Zayakh (façon sarcastique de désigner un jeune homme) est en train d’éteindre l’incendie à Foughal ! ».</p>
<p>Les femmes, toutes occupées à leurs besognes quotidiennes, qui sur la terrasse du toit en train de laver les vêtements, qui dans le portique, que l’on transformait en cuisine dès que tout le monde était sur pied, à préparer le pain pour l’envoyer cuire au four du quartier, accoururent à la rencontre du patriarche pour mieux saisir ses propos qui s’annonçaient graves.</p>
<p>Sans se faire prier, il répéta : « Zayakh, que nous attendons depuis tôt ce matin, est à Foughal en train d’éteindre le feu que des bergers pervers ont allumé. » — « Et comment est-il parti là-bas ? », demanda Bent Mohand qui ne semblait pas encore mesurer la gravité de l’événement. Ne l’avons-nous pas envoyé acheter la handiya ? ». Mostafa s’avisa d’intervenir pour désamorcer le malentendu et ainsi épargner à sa grand-mère le risque imminent d’essuyer la crise de nerfs qui semblait se préparer chez son grand-père : « Grand-mère, ce sont les mokhaznis qui l’ont emmené de force, pour éteindre l’incendie qui s’est déclaré à Foughal. Moi aussi, quand j’étais parti à sa recherche, un mokhazni faillit m’attraper pour m’emmener là-bas ».</p>
<p>Les précisions de l’enfant lui firent mesurer toute l’ampleur de l’événement qu’elle érigea en drame familial. Alors, elle entama un monologue en se lamentant : « Seigneur ! Seigneur ! Il va se faire brûler… Il y mourra…Il y mourra… Oh ! Mon Dieu, j’ai perdu mon fils ! ». Fatima qui ramenait toujours les choses à leurs proportions, intervint pour calmer sa belle-mère : « Écoute Lalla, disait-elle, il est grand pour faire attention à sa personne, et il n’y est pas seul. Beaucoup de gens sont avec lui. Bientôt il va rentrer à la maison, sain et sauf ».</p>
<p>Ces propos ne l’apaisèrent guère et elle se tourna vers son mari pour lui reprocher d’être la cause de ce mélodrame : « C’est à cause de tes envies que mon fils est en train de se faire brûler par les flammes. Si tu ne l’avais pas envoyé t’acheter la handiya, il serait là, à mes côtés, sain et sauf… Pour quelques unités de handiya j’ai perdu mon fils ! ». Elle allait continuer ses reproches exagérés et extravagants, mais les autres femmes la prirent par la main et l’isolèrent dans une chambre. Cependant, elle persistait dans ses jérémiades et elles ne surent comment la calmer. Elle s’assit sur une peau de mouton que lui étendit sa fille, baissa sa tête et continua à soliloquer.</p>
<p>Le patriarche, sans répondre aux accusations de son épouse, afficha une attitude qui, en dépit de son autorité, trahissait le regret. Il baissa la tête un moment et haussa les épaules en élevant les mains, comme pour exprimer son sentiment d’impuissance. Puis, il monta dans sa chambre. Ensuite, on entendit couler l’eau du robinet, des crachats et des expulsions d’eau par le nez. Il faisait ses ablutions et s’apprêtait à faire des prières surérogatoires. Les enfants, peu soucieux de ce qui secouait la tribu familiale, avaient faim ; le petit déjeuner qu’on s’affairait à préparer fut momentanément abandonné. Aussi, pressaient-ils leur mère à trancher dans le vif et reprendre sa préparation. Obéissant à son instinct maternel, elle reprit les choses en main.</p>
<p>Quelques instants plus tard, la table basse était garnie d’un grand plateau où étaient disposés une dizaine de verres à thé et une grande théière fumante, deux plats contenant l’un du beurre, et l’autre du miel et un grand panier plein à ras bord de pain. Valeurs ancestrales obligent, on ne commençait à manger qu’en présence du patriarche, alors on envoya Mostafa l’appeler. Il descendit dans un silence que même les enfants n’osèrent perturber par leurs indocilités habituelles. Il s’assit à la place qui lui fut préparée par Fatima et demanda à Yamina de dire à sa mère de venir manger. Cette dernière prétexta le manque d’appétit et continua à ruminer sa détresse dans son isolement. Les enfants se délectèrent du repas, les adultes ne prirent qu’un verre de thé. Contrairement à son habitude, le patriarche ne quitta pas sa place après avoir fini son verre de thé. Diverses idées trottaient dans sa tête. Soudain, la voix de sa femme retentit depuis la chambre. Pleine d’inquiétude, elle demandait si l’on ne pouvait pas faire intervenir Si Lahcen, un cousin éloigné, pour ramener Abdallah à la maison. Son époux objecta : « Personne n’y peut rien, ni Si Lahcen, ni plus important que lui. Tout ce qu’on peut faire c’est attendre et prier Allah pour qu’aucun mal ne lui arrive ».</p>
<p>Vers le milieu de la matinée, les filles mariées arrivèrent les unes après les autres. Leur présence allégea le fardeau moral que subissaient Fatima et Yamina face à ce « drame familial ». Mais le plus grand soulagement revint au patriarche qui se sentit libéré du devoir de consoler sa femme par sa présence. N’ayant pas l’habitude de rester confiné dans la maison, il ne tenait plus en place. Un instant, il fut tenté de rouvrir l’épicerie. Mais était-ce vraiment le moment opportun ? D’autant que l’activité dans la ville était presque paralysée. Ce fut un effort inhumain, pour lui, d’attendre jusqu’à la prière de la mi-journée. Lorsqu’il entendit le muezzin l’annoncer, sa perplexité se dissipa. Il prit alors fermement le parti de se rendre à la mosquée. Elle était presque vide. Quelques hommes, dont la plupart le surpassait en âge, formaient à peine deux petites rangées derrière l’imam.</p>
<p>À son retour à la maison, les choses avaient une apparence plus calme. Les filles avaient calmé leur mère qui ne geignait plus si fort ; elle s’était réfugiée dans un silence qui n’était que de façade. Son accablement se lisait dans ses gestes et sur son visage. Pas plus que le repas du matin, celui de la mi-journée ne fut l’occasion d’une manifestation d’un appétit habituel. On se contenta de grignoter sans faim. On se sépara pour sacrifier au rituel de la sieste, mais la chaleur caniculaire de cette journée, augmentée de quelques degrés par l’incendie de Foughal, rendit le sommeil impossible. Dehors, la ville commençait à se ranimer ; les rafles avaient cessé un peu avant la prière de la mi-journée, ce qui augurait de la maîtrise de l’incendie. Mais il fallut attendre jusqu’à la prière de la mi-après-midi pour voir les premiers contingents des combattants du feu improvisés retourner chez eux.</p>
<p>À la faveur de l’évènement qui avait paralysé pendant pratiquement une journée la ville et semé la terreur parmi les familles, la rumeur populaire exacerba l’excitation des jeunes qui improvisèrent des réunions presque à tous les coins des grandes artères de la ville pour se raconter des exploits qu’ils avaient vécus ou entendus, et où l’invraisemblable côtoyait le probable. Tout aussi happés par la frénésie d’échanger sur l’événement, les adultes s’échangèrent les informations qu’ils avaient glanées auprès de ces soldats du feu forcés. Des fariboles émaillaient les récits, notamment ceux des jeunes. Mais ce furent les exploits de ceux qui échappèrent à la rafle qui alimentèrent les conversations. Alors, on racontait par le menu détail comment les uns avaient pu sauter du véhicule en trompant la vigilance des gardes, de quelles manières géniales d’autres détournèrent l’attention des mokhaznis pour s’échapper. Il y eut aussi ceux qui, grâce à l’influence et la notoriété de leurs ascendants ou de quelqu’un de leur lignée, purent passer entre les mailles du filet. Les récits les plus appréciés furent ceux qui racontaient comment grâce à des subterfuges certains passèrent au nez et à la barbe des sbires de l’autorité locale. Ce fut, entre autres, le cas de ce jeune qui se travestit en femme et porta, en toute tranquillité, le pain au four, ou de celui qui se déguisa en vieil homme et même, signe d’outrecuidance, salua respectueusement les mokhaznis.</p>
<p>Plus de deux heures après la prière de la mi-après-midi, Abdallah reparut au coin de la rue, l’air fatigué, les vêtements maculés, le visage sale et les cheveux hérissés. Il trainait, malgré tout, le panier qu’on lui avait confié le matin pour faire les courses. À sa vue, sa mère, qui n’avait cessé de faire le va-et-vient entre la maison et le coin de la rue, accourut vers lui et, devant son état déplorable, retira la grande étoffe qui la voilait des épaules jusqu’aux genoux, et le lui jeta sur le dos tout en le serrant fortement contre elle. L’adolescent qui, subitement, se rappela sa fierté d’homme, se détacha de l’étreinte de sa mère, tout en jetant alentours des regards méfiants. Au seuil de la maison, il fut accueilli comme un héros. En quelques mots, qui dénotaient la lassitude et surtout l’amertume d’avoir été une fois de plus la victime de cette guigne qui, pensait-il, le poursuivait sans relâche, il expliqua comment le matin il avait été pris dans la rafle, au moment où il s’approchait du souk de la handiya. Vivement qu’Ahfir se dote d’un service de sapeurs pompiers.</p>
<p>(7)- Mont de la chaine des béni-Znassen au nord-est du Maroc.</p>
<p>&nbsp;</p>
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